L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905

Part 1

Chapter 13,169 wordsPublic domain

Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque

L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905

[Supplément de ce numéro: gravure hors texte en couleurs, ETUDE, par Albert Besnard.]

L'ILLUSTRATION _Prix du Numéro: 75 Centimes._ SAMEDI 7 OCTOBRE 1905 _63e Année-N° 3267_

LES SUPPLÉMENTS DE _L'ILLUSTRATION_

PIÈCES DE THÉÂTRE

Les _Suppléments de théâtre de L'ILLUSTRATION_ ont pris, depuis quelques années, une importance considérable. Lire chez soi, si loin de Paris qu'on habite, aussitôt après leur première représentation, les oeuvres dramatiques nouvelles, dont tout le monde parle et qu'on ne pourra entendre et applaudir que plus tard, c'est un des plus grands plaisirs intellectuels que l'on puisse éprouver. Le journal qui le procure à ses abonnés ne saurait leur offrir une plus belle prime gratuite.

Nos lecteurs seront, cette année, mieux encore que les précédentes, à même de suivre la production dramatique, car nous leur offrirons, à partir du 14 octobre, les pièces suivantes, dont la liste, par noms d'auteurs, forme comme un véritable répertoire des premiers écrivains de ce temps:

HENRY BATAILLE.--_La Marche nuptiale_ (Vaudeville). HENRY BERNSTEIN.--_La Rafale_ (Gymnase). _La Patronne_ (Odéon). BRIEUX.--_La Française._ _Les Hannetons._ A. CAPUS.--_Les Passagères_ (Renaissance), A. CAPUS et L. DESCAVES.--_L'Attentat_ (Gaîté). FRANCIS DE CROISSET.--_Paris-New-York._ LUCIEN DESCAVES.--_Le Lien_ (théâtre Antoine). MAURICE DONNAY.--_Paraître_ (Comédie-Française). _Pâquerette_ ou _les Etrennes_ (théâtre Antoine). LEON GARDILLOT.--_Vers l'amour_ (théâtre Antoine). PAUL HERVIEU.--_Le Réveil_ (Comédie-Française). HENRI LAVEDAN.--_Le Goût du vice_ (Gymnase). JULES LEMAITRE.--_Bertrade_ (Renaissance). DANIEL LESUEUR--_Le Masque d'amour_ (théâtre Sarah-Bernhardt). CATULLE MENDÈS.--_Glatigny_ (Odéon). _Sainte Thérèse_ (théâtre Sarah-Bernhardt). GEORGES MITCHELL et JACQUES BASCHET.--_Florise Bonheur_, d'après le roman d'ADOLPHE BRISSON (Odéon). MOUNET-SULLY et PIERRE BARBIER.--_La Vieillesse de don Juan_ (Comédie-Française). JEAN RICHEPIN.--_Don Quichotte_ (Comédie-Française).

A cette liste viendront s'ajouter encore, au fur et à mesure de leur représentation, d'autres oeuvres dramatiques que leur succès ou leur haute valeur littéraire recommanderont à notre choix.

SUPPLÉMENTS D'ART EN COULEURS

Nos gravures hors texte, en couleurs, tirées en fac-similé de tableaux de maître et remmargées sur papier teinté, ont obtenu un succès considérable, à en juger par les demandes qui nous parviennent journellement et que nous ne pouvons pas toujours satisfaire, car nos numéros s'épuisent rapidement.

Nous allons dorénavant multiplier ces gravures qui, encadrées ou conservées en portefeuille, formeront bientôt une collection inestimable d'oeuvres d'art, une sorte de galerie des chefs-d'oeuvre modernes.

Nous publions aujourd'hui la reproduction d'une merveilleuse «Étude» d'Albert Besnard.

Nous donnerons ensuite des oeuvres de:

Jules Lefebvre, Roybet, Juana Romani, Fritz Thaulow, Marcel Baschet, Boudin, Geoffroy, Caro Delvaille, Ernest Laurent, L. Sabattier, Georges Scott, et nous continuerons la série humoristique des scènes de la vie parisienne, d'Albert Guillaume.

Notre NUMÉRO DE NOËL, en préparation, dont nous avons demandé, cette année, la couverture au maître joaillier René Lalique, sera particulièrement somptueux et ne contiendra pas moins de sept hors texte en couleurs. Il sera mis en vente, le 2 décembre, au prix habituel de 2 fr. 50. Tous les abonnés, sans exception, le recevront gratuitement, comme les suppléments de théâtre et les gravures hors texte.

COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE

Internat ou externat? Je vois que la question préoccupe. Plusieurs correspondants inconnus m'ont écrit à ce sujet d'amusantes lettres. L'une d'elles m'est adressée par un «papa» (c'est le substantif dont il la signe), qui veut bien approuver mes récentes observations sur l'éducation des garçons, et qui ajoute:

«... Il faut essayer d'être juste en tout. Si le régime de l'externat présente des avantages nombreux, je lui reconnais quelques inconvénients graves, notamment celui de fournir au régiment d'assez déplorables troupiers. Les hommes de mon âge, élevés pour la plupart au «bahut», quittaient le dortoir pour la chambrée et ne semblaient pas souffrir outre mesure d'un régime qui n'était, en somme, que la continuation de l'internat dont ils avaient l'habitude. Nous passions du lycée au régiment comme on passe d'un lit d'hôtel dans l'autre, sans en ressentir cette impression de dépaysement, d'étouffement, si je puis dire, dont se plaignent aujourd'hui nos fils.

» C'est qu'ils ont fait au lycée, comme externes, un apprentissage précoce de la liberté. Ils ont vécu, dans leurs familles, une vie facile, infiniment douce quelquefois; ils n'ont connu ni les étroites couchettes, un peu dures, où leurs papas avaient dormi (et fort bien, je le jure!), ni les menus, un peu monotones et dépourvus de raffinement, des réfectoires de l'_Alma mater_. Nous portions la même tunique un an de suite; à seize ans, mon fils a des notes de tailleur qui m'effarent.

» Aussi la vie militaire apparaît-elle comme une très douloureuse et très humiliante épreuve aux petits bourgeois de maintenant. Ils sont, au régiment, beaucoup mieux traités, de toutes les façons, que ne le furent leurs anciens, aux temps déjà lointains du «volontariat». On les nourrit mieux; on les fatigue moins; et je pourrais, madame, vous citer une caserne (dans les Vosges) où j'ai vu nos troupiers passer sous la douche après l'exercice, puis chausser des _pantoufles_ et prendre le thé. Vains égards; politesses inutiles! J'ai dans ma famille deux jeunes gens «de la classe» qui partiront pour le régiment dans quelques jours. Ils vont là comme on va au martyre; et déjà la perspective de cette année de détention affole leurs pauvres mères. Tout cela n'est-il pas un peu comique, et doit-on considérer comme décidément parfaite l'éducation familiale qui produit de ces effets-là?»

Autre lettre. Celle-ci est d'un philosophe joyeux, qui prend--un peu ironiquement--son parti des moeurs nouvelles.

«... La mode est, en effet, m'écrit mon correspondant, de donner à nos enfants plus de liberté qu'on n'en donnait à ceux d'autrefois. Mais cette mode n'est-elle point l'effet d'un état d'esprit nouveau--d'une sorte d'horreur des disciplines anciennes qui sévit sur les «grandes personnes» aussi bien que sur les enfants et dont les maîtres les plus vénérés donnent l'exemple à leurs élèves? Car enfin nos potaches ne sont pas seuls, madame, à ne vouloir plus entendre parler d'internat. M. Lavisse n'accepta naguère la direction de l'École normale qu'à la condition qu'on ne l'obligeât point à y coucher... Plus récemment, M. Bonnat, nommé directeur de l'École des beaux-arts, décidait également d'y laisser vide l'appartement de son prédécesseur. Plus récemment encore--M. Théodore Dubois ayant pris sa retraite et abandonné le logement (peu commode et pas joli, je le reconnais) qu'il occupait au Conservatoire--M. Gabriel Fauré, son successeur, notifiait aux pouvoirs publics son désir de n'y point loger. M. Gabriel Fauré, comme M. Choufleury, «restera chez lui»,--boulevard Malesherbes. Tous externes!

»Est-ce un bien? Est-ce un mal? Je vous laisse, madame, le soin d'en décider...»

Jamais de la vie! Mon incompétence est absolue en d'aussi délicates matières.

Mais je connais une femme qui, si cette question lui était posée, n'hésiterait point à y répondre. C'est la reine Ranavalo.

«Ces hommes illustres ont raison, dirait-elle. Il n'est si glorieux ni si confortable logis d'où l'on ne soit heureux de décamper, quand c'est par ordre ou par devoir qu'on l'habite. Et c'est pour cela que j'éprouve tant de joie à m'échapper de temps en temps de la jolie case algérienne où m'ont installée mes vainqueurs, pour venir respirer l'air de Paris ou de sa banlieue.»

Elle a eu d'ailleurs une très bonne «presse», cette petite reine déchue, et son retour en France a été salué fort gentiment par tout le monde. Les reporters parisiens l'ont interviewée sans ironie et les bonnes gens de Saint-Germain, sur son passage, ont ôté leurs chapeaux. Visiblement, cette femme est populaire. La foule française, qui a si bon coeur, respecte en elle une vaincue qui ne fait point de bruit et chez qui la résignation se rehausse d'une sorte d'élégance, de dignité souriante et un peu sauvage... Au surplus, il me semble que, cette année surtout, elle a (sans s'en douter) bien choisi le moment de visiter Paris. Elle y arrive au lendemain d'événements dont le monde colonial s'est fort ému et qui y ont déchaîné de lamentables polémiques. Elle a trouvé dans nos journaux--si on les lui lit--de graves nouvelles: Brazza mort à la tâche, Gentil malade et diffamé, deux chefs «blancs» frappés par la justice pour l'usage criminel qu'ils avaient fait là-bas de leur puissance... Et elle a pu penser qu'à Madagascar, aussi bien qu'au Congo, certaines victoires se payent cher, et que, même en face de «sauvages» désarmés, le métier de conquérant n'est pas rose tous les jours.

Je ne dis pas qu'à cette pensée Ranavalo, qui est une personne sans méchanceté, se réjouisse. Mais, simplement, elle compare... Prisonnière, elle observe ses geôliers, les écoute, retient le récit de leurs déboires et, sans doute, y trouve de quoi se consoler de sa propre infortune.

Et puis cette terrasse de Saint-Germain, sous le soleil d'automne, est tellement jolie! Et le tumulte de la «rentrée» fait de nouveau nos boulevards si amusants! N'y a-t-il pas aussi les magasins de nouveautés, dont la dernière page des journaux nous annonce les grandes «expositions» d'hiver? Ranavalo est femme; pourquoi tant «d'occasions exceptionnelles» ne la séduiraient-elles point? Pourquoi, toute reine qu'elle est (ou qu'elle fut) ne se sentirait-elle pas, comme nous toutes, tentée, attirée presque irrésistiblement par ce vertige du grand magasin: bousculades, abondance féerique de tout ce qui peut amuser la curiosité d'une femme, exciter sa coquetterie, satisfaire ou, simplement, renseigner son goût; prévenances exquises de vendeurs qui semblent donner ce qu'ils vendent; droit de toucher à tout et de faire du désordre dans tout ce qu'on touche; d'acheter aujourd'hui pêle-mêle, et «pour rire», mille choses inutiles qu'on rendra demain? Ranavalo, pour sûr, était au Louvre lundi dernier; à moins que ce ne soit au Bon Marché, ou bien aux Galeries Lafayette, ou au Petit-Saint-Thomas, ou au Printemps; et pour sûr, en sortant de la cohue, un peu grisée de bruit et de poussière, elle a pensé: «Il n'y a que Paris!»

Tous et toutes le pensent,--rois ou reines, princes et princesses de partout. Le roi Jean de Bohême, il y a cinq siècles et demi, le pensait déjà. Il avait marié sa soeur à la cour de France; et, quand son fils fut devenu un grand garçon, c'est à Paris, disent les historiens, qu'il l'envoya, pour y apprendre «les manières courtoises». On a beaucoup parlé, depuis huit jours, de ce Jean de Bohême, à propos d'un monument érigé à sa mémoire sur le champ de bataille de Crécy, où il tomba. J'ai même lu quelques jolis discours prononcés à cette occasion par des savants français, par des Tchèques, par des Luxembourgeois, descendants fidèles des sujets de Jean l'Aveugle. Mais pourquoi l'Angleterre n'était-elle point conviée à cette cérémonie? J'aurais trouvé cela poli, presque spirituel, «très parisien»; et pour «l'Anglais» lui-même, il y avait là une si gentille et si facile allocution à prononcer:

«Messieurs, nous avons été vos vainqueurs à Crécy. Nous vous en exprimons nos regrets. A cinq siècles et demi de distance, on ne peut pas tout prévoir. Vous glorifiez aujourd'hui la mémoire d'un homme qui mourut héroïquement ce jour-là, en se battant, au service de votre roi, contre le nôtre. Nous saluons, comme vous, ce souvenir; et nous vous prouvons par là que nous ne vous gardons rancune ni du mal que nous vous avons fait en 13-16, ni des petits ennuis que vous-mêmes avez pu nous causer ultérieurement. Le temps marche; une «entente cordiale» a succédé aux haines d'autrefois; et cela nous enseigne que, de peuple à peuple, on ne devrait jamais se détester ou se chérir qu'avec précaution. Messieurs, veuillez oublier Édouard III. C'est Édouard VII qui vous en prie...»

On eût, aux sons de _la Marseillaise_, acclamé l'Anglais, et c'eût été la vraie moralité de cette petite fête.

SONIA.

UNE OEUVRE D'ALBERT BESNARD «ÉTUDE»

Nous avons enregistré ici le très franc succès qu'obtint, l'été dernier, l'exposition d'ensemble de l'oeuvre de M. Albert Besnard ouverte, en mai et juin, aux galeries Georges Petit. Même ceux qui connaissaient le mieux et aimaient l'artiste, ceux qui avaient suivi, depuis tant d'années, ses attachantes recherches, demeurèrent émerveillés devant l'opulente souplesse de ce talent personnel, délicat et fort. Et quant à ceux qui souriaient jadis, devant le _Portrait de Mme Roger Jourdain_ et plaisantaient si spirituellement cette «femme jaune», comme on l'appela, ils s'étonnaient, confus un peu, d'avoir quelque temps méconnu et malmené un si beau peintre. Ce fut l'éclatante réparation, survenant à temps, cette fois, par exception.

«L'oeil, écrivions-nous alors, rendant compte de l'exposition, est enveloppé de caresses oubliées depuis que Rubens, Goya, Delacroix ont cessé de peindre.» Et ces rapprochements n'apparurent à personne excessifs ou impies.

Devant la blonde et claire figure que nous avons reproduite ici, ceux qui n'ont pu voir l'exposition dernière, où vingt autres, cent autres, toutes fraîches et saines, et lumineuses à l'envi, se groupaient, pourront comprendre l'enthousiasme qui se fit jour alors. Car cette _Etude_, dorée de tièdes rayons, caressée d'air fluide, cette soyeuse chevelure où jouent les reflets, ces épaules frissonnantes, où la vie circule, ces joues duvetées, avivées par l'afflux d'un sang jeune et généreux, ce beau décor de verdure luxuriante et d'eaux fraîches qui forme fond, tout cela caractérise et résume les qualités maîtresses de M. Albert Besnard, le culte passionné de la couleur, la délicatesse, de la vision, la séduisante élégance du dessin, l'harmonie et la distinction, enfin.

L'INCIDENT DE MISSOUM-MISSOUM EN ROUTE POUR LE CONGO

L'incident de Missoum-Missoum, dont _L'Illustration_ a exposé les origines dans son numéro du 2 septembre, a démontré les nécessités de délimiter rigoureusement les possessions françaises du Congo-Chari et les possessions allemandes du Cameroun. C est la une tâche longue et laborieuse, car il s'agit de relever plus de 2.000 kilomètres de frontières à travers un pays difficile; on estime qu'elle peut durer deux ans. La haute direction de la mission chargée de la remplir, pour la France, a été confiée au commandant Moll, de l'infanterie coloniale, breveté d'état-major, un des plus jeunes officiers supérieurs de l'armée (il n'a que trente-trois ans), qui a déjà fait ses preuves comme topographe et comme négociateur, lors de la délimitation des possessions françaises et anglaises entre le Niger et le lac Tchad.

Accompagné du lieutenant Maille et de l'enseigne de vaisseau d'Ardignac, il a quitté Anvers le 28 septembre, à destination de l'Afrique, à bord du paquebot faisant le service de la malle congolaise, où s'étaient également embarqués deux commissaires allemands. Au moment du départ, auquel assistait une foule énorme massée sur les quais, le commandant Moll et l'un des délégués étrangers, M. Winckeller s'entretenaient cordialement, disposés à accomplir du meilleur accord possible leur commune besogne.

LA REINE RANAVALO A PARIS

[Ranavalo. La reine Ranavalo, entre sa tante et sa nièce, dans le salon de sa nouvelle résidence à Saint-Germain-en-Laye.]

Avec la permission,--indispensable!--du gouvernement français, Ranavalo, reine détrônée de Madagascar, vient de nouveau passer quelque temps en France. Elle s'est installée avec sa nièce, la petite princesse Marie-Louise, et deux gouvernantes, dans une maison de famille bien paisible, bien bourgeoise, de Saint-Germain, 3, rue Franklin, à proximité de la forêt et de la gare. Elle y occupe un petit appartement de cinq pièces, très simple, avec des chambres meublées de pitchpin, un salon d'acajou de velours grenat, à bandes de tapisserie. Elle déclare s'y trouver fort bien.

NOTES ET IMPRESSIONS

Celui qui n'a pas de philosophie au milieu des misères d'ici-bas, c'est un homme qui va tête nue sous une averse. CLAUDE TILLIER.

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Si les perfectionnements d'armes et de projectiles continuent, il ne restera plus, après une bataille, assez de survivants pour enterrer les morts. Général HAESELER.

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Il vaut mieux être chauvin à soixante ans que chauve à trente. V. SARDOU.

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La beauté, en somme, c'est l'art de plaire; le reste, c'est de la géométrie. MME CAMILLE DUGUET.

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Les habitants de notre planète ont deux principes irréductibles de division: la différence de couleur de la peau et celle des idées religieuses.

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Les esprits les mieux doués, comme les fonds de terre les plus riches, ne sont mis en valeur qu'au prix de longs sacrifices. G.-M. VALTOUR.

LE ROI D'ESPAGNE A SAINT-SÉBASTIEN LES DISTRACTIONS DU ROI D'ESPAGNE

En attendant que la visite du président de la République l'oblige à se soumettre de nouveau au joug de l'étiquette, le jeune roi d'Espagne mène la vie libre qui semble tant lui plaire. De temps à autre, une excursion en automobile l'amène, comme on sait, en France. Entre deux de ces promenades, grand passionné de sports, le roi fait son tour au tir aux pigeons de Saint-Sébastien, y déjeune ou y lunche, et volontiers, après le repas, préside quelque partie de cartes entre deux de ses familiers, --marquant au besoin les points avec cette bonne grâce, cette gentillesse, si l'on ose dire, qui lui ont conquis tant de respectueuses sympathies auprès de tous ceux qui l'ont approché.

«LE MASQUE D'AMOUR»

AU THÉÂTRE SARAH-BERNHARDT

La première représentation du _Masque d'amour_--dont nous publierons le texte complet illustré dans un de nos plus prochains numéros--va être un des événements artistiques du commencement de la saison théâtrale. Le nom de l'auteur, Daniel Lesueur, le choix des interprètes et jusqu'au titre, bellement romantique, contribuent à attirer sur cette oeuvre nouvelle la curiosité du public: nous y répondons préventivement en publiant un groupe de l'auteur et de trois des principaux artistes, pendant une répétition sur le «plateau», entre une partie de décor et le rideau de fer.

LE MONUMENT D'EUGÈNE FROMENTIN

M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, présidait dimanche, à la Rochelle, à l'inauguration du monument élevé à Eugène Fromentin, peintre et écrivain.

Ce monument, est dû à la collaboration du statuaire Ernest Dubois et de l'architecte Patouillard-Demoriane. Sur un fût est posé le buste du délicat artiste, drapé d'un ample manteau. Une palme s'enroule autour du socle, devant lequel caracole, comme à la fantasia, burnous flottant, fusil au poing, un de ces cavaliers arabes que Fromentin a représentés dans toutes leurs élégantes et fougueuses attitudes. Devant ce très décoratif monument, le sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts a prononcé l'éloge de Fromentin et loué comme il convenait le peintre du _Fauconnier arabe_ et l'auteur de _Dominique_, paraphrasant avec bonheur le mot de Sainte-Beuve: «Il a deux muses, il est peintre en deux langues.»

LES MITRAILLEUSES AUX GRANDES MANOEUVRES ALLEMANDES

Au cours des grandes manoeuvres, l'empereur d'Allemagne et son état-major ont observé avec un intérêt particulier tout ce qui concerne les progrès de l'artillerie.

L'importance qu'ils attachent au nouveau canon, dont nous avons reproduit le modèle dans notre dernier numéro, ne leur fait pas négliger la mitrailleuse, ainsi que l'attestent les documents complémentaires fournis par notre service photographique.

Les Allemands possèdent, à l'heure actuelle, 16 groupes de ces engins (à 6 pièces, 3 caissons et 80 hommes) et ils on créent de nouveaux tous les ans. Ces groupes sont affectés à des bataillons de chasseurs ou à des régiments d'infanterie Nos photographies représentent, la première, une de ces unités en action; l'autre, des servants portant leur pièce, sorte de «civière-traîneau» qui, en temps ordinaire, est fixée sur l'arrière-train d'une voiture.

La mitrailleuse automatique Maxim de nos voisins emploie les cartouches d'infanterie, ce qui facilite singulièrement le réapprovisionnement. Celles-ci sont disposées, au nombre de 250, sur un ruban traversant l'arme. Chaque fois qu'un coup part, le canon, monté sur glissières, recule et actionne ainsi un mécanisme robuste qui met en place une nouvelle cartouche et en détermine ensuite l'explosion, sans que les servants aient autre chose à faire qu'à pointer et à changer de temps en temps le ruban Aussi obtient-on des vitesses de tir pouvant atteindre 500 coups à la minute au polygone, et 250 à 300 sur le champ de bataille. En somme, une mitrailleuse tire aussi vite que 25 fantassins, beaucoup plus juste à cause de son affût; un groupe allemand avec ses 6 pièces, fait donc autant de besogne qu'une compagnie d'infanterie. L. S.