L'Illustration, No. 3270, 28 Octobre 1905
Part 2
Le _Lebaudy_ a effectué depuis, tout autour de la place forte de Toul, et sous le contrôle de l'autorité militaire, des expériences qui ont admirablement réussi. Mardi dernier, M. Berteaux, ministre de la Guerre--qui avait déjà été témoin d'une des ascensions du dirigeable--a tenu à se rendre compte par lui-même des conditions dans lesquelles il fonctionnait. Et, en compagnie du commandant Gossart, son officier d'ordonnance, il a pris place dans la nacelle pour effectuer, sous la direction de M. Juchmès, le pilote habituel du _Lebaudy_, une reconnaissance circulaire de la place.
LES EXPÉRIENCES DU DIRIGEABLE MILITAIRE «LEBAUDY», A TOUL
Répondant à une invitation du _County Council_ (Conseil de comté) de Londres, soixante des quatre-vingts membres du Conseil municipal de Paris, ayant à leur tête M. Paul Brousse, président de cette assemblée, sont allés passer une semaine dans la capitale anglaise, où ils ont rencontré le plus sympathique accueil. Pendant ce séjour, les réceptions, inaugurées le 17 octobre par leur présentation au roi, à Buckingham Palace, les fêtes, les promenades organisées en l'honneur des visiteurs, se succédèrent sans interruption. Une des solennités officielles les plus importantes du programme fut le banquet offert à la délégation par le lord-maire, sir John Pound, assisté des shérifs de la Cité, et qui, à une heure de l'après-midi, ne réunissait pas moins de trois cents invités dans la grande salle de Mansion house. Sir John Pound avait à sa droite M. Paul Cambon, ambassadeur de France; à sa gauche, M. Brousse; on remarquait en outre, parmi les convives de marque: M. Cornwall, président du _County Council_, dont les membres étaient également présents; l'évêque de Londres; lord Cheylesmore, maire de la cité de Westminster, etc. Au dessert, des toasts chaleureux confirmèrent 1'«entente cordiale».
LIVRES NOUVEAUX
«JULES MICHELET»
Il y a quelques mois paraissait un livre: _le Moine Guibert_, signé Bernard Monod. Celui-là, hélas! qui l'avait écrit, venait de disparaître en pleine jeunesse, laissant à tous ses amis le souvenir d'une conscience ferme, d'un esprit admirablement doué pour les études historiques. A la suite de cette catastrophe, M. Gabriel Monod s'est de plus en plus réfugié dans l'étude et dans la communion avec les deux morts illustres, Michelet et Mme Michelet, dont il possède les papiers.
Son oeuvre, qui a pour titre: _Jules Michelet_ (Hachette, 3 fr. 50), pourrait fort bien s'appeler: _les Amours de Michelet_. La vie de l'historien, en effet, fut tout passion. Qu'adora-t-il d'abord? L'Italie qui, avec Virgile et Vico, avait le plus contribué à sa formation intellectuelle. Si familier lui était l'harmonieux et sensible poète latin que, si tous les exemplaires de Virgile avaient disparu de la planète, il eût pu aisément en reconstituer le texte. Ce n'était pas seulement son âme qui devait beaucoup à l'Italie; à plusieurs reprises il était allé dans la terre classique et lumineuse pour y refaire sa santé. Chaque fois il en était revenu plus fort. S'il aima tendrement la brune et saine Italie et s'il désira son unité, peut-être ne lui rendit-on pas toujours là-bas toute sa flamme et répondit-on parfois d'une façon un peu évasive à quelques-unes de ses demandes. Le ministre Amari lui refusa, avec toutes sortes de protestations admiratives toutefois, un poste pour Challemel-Lacour.
Avec l'Italie, Michelet chérit l'histoire comme une maîtresse, avoue-t-il. O puissance de l'imagination! Les abstractions même prenaient un corps, s'animaient, s'emparaient de son esprit et presque de ses sens.
Mais, à côté des nations et de l'histoire, il y eut des êtres en chair et en os dans sa vie. En 1824, il épousa Mlle Pauline Rousseau, qui s'éteignit en 1839, lui laissant deux enfants, Charles et Adèle. Qui a lu Michelet a senti, partout répandu dans son oeuvre, quelque chose d'infiniment ardent. C'était un tempérament de feu que tourmentait ce qu'il nommait l'ange noir. On a prétendu qu'il avait été assez détaché de sa première femme. S'il n'y eut pas entre eux une communion d'idées fort étroite, si elle échappa fatalement à son influence intellectuelle, du moins elle le tint par les sens. Quel remords il éprouve, après sa mort, des chagrins qu'il lui a causés: «Qu'est-elle devenue, écrit-il, cette malheureuse partie de moi-même, tandis que l'autre errait dans la science et la passion!... Je rentre au foyer que j'ai délaissé, je le trouve brisé pour toujours.» Sa douleur fut extrême et lente à se guérir.
Au mois de mai 1840, une femme encore jeune se présenta devant lui, accompagnée d'un jeune homme qui devait, trois ans plus tard, épouser Mlle Adèle Michelet. Avant d'être le gendre de Michelet, Alfred Dumesnil, mort il y a une dizaine d'années, fut son fils et en même temps l'enfant de Quinet, qu'il suppléa au Collège de France. Attiré toujours par le charme qui émanait de la femme, Michelet rapidement mit son âme dans celle de Mme Dumesnil, souffrant de ses souffrances, triste de ses mélancolies. Elle avait un mari; mais, pendant des mois, Michelet lui donna l'hospitalité dans sa maison de la rue des Postes, recueillant le fils en même temps que la mère, mêlant Alfred Dumesnil à ses propres enfants. C'était un foyer qu'il reconstituait dans la pureté. Mais un mal inexorable et profond minait Mme Dumesnil. Avec quelle angoisse Michelet suit les progrès de la décomposition et sent les approches de plus en plus certaines de la mort! Elle _passa_ au commencement de juin 1842. «Cette situation de rêveur, de garde-malade, dans ce beau et froid mois de mai, parmi les lilas fermés, l'année qui s'avance n'était pas sans poésie... Dure poésie en face de la mort!»
Pour endormir son mal, Michelet prit avec lui Alfred Dumesnil et, du 14 juin au 31 juillet 1842, parcourut l'Allemagne, s'y enivrant de savoir, de belles imaginations, visitant les musées, conversant avec les penseurs, buvant la poésie à ces deux vastes coupes: le Rhin et le Danube.
Que se passa-t-il à son retour? Quel mystérieux visage remplaça les chères images disparues? En 1849 seulement, il épousa Mlle Mialaret. De Vienne en Autriche qu'elle habitait, dans la maison des Cantacuzène, elle lui avait envoyé, dès octobre 1847, des lettres admiratives et inquiètes. A distance, Michelet s'éprit de cette jeune fille de vingt-deux ans, qui poussait l'idéalisme jusqu'au mysticisme; il avait lui-même cinquante et un ans au moment du mariage. Jamais union ne fut plus étroite. Mme Michelet s'identifia tellement à son mari que l'on a peine à les distinguer l'un de l'autre dans certains livres. Combien de fois, dans le petit appartement de la rue d'Assas ou dans nos promenades à travers les houblonnières de Velizy, m'a-t-elle raconté son effective et large collaboration à _l'Oiseau_, à _l'Insecte_, à _la Mer_, à _la Montagne_! Elle termina _le Banquet_, écrivit en grande partie _Ma Jeunesse_ et, d'un bout à l'autre, _Rome_, publié sous le nom de Michelet. Elle a l'image, le jet spontané, les éclairs rapides de son prophète, et cela jusqu'à la fin, dans les pages suprêmes de mars 1899. Aussi put-elle se dire «non pas la veuve, mais l'âme attardée» de Michelet.
Dans ses lettres même on retrouve toute la poésie singulière de son mari et toute son âme. J'ai sous les yeux de nombreuses épîtres qu'elle m'a adressées. «Le printemps, m'écrivait-elle le 19 avril 1896, cette année est austère. Je ne sais trop ce qu'en pensent rossignols et fauvettes, arrivés à leur date habituelle. Le rossignol a chanté ce matin, dans les fourrés du bois, à l'aube bien froide. Pauvre petit!... Lorsque vous viendrez, nous pousserons jusqu'à nos houblonnières.»
Maintenant, c'est la question délicate. Éprouva-t-elle autre chose qu'une admiration tendre pour Michelet, qu'un désir craintif et continuel de ne pas le blesser? C'est un ami sûr et fort, sur lequel elle appuie sa faiblesse physique et morale, c'est un maître qu'elle imite. Mais y eut-il amour de sa part, comme de la part de Michelet qui n'était qu'une flamme toujours en éveil? Le sentiment passionné existait-il dans le cour de la jeune créole? Peut-être l'auteur de _Jules Michelet_ pourrait-il répondre à cette interrogation; peut-être y pourrais-je répondre moi-même. Dans tous les cas, les deux ne firent qu'un même esprit.
M. Monod ne se montre pas seulement, dans _Jules Michelet_, ce que nous savons qu'il est par-dessus tout: un maître dans les études historiques; il nous apparaît encore comme un psychologue très avisé et comme un artiste. Il a parfaitement saisi et rendu les deux personnages si poétiques, et, disons-le, si tourmentés, qu'il a connus et aimés.
E. LEDRAIN.
DIVERS
A la lecture du volume sain, vivant, courageux, que vient de publier M. Georges Lecomte: _les Hannetons de Paris_ (Fasquelle, 3 fr. 50), s'impose impérieusement à la mémoire le ressouvenir du satirique au style nerveux, au verbe éloquent, à la rude franchise, que fut Barbey d'Aurevilly. Les seize chapitres des _Hannetons de Paris_ apparaissent comme une suite logique, une continuation des _Ridicules du temps_, comme une mise au point, une mise à l'heure, une adaptation de ce beau livre vengeur à des mauvaises moeurs non nouvelles, certes, mais devenues plus pernicieuses, peut-être, du fait de la complaisance générale, de l'universel consentement,--de la complicité du monde, pour tout dire. Et M. Georges Lecomte sent si bien la profondeur et l'étendue des maux qu'il signale que le coeur lui manque pour s'en indigner. Dès la première ligne, il prévient que ses satires seront «plus narquoises que sévères». A quoi bon, en effet, s'exténuer en de vaines colères contre l'incurable? Un haussement d'épaules, un sourire d'ironique pitié sont désormais pour le sage des gestes suffisants à exprimer son sentiment sur les spectacles moroses que lui offre à chaque pas la vie quotidienne. J'imagine très volontiers que M. Georges Lecomte n'a pas ambitionné pour son élégante crânerie d'autre récompense que l'approbation discrète des honnêtes gens, et que le mot de Musset doit lui sembler le plus enviable des éloges: Ton livre est ferme et franc, brave homme...
Quand un lettré, soucieux d'actualité et qui partage les préoccupations politiques et philosophiques de son temps, entreprend d'exprimer avec un peu d'abondance ses opinions ou ses vues, il adopte volontiers la forme du roman utopique. C'est ainsi que M. André Beaunier, journaliste de talent, vient d'écrire _le Roi Tobol_ (Fasquelle, 3 fr. 50). Le roi Tobol est le souverain hypothétique d'un royaume imaginaire. Ses mésaventures conjugales et royales, ses efforts infructueux pour faire le bien de son peuple en improvisant premier ministre le tribun socialiste Fougasse, pour assurer le bonheur de son pseudo-fils Eudémôn en l'emprisonnant dans un château fermé à toutes les tristesses,--tout cela est plaisamment et ingénieusement conté. Un peu d'obscurité çà et là. L'auteur n'impose pas des solutions: il suggère des problèmes. Son livre est de ceux qui donnent à rêver.
La collection, bien connue, des _Annales du théâtre et de la musique_ en est à sa trentième année. M. Edmond Stoullig poursuit sa tâche avec trop de sérieux pour qu'on ne loue pas son patient et précieux labeur. Dans le dernier volume (Ollendorff, 3 fr. 50), l'année 1904 est résumée d'excellente manière par un critique avisé, très épris de l'art dramatique.
Notre distingué confrère a enrichi son livre d'une préface qu'a signée M. Camille Saint-Saëns et que l'illustre compositeur a intitulée: _Causerie sur l'art théâtral_, causerie remplie d'idées neuves et d'aperçus ingénieux.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
UN AGAVE D'AMÉRIQUE EN FLEUR EN HONGRIE.
L'agave d'Amérique, assez bien acclimaté sur les côtes de la Méditerranée, fleurit rarement dans les régions plus septentrionales. Il lui faut, d'ailleurs, pour cela, près d'un siècle. La plante qui a fleuri à Pécs (Hongrie), chez M. Nowolarski, présente donc un cas de végétation exceptionnel.
Cet agave est âgé d'environ quatre-vingts ans. Les feuilles, auparavant grasses et érigées, commencèrent à se flétrir dès l'apparition de la hampe florale; elles pendent aujourd'hui presque verticalement autour du tronc. En quarante jours, cette hampe atteignait 4 mètres, soit une croissance de 10 centimètres par jour; la circonférence, à la base, mesurait 37 centimètres. L'épanouissement complet dura cinq semaines et le nombre des fleurs dépassa cinq cents.
Ces fleurs, jaune verdâtre, sont d'un effet médiocre, et la plante ne vaut, au point de vue décoratif, que par son port ornemental. Dans le pays d'origine, elle est utilisée comme plante textile; on en fait des filets, des nattes, des toiles d'emballage, etc. La sève fermentée fournit une boisson alcoolique nommée _pulqué_.
L'ESPAGNE «ÎLE DES LAPINS».
S'il faut en croire un orientaliste distingué, M. le comte de Charencey, le pays de don Quichotte et du Cid devrait son nom d'Espagne ou _Hispania_ à l'abondance des lapins qui s'y promenaient autrefois.
La plupart des hypothèses formulées à cet égard sont, d'ailleurs, fort pittoresques. Les Basques rattachent le nom à un mot de leur langue, _ezpain_, lèvre, le littoral de la Péninsule étant comparé à la lèvre qui constitue... relativement le bord du visage. Quelques savants croient devoir remonter au mot persan _ispah_, cheval, l'Espagne ayant toujours été, comme le pays d'Ispahan, renommée pour ses chevaux. Beaucoup d'autres croient à une étymologie hébraïque signifiant «pays des trésors cachés» et justifiée soit par les richesses minières de l'Espagne, soit par la légende de Calypso. D'après M. Bérard, en effet, le nom _Hispania_ aurait d'abord été donné à l'île de Calypso qu'il identifie à l'île Perejil des géographes modernes, située aux environs du détroit de Gibraltar, et où se trouve une caverne qui pouvait servir à cacher les trésors. Rien, d'ailleurs, ne prouve l'exactitude de cette identification.
M. de Charencey préfère s'en rapporter au vieux terme phénicien _shaphan_, lapin. Il fait remarquer qu'au dire de Pline une ville espagnole fut minée par les lapins, et que les habitants des îles Baléares sollicitèrent d'Auguste l'envoi d'un corps de troupes pour les débarrasser des lapins. Il ne va pas jusqu'à conclure, avec l'auteur latin, que ces animaux sont originaires d'Espagne d'où ils se répandirent sur l'Europe, mais il s'arrête à l'étymologie phénicienne _ai schapanîm_, qui signifie «île des lapins».
FRUITS FRANÇAIS EN ANGLETERRE.
Une intéressante expérience a été récemment faite en Angleterre par quelques Français et Anglais intéressés au commerce des fruits. Ils étaient réunis dans la gare de Deptford, en Angleterre, et y procédaient à l'ouverture d'un wagon qui arrivait directement de Perpignan où il avait été plombé. Ce wagon renfermait des milliers de kilos de pêches et de raisins de la région de Perpignan. Il est pourvu d'un appareil spécial permettant d'y maintenir une température assez haute, ou assez basse, à volonté. Les résultats ont été très satisfaisants. Les fruits, cueillis peu de temps avant maturité, étaient à point: ils furent vendus aux enchères à Covent Garden et, grâce à l'excellent état de la marchandise, les importateurs ont obtenu un prix d'un tiers plus élevé que celui qu'ils obtenaient avec l'ancien mode d'expédition. Nos producteurs du Midi et de l'Algérie doivent tenir pour certain qu'il leur serait facile de prendre une place considérable sur le marché anglais s'ils se donnaient la peine de recourir aux modes de transport perfectionnés et de n'envoyer que des produits de bonne qualité, sans essayer de tromperies vulgaires qui ne peuvent que leur nuire.
LA STATUE DE LA SOURCE DE LA SEINE.
A l'époque où M. Haussmann était préfet de la Seine, la ville de Paris fit élever un monument à l'endroit où la Seine sort de terre. Le filet d'eau qui constitue la source du fleuve coule d'une urne placée sous le bras de la statue, oeuvre remarquable du sculpteur dijonnais François Jouffroy et que des vandales ont couverte d'encre ces jours derniers.
Ce monument, situé à 7 kilomètres de Saint-Seine et à 3 kilomètres de Chanceaux, dans un endroit solitaire, est placé sous la protection d'un garde pour lequel la ville de Paris a fait construire, à 100 mètres de là, un pavillon spécial. Mais il paraît que ce garde est aveugle.
LA SOIE ARTIFICIELLE.
Une explosion violente, faisant de nombreuses victimes, vient de se produire dans une fabrique de soie artificielle installée à Sarvar (Hongrie) et qui occupe 500 ouvriers. Nombre de personnes ignoraient sans doute que l'industrie de la soie artificielle fût aussi prospère et aussi dangereuse.
Cette soie, dite soie Chardonnet, du nom de l'inventeur, n'est autre chose que du collodion solidifié. En plongeant du coton dans un bain d'acide sulfurique et d'acide nitrique, on obtient de la nitrocellulose ou fulmicoton qu'on dissout dans un mélange d'alcool et d'éther. Ce sirop est lancé, sous une pression de 40 atmosphères, dans des filières en verre nommées vers à soie, à la sortie desquelles il se solidifie. L'évaporation imprègne donc l'air de vapeurs d'éther et d'alcool et ajoute un nouveau danger à celui que présente déjà la manipulation préalable des deux liquides.
Le procédé Chardonnet date de 1884; on l'a imité depuis. Mais les divers systèmes imaginés consistent toujours à filer un sirop de nitrocellulose, parfois de cellulose, et aucun d'eux n'a pris industriellement l'importance du procédé Chardonnet.
Cette soie, qui possède un réel brillant, est moins souple et environ moitié moins résistante que la soie naturelle. Ses filaments, très divisés, ne permettent pas de l'employer pour la chaîne des tissus, elle ne peut entrer que dans la composition de tissus mélangés. Son aptitude particulière à fixer les terres rares la fait préférer aux autres textiles pour les manchons à incandescence; elle est fort utilisée en passementerie, et elle a presque entièrement remplacé la soie naturelle pour tout ce qui regarde l'électricité.
LA FONTAINE DE SAINT-ÉTIENNE À CARLSRUHE.
La ville de Carlsruhe, capitale du grand-duché de Bade, dont les rues larges et silencieuses renferment tant de monuments variés, vient de s'offrir une fontaine d'une certaine originalité. La nymphe des eaux est entourée d'une colonnade où les vulgaires cariatides ont été remplacées par le portrait, légèrement chargé, des conseillers municipaux de la cité. On s'étonnera peut-être que cette formule d'art nouveau, bien faite pour satisfaire la vanité de beaucoup d'édiles modernes, n'ait pas été appliquée plus tôt.
LES MARIAGES ANGLO-AMÉRICAINS.
Un écrivain anglais vient d'exécuter une charge à fond de train contre l'aristocratie anglaise, à cause de la facilité avec laquelle les porteurs de grands noms se marient avec des Américaines, quand celles-ci ont une grande fortune. Beaucoup d'Américaines riches, les filles des grands industriels ou des organisateurs de _trusts_, n'ont qu'une ambition, qui est d'épouser un lord anglais, un prince italien, ou le descendant de quelque grande famille française. Cela ne leur réussit pas toujours, d'ailleurs: le marché, puisque ce n'est pas autre chose, ne tourne pas toujours à leur avantage. Mais l'écrivain anglais ajoute que ce n'est pas à l'avantage non plus des pays où se font ces mariages internationaux. Les femmes américaines introduites par le mariage dans la société anglaise, par exemple, n'y apportent rien d'élevé ou de noble, aucune force politique ou morale. Autrefois, en Angleterre, il est entré bon nombre de huguenots, puis de royalistes, que la France avait chassés; mais ces éléments étaient excellents. Les femmes que l'Angleterre s'annexa par le mariage avaient un haut idéal et des convictions élevées: rien en elles ne pouvait contribuer à abaisser le ton de la société où elles pénétraient. Ce fut une bonne acquisition pour l'Angleterre. On n'en peut dire autant des Américaines qui, contre espèces, se procurent un mari, un titre et un château historique. Elles ne vivent que pour la vanité et l'argent et apportent avec elles une forme de civilisation très inférieure et dégradante. Ce n'est pas tout. On a souvent dit que les croisements sont favorables à la multiplication de la race et beaucoup pensaient que le jeune sang de l'Amérique serait profitable au vieux sang de l'Angleterre. Mais il n'en est pas du tout ainsi. Depuis 1840, trente pairs ou fils de pairs anglais ont épousé des Américaines. Or, sur ce total, treize sont sans enfants; cinq n'ont que des filles et cinq n'ont qu'un seul fils. C'est dire que les noms vont s'éteindre en majorité. Les Américaines sont souvent stériles, pour tout dire en un mot. C'est pourquoi l'aristocratie a deux raisons plutôt qu'une de ne pas se les annexer.
LA FABRICATION DU DIAMANT.
M. C.-V. Burton, de Cambridge, vient de tenter la fabrication du diamant par un procédé rappelant celui qu'imagina, il y a une dizaine d'années, M. Henri Moissan. Ce dernier plaçait dans le four électrique du fer et un morceau de sucre, lequel représente, comme la houille, une des formes du carbone. Sous une température de 3.000 degrés, ce carbone se liquéfiait au sein de la masse métallique en fusion que l'on jetait alors dans l'eau froide. Le refroidissement brusque produisait une contraction et une pression formidables déterminant la cristallisation du carbone en parcelles microscopiques de diamant.
M. Burton opère avec un alliage de plomb et de calcium qui doit contenir du carbone sous forme de carbure, et les cristaux de diamant (?) qu'il affirme avoir obtenus sont aussi d'une taille infime.
Rappelons, à ce propos, que le rubis artificiel ou _rubis reconstitué_, «aussi beau que le vrai», si abondant aujourd'hui chez les joailliers parisiens, est obtenu simplement en fondant de la poussière de rubis naturel. Il n'y a donc aucune comparaison à établir entre cette industrie et le problème de la transformation d'un pain de sucre en rivière de diamants.
LES CORRUGATIONS DES DENTS ET DES ONGLES.
Ce sont des altérations qui consistent en taches opaques ou en sillons qui rappellent vaguement les rides sillonnant les cornes des vaches.
Depuis longtemps, les médecins étaient d'accord pour les considérer comme des témoins d'états pathologiques; les dents et les ongles ayant poussé pendant l'état de maladie présentent, en effet, un développement anormal; mais ces rapports étaient en somme assez vagues.
D'après un médecin anglais, M. Curtis, les sillons transversaux des dents et des ongles seraient en rapport avec l'autointoxication et les affections rhumatismales auxquelles celle-ci aboutit souvent, tandis que les lignes longitudinales seraient sous la dépendance de troubles de la nutrition liés à des affections intestinales.
Les lésions unguéales, suivant qu'elles sont plus ou moins fines et grossières, permettraient même de juger du degré de gravité de la maladie subie par le patient; et leur position, qui varie avec la croissance de l'ongle, permettrait aussi de fixer la date de cette maladie.
Dans les cas où la lésion occupe à peu près le milieu de l'ongle, on petit évaluer à deux mois le laps de temps qui s'est écoulé depuis la maladie.