L'Illustration, No. 3270, 28 Octobre 1905
Part 1
Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
L'Illustration, No. 3270, 28 Octobre 1905
Avec ce Numéro: L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE CONTENANT DON QUICHOTTE Suite et fin.
LA REVUE COMIQUE, par Henriot.
NOS SUPPLÉMENTS
ROMAN.--Nous commencerons dans le numéro du 18 novembre la publication d'un nouveau roman de J.-H. ROSNY: LA TOISON D'OR, illustré par SIMONT. Ce roman sera imprimé sur papier vergé mat et chaque fascicule contiendra une gravure hors texte tirée en deux tons sur papier couché. Les courtes nouvelles accompagnant nos numéros des 21 et 28 octobre, 4 et 11 novembre, ont été imprimées sur papier glacé, avec illustrations dans le texte, afin de permettre à nos abonnés de les faire relier à la suite du roman de Claude Lemaître: _Cadet Oui-Oui_, que nous avons publié cet été sous la même forme.
THÉÂTRE.--Nous donnons avec ce numéro la deuxième partie de DON QUICHOTTE, le beau drame héroïque en vers de JEAN RICHEPIN: l'importance exceptionnelle de cette oeuvre nous a obligés à lui consacrer deux fascicules complets de _L'Illustration théâtrale_, comme nous l'avions déjà fait pour _Varennes_, la pièce de Henri Lavedan et G. Lenotre.
Nous publierons la semaine prochaine: LE MASQUE D'AMOUR, de DANIEL LESUEUR; puis: LA RAFALE, de HENRY BERNSTEIN, l'éclatant succès du Gymnase; LA MARCHE NUPTIALE, de HENRY BATAILLE, que va jouer le Vaudeville; BERTRADE, de JULES LEMAÎTRE, actuellement en répétitions au théâtre de la Renaissance; LE RÉVEIL, de PAUL HERVIEU, en préparation à la Comédie-Française, et toutes les autres oeuvres importantes qui seront jouées cet hiver.
ART.--Tous les numéros qui ne contiendront pas une pièce de théâtre seront accompagnés d'une de nos belles gravures en couleurs, reproduisant en fac-similé les oeuvres des plus grands peintres.
MUSIQUE.--Notre prochain supplément musical sera consacré à MIARKA de JEAN RICHEPIN, musique d'ALEXANDRE GEORGES, dont la première représentation va avoir lieu à l'Opéra-Comique.
COURRIER DE PARIS
JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE
J'ai beaucoup plaint, cei te semaine, M. Loubet. Car ce chef d'État passe pour avoir l'esprit curieux et fin; il aime les arts; il jouit d'une santé qui lui permet de supporter allègrement la fatigue des longs voyages: il eût pu passer en Espagne une semaine délicieuse... Octobre est un des instants de l'année où le ciel d'Espagne est le plus joli. Mais M. Loubet est le premier magistrat d'une république que nos voisins entendent glorifier en sa personne, et de façon très cordiale et très pompeuse,--à l'espagnole! Ils y ont réussi. «La fête fut charmante et fort bien ordonnée»; mais, parmi la somptuosité de ces décors de gala, dans le tumulte des réceptions, des fastueuses agapes, des prodigieux cortèges où défilèrent, pour l'acclamer, l'Espagne officielle, l'Espagne populaire, l'Espagne militaire,--toutes les Espagnes, M. Loubet peut-il se flatter d'avoir connu les délices d'une vraie promenade au pays d'Alphonse XIII? Et n'a-t-il pas, _in petto_, souffert un peu de sentir se dissimuler derrière tant de fleurs, de tentures, d'illuminations et d'uniformes, une autre Espagne--la véritable--qu'il eût bien voulu connaître un peu, et qu'il n'aura pas vue?
Souvent, en regardant du fond de leur «daumont» de gala les rois sourire à nos acclamations parisiennes, j'ai pensé: «La triste chose que d'être un «grand de la terre» et de ne pouvoir jouir d'une ville comme celle-ci qu'aux sons du canon et de _la Marseillaise_, et sous les yeux de cinq cent mille personnes!»
Je considérais nos belles rues, obstruées d'arcs triomphaux, d'architectures de toile peinte et de carton doré; nos arbres, si cruellement enlaidis sous l'enguirlandement des fleurs lumineuses et des lampions; et je pensais que cela n'est pas Paris le moins du monde. Je pensais que pendant plusieurs jours l'hôte que nous fêtions allait mener, parmi nous, une vie terriblement dure, et que ce sont, au total, de rudes corvées que les amusements royaux: dîners sans fin, où l'estomac peine sous la charge des mets et des vins inutiles; spectacles de gala où il est également inconvenant de laisser voir qu'on s'amuse (si l'on s'amuse), et de bâiller si l'on s'ennuie; visites trop hâtives d'édifices et de musées où l'on eût rêvé de flâner un peu et que le protocole ordonne qu'on traverse en courant; réceptions exténuantes dont il est nécessaire d'endurer jusqu'au bout le martyre, avec des gestes de cordialité, des sourires, des mots aimables qu'il faut trouver... C'est ainsi que M. Loubet aura vu l'Espagne. Il est vrai qu'une consolation lui reste: celle de penser que, dans quelques mois, il lui sera permis d'y retourner _incognito_; d'y goûter à loisir la joie d'observer à sa guise et de près les choses et les gens; d'être n'importe qui au sein d'une foule qui l'ignorera!
C'est cette joie-là qu'est venu s'offrir au milieu de nous, cette semaine, notre hôte d'hier, le prince de Bulgarie. Il nous avait quittés il y a huit jours, pompeusement, dans le fracas des musiques militaires et des galops d'escortes... Il est revenu discrètement, en rasant les murs, heureux d'être ignoré, cette fois, par tout le monde; et, seulement alors, il lui a semblé que son voyage à Paris commençait.
Il a vu nos gares sans drapeaux; il s'est installé en un hôtel que ne gardait aucun factionnaire et que M. Lépine ne surveillait que de loin. Librement, chaque soir, il choisit le cabaret où il dînera, le petit théâtre ou le music-hall où il passera sa soirée et compose, comme il lui plaît, la petite escorte d'amis qui l'y accompagneront. Il avait dit, la semaine dernière, à M. Georges Cain, directeur du musée Carnavalet: «Je reviendrai vous voir, mais tout seul, un jour que ce sera fermé... Vous voulez bien?» Et il y est retourné en effet. Il a revu le vieil hôtel de la marquise de Sévigné sans tentures ni plantes vertes; aucune _Marseillaise_ n'a détourné sa rêverie des spectacles et des souvenirs où il lui plaisait de s'attarder. Le petit-fils de Louis-Philippe a pu, durant une heure ou deux, revivre son passé, à l'abri des curiosités de la rue et des politesses municipales.
* * *
Ce sont là des voluptés que les rois seuls peuvent savourer. Ne les leur envions point. Tant d'autres leur sont interdites, qu'ils nous envient!
J'ai rencontré tout à l'heure un directeur de théâtre qui n'est pas content de moi:
--Vous avez, l'autre jour, me dit-il, parlé de nous en termes injustement sévères. Vous vous êtes plainte que la littérature ne tînt pas assez de place dans les préoccupations de vos contemporains et que le théâtre en tînt trop. Vous vous étonnez de l'intérêt très vif que porte la foule à nos moindres entreprises, et il vous paraît un peu ridicule que la presse, si peu attentive, en général, à l'effort de ceux qui font des livres, prodigue si généreusement sa «copie» à la gloire de ceux qui font des pièces--même mauvaises...
--En effet, dis-je; il y a là une inégalité de traitement qui me choque.
--Vous seriez moins choquée, fit mon interlocuteur, si vous considériez qu'il y a là deux situations très différentes et qui justifient, dans une certaine mesure, cette inégalité de traitement.
» Le lancement d'un livre n'expose jamais celui qui l'imprime qu'à d'insignifiants risques commerciaux; et, s'il est sans exemple que l'insuccès d'un volume nouveau ait pu ruiner l'éditeur qui le lançait, il est presque aussi rare que le succès de ce volume ait suffi à enrichir le brave homme qui l'avait écrit...
» Une pièce de théâtre, au contraire, est presque toujours, par les frais considérables qu'elle entraîne, une grosse affaire;--une affaire de laquelle peut dépendre, en de certains cas, le salut ou l'effondrement du directeur qui la produit. » Mais ce n'est pas tout. Faites le compte, madame, de tous ceux dont l'intérêt _personnel_ est attaché au succès d'une pièce qu'on inaugure: cela est prodigieux! Un drame, une opérette, un vaudeville qui réussit, c'est du bonheur pour tout le monde: pour le directeur et pour l'auteur; pour tel interprète, dont ce succès va mettre le nom en lumière; pour les fournisseurs--couturiers, décorateurs, ébénistes, marchands d'accessoires--désormais rassurés sur le sort de leurs factures; pour les restaurants et les cafés du quartier qui ne désempliront plus pendant trois mois; pour le bureau de tabac du coin; pour la station d'omnibus où l'on s'écrasera tous les soirs, tant que durera la pièce en vogue... Et vous vous étonnez qu'il y ait un peu de fièvre dans nos maisons chaque fois qu'une de ces parties-là s'y joue? Vous trouvez étonnant que les journaux en entretiennent leurs lecteurs un peu plus copieusement que du dernier roman paru ou de la réimpression d'un traité de morale? Une «première», madame... mais c'est mieux qu'un événement littéraire; je veux dire que c'est autre choie: c'est un tirage de loterie; c'est le jeu de hasard autour duquel chacun se demande si son numéro sortira. Et il y a en ce moment, à Paris, quelques milliers de personnes qui se posent, chaque semaine, cette question-là...»
* * *
Promenade au Palais de glace. Les amateurs de patinage, découragés par la douceur des hivers parisiens, ont eu l'idée spirituelle d'aménager pour leur plaisir une piste de glace à huis clos. Il n'est plus de caprices à la satisfaction desquels la science moderne ne se prête; et l'on fabrique aujourd'hui de l'hiver ou du printemps comme de la cotonnade ou des chandelles. C'est une des coquetteries de ce temps-ci: manger des fraises et des asperges aux époques de l'année où elles sont censées ne pousser nulle part, et commencer de patiner quinze jours avant que les fiacres fermés aient fait leur réapparition dans nos rues. Nous aimons les primeurs...
C'est d'ailleurs un joli sport que ce patinage en chambre et où triomphe la Parisienne. Sur la piste circulaire, où les lustres électriques versent leurs clartés de fête, elle file, court, valse, virevolte dans le bercement des valses lentes que l'orchestre lui joue. Autour de la piste, un promenoir joliment fleuri s'emplit d'une cohue de flâneurs satisfaits et de femmes très «habillées». En plein air, il eût fallu se vêtir chaudement, renoncer aux grâces du costume--être laides! Ici, la douceur de l'atmosphère incite aux plus précieuses élégances; et l'on court sur la glace--vision paradoxale et charmante--en robe de printemps! Un Scandinave de mes amis considérait ce spectacle avec des yeux ravis: «J'admire, me disait-il, la générosité de vos Parisiennes. A Christiania, une jeune femme qui patine n'a que la préoccupation égoïste de son amusement. Observez celles-ci: leur souci principal est d'être regardées et de plaire. Elles ne négligent pas, sans doute, leur propre plaisir; mais ne dirait-on pas qu'elles pensent surtout au nôtre?»
SONIA.
A L'AMBASSADE DE FRANCE A MADRID
M. JULES CAMBON ET M. CH. ROUVIER
A Hendaye, au moment où il allait franchir la frontière espagnole, le Président de la République trouvait, pour le recevoir--à côté de l'envoyé du roi d'Espagne--l'ambassadeur de France à Madrid, M. Jules Cambon. Esprit délicat et pénétrant, causeur enjoué et aimable, si ses merveilleuses qualités de diplomate ont fait beaucoup pour amener les relations entre l'Espagne et la France au degré de cordialité où nous les voyons aujourd'hui, ceux qui le connaissent imagineront volontiers que ses dons personnels de séduction ont dû peser aussi dans la balance.
Tour à tour sous-chef, puis chef de bureau à la direction des affaires civiles et financières de l'Algérie, préfet de Constantine, secrétaire général de la préfecture de police, préfet du Nord, préfet du Rhône, gouverneur général de l'Algérie, ambassadeur enfin, il aura rempli avec une égale distinction, même de la façon la plus brillante, les fonctions les plus différentes.
Il représentait la France à Washington pendant la guerre entre l'Espagne et les États-Unis. Il est à peine besoin de rappeler avec quel tact, hautement apprécié des deux nations belligérantes, il remplit entre elles le rôle de médiateur.
M. Charles Rouvier, ministre plénipotentiaire de France à Lisbonne, originaire de l'Ardèche, est âgé d'une cinquantaine d'années. Après avoir été rédacteur à _l'Agence Havas_ et secrétaire de M. Waddington à la conférence de Berlin, il entra au ministère des Affaires étrangères qui l'envoya bientôt représenter la France à Rio-Janeiro, puis à Buenos-Ayres, Tunis, Stocknolm et, enfin, Lisbonne. D'une extrême amabilité, pleine de finesse enveloppante, possédant au plus haut point l'intelligence diplomatique, M. Rouvier a donné une preuve de sa valeur en aplanissant les graves difficultés financières qu'ont suscitées à un moment les emprunts portugais. Il y a quelques années, à l'église grecque de Paris où on put le voir, conformément au rite, faisant le tour de l'église la tête ceinte d'une couronne de roses blanches, il a épousé Mlle Achillopulo, fille d'un riche banquier du Caire, dont notre gravure nous dispense de faire l'éloge esthétique. Ajoutons que cette jolie femme, également séduisante par son esprit bienveillant et sa simplicité, parle couramment sept langues.
Aucun lien de parenté n'existe entre le président du Conseil et notre ministre à Lisbonne, dont le frère est percepteur à Saint-Cloud.
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A MADRID _Phot. de nos correspondants et dessin d'après nature de Georges Scott._
LA RUE ESPAGNOLE, UN JOUR DE FÊTE
_Toute la joule espagnole, variée, remuante, bruyante, colorée, endiguée et maintenue sans peine par les carabiniers haut juchés sur leurs chevaux, s'écoule dans cette rue étroite à l'ombre de la vieille église vénérable: hommes du peuple, artisans, paysans en bérets, la capa de drap ou la couverture de laine jetée négligemment sur l'épaule; même, tel extraordinaire chapeau tromblon, dans le coin de gauche, nous rejette en arrière au temps de Goya. C'est toute la joule espagnole,--sauf toutefois l'élément féminin, dont la grâce lui donne le meilleur de son charme et que nous présentons d'ailleurs d'autre part à nos lecteurs._
BEAUTÉS D'ESPAGNE
Le caractère même du voyage qu'effectue en ce moment à la cour de Madrid, puis à celle de Lisbonne, M. Émile Loubet, l'apparat dont il est entouré, la précision avec laquelle le protocole en a réglé les détails, son peu de durée enfin, ne permettaient guère au Président de la République l'espoir dégoûter quelques-unes des joies que l'Espagne réserve en abondance aux touristes à qui leurs loisirs permettent les excursions en zigzags.
Il est à présumer que les quelques coins de pittoresque que M. Loubet a pu entrevoir, au milieu des cortèges officiels qui l'emportent, des cérémonies auxquelles il est convié, des fêtes données en son honneur, lui font parfois envier le sort de ces promeneurs moins pressés et point surveillés.
Il va voir Madrid parée et pavoisée. Mais Grenade et son Alhambra, Burgos et sa cathédrale, Séville et l'Alcazar, dont il a lu des descriptions enthousiastes, n'auront point sa visite. Il n'aura connu qu'un petit coin, et non le plus attrayant, de la belle et séduisante Espagne.
Peu de pays ont gardé autant de caractère que la Péninsule. Cette foule grouillante, bariolée, haute en couleurs, qui se presse dans la rue de Ségovie, que nous montrons ci-contre, on peut la retrouver aussi animée, aussi amusante dans n'importe quelle ville espagnole.
Le costume, évidemment, tend ici, connue partout ailleurs, à s'uniformiser, à se banaliser. Le magasin de confections fait tout doucement son oeuvre,--un peu moins avancée, toutefois, que chez nous. Les modes de Paris ont envahi Cadix-la-Coquette, comme Barcelone et Madrid, comme toutes les Espagnes, au moins toutes leurs grandes villes. Le boléro, les jupes courtes à painpilles, ne sont plus de mise que sur les planches de l'Opéra-Comique, et la surprise des Français voyageant _tra los montes_ est grande de voir jouer _Carmen_ en toilettes de ville,--comme chez nous la _Louise_ de M. Charpentier ou _le Rêve_ de M. Bruneau. Mais les jolies Espagnoles ont eu du moins le bon esprit, la sagesse, de conserver, même avec les robes à falbalas au dernier goût du jour, leur coiffure nationale, la mantille de dentelle ou de guipure, si seyante et qui, enveloppant leurs visages de transparentes et légères ombres, donne tant de piquant à leur beauté brune, à leur teint mat ou doré, à leurs yeux sombres.
_Photographies Kaulak et Irigoyen._
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A MADRID _Dessins d'après nature de notre envoyé spécial, M. Georges Scott._
M. Herselin, 1er adjoint. M. Berthereau, maire. M. Clémentel. Mme Clémentel. Mme Duval, mère de la mariée. L'amiral Fournier.
LE MARIAGE DE M. CLÉMENTEL, MINISTRE DES COLONIES, A LA MAIRIE DE NEUILLY-SUR-SEINE
_Dessin d'après nature de Simont._
_Le mariage du ministre des Colonies, que_ L'Illustration _du 16 septembre mentionnait comme un événement 'prochain, en publiant un portrait de Mme Knowles, la future «ministresse», a été célébré, samedi dernier, à la mairie de Neuilly. Dans la salle, décorée de fleurs, se pressait une brillante assistance où l'on distinguait les plus notoires représentants du gouvernement, du Parlement, du monde diplomatique. Témoins de M. Clémentel:_
_MM. Bouvier, président du Conseil, et Sarrien, ancien ministre, député de Saône-et-Loire; de Mme Knowles: le vice-amiral Fournier et le lieutenant de vaisseau Abadie. La mariée portait une robe de soie crème garnie, de dentelles et bordée de fourrure; une cravate de zibeline, une toque mauve, un bouquet d'orchidées, complétaient cette toilette d'une élégance de haut goût. Le ministre était simplement en redingote noire, avec gilet et cravate bleus._
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN PORTUGAL
Le président Loubet a pris congé du roi d'Espagne, jeudi soir, pour aller rendre visite au roi et à la reine de Portugal. Pendant son séjour à Lisbonne, de vendredi à dimanche, il est l'hôte des souverains au palais royal de Belem, où ont été mis à sa disposition des appartements dont nous faisons voir la chambre à coucher principale.
Construit vers 1700, dans un faubourg de Lisbonne où se trouve également le palais d'Ajuda, résidence habituelle de la reine douairière Maria-Pia, ce palais est, comme le montre notre gravure, d'une architecture fort simple. Il n'a rien de commun avec le fameux _couvent de Belem_, dont le cloître est une des merveilles du Portugal.
Une partie de la journée de samedi doit être consacrée à une excursion à Cintra, petite ville située à 28 kilomètres de Lisbonne. Ce lieu singulièrement favorisé, que Byron, en une description enthousiaste, a qualifié de «nouvel Eden», possède deux résidences royales d'été, remarquables par leur caractère architectural: le château mauresque et le _castello da Pena_. M. Loubet déjeunera dans l'un et visitera l'autre.
Le château da Pena, construit vers 1850 dans le style des châteaux forts du moyen âge, s'élève au sommet d'un rocher que couronnait autrefois un couvent fondé au seizième siècle et servant de lieu de pénitence pour les moines de Belem. De la grande coupole, on a une vue admirable sur l'Océan, la province d'Estramadure et la plaine du Tage. Tout le versant de la montagne a été transformé en un parc luxuriant où abondent les camélias et les rhododendrons.
Le prince Ferdinand de Bulgarie a profité de son voyage en France pour aller visiter les usines du Creusot, auxquelles il a confié d'importantes commandes d'artillerie. Parti de Paris le jeudi 19 octobre, par un train spécial qu'avait commandé M. Schneider, le prince a été pendant quatre jours, avec sa suite, l'hôte du directeur du Creusot. M. Schneider s'est empressé, avec une bonne grâce que son hôte a paru hautement apprécier, pour lui rendre ce séjour aussi agréable que possible, et, notamment, assisté de quelques-uns de ses chefs de service, l'a initié à tous les travaux qui s'exécutent dans la formidable cité industrielle, le guidant à travers les ateliers, les halls, au polygone, etc.
Laminage, puddlage, forgeage, ajustage, tirs, le prince a tout vu et s'est intéressé à tout. Mais un spectacle paraît l'avoir vivement impressionné, c'est celui qui lui fut offert, le vendredi soir, au service des aciéries, où, en sa présence, on coula, à la grande fosse des fours Martin, un lingot cylindrique d'acier de 720 millimètres de diamètre, d'un poids approximatif de 18.750 kilogrammes, destiné à la fabrication d'éléments de canons de 164mm,7 pour la marine française. Penché vers la fosse d'où rayonnait une rougeoyante lueur, le prince Ferdinand suivit avec la plus vive attention toutes les péripéties de l'opération, et s'émerveilla de sa précision comme de sa beauté.
Nous signalions récemment l'installation du dirigeable _Lebaudy_ à Toul. On l'y a logé dans un des manèges du 39e d'artillerie, dont on a dû abattre le mur de fond et surtout creuser profondément le sol, afin de remédier à l'insuffisance de hauteur.