L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905

Part 4

Chapter 42,015 wordsPublic domain

Un chimiste hongrois, du nom de Brunn, prétend avoir découvert un liquide chimique qui mettrait certaines substances à l'abri des injures du temps, en même temps qu'il les rendrait antiseptiques. Ses recherches lui auraient été suggérées par un voyage en Grèce, au cours duquel il remarqua que le mortier des édifices en ruine, de plus de deux mille ans, semblait aussi dur et frais que s'il avait été de l'année précédente seulement. Il se procura un morceau de mortier et l'examina, et de cet examen, fait il y a vingt-cinq ans, sont sorties les recherches qui ont abouti à la découverte, à l'invention d'un liquide jaune, nommé zorène, dont on n'indique point la composition, mais qui posséderait toutes les vertus. Ce zorène serait un durcissant incomparable pour la pierre, la brique et le bois. Il empêcherait aussi les matériaux d'absorber l'humidité; il rendrait inoxydables les métaux. En même temps il permettrait de créer des routes ne donnant pas de poussière,--ce qui est une façon de parler. Le zorène associé aux scories fournirait des chaussées presque éternelles et si dures que les véhicules auraient de la peine à les entamer. Si tout cela est vrai, le zorène a une belle place à prendre.

POUR PURIFIER LA FUMÉE DE TABAC.

Les divers procédés suggérés de temps à autre pour purifier la fumée de tabac présentent généralement deux points communs: ils ont la prétention d'enlever au tabac _tous_ ses principes nocifs et ils exigent une cuisine plus ou moins compliquée.

Un chimiste allemand, moins absolu que ses précurseurs, propose une solution d'une extrême simplicité: elle consiste à placer, soit dans le tuyau de la pipe, soit dans le fume-cigare ou fume-cigarette, un petit tampon d'ouate imbibé de perchlorure de: fer. D'une longue série d'expériences, M. Thoms se croit autorisé à conclure que cette filtration élimine totalement l'hydrogène sulfuré et l'huile essentielle empyreumatique; et, pour la plus grande partie, la nicotine et ses produits de décomposition, l'acide cyanhydrique et l'ammoniaque. On ne saurait, ajoute-t-il, éliminer toute la nocivité sans éliminer le plaisir.

La vapeur du perchlorure n'est pas vénéneuse, et, comme elle n'est pas entraînée; par la fumée filtrée, il semble qu'elle ne doive pas influer sérieusement sur l'arôme! Sur ce point, toutefois, le chimiste a l'esprit de décliner sa compétence et de s'en rapporter à celle des fumeurs.

UNE EXPLOSION D'ACÉTYLÈNE.

Un grave accident a mis dernièrement en émoi la ville de Montélimar, dans des circonstances qu'il est intéressant de signaler.

M. Brun, pharmacien-chimiste, propriétaire d'une superbe villa, de construction récente et dont les travaux sont à peine achevés, y avait installé un appareil à acétylène, fonctionnant de manière à ne laisser dégager le gaz qu'au fur et à mesure de la consommation. Le 9 octobre, il essayait un chauffe-bains, avec le constructeur de cet appareil, lorsque, partant des sous-sols, une explosion se produisit, accompagnée d'une formidable détonation, entendue à plusieurs kilomètres de distance. En même temps, les persiennes et volets, réduits en miettes, étaient projetés au loin, les planchers s'effondraient, leurs poutrelles en fer tordues comme des brins de paille. Tout un angle du bâtiment s'était écroulé, et telle avait été la violence de la répercussion qu'il ne restait plus trace de vitres aux fenêtres des habitations voisines.

On n'a eu, heureusement, aucun accident de personne à déplorer; mais, si le sinistre était advenu quarante-huit heures plus tard, la famille de M. Brun et les domestiques eussent été ensevelis sous les décombres.

Quant aux dégâts matériels, ils sont considérables, et l'on peut les évaluer au moins à une centaine de mille francs; car, sans compter la partie de la maison entièrement détruite, la partie demeurée debout est lézardée et atteinte dans ses oeuvres vives.

Au sujet de la cause de l'explosion, l'hypothèse la plus probable est celle-ci: un ouvrier, mal au courant de la marche de l'appareil, aurait négligé de fermer un robinet dit «de purge»; d'où une fuite du gaz, qui se serait accumulé en grande quantité dans les sous-sols, cependant bien aérés.

LES THÉÂTRES

Nous publions, avec ce numéro, la première partie du _Don Quichotte_ représenté cette semaine à la Comédie-Française et qui est l'événement littéraire de la saison théâtrale commençante. Il serait superflu de vanter à nos lecteurs la versification brillante de M. Jean Richepin; ses envolées poétiques dans les situations capitales du drame héroï-comique qu'il a ingénieusement combiné d'après le chef-d'oeuvre de Cervantes, ont produit une vive impression. M. Leloir est, d'ailleurs, la vivante image du chevalier de la Manche; il a tracé de cette figure falote une silhouette inoubliable.

Au Palais-Royal, la nouvelle pièce de MM. Keroul et Barré, _Toison d'or_, provoque chaque soir une vive hilarité parmi les spectateurs. C'est une folle histoire de «cocotte» à deux faces, l'une grave, l'autre tout à fait épanouie, où les limites du possible sont à peine dépassées: grand succès personnel pour M. Raimond.

_Le bonheur, mesdames!..._ la comédie légère de M. Francis de Croisset, aux Variétés, a été chaleureusement accueillie. L'honneur du succès revient sans doute à l'esprit facile, à l'aisance et à l'ingéniosité de l'auteur, mais il doit beaucoup à ses interprètes. Le talent de Mmes Jeanne Granier, Magnier, Lavallière, et de MM. Baron, Brasseur et Prince, décuple la valeur d'une oeuvre.

Don Quichotte (M. Leloir). Sancho Panza (M. Brunot). «DON QUICHOTTE», DE M. JEAN RICHEPIN, AU THÉÂTRE-FRANÇAIS

_Nous publions, avec ce numéro, les quatre premiers tableaux du drame en vers de M. Jean Richepin. Les quatre derniers tableaux paraîtront dans notre prochain numéro._

«DANS LES BAS-FONDS»

Le théâtre de l'Oeuvre vient de représenter, avec un succès constaté par toute la presse, la plus saisissante des oeuvres dramatiques de Maxime Gorki: _Dans les Bas-Fonds_. La version française de M. Halpérine-Kaminsky a grandement contribué, par ses qualités scéniques, à la forte impression produite sur les spectateurs. Quant à l'interprétation, elle a été remarquable surtout par son ensemble, et tous les artistes seraient à citer. Nommons les principaux: Mmes Archaimbaud, de Raisy, Dortzal; MM. Lugné-Poe, incomparable en même temps comme metteur en scène, Adès, Marey, Saillard, etc.

Mais voici que cette oeuvre originale et puissante a tenté de grandes artistes comme Eleonora Duse et Suzanne Després. Et elles vont incarner, le 23 octobre prochain, dans une représentation qui doit être unique, les deux soeurs, Vassilissa et Natacha, qui aiment le même homme, Vaska Pepel.

La scène que nous reproduisons, d'après une photographie prise au Théâtre Artistique de Moscou, où les _Bas-Fonds_ furent créés sous la direction de l'auteur, montre précisément les deux femmes aux prises: Natacha, échaudée par Vassilissa, est défendue par Pepel, tandis que Vassilissa est retenue par la foule des vagabonds.

Natacha, ce sera Mme Suzanne Després; Vassilissa, ce sera la Duse.

LE PRINCE SERGE TROUBETZKOÏ

Le parti libéral russe vient de perdre l'un de ses chefs les plus sages et les plus respectés, l'un des hommes en qui il avait mis le plus d'espérances: le prince Serge Troubetzkoï.

Issu d'une famille très aristocratique--un de ses frères est maréchal de la noblesse de Moscou--il s'était, avec son autre frère Eugène, voué à l'enseignement. Il professait à l'Université de Moscou. Son savoir étendu, la merveilleuse clarté de son esprit et, peut-être plus que tout cela, un rare talent de parole lui avaient donné sur le corps enseignant un ascendant considérable et conquis, parmi les étudiants, une enthousiaste popularité. Aussi, quand s'ouvrirent pour l'Université les temps critiques, au milieu des conjonctures les plus graves, alors que les élèves désertaient les cours, que les professeurs abandonnaient leurs chaires plutôt que de subir les entraves que leur voulait imposer le pouvoir, le prince Serge Troubetzkoï fut-il, par un vote unanime de ses collègues, élu recteur. Lourd et périlleux honneur, dans de telles circonstances! Il ne s'y déroba point.

Après avoir, dans une entrevue récente, exhorté au calme les étudiants, avoir obtenu d'eux la promesse qu'ils ne le troubleraient point, par d'intempestives manifestations, dans l'accomplissement de la mission qu'il allait remplir, il se rendait à Saint-Pétersbourg pour plaider, auprès du gouvernement, et surtout de l'intransigeant et tout-puissant général Trépof, la cause des deux libertés qui lui étaient si chères: la liberté de réunion, la liberté d'enseignement.

Le prince Troubetzkoï était malade, exténué par les fatigues de tout genre que lui avaient imposées et ses fonctions à l'Université et la part très active qu'il prenait aux travaux du Comité permanent des zemstvos. Cela même ne l'arrêta pas. Il commença ses démarches.

Le jeudi 12 octobre il avait remis au général Glasof, ministre de l'Instruction publique, un plaidoyer en faveur des idées qui lui tenaient au coeur, des réformes qu'il sollicitait. Le général l'avait invité à prendre part, le lendemain, à la séance de la commission chargée d'élaborer les nouveaux statuts scolaires. Il y vint, prononça à l'appui de son rapport un discours ému et qui fit sensation.

Comme il se rasseyait et allumait un cigare, on le vit pâlir, défaillir. Sa tête se renversa en arrière sur le dossier de sa chaise. On s'empressa; on le transporta dans un salon voisin. Il reprit quelque temps l'usage de ses sens à l'arrivée des médecins, de parents qu'on était allé chercher. Puis il perdit de nouveau connaissance. Vers 10 heures du soir, il rendait le dernier soupir.

A Saint-Pétersbourg, d'abord, puis à Moscou, où son corps a été transporté, on lui a fait des obsèques impressionnantes.

SIR HENRY IRVING

Le grand acteur tragique anglais Henry Irving vient de mourir, à Bradford, à peine au sortir de scène, après une représentation du _Thomas Becket_ de Tennyson, qui était l'un des triomphes de sa carrière dramatique.

John Henry Brodribb, connu au théâtre sous le nom d'Irving, était né en 1838, à Keinton, près de Glastonbury, et avait débuté, en 1856, sur un théâtre de province, à Sunderland. En 1866, la création, à Manchester, du principal rôle d'une pièce de Dion-Boucicault l'avait mis en relief. Il avait été engagé au Lycéum.

Fervent dévot de Shakespeare, il lui avait consacré avec passion le meilleur de son talent qui était considérable. Il semblait surtout s'être donné pour but de populariser, de faire comprendre et aimer le génial dramaturge. Interprète inoubliable de ses chefs-d'oeuvre, il lui a dû ses plus beaux triomphes.

L'Angleterre, et non seulement elle, mais tous les pays de langue anglaise, les États-Unis qui l'avaient applaudi, étaient fiers de lui. Il avait été anobli. Devant son pseudonyme, l'admiration royale avait mis le sir qui équivaut à nos particules, et il était devenu, authentiquement, sir Henry Irving. A la nouvelle de sa mort, le roi et la reine faisaient exprimer à sa famille leurs condoléances; le président Roosevelt adressait à son fils un télégramme de regrets, et il n'y eut qu'une voix pour demander qu'on lui accordât la sépulture de Westminster, réservée aux plus glorieuses illustrations de la patrie. Son mausolée y sera auprès de celui de Gladstone.

A LA DOUANE, par Henriot.

_NOUVELLES INVENTIONS (Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement gratuits.)_

NOUVELLE LAMPE ÉLECTRIQUE MOBILE

Parmi les nombreux avantages que présente la lumière électrique, l'un des plus importants réside dans l'extrême docilité avec laquelle elle se prête à tous nos besoins ou nos caprices.

Rien n'est aussi pratique et décoratif pour l'éclairage des pianos et bureaux genre américain que la lampe «Américaine» que représentent nos gravures, lampe réunissant à la fois le côté pratique et décoratif.

Les figures 1 et 2 représentent l'application de 1'«Américaine» aux pianos: au moyen de l'inclinaison du volet mobile, les rayons lumineux sont tous concentrés sur la musique et la lampe est complètement cachée à la vue de l'exécutant. La hauteur est calculée pour permettre de tourner facilement les pages.

La figure 3 montre la même lampe éclairant un bureau du genre américain.

Pour amener la lampe dans cette position, il suffit, après avoir desserré le bouton molleté, de faire glisser le col de cygne dans une mortaise jusqu'au niveau du pied. Le volet mobile, placé horizontalement, fait disparaître la lampe à la vue tout en dirigeant la lumière sur la table du bureau.

La construction de l'«Américaine» est robuste et soignée; le socle est garni avec un disque de drap pour éviter toute détérioration du vernis des meubles.

La décoration en est très riche et se fait au gré de l'acheteur en vernis or mat, poli verni or, nickelé, bronzé, etc.

Son prix est de 35 francs sans lampe ni douille; _en cuivre_ rouge genre anglais, 36 francs. _Majoration de 3 francs pour lampe, douille et fil souple._

La lampe l'«Américaine» se trouve chez _M. Fournier, 22, rue Baudin, Paris_, et dans les bonnes maisons d'électricité.