L'Illustration, No. 3269, 21 Octobre 1905

Part 3

Chapter 33,481 wordsPublic domain

Vain stratagème! Les ennemis étaient résolus à tous les sacrifices pour remplir leur mission. Le franchissement de ces obstacles artificiels ne fut qu'un jeu. Comme ils se suivaient à 400 mètres de distance, reliés les uns aux autres par un petit câble téléphonique, le sous-marin d'avant-garde, dès qu'il sentit la résistance opposée par les mailles du filet, avertit son «matelot d'arrière». Le sous-marin n° 2 opéra immédiatement sa retraite, imité successivement par ceux qui le suivaient. Quant au sous-marin d'avant-garde, prenant de l'élan, il coupe facilement le filet avec son étrave. Audacieusement, il pousse en avant et touche l'une des torpilles de blocus. Le chapelet de mines explose. Le fleuve est secoué dans toute sa largeur. Les eaux, projetées à une grande hauteur, saisissent, enlèvent et retournent comme une coquille de noix l'audacieux petit bâtiment, qui retombe lourdement dans le fleuve pour trouver là sa dernière demeure. Tout autour du pont, les flots agités par l'explosion entraînent aussi ce qui avait été accumulé à grand'peine pour écarter le danger des torpilles. La place est bientôt nette: le courant du Rhin balaye barques, pontons et échafaudages. Les invisibles assaillants laissent écouler au-dessus d'eux tous ces obstacles qui devaient les arrêter. Une heure, deux heures se passent. Pendant que Mannheim, rassuré, escompte la destruction de la flottille satanique; pendant que les eaux du Rhin, recouvrant peu à peu leur tranquillité et leur direction naturelles, ne risquent plus de gêner la trajectoire des torpilles, deux coups sourds, suivis d'un nouveau bouillonnement des eaux, retentissaient au fond du fleuve. Le grand pont de Mannheim, orgueil de la cité, était atteint mortellement. La même cause avait produit le même effet.

Cependant, le champ des exploits se limitait pour les sous-marins. La profondeur du fleuve diminuait. Le courant devenait plus difficile à remonter. Il était 3 heures du matin. Les sous-marins reparurent à la surface, profitant du reste de la nuit pour gagner, à la plus grande vitesse possible, Germesheim. Ils ne plongèrent qu'une seule fois: sous le pont de bateaux de Spire qu'ils laissèrent intact, tant ils avaient hâte d'arriver au pont monumental qui porte la ligne à voie double de Bruchsal à Landau.

A Germesheim, le télégraphe et le téléphone ne cessaient de fonctionner. Toute la population était sur pied: le bourgmestre, la police, la gendarmerie, les pompiers, sans compter l'armée qui formait autour de l'édifice menacé une triple ceinture de sauvegarde. «Vous aurez leur visite vers 7 heures du matin», avait dit une dépêche de Mannheim. Des bateliers furent envoyés en reconnaissance sur le fleuve; des escadrons de cavalerie évoluèrent le long de chaque rive; un ballon captif fut détaché à 50 mètres au-dessus des flots. Ce dernier moyen est l'un des meilleurs pour apercevoir des bâtiments naviguant en immersion.

Les précautions semblaient bien prises. Malheureusement, les sous-marins, marchant à la surface, ne mirent que deux heures à parcourir le trajet, qui aurait exigé quatre heures en plongée. Signalés par les bateliers, vers Heiligenstein, à moitié chemin entre Spire et Germesheim, la pâle clarté du matin leur permit de s'immerger sans avoir été atteints par les obus et les balles qu'on leur envoyait du rivage. Du ballon captif, les balancements de la nacelle et le brouillard du fleuve ne laissaient même pas apercevoir le périscope des sous-marins flottant sur l'eau.

Dans ces conditions, quelle défense possible pour le pont de Germesheim? Aucune. Il fut «exécuté» à 6 heures du matin. Quelques scaphandriers, partis du sous-marin d'arrière-garde, s'en allèrent accrocher deux cartouches de dynamite aux piles du pont, en marchant dans le lit du fleuve. Un double courant électrique fit éclater les deux bombes, et d'un édifice monumental qui avait coûté 4 millions de francs, il resta une masse tordue, informe. C'était le pont de Germesheim, après la visite de ses ennemis.

Ce ne fut qu'un cri de colère dans la cité quand trois dépêches, arrivant coup sur coup, annoncèrent que le pont de Kreuznach, près du confluent de la Nahe et du Rhin, les ponts imposants de Francfort-du-Mein, à 40 kilomètres de l'endroit où le Mein se jette dans le Rhin, enfin celui du Neckar, à Heidelberg, attaqués de la même manière, avaient subi un sort pareil. «Ils sauteront tous»! disaient les uns.--«On a lancé des sous-marins dans tous les fleuves allemands», disaient les autres. Quelques-uns, plus réfléchis, essayèrent de faire comprendre aux affolés que les bateaux fantômes qui remontaient maintenant le cours des affluents du Rhin appartenaient à la même flottille et étaient venus par le Rhin lui-même. Personne ne voulait croire cette explication si simple.

Tel était le découragement qu'on ne songeait plus même à poursuivre ceux qui, après avoir accompli le coup de Germesheim, continuaient, avec une régularité d'horloge, leur affreuse odyssée sur le fleuve. «Ils arriveront ce soir au pont de Kehl!» s'écriaient les gens d'un air moitié furieux, moitié résigné.

La prédiction ne devait pas s'accomplir. La flottille ne comptait plus que trois submersibles. Il était, en outre, manifeste que son approvisionnement en vivres et en torpilles était épuisé. La fatigue des équipages allait enfin avoir raison de leur audace. Ils achevèrent leur _raid_ étonnant en détériorant le pont tout neuf de Roppenheim qui fait communiquer Rastatt et Haguenau.

Cet exploit--le dernier--fut funeste aux deux submersibles qui l'avaient accompli. Ils furent coulés. Le troisième, victime de quelque accident intérieur, ne put s'immerger. Il alla s'échouer sur un îlot, à 10 kilomètres de Strasbourg. Sur les dix-sept ponts rhénans, cinq seulement restaient intacts: Strasbourg à Kehl, Marckolsein à Saspach, Neu-Brisach à Vieux Brisach, Nuenbourg à Bantzenheim, et le pont de Huningue!

... Cinq jours s'étaient passés depuis la déclaration de guerre. La mobilisation était terminée; le transport des troupes commençait. Plus de mille trains s'échelonnaient le long des voies ferrées des États de l'empire, à destination de la frontière de Lorraine. Et tous ces convois s'arrêtaient, les uns après les autres, immobilisés sur la rive droite du Rhin. Sans doute, les pontonniers, les compagnies du génie s'employaient à remplacer par des ponts de fortune les grands ponts de pierre ou de fer si malencontreusement détruits; les bacs-trailles, les remorqueurs, les barques elles-mêmes pouvaient être utilisés. Mais un temps précieux était perdu que l'ennemi utilisait en prenant déjà l'offensive.

C'étaient des trains entiers, soit à alléger de moitié, soit à décharger complètement. C'était un transbordement interminable de batteries de campagne, de mortiers de siège, de voitures, de chevaux et d'hommes. Le grand état-major allemand se résignait, en désespoir de cause, à bouleverser tout le plan de mobilisation et à détourner, sur les chemins de fer à une seule voie de l'Allemagne du Sud, une grande partie des trains qui devaient aller par le Nord et le Centre. Ce qui était plus grave, les procédés méthodiques allemands, mis en défaut par un tel désarroi, ne trouvaient rien d'original pour débrouiller le chaos.

Enfin, après presque une semaine de retard, la circulation de ces millions d'hommes et de leurs bagages allait s'effectuer, quand se répand une nouvelle incroyable. On dit que d'autres explosions se produisent encore le long du fleuve. Çà et là retentissent des craquements; les bacs, qui font le service entre les deux rives, s'arrêtent éventrés par un engin mystérieux; les radeaux, les ponts de bateaux sont coupés en deux et submergés; les barques de pêcheurs elles-mêmes sont projetées en l'air dans d'effroyables trombes d'eau; les ponts d'Alsace, laissés intacts par les sous-marins, s'écroulent avec fracas.

Qu'y a-t-il?... Des milliers de volcans seraient-ils cachés sous les eaux du père nourricier de la Germanie? C'est pis encore. Le Rhin, ô horreur! roule sur ses eaux des mines flottantes. Cent, mille, dix mille peut-être!... D'où viennent-elles? On ne sait. Et comment le savoir?... On aperçoit des grosses sphères, de couleur noire, émergeant au-dessus des flots et suivant le fil de l'eau; mais leur origine, leur point de départ, sont inconnus.

Une enquête donna le mot de l'énigme,--mais plus tard, trop tard, quand le mal eut été accompli.

Une maison industrielle anglaise avait établi, à 2 kilomètres à peine de Huningue, aux environs de Bâle, en territoire suisse, une fabrique d'explosifs pour l'industrie. En prévision d'un conflit possible avec l'Allemagne, les ministères de la Guerre français et anglais avaient commandé à cette maison plusieurs milliers de ces torpilles de blocus employées par les Russes à Port-Arthur et destinées officiellement à assurer la protection des ports de guerre. Ces engins, chargés de 150 kilogrammes de fulmicoton, réglés pour exploser à un choc déterminé, lestés pour flotter au gré des flots, avaient été remisés dans des silos maçonnés s'ouvrant sur les berges du Rhin, en attendant que les administrations française et anglaise prissent livraison de la commande. Certain soir, quelques jours après la déclaration de guerre, le directeur recevait la visite de plusieurs personnages en civil, Anglais et Français. Exhibant un mandat de leurs gouvernements, ils obtinrent livraison du dépôt. Ces hommes, tout pacifiques, étaient des officiers. Pendant la nuit, deux mille mines furent lâchées dans le fleuve...

Avec une vitesse de 4 mètres par seconde (14 kilom. à l'heure), qui est la vitesse des eaux rhénanes entre Bâle et Strasbourg, les redoutables _mv_ dévalent, en torrent, la pente du Rhin. Ils se suivent à quelques secondes d'intervalle. Tantôt ils sont arrêtés par la vase, le sable ou les herbes du fleuve, mais le courant les reprend; tantôt ils butent contre un obstacle, bois, fer ou pierre, et le détruisent. Puis, d'autres mines succèdent aux premières. De plus en plus loin, elles s'en vont, semant la destruction et la ruine. La vitesse acquise imprime à ces engins une force de percussion terrible. Un roulement de tonnerre déferle sur les flots, en même temps qu'eux, le cyclone descend. Le Rhin bouillonne, grossit, éclabousse, se projette de-ci de-là, en vagues de 20 mètres de hauteur. Plus les obstacles sont puissants et mieux ils sont brisés: rien ne trouve grâce devant ce souffle de mort. Impossible de s'exposer, fût-ce un quart d'heure, sur des eaux qui véhiculent la mort. Les hommes, les animaux qui se risquent à traverser le courant sont emportés par le remous des eaux, quand ils ne sont pas heurtés par les torpilles voyageuses... Cette sarabande infernale dura huit jours et huit nuits. Les démons français déclenchèrent ainsi 10.000 mines sur le Rhin! La Moselle, la Sarre, la Nied, l'Ill, apportaient elles-mêmes leur contingent. Il en vint même de Frouard et de Nancy...

Et les troupes allemandes, impuissantes à franchir le fleuve courroucé, contemplaient, avec un morne désespoir, cette rive gauche du Rhin retombée, par un accident imprévu, au pouvoir des soldats de la vieille Gaule...

J. DELAPORTE.

NELSON EN FRANCE

UNE AMOURETTE DU FUTUR VAINQUEUR DE TRAFALGAR A SAINT-OMER

Quand il est question de Nelson amoureux, on songe tout de suite un peu à la mignonne veuve de dix-sept ans qui devint mistress Nelson, et beaucoup à la hautaine et brouillonne lady Hamilton, dont l'influence se manifesta si regrettablement dans l'histoire du célèbre amiral. On ignore généralement une idylle plus modeste, dont le grand marin britannique fut le héros et qui eut pour cadre un coin de terre française, la petite ville de Saint-Omer.

Après la paix de Versailles en 1783, Nelson, alors simple capitaine de marine en demi-solde, était venu passer quelques mois en France avec le capitaine Mac Namara, son ami. Les deux jeunes gens avaient donné comme prétexte à ce voyage le désir de connaître la langue et la société françaises. Pour ses débuts dans la société de notre pays, Nelson tomba amoureux, avec toute l'ardeur de ses vingt-cinq ans, d'une jeune femme... anglaise, la fille d'un pasteur qu'il avait rencontré à Saint-Omer. Au début de l'idylle, Nelson écrivait à sa famille ces lignes enthousiastes: «Saint-Omer me plaît tous les jours davantage et j'y suis aussi heureux qu'on peut l'être éloigné du pays natal. Mon coeur est tout à fait à l'épreuve de la beauté française; je voudrais être aussi peu sensible aux charmes d'une jeune dame anglaise, fille d'un ecclésiastique, avec laquelle je dois dîner aujourd'hui. Elle a tant de perfections que si j'avais un million de fortune je n'hésiterais pas à lui proposer de le partager avec moi. Par malheur, mes revenus actuels sont trop restreints pour me permettre de songer au mariage et cette belle personne n'a rien à elle...»

Il est à croire que cet attachement abrégea le séjour de Nelson à Saint-Omer et que le jeune officier, peu renté, fort ambitieux déjà et conscient de ses destinées, s'éloigna hâtivement de cette ville pour fuir en même temps la tentation d'un mariage d'amour.

M. AUGAGNEUR

Le général Galliéni, gouverneur général de Madagascar, actuellement en France, ayant demandé à être relevé de la haute fonction qu'il occupait depuis neuf ans, c'est M. Augagneur, député du Rhône, qui est désigné pour lui succéder.

Le docteur Augagneur, maire de Lyon, a été envoyé à la Chambre, au cours de la présente législature, par les électeurs de la 5e circonscription, en remplacement de M. Philippe Krauss, décédé. Bien que siégeant parmi les socialistes, il a su, en diverses circonstances, s'affranchir de certaines exigences de son parti et fait preuve, à la tête de l'importante municipalité lyonnaise, de solides qualités d'administrateur.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE TIMBRE DU ZAMBÈZE.

Pour commémorer la visite de la British Association aux chutes de Victoria et l'inauguration, à travers la rivière de Zambèze, d'un pont, merveille moderne d'ouvrage d'art, sur la ligne projetée du Cap au Caire, la Compagnie de l'Afrique du Sud vient d'émettre une série de timbres comprenant six valeurs, du 1 penny au 5 shillings.

Tous ces timbres sont du même type; ils représentent une vue des chutes de Victoria surmontées de _British South Africa Company_ en deux lignes; aux angles supérieurs le millésime 1905 et, aux angles inférieurs, la valeur dans des cartouches en forme d'étoiles.

LA DOMESTICATION DES POISSONS.

Un médecin suisse a voulu voir s'il est possible d'apprivoiser visiblement des poissons. Cette idée lui est venue à Lugano, où il faisait une cure de bains dans le lac. Dans la piscine, qui n'était séparée du lac que par des murs en pierres entassées les unes sur les autres, il y avait une famille de loches au nombre de 100 ou 150 individus, provenant de cinq ou six pontes différentes. Pour se rendre favorables les poissons dont il venait troubler la tranquillité en prenant son bain, l'observateur suisse eut l'idée de passer, chaque matin et chaque soir, une heure immobile à l'eau. Il s'asseyait, avec de l'eau jusqu'au cou, les bras sur les genoux, tenant deux poignées de pain. Le pain attirait les loches, mais le baigneur les effrayait, malgré l'immobilité qu'il s'était imposée. Après quelque temps, toutefois, certaines jeunes loches, plus aventureuses, s'enhardirent au point de venir happer un peu du pain qui leur était offert. L'exemple fut bientôt suivi par les aînées et, au bout de peu de temps, le baigneur, dès qu'il entrait à l'eau, était entouré de toute la bande qui venait se régaler du pain dont celui-ci était toujours muni. Les poissons n'éprouvaient aucune frayeur des mouvements du visiteur: ils circulaient autour de lui, se laissaient prendre et caresser sans aucune difficulté. C'était pour eux un jeu, et le jour où, pour les photographier, on étala d'abord au fond de l'eau des draps pour avoir un arrière-plan approprié, on eut toutes les peines du monde à leur faire comprendre qu'il ne s'agissait pas de jouer à cache-cache.

L'ARBRE À CRAYONS.

L'arbre dans le quel on découpe les crayons tend à disparaître: on en consomme trop. C'est un cèdre rouge, haut de 20 à 25 mètres, jadis très abondant en Amérique où il croît du golfe du Mexique au Canada et de l'Atlantique aux Rocheuses et au Texas, en dégénérant de qualité du sud au nord et de l'est à l'ouest. Jusqu'ici, la Floride fournissait le bois des trois quarts des crayons qui se consomment dans le monde; mais ses réserves commencent à s'épuiser et le gouvernement des États-Unis se préoccupe de la situation. D'ailleurs, tout en préférant les climats chauds, l'arbre s'accommode de latitudes fort différentes; quelques plantations faites en Allemagne par M. Faber, il y a une trentaine d'années, ont assez bien réussi.

Ajoutons que ce bois dont la fibre douce, homogène et parfumée est si agréable à caresser avec le canif, présente en outre des qualités de solidité qui le font aussi rechercher pour les poteaux télégraphiques, les constructions navales, les traverses de chemins de fer, l'ébénisterie, etc. La crise, dès lors, s'explique mieux.

LES BASSINS FILTRANTS DU MONT VALÉRIEN.

Sur le mont Valérien, à l'intersection de la route de Charles-X et de la route Stratégique, on achève actuellement, pour les inaugurer à bref délai, une série de bassins filtrants destinés à alimenter d'eau potable la banlieue ouest de Paris, et qui présentent l'ensemble le plus perfectionné établi jusqu'à ce jour.

Dans l'état actuel de la science, le filtre à sable fin est considéré comme le meilleur instrument d'épuration des grandes masses d'eau. Mais, comme il s'encrasse vite, il exige des nettoyages fréquents qui en suspendent périodiquement le fonctionnement et représentent une dépense appréciable.

Pour remédier à cet inconvénient, on imagina d'abord de faire courir ou reposer l'eau dans un canal ou dans un bassin de décantation avant de la déverser sur le filtre. Ce système, employé par la ville de Paris au bassin de Saint-Maur pour purifier l'eau de Marne, a paru insuffisant pour l'eau de Seine, qui est beaucoup plus contaminée. A Ivry, l'eau passe d'abord à travers trois lits de gravier de grosseurs décroissantes et le filtre de sable peut fonctionner trois mois, alors qu'un autre filtre recevant de l'eau simplement décantée doit être nettoyé au bout d'un mois et demi.

Au mont Valérien, où l'on disposait de grands espaces, et où l'eau puisée au barrage de Suresnes arrive dans un état de malpropreté supérieur, on a construit six bassins disposés en escalier. Les quatre premiers, formant le groupe des _dégrossisseurs_, contiennent des lits de gravier dont la grosseur descend de 20 à 4 millimètres; viennent ensuite: un _préfiltre_, garni de sable de 4 millimètres et de petit gravier; puis le _filtre_, où la couche principale est formée de sable passé à la claie de 2 millimètres. Avant d'entrer dans le préfiltre et à la sortie, l'eau cascade à l'air libre pour s'oxygéner. L'ensemble des appareils représente une surface utile d'environ 16.000 mètres carrés devant produire par jour 35.000 mètres cubes d'eau épurée.

L'expérience permettra de chiffrer l'influence de cette disposition sur la prolongation de l'action du filtre proprement dit. Mais il est admis que ce dernier, seul, assure l'épuration bactériologique, ramenant d'environ 35.000 (à Ivry) à 500 le nombre de microbes par centimètre cube d'eau, avec exclusion de tout bacille pathogène et, notamment, de bacille _coli_. Il semble, dès lors, imprudent de se demander si les habitants d'Asnières boiront, au mois d'août, de l'eau plus pure que les Parisiens.

UN COSTUME INSUBMERSIBLE.

Beaucoup de personnes se rappellent peut-être le nom du capitaine Boyton, inventeur d'un costume en caoutchouc permettant de se maintenir sans le moindre effort à la surface de l'eau. Après avoir obtenu un grand succès de curiosité à l'Exposition de 1878, l'appareil, lourd et encombrant, fut considéré comme n'offrant aucun intérêt pratique. M. Dévot, professeur de natation aux environs de Paris, s'appliquait, depuis plusieurs années, à perfectionner l'invention américaine. Il est arrivé à combiner un costume d'amphibie, à la fois simple et léger, dans lequel il se trouve aussi à l'aise pour franchir un fleuve que pour traverser une forêt. Etendu sur le dos, armé d'un fusil et d'un revolver, il avance dans l'eau en ramant avec les bras, à moins qu'il préfère y dormir. Il en sort, avec armes et bagages parfaitement secs, et continue sa route sans avoir besoin de «se changer».

M. Dévot croit que ce costume passe-partout pourrait rendre certains services en temps de guerre, et il va le soumettre à l'autorité militaire.

LA RÉSISTANCE DU COEUR AUX BLESSURES.

On est habitué à considérer le coeur comme un organe extrêmement sensible et qui ne pourrait être touché par un corps étranger sans que la mort s'ensuivît.

Or la chirurgie moderne reconnaît à cet organe une grande tolérance; non seulement on peut pratiquer des opérations sur le coeur, mais encore celui-ci résiste à de très graves traumatismes.

Les blessures du coeur, dans les tentatives de suicide, donnent une mortalité de 60%, ce qui représente plus d'un tiers de guérisons.

Un chirurgien cite un cas dans lequel il eut à rechercher dans le coeur une balle que s'était tirée une jeune fille. Il n'arriva pas à la trouver, malgré des recherches nombreuses et la palpation énergique du coeur. Or la malade survécut, non seulement à la balle, que la radioscopie révéla comme étant dans l'épaisseur même de l'organe, mais encore aux longs examens du chirurgien, à l'intérieur même du péricarde!

Les plaies du coeur sont graves du fait de l'hémorragie abondante qu'elles provoquent souvent, car alors le sang s'accumule dans le péricarde et la compression finit par provoquer l'arrêt cardiaque; et, quand les vaisseaux nourriciers du muscle sont atteints, la mort survient encore rapidement par le défaut d'irrigation nutritive de l'organe.

Mais, en dehors de ces conditions, on peut espérer la guérison.

Quand la syncope survient sous l'influence du choc traumatique, il suffit de maintenir les fonctions respiratoires et circulatoires par le massage du coeur pour voir se rétablir les fonctions de cet organe, l'effet nerveux inhibiteur ne tardant pas à cesser.

En réalité, cela revient à dire qu'il est possible de revenir d'une mort subite par arrêt du coeur.

LA CONSERVATION DE LA PIERRE ET DU MÉTAL.