L'Illustration, No. 3266, 30 Septembre 1905

Part 3

Chapter 33,544 wordsPublic domain

De là la nécessité, quand on le peut, de mettre au programme le dessin du phénomène pour fixer la forme des régions lointaines de cette sorte d'atmosphère cométaire.

Les lecteurs de _L'Illustration_ ont donc sous les yeux la représentation de l'éclipse telle qu'un spectateur doué d'une bonne vue pouvait l'apercevoir le 30 août à Sfax.

Le premier dessin est le croquis de l'éclipse exécuté en 2 minutes 55 secondes.

La durée de la totalité à Sfax, quoique supérieure de plusieurs secondes à ce chiffre, ne m'a pas permis de consacrer au dessin tout le temps disponible, car je devais noter l'heure exacte des contacts et mon programme se doublait en quelque sorte.

Plusieurs minutes avant la totalité, j'ai pu suivre l'empiétement du disque lunaire sur le disque brillant du soleil à l'aide d'une lunette équatoriale. Les pics de la lune se découpaient très nettement sur le fond d'un jaune d'or éclatant. En même temps l'éclat du croissant diminuait peu à peu et, 30 secondes avant la totalité, le verre noir qui protégeait l'oeil devenait inutile.

Je pus alors constater que le mince croissant solaire se déchiquetait, offrant de nombreuses solutions de continuité. On eût dit les grains d'un chapelet brillant disposés en demi-cercle autour du disque noir de la lune. Ce phénomène est connu sous le nom de _grains de Baily_ et, sur mon croquis, je l'ai indiqué comme atteignant sa visibilité maximum 5 secondes avant la totalité.

A ce moment la couronne apparut sur le côté opposé lançant ses rayons dans le ciel déjà obscurci; puis les derniers grains brillants disparurent, je pressai le bouton électrique du chronographe: l'éclipse était commencée.

On n'imagine guère l'activité qu'il faut déployer alors pour faire l'esquisse sommaire que vous avez sous les yeux.

Il ne peut être question de rendre l'effet produit. Il faudrait toute la gamme des couleurs et un temps beaucoup plus long que celui des plus longues éclipses atteignant 6 minutes au maximum.

On doit donc se borner à noter sur un papier préparé à l'avance et où l'on a tracé des circonférences éloignées entre elles d'un demi-diamètre solaire, les formes de la couronne. Cette esquisse doit se faire comme tous les dessins à main levée, c'est-à-dire que l'on indique d'abord les grandes lignes, se réservant ensuite le dessin de détail, s'il reste du temps.

Afin de laisser l'oeil s'habituer aux teintes faibles de la couronne extérieure, je commence par les parties basses et voisines du soleil. Elles étaient limitées, cette année, par un anneau brillant de couleur dorée, dont l'intérieur avait une teinte lumineuse d'un bleu pâle rappelant celui de certains globes électriques.

A mesure que le dessin avance, il ne faut pas oublier que les secondes s'écoulent et l'on est obligé de jeter de temps en temps les yeux sur le chronomètre dont les aiguilles sont soumises à l'inexorable loi du temps. Souvent c'est un aide qui vous indique le nombre de secondes écoulées. Cette fois je n'avais pas même cette ressource, mes collaborateurs étant occupés à d'autres travaux; mais l'éclipsé fut tellement lumineuse que, pendant toute la durée de la totalité, je pus lire l'heure du chronomètre à 1m,50 de distance.

Les chiffres inscrits au crayon sur le croquis ne sont autres que les secondes indiquées au chronomètre à mesure que le dessin avançait. Une minute et demie avant la fin je pus aborder le dessin de détail; mon oeil habitué à l'obscurité put saisir certains rayons à un diamètre et demi du soleil. L'extension n'a pas été très grande, ainsi qu'on pouvait le prévoir en raison de la période de maximum d'activité solaire coïncidant avec l'époque de l'éclipse. J'ai omis les protubérances roses, dont deux étaient argentées au sommet, et qui donnent une belle coloration rouge à la partie voisine du soleil. Ce détail n'aurait aucun intérêt puisque les formes protubérantielles sont parfaitement obtenues à l'aide de la photographie.

Il sera intéressant dans quelques jours de comparer cette esquisse et le dessin terminé avec la représentation photographique.

Nos plaques obtenues avec des poses relativement longues et des objectifs extra-lumineux vont être développées de manière à obtenir le rendement maximum dans les parties faiblement impressionnées.

Avant de clore cette note, je tiens à parler d'une conclusion très intéressante résultant de nos expériences: il y a grand intérêt à calculer exactement la durée de la totalité et à la comparer à la durée observée afin de vérifier certaines données astronomiques.

Pour m'aider dans cette vérification, M. Paul Ditisheim, dont la réputation de chronométrie est connue du monde entier, a bien voulu construire et mettre à ma disposition un chronographe enregistreur au centième de seconde. La précision réclamée par les faits était dépassée, mais l'appareil, qui a fonctionné merveilleusement, nous a montré que nous devions désormais introduire de sérieuses corrections dans nos tables des diamètres lunaires servant à calculer les éclipses; la différence entre le calcul et l'observation atteignant près de 3 secondes sur la durée de la totalité.

Ce fait a été confirmé d'une manière indirecte par deux observateurs qui, placés l'un à Sousse, l'autre à Gabès, n'ont pas joui de l'éclipse totale alors que ces deux localités étaient comprises dans la zone de totalité indiquée par le Bureau des longitudes. Nous avons donc besoin de quelques éclipses pour connaître le soleil et rédiger nos tables astronomiques.

Abbé TH. MOREUX.

Voici un épisode de la vie maritime qui a bien souvent retenu et amusé les oisifs baigneurs en villégiature ou les touristes de passage à Granville. La balance énorme, à plateaux de bois soutenus par de robustes filins, est installée sur le navire même qui s'amarre à quai, le fléau suspendu à un gui, à une vergue. On pèse d'abord 50 kilogrammes de morues équilibrées avec des poids marqués, puis, ces poids retirés, on les remplace par un poids égal de poissons, auxquels fait contrepoids la charge de l'autre plateau. Alors, dès qu'on a débarrassé celui-ci --et tandis que les femmes, échelonnées sur les barreaux de l'échelle, se passent les morues, en les comptant d'une voix monotone, jusqu'à la charrette qui les attend au haut du quai--on le charge de nouveau d'une quantité suffisante pour équilibrer ce que porte le second plateau, si bien que le travail peut se poursuivre sans interruption, sans perte de temps.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

MONUMENTS COMMÉMORATIFS.

On a procédé récemment à l'inauguration de deux monuments destinés à perpétuer la mémoire d'illustrations nationales ayant des titres divers à ce définitif hommage.

A Paris d'abord, le 22 septembre, date anniversaire de la proclamation de la première République, en 1792, la statue de Camille Desmoulins, dont, au cours d'une cérémonie solennelle, M. Henry Maret, député, président du comité; M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d'État des Beaux-Arts, et M. Clémentel, ministre des Colonies, furent les éloquents panégyristes. Le nom seul du tribun journaliste suffit pour évoquer la fameuse scène historique racontée par les moindres précis scolaires et popularisée par l'image: au Palais-Royal, le 12 juillet 1789, un jeune avocat juché sur une table, jetant à la foule irritée du renvoi de Necker un vibrant appel aux armes, arborant la cocarde verte qu'aussitôt ses auditeurs cueillent aux branches des arbres; faisant, en un mot, le geste décisif qui entraîna le peuple à l'assaut de la Bastille. Le souvenir matérialisé de cet épisode avait sa place dans le jardin du Palais-Royal, à l'endroit même où l'orateur révolutionnaire prononça ses paroles enflammées, en face du passage central conduisant à la galerie d'Orléans; c'est là que, exhaussé d'un socle de granit assez bas, debout, le bras droit étendu, la jambe et le bras gauches appuyés sur une chaise, se dresse le Camille Desmoulins de M. Boverie, à qui on doit déjà une statue remarquée de Baudin.

Hippolyte Taine, lui, n'a pas participé à l'histoire comme acteur; mais, homme d'étude, investigateur patient et sagace, esprit indépendant, il l'a rigoureusement passée au crible de la critique et sa méthode, son enseignement, ont exercé une influence considérable sur plus d'une génération. Au-dessous des dates de sa naissance et de sa mort, 1828-1893, l'inscription lapidaire du monument qui vient de lui être érigé à Vouziers, devant sa maison natale, dans la rue maintenant baptisée de son nom, résume d'une façon aussi exacte que concise le caractère du penseur et de l'écrivain: elle atteste la sérénité, la fermeté d'une intelligence appliquée, avec l'unique amour de la vérité, à la recherche des causes les plus hautes des choses en matière philosophique, historique et littéraire. Dimanche dernier, en présence de M. Dujardin-Beaumetz et des notabilités locales, on découvrait l'oeuvre du sculpteur ardennais Stanislas Martougen, un buste sévère, supporté par une stèle au pied de laquelle une Muse est accoudée sur une pile de volumes représentant l'énorme labeur de l'auteur de _Thomas Graindorge_ et des _Origines de la France contemporaine._

_UN FAÎTE VERTIGINEUX._

Nous constatons chez nous, depuis quelques années, une tendance marquée à bâtir dans les grandes cités, à Paris surtout, des maisons beaucoup plus hautes qu'autrefois; mais, sous ce rapport, la France est encore bien loin d'égaler l'Amérique: nos immeubles à sept ou huit étages ne sont que des jouets lilliputiens auprès de ces constructions gigantesques qui en comptent douze, dix-huit et même davantage. A New-York, par exemple, le Park-Row building, l'édifice privé le plus élevé de la ville, domine tous les autres de son dôme décoré de statues colossales et couronné d'une lanterne au sommet de laquelle flotte un drapeau. S'agit-il de réparer la toiture, de repeindre le mât terminal: après l'ascension à l'intérieur, où ne manquent sans doute ni les ascenseurs ni les échelles, l'ouvrier chargé de ce soin est obligé de se hisser extérieurement jusqu'au faîte et de s'accrocher dans le vide au moyen de cordes. Voilà certes un homme qui doit faire preuve d'une rare agilité de gymnaste, avoir la tête solide et n'être point sujet aux terribles affres du vertige.

LES CAILLES ET LA POLITIQUE EXTÉRIEURE.

L'établissement de l'influence française au Maroc aurait-il une répercussion sur les intérêts des chasseurs français? C'est bien possible et voici comment. La caille est un oiseau migrateur, qui passe l'hiver au Maroc et en Égypte, et qui, en été, monte en Europe et en France particulièrement. Les plus belles sont celles qui viennent du Maroc: celles d'Égypte sont moins grasses, leur long voyage aérien les ayant fatiguées. Mais il n'en vient pas autant qu'il devrait. Ceci tient à ce que des industriels anglais et allemands se rendent en Égypte et au Maroc pour capturer les oiseaux au moment où ils vont prendre leur vol vers le nord. Les cailles, venant de l'intérieur du pays, un peu éprouvées par leur premier vol, se reposent quelques jours. C'est à ce moment que des bandes d'Arabes, payés par les industriels en question, pourchassent les oiseaux, les étourdissent avec des branchages et les prennent vivants pour les expédier aussitôt en Angleterre et en Allemagne en évitant la France où ce trafic est défendu. C'est ce qui fait que nos champs sont privés d'une partie du contingent de cailles qui, autrement, seraient venues nous rendre visite. Si l'influence française devient prépondérante au Maroc, il faudra voir à mettre fin à ce trafic et à empêcher des industriels étrangers de venir, non nous couper l'herbe sous le pied, mais nous retirer la caille au moment où elle allait prendre le chemin de notre bouche. Cela fera l'affaire des chasseurs et aussi du consommateur français.

UN PRÉTENDU SIGNE DE LA RACE MONGOLE.

Chez la plupart des nouveau-nés japonais, on constate, au niveau de la région sacro-coccygienne, une ou plusieurs taches bleues, dont les dimensions varient entre celle d'un petit pois et celle de la paume de la main. Il n'est pas rare d'en trouver également dans la région des épaules. Au bout de quelques mois, ces taches disparaissent.

Considérées d'abord comme propres aux Japonais, ces taches ont été ensuite retrouvées chez d'autres peuples mongols, et on leur attribua alors la valeur d'un caractère de race. Mais voici que plusieurs observateurs contestent cette conclusion.

C'est d'abord M. Adachi, qui a constaté l'existence de cellules pigmentaires spéciales dans la région sacro-coccygienne chez le singe et chez les enfants de toutes races, colorées ou non. Il suffit que ces cellules soient un peu plus abondantes que normalement pour que les taches apparaissent. Et, en effet, M Kocko Fujisawa, à Munich, a retrouvé ces taches chez plusieurs enfants nouveau-nés, dont les familles étaient exemptes de tout mélange mongol.

Il est bon que l'on connaisse l'existence et le caractère passager de ces taches; car le chirurgien pourrait être tenté de les enlever et, à leur place, on provoquerait des cicatrices indélébiles.

LE POIDS D'UN OBJET CHANGE-T-IL AVEC SA TEMPÉRATURE?

Petit problème de physique: un corps quelconque pèse-t-il, chaud, autant, plus, ou moins que le même corps froid? Remarquez que ceci peut avoir de l'importance en physique du globe: l'attraction entre corps, qui se manifeste par la gravitation, pourrait changer et varier. L'idéal serait de pouvoir mesurer cette attraction entre corps identiques à des températures très différentes; mais l'expérience ne peut guère se faire. Alors un physicien anglais, M. Poynting, a procédé autrement. Il a cherché à voir si un corps, pour lequel on a pris la tare à la balance à une température donnée, conserve le même poids à une autre température beaucoup plus basse ou plus élevée. L'expérience est très délicate et demande beaucoup de soins. Elle a montré que le corps solide échauffé à plus de 100° est un peu plus léger que le même corps à 15°. La différence est très faible: 3 millièmes de milligramme pour un solide de 208 grammes de poids. De façon générale, la différence de poids n'est pas même de 1 pour _dix puissance dix_ pour un degré de température de différence. La différence existe, mais elle est infinitésimale. Pendant réchauffement ou le refroidissement du corps en expérience, il se fait des variations (apparentes) de poids assez considérables; mais ceci est éphémère: le corps échauffé qui d'abord semble perdre une proportion assez importante de son poids en récupère la plus grande partie et se montre, une fois échauffé, n'avoir qu'un poids très légèrement inférieur à celui qu'il avait à basse température.

UN EXPLOIT D'ALPINISTES.

Le 2 septembre dernier, une caravane de dix-sept personnes accomplissait l'ascension du Mont-Blanc par le versant orienté du côté de l'Italie, en suivant la route du Dôme, de beaucoup plus longue et plus fatigante que celle de Chamonix. Il ne s'agissait pas de touristes ordinaires; elle se composait, en effet, en majeure partie, de militaires italiens, dont huit officiers: le colonel Canton, les lieutenants Feretti, Sarti, Allosio, Baccon, Blanchi, Morello, Vignola et six soldats, accompagnés de deux guides de Courmayeur et M. Brocherel, auquel nous devons les vues photographiques reproduites ici. Cette caravane se dirigea d'abord vers le refuge Vallot, où elle s'arrêta pour se restaurer; puis, continuant son itinéraire, elle gagna les Bosses, où elle trouva un sentier tracé par les porteurs de l'observatoire Janssen. Après avoir atteint victorieusement la calotte du mont, elle reprit à la descente le même chemin qu'à la montée, ayant, pendant toute cette expédition accidentée, affronté les passages difficiles et les violentes tourmentes de neige avec la vaillance et l'endurance d'alpinistes déterminés.

UN ARBRE PHÉNOMÈNE.

Le fameux figuier de Roscoff, en Bretagne, apparaîtrait comme un chétif buisson auprès de l'arbre phénoménal dont nous donnons ici la vue, et qui ombrage un coin de terre au Transvaal, non loin de Pretoria. Il a 20 mètres de hauteur, 55 de diamètre et 170 de circonférence. Comme le figuier breton, il a plusieurs troncs, et telles de ses branches, retombées vers le sol, y ont pris racine. Mais le pied principal mesure seul 25 mètres de circonférence, et tous ses troncs sont parfaitement solidaires les uns des autres, de sorte qu'il s'agit bien, en réalité, d'un seul arbre.

Quant à l'âge exact de ce géant, on l'ignore, mais il dépasse certainement quatre cents ans, car les premiers émigrants arrivés dans le Sud-Africain après la révocation de l'édit de Nantes, le connurent, ainsi que l'attestent des pièces retrouvées aux archives de Pretoria, dans le même état où il est actuellement.

LA TAUPE ET LE MAL DE DENTS.

Personne n'a oublié la recette qui, dans une scène mémorable de _la Cagnotte_, est donnée par un des personnages de la pièce contre le mal de dents. «Vous prenez une taupe, dit-il, une jeune taupe de cinq à six mois.» Mais la suite de la recette manque, la conversation changeant de sujet. Pour la trouver, il faut chercher dans le folklore où elle a d'ailleurs été prise.

Le «dogme de la taupe» n'est point une invention de dramaturge: c'est une réminiscence, c'est le rappel d'une superstition qui a eu longtemps cours. Au pays de Baugé, M. C. Fraysse a recueilli l'histoire tout au long, et il l'a racontée dans la _Revue des traditions populaires_. Le procédé dont il s'agit, aussi cruel qu'imbécile, ce qui n'est pas peu dire, consistait à prendre une taupe mâle--il n'est rien dit de l'âge qu'elle devait avoir--et à lui inciser la peau. Puis on introduisait l'index entre cuir et chair jusqu'à ce que la malheureuse bête mourût, ce qui pouvait être assez long, soit dit en passant. La taupe morte, on retirait l'index et on le posait sur la dent malade qui aussitôt cessait d'être douloureuse.

En réalité, par ce procédé, on faisait prendre patience aux gens, en même temps qu'on les amenait à s'auto-suggestionner. Tout a une fin, même le mal de dents; et, en imposant au malade une occupation qui devait certainement durer quelques heures, on courait quelque chance de voir le mal cesser vers le moment où l'occupation prenait fin par la mort de l'animal. Pourtant la taupe pouvait être, et était, employée aussi d'une façon plus expéditive: façon plus cruelle encore, tout en restant aussi imbécile. On coupait les quatre pattes à une taupe vivante et on les mettait sur la tête de l'enfant atteint du mal de dents. En réalité, disait la tradition, une seule patte suffit. Mais on ne savait pas bien si l'une des quatre n'avait pas plus de vertu que les autres et, pour plus de sécurité, on employait les quatre.

La taupe servait encore à combattre les convulsions des enfants. On en attachait une vivante au cou du malade. Sans doute, il en éprouvait quelque frayeur qui le remettait d'aplomb; trouvant le remède pire que le mal, il se décidait à guérir: chose facile dans le cas de convulsions d'ordre hystérique.

Cette médecine populaire, à la fois niaise et cruelle, n'est pas encore morte dans les campagnes: elle existe toujours, elle a ses adeptes et ses fervents: des survivants attardés du moyen âge.

UN NOUVEL ANALGÉSIQUE LOCAL.

Cette substance, à joindre à plusieurs autres qui ont aussi la propriété précieuse de supprimer la douleur, porte un nom de dimensions redoutables. C'est le chlorhydrate de benzoïl-tétraméthyle-éthyle-diéthyle carbinol. Tel est son nom rationnel et scientifique. Mais, pour les conversations courantes, on a voulu quelque chose de plus court et l'on s'est arrêté au mot: «alypène».

L'alypène est une substance pulvérulente, facilement soluble dans l'eau, pouvant être sans inconvénient bouillie, c'est-à-dire stérilisée; on peut l'adjoindre à l'adrénaline ou à l'antipyrine sans qu'aucun des corps n'entrave l'action de l'autre. L'alypène aurait sur la cocaïne un grand avantage. Elle est aussi fortement analgésique que cette dernière, mais beaucoup moins toxique: elle ne dilate pas la pupille et ne trouble en rien la vue.

Les solutions d'alypène à 1 ou 2% insensibilisent la cornée et la conjonctive, en une minute ou 75 secondes, au plus. Avec la solution à 4% on a une anesthésie plus rapide, qui dure 8 ou 10 minutes. L'alypène, qui paraît devoir rendre de grands services en ophtalmologie, sert aussi pour l'anesthésie locale du nez, du pharynx et du larynx.

On emploie des solutions à 10%.

Elles suffisent, employées en applications successives, à rendre parfaitement indolores les cautérisations à l'acide chromique ou au galvanocautère. L'alypène ne détermine aucune intoxication et a l'avantage de coûter sensiblement moins cher que la cocaïne. Cet anesthésique, qui présente de nombreuses et sérieuses qualités, a été découvert par un médecin allemand, M. Impens, et étudié de très près par plusieurs médecins qui en disent tous grand bien.

UN CAS DE GROSSESSE QUINTUPLE

Mettre au monde cinq jumeaux n'est pas chose fréquente, et la science n'a enregistré qu'un très petit nombre de cas semblables.

Le fait vient de se produire à Mourom, en Russie. La mère est une paysanne de vingt-cinq ans, dont le père était né d'une grossesse gémellaire et dont les deux tantes paternelles avaient eu des jumeaux. On voit qu'ici l'hérédité est très marquée.

Cette femme, sur cinq grossesses, en avait d'ailleurs eu déjà deux gémellaires.

Les cinq enfants sont nés vivants, tous du sexe masculin, ayant l'apparence d'enfants presque à terme; mais aucun n'a survécu. Celui d'entre eux qui a vécu le plus longtemps n'a pas dépassé trente-neuf heures.

L'état d'extrême surexcitation nerveuse produit chez la mère à la suite d'un accouchement si inaccoutumé, fit craindre quelque temps pour sa raison; mais, après trois jours, tout était calmé; et, après dix jours, elle sortait de l'hôpital de Mourom en parfaite santé.

QUELQUES NOTABILITÉS SOCIALISTES ALLEMANDES

LES SOCIALISTES ALLEMANDS AU CONGRÈS D'IÉNA

Le congrès socialiste allemand s'est tenu à Iéna, du 17 au 23 septembre. Parmi les notabilités du parti, on y remarquait Bebel, Singer, Auer, Meist, Pfannkuch, Volmar, accompagné de sa femme. Au cours des séances qui ont eu lieu à la Maison du Peuple, devant le buste de Karl Marx, entouré de drapeaux rouges et de verdure, on a prononcé force discours, voté force résolutions, concernant l'organisation des groupes, la politique électorale, l'internationalisme, la grève générale, voire la propagande contre l'alcoolisme. Et l'on s'est séparé en décidant que le congrès de 1906 siégerait à Mannheim.

Mme GALLI-MARIÉ

La grande artiste dont la renommée, déjà ancienne, n'est point encore oubliée, bien que sa retraite du théâtre date d'une vingtaine d'années, vient de mourir à Vence, près de Nice, à l'âge de soixante-cinq ans.