L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905

Part 2

Chapter 23,292 wordsPublic domain

A l'extrémité de la rue de la Loi, à Bruxelles, et à l'entrée de l'admirable avenue qui conduit au domaine royal de Tervueren, s'élève un ensemble de constructions qui abritent le palais ou musée du Cinquantenaire de l'indépendance de la Belgique. Ce palais présente, en façade vers la capitale, deux colonnades en hémicycle que devait relier et compléter, au centre, un motif décoratif, à la fois arc de triomphe et porte de ville.

Au printemps de 1904, le roi Léopold conçut le dessein de faire achever le monument, à l'occasion du 75e anniversaire de l'indépendance, qui tombait, comme on sait, cette année, et d'en faire don à sa capitale.

Il appela un architecte français dont il n'est pas besoin, pensons-nous, de refaire ici l'éloge: M. Charles Girault, le bâtisseur de ce gracieux et spirituel Petit Palais des Champs-Elysées. Et il ne lui imposait qu'une condition: être prêt pour l'anniversaire. Il s'agissait de construire, en dix-huit mois, un monument de 20 mètres de profondeur, 45 mètres de hauteur et 60 mètres de façade--soit 20 de plus que l'Arc de l'Étoile. Combien eussent reculé devant cette tâche!

M. Girault se mit à l'oeuvre. En avril 1904, il attaquait les projets. La rapidité avec laquelle il a mis debout cet arc énorme tient du prodige. Il serait injuste, d'ailleurs, de n'en pas reporter une partie de l'honneur à l'entrepreneur, M. Wouten-Dousten, de Bruxelles, qui lui a été le plus précieux des collaborateurs.

Le monument présente trois grandes arcades de 10 mètres d'ouverture. Une ordonnance ionique supporte un entablement d'énergique et élégante silhouette que surmonte un attique décoré, aux angles, de Renommées, et, couronné, au centre, d'un quadrige de belle allure.

Sous la direction de M. Charles Girault, les meilleurs sculpteurs belges ont modelé ces figures et toutes celles qui complètent la décoration de «l'arcade monumentale», comme disent nos voisins. Quant à la partie architecturale, elle est de ce joli et fin granit bleuté de Belgique.

Le procédé de montage a grandement facilité l'exécution rapide des travaux. Deux formidables et très pittoresques échafaudages avaient été construits, en avant de chacune des façades. Un pont roulant courait à leur sommet et déposait l'une après l'autre les assises de pierre, soubassements, pieds-droits, fûts, chapiteaux des colonnes, taillés, parachevés à l'atelier.

Si bien que, le mercredi 27 septembre, le roi Léopold pouvait inaugurer--sans apparat, avec une suite peu nombreuse--le monument tout à fait fini. Il n'a pas ménagé à son architecte les compliments et s'est fait présenter par lui ses collaborateurs, se déclarant émerveillé du tour de force.

LE CONGRÈS INTERNATIONAL DE LA TUBERCULOSE

DEUX SALLES DE L'EXPOSITION ANNEXÉE AU CONGRÈS

Un Congrès international de la tuberculose vient de se réunir à Paris, au Grand Palais des Champs-Elysées. Le sommaire de l'ordre du jour de ses travaux, répartis entre quatre sections, en indique suffisamment l'objet et l'importance: pathologie médicale et chirurgicale, préservation et assistance de l'enfant et de l'adulte, hygiène sociale. Le nombre des congressistes inscrits dépassait 2.400, et cette liste comptait des notabilités de tous les pays, médecins, savants, économistes, administrateurs, membres de l'enseignement, législateurs, hommes d'État, notamment M. Casimir-Perier, ancien président de la République; on y voyait figurer en outre des femmes, comme la soeur Candide, connues pour leur dévouement aux oeuvres de bienfaisance.

La séance inaugurale a eu lieu, lundi dernier 2 octobre, avec un apparat des plus solennels, en présence du président de la République, entouré de ses secrétaires généraux; de M. Rouvier, président du Conseil; des ministres de l'Intérieur et de la Guerre; du professeur Hérard, doyen de l'Académie de médecine, président du Congrès; du docteur Letulle, secrétaire général; des délégués officiels des États adhérents; du corps diplomatique, etc.

TROIS SALLES DE L'EXPOSITION ANNEXÉE AU CONGRÈS

Pour la circonstance, la rotonde centrale du Grand Palais avait été merveilleusement aménagée et décorée, sous l'habile direction de M. G. Umbdenstock, architecte diplômé du gouvernement, répétiteur à l'École polytechnique; à la clarté tamisée qui, avec ses mannequins figurant les personnages, les moindres objets, chacun à sa place, est une reconstitution parfaite due à M. André Mesureur, fils de l'éminent directeur de cette administration; un rapprochement comparatif entre une cellule de la prison de Fresnes et une mansarde de domestique dans un bel immeuble de l'avenue des Champs-Elysées (on devine aisément de quel côté est l'hygiène); un autre rapprochement, non moins suggestif, entre la chambre à coucher vieux style, encombrée de tentures et de tapis, nids à microbes, et la chambre simple et salubre que l'utile campagne du Touring-Club de France commence à faire prévaloir dans les hôtels. Ce sont là de véritables «leçons de choses».

LE CINQUANTENAIRE DU SIEGE DE SÉBASTOPOL

Vues de Sébastopol après le siège, prises au daguerréotype. _Voir les légendes détaillées et l'article, page 240._

LE CINQUANTENAIRE DU SIÈGE DE SÉBASTOPOL _Voir les légendes détaillées et l'article, page 210._

LA FRONTIÈRE FRANCO-SIAMOISE

Comme la Russie, nous avons un voisin jaune, actif et remuant, en Extrême-Orient: moins dangereux que le Japon, le Siam nous créa cependant autrefois de graves difficultés. Mais nos relations avec lui ont été en s'améliorant, et l'accord semble parfait depuis les récents travaux des commissions de délimitation française et siamoise.

La commission française était présidée par le commandant Bernard, de l'artillerie coloniale; la commission siamoise par le général Mom Chatidej Udom, chef d'état-major de l'armée siamoise. Les deux commissions ont procédé, cette année, à la délimitation de la région comprise entre le Grand Lac du Cambodge et la mer. Elles se sont réunies au mois de janvier dernier à la frontière même, au petit poste de Soai-Don-Kéo, sur les bords du Prek-Kompong-Prak et se sont mises en route vers Kratt.

Tout le territoire qu'elles ont traversé est à peu près désert. Le brigandage a été en effet si actif, depuis près de quarante ans, sur les confins du Siam et du Cambodge, que presque tous les villages ont été successivement abandonnés. Il n'était donc pas possible de recruter sur place des porteurs. La commission française a employé exclusivement, pour ses transports, une cinquantaine d'éléphants loués à des propriétaires cambodgiens ou prêtés par le roi du Cambodge. La commission siamoise a dû, au contraire, réquisitionner, à une grande distance, une véritable armée de coolies, ce qui risquait évidemment de mécontenter les populations de la zone frontière.

Le peu de ressources qu'offrait la région traversée ne permettait du reste aux membres des deux commissions ni de se ravitailler sur place, ni même de trouver des abris. Malgré les difficultés qui résultaient d'une telle situation, la traversée de la forêt, qui couvre tout le pays jusqu'à la mer, s'est effectuée, grâce aux précautions sanitaires prises dès le départ, sans que le commandant Bernard ait eu à déplorer la perte d'un seul homme, européen ou indigène. C'est là un exemple et, un enseignement fort remarquables, d'autant que la forêt cambodgienne a, dans toute l'Indo-Chine, une terrible réputation d'insalubrité.

Les résultats obtenus dans cette première campagne ont été très importants et presque inespérés. La frontière, tracée d'une façon trop précise par le texte même du traité, ne tenait compte ni des revendications formulées par les populations cambodgiennes, ni même de la topographie exacte des lieux. Cela s'explique par l'imperfection des cartes existantes et par le peu de renseignements que possédait notre administration du Cambodge elle-même. Le commandant Bernard a réussi cependant à obtenir, aussi, bien du côté du Grand Lac que du côté de la mer, des rectifications de frontière que notre carte indique suffisamment.

Du côté de Kratt, en particulier, la frontière devait, d'après le traité, être formée par une rivière dénommée Klong-Dja, qui, en réalité, se réduit à un ruisseau nommé Klong-Chê, extrêmement étroit et qui est à sec pendant huit mois de l'année, sauf dans le voisinage de l'embouchure. La frontière a été reportée jusqu'aux rives du grand fleuve qui arrose toute la région de Kratt, le Klong-Yaï.

D'autre part, le mouillage des grands navires, situé entre l'île de Koh-Chang et le cap Lem-Ling, ne pouvait présenter de sécurité, au point de vue militaire, que si le gouvernement siamois consentait à une cession additionnelle de territoire au nord du cap Lem-Ling. De ce côté encore, la frontière a été reportée jusqu'à l'estuaire de Packnam-Ven, large de 3.000 mètres, profond de 6 à 8, et qui deviendra un port de cabotage de premier ordre le jour où les passes qui y conduisent auront été approfondies ou balisées.

Les districts que nous venons d'acquérir sont, nous l'avons dit, très peu peuplés. On ne trouve d'agglomérations de quelque importance que dans le voisinage du Grand Lac ou dans les environs mêmes de Kratt. Kratt est un très gros village, peuplé de 12.000 à 15.000 habitants, mais où se fait un commerce assez important. Il y a un assez grand nombre de marchands chinois qui s'occupent principalement du commerce des cotonnades et du commerce du poivre. Le sol, très fertile, est couvert d'une forêt très épaisse, presque inextricable, qui a rendu les opérations topographiques particulièrement difficiles. On ne peut dire que notre nouvelle acquisition nous apporte, en dehors du mouillage de Koh-Chang et du port de Packnam-Ven, des richesses importantes, mais il y a là des terres riches, en bordure le long de la mer, adossées à de magnifiques montagnes et dont l'avenir n'est pas douteux. Il faut attendre toutefois que, grâce à la paix que nous saurons faire régner, grâce à une organisation médicale qui s'impose, à un régime fiscal approprié, la zone frontière se repeuplé. Il dépend de nous et de notre administration que cet avenir se réalise dans un délai assez bref.

LIVRES NOUVEAUX

LES HISTORIENS DU SECOND EMPIRE[1]

Mme Adam et M. Emile Ollivier nous racontent la même époque, avec des opinions bien différentes. Ce qu'on disait dans son salon politique et parmi les inflexibles de l'opposition, Mme Adam nous le rend fort bien, avec une flamme que les années écoulées n'ont pas refroidie. Elle s'exprime comme si elle était encore en pleine bataille. M. Emile Ollivier retrace, lui, les luttes de tribune, les divisions qui sévissaient parmi les amis de l'empereur, la marche lente mais sûre vers l'Empire libéral et vers le ministère de janvier 1870, dont il fut le grand orateur.

A partir de 1866, une grande inquiétude règne en France, chez les sages esprits. M. Thiers, le 3 mai 1866, un mois avant la guerre qui devait aboutir à Sadowa, avait prononcé un magnifique et prophétique discours, dans lequel il avait recommandé au gouvernement de faire, du côté de l'Italie, le geste nécessaire et d'empêcher son alliance avec la Prusse. Peut-être à la date où M. Thiers monta solennellement à la tribune était-il déjà un peu tard; mais il n'avait pas ménagé précédemment ses perpétuels avertissements. Neftzer, un familier de Mme Adam et le créateur du _Temps_, ne cessa aussi de sonner l'alarme et de montrer du doigt la frontière de l'est, jusqu'à l'éclat de juillet 1870. Pour tout homme clairvoyant, M. de Bismarck voulait fermement la lutte et le démembrement de la France.

M. Ollivier nous déclare qu'en persistant à toujours montrer les nuages noirs accumulés à l'est, M. Thiers avait provoqué et déchaîné la tempête. Tel n'est point mon sentiment. L'homme d'État signalait le danger imminent, la nécessité de le conjurer, mais désirait fermement la paix et ne fit pas un mouvement capable de la compromettre.

Il fallait un certain courage pour donner sa pensée. La Prusse était populaire en France. L'opposition, accoutumée à répéter certaines déclamations contre l'Autriche, se réjouissait de ses humiliations. Au début, l'empereur lui-même et surtout le prince Napoléon, leurrés par certaines fantasmagories trompeuses et certaines caresses de M. de Bismarck, semblent avoir vu, d'un oeil favorable, la fortune croissante de la Prusse. Quand les écailles leur tombèrent des yeux, il était un peu tard. En 1868, le maréchal Niel soutint, à la tribune, une bataille pour une nouvelle organisation de l'armée et une augmentation des effectifs. M. Thiers se sépara, dans la circonstance, de ses amis de l'opposition et vota toujours en faveur de notre puissance militaire. Combien M. Jules Simon dut plus tard regretter amèrement ses paroles imprudentes! Il vivait, avec ses amis, en pleine légende, s'imaginant qu'au moment suprême la levée en masse de soldats improvisés pourvoirait à tout, et qu'à notre chant de la Marseillaise allaient s'évanouir les bataillons allemands. Se préparer à la guerre, enfermer des jeunes gens dans une caserne, les soumettre à la discipline militaire, excitait l'indignation de M. Jules Favre. Avec quelle brutalité les événements renversèrent, deux ans après, toutes les théories des deux orateurs! M. Emile Ollivier, d'une plume alerte, avec ses souvenirs et ses notes et une parfaite bonne foi, n'a rien oublié des erreurs parlementaires de l'époque. La majorité de la Chambre, fidèle à l'empereur, hésitait elle-même, dans la crainte des électeurs, à soutenir le maréchal Niel.

[Note 1: _Mes Sentiments et nos Idées avant 1870_, par Mme Edmond Adam (Lemerre, 3 fr. 50).--_L'Empire libéral_, par Emile Ollivier Garnier, 3 fr. 50.]

Dans le salon de Mme Adam régnaient un peu les mêmes idées qu'au Parlement. Ceux qui, plus tard, devaient faire leur _mea culpa_, comme Challemel-Lacour, ne montraient que de l'hostilité pour une aggravation du budget de la guerre et même pour les armées permanentes. Et cependant, de partout, arrivait un perpétuel _cave_. Nino Bixio, en Italie, le prince de Sagan rencontré en Allemagne, ne cessaient de le crier en même temps que M. Thiers et Neftzer. Sceptique et désabusé sur le reste, Mérimée, toutefois, s'animait jusqu'à l'éloquence et jusqu'aux larmes contre tout ce qui paraissait nuisible à la patrie.

J'ai marqué la principale préoccupation des deux volumes, si différents et si hostiles parfois, de M. Emile Ollivier et de Mme Adam. Ce qui fait le charme et l'intérêt passionnant du livre de M. Emile Ollivier, c'est qu'il participe à la fois de la grande et belle histoire et des mémoires familiers. Sans parti pris, par des faits quelquefois anecdotiques, l'auteur nous montre les craintes des esprits avisés. Ne nous découvre-t-il pas aussi comment, grâce à la politique extérieure et aux luttes intestines, nous nous sommes peu à peu acheminés vers la catastrophe? Ceux qui prirent le pouvoir en 1870 trouvèrent une situation qu'ils n'avaient pas créée et que, longtemps avant leur venue, avait dénoncée M. Thiers.

Mme Adam ne se borne pas, dans ses souvenirs, à la politique. Amie de George Sand, elle nous répète ce que la grande artiste lui a dit de ses amours avec Musset. L'enfant du siècle, Rolla, était en proie à l'alcool et à de basses fréquentations. A certains moments d'ivresse que ne put-il pas, en effet, dire à l'amie du voyage à Venise? Quels propos n'entendit-elle pas dans leurs fréquentes querelles? Mais je ne veux, en aucune façon, revenir sur cette histoire d'amour si douloureuse.

Plus plaisant nous apparaît Sainte-Beuve, nommé sénateur, essayant plus de vingt fois son costume, ne sachant s'il le choisirait collant ou aisé, aussi malheureux dans cette histoire d'habit et de tailleur qu'en 1848, lorsqu'il prit le train de l'exil pour Liège. Combien de lettrés et d'hommes politiques sont présentés par Mme Adam, qui mime leurs gestes et qui, sans méchanceté toutefois, en tire les ficelles! Nous avons là quelques marionnettes humaines, gesticulant et parlant au naturel. Hélas! le monde n'est-il pas comme un théâtre de _fantochi_? Tel nous le voyons souvent dans _Mes Sentiments et nos Idées_. Ce qui est singulièrement amusant, c'est la première visite de Gambetta au salon et à la salle à manger de Mme Adam. Rien de plus pittoresque. S'imaginant invité chez quelque bas bleu, il parut dans un costume peu décoratif et fut tout surpris de trouver là tous les hommes en habit et en cravate blanche. Pour le tirer de sa confusion, Mme Adam l'installa à sa droite, place que, du reste, il ne quitta plus dans la maison. On saisit, sur le vif, dans les pages de Mme Adam, ceux-là qui se préparaient au pouvoir en jetant leur première gourme dans l'opposition. M. Emile Ollivier nous peint de son côté les hommes du Parlement, en pleine possession de leurs moyens, combattant pour ou contre l'Empire, cherchant à se surpasser mutuellement et à occuper le premier rang. Retiré de tout, il a pu écrire cette substantielle et vivante histoire. Si la politique avait absorbé toute son existence, il n'aurait eu ni le temps, ni le calme nécessaire pour bâtir ce monument dans lequel entreront les historiens de l'avenir et où ils puiseront à pleines mains les renseignements précis et les jugements sans passion.

E. LEDRAIN.

_Henner et Barrias_, par A. Soubies; deux plaquettes illustrées, 1 franc l'une, Flammarion.--_Almanach des spectacles, 1904_. par A. Soubies, avec une eau-forte de Lalauze, Flammarion.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

UNE NOUVELLE INDUSTRIE: LA CASÉINERIE.

L'industrie des beurreries, très ancienne et très connue d'ailleurs, vient de donner naissance à une nouvelle industrie, fort intéressante, et qui paraît appelée à un bel avenir.

Pour faire du beurre, on sépare la crème du lait, et il reste ce qu'on nomme le petit-lait. Mais que devient ce liquide? Généralement, on l'emploie à nourrir des porcs. Mais voici qu'on vient de s'aviser qu'il y avait à faire de ce liquide un emploi beaucoup plus lucratif et aussi beaucoup plus compliqué.

En effet, le petit-lait contient encore de la caséine et de la lactose.

Or, avec la caséine, on peut, en la solidifiant, fabriquer une foule d'objets à bon marché. Et, en effet, la caséine remplace avantageusement le celluloïd, dont elle n'a ni la mauvaise odeur, ni surtout la dangereuse inflammabilité.

C'est ainsi qu'a été fondée, il y a quelques mois, une caséinerie à Surgères, dans la Charente-Inférieure, près d'une beurrerie coopérative.

Cette caséinerie a été organisée par le docteur Zirn. Avec la caséine solidifiée par des procédés chimiques, on fabrique des objets dits en «galalithe» ou pierre de lait; la plus blanche sert à faire de la colle; et même on en réserve une certaine quantité, dont la coagulation a été spontanée, pour des produits d'alimentation.

Quant à la lactose du petit-lait, il est également facile de l'extraire, et l'on songe à l'employer pour l'alimentation artificielle des enfants, ainsi qu'on le fait en Allemagne et en Angleterre.

Actuellement, on fabrique en galalithe des peignes, des porte-plume, des coupe-papier, des grattoirs, des broches, etc.

Le petit-lait de trente-cinq laiteries est employé dans la caséinerie de Surgères qui, cette année, a manipulé 180.000 kilogrammes de caséine.

LA BROUETTE CHINOISE.

La brouette chinoise, connue depuis des siècles, diffère notablement de la nôtre; la roue, d'un grand diamètre, occupant le centre, supporte directement le poids de la charge. Cette disposition réduit naturellement l'espace utilisable et, par suite, les fardeaux sont placés de chaque côté de ladite roue, du contact de laquelle les préserve une caisse à claire-voie. L'équilibre de ces véhicules est des plus instables à cause de leur hauteur; pour le maintenir, le conducteur, les bras très écartés, doit parfois se livrer à une véritable gymnastique.

Les Chinois, gens fort économes et aussi peu soucieux des commodités matérielles que du prix du temps, apprécient fort l'extrême bon marché de la brouette et l'emploient à de multiples usages. Dans les villes, elle devient le fiacre du peuple et de la petite bourgeoisie; le voyageur est-il seul? l'équilibre s'établit au moyen d'un contrepoids, un sac pesant ou simplement une grosse pierre. Couramment, elle sert au transport des marchandises et, à travers les immenses plaines du Centre et du Nord, c'est ainsi que se fait la majeure partie du trafic; il n'est pas rare de rencontrer sur les routes chinoises, transformées en fondrières, de longues files de ces camions sommaires, chargés outre mesure, qui couvrent des distances invraisemblables. Les voies très fréquentées offrent, creusée peu à peu par les roues, une ornière profonde où ne manquent pas de s'engager tous les conducteurs, car s'il leur faut y pousser plus fort, en compensation, ils risquent moins de verser. Du reste, la plupart des brouettes sont attelées d'un âne, d'un boeuf, d'un cheval ou d'un homme; lorsque le vent souffle dans une direction favorable, l'addition d'une petite voile carrée au véhicule permet d'obtenir des vitesses relativement considérables.

BOUTEILLES EN PAPIER.

Les objets que l'on fabrique avec du papier sont aujourd'hui très nombreux et ils ont l'avantage d'être solides, légers et peu coûteux.

Mais on n'avait pas encore songé à faire des bouteilles en papier. Les Américains viennent de faire cette, innovation, qui donne, paraît-il, de très bons résultats.