L'Illustration, No. 3265, 23 Septembre 1905

Part 2

Chapter 23,244 wordsPublic domain

Dans le livre très vivant où il a consigné les impressions recueillies au cours des quatre années qu'il a passées dans l'intimité journalière du sultan[1]. M. Gabriel Veyre qui est loin d'être un inconnu pour nos lecteurs, et à qui nous avons du quelques clichés sensationnels publiée ici a écrit: «De tous les passe-temps auxquels, tour à tour, il s'est adonné, c'est la photographie qui a le plus longtemps amusé Abd-el-Aziz et lui a procuré le plus de satisfactions.» Il ajoute qu'il y était devenu d'une rare habileté. Il suffit, pour le croire, de jeter les yeux sur le cliché où le sultan a fixé deux des «matrones» du harem impérial, deux des négresses qui sont chargées de la surveillance de ses femmes. Sur le vu d'un envoi pareil. Abd-el-Aziz serait reçu par acclamations dans n'importe quel salon de photographie: un très bel effet de clair-obscur, le bonheur avec lequel sont rendus et le scintillement des joyaux, et l'opulence des lourdes draperies chargées de broderies, et le vaporeux des gazes transparentes, font de cette épreuve une véritable oeuvre d'art. Il n'est pas jusqu'à cet appareil téléphonique accroché au mur, en arrière des deux figures, qui ne lui donne du piquant et de l'imprévu!

[Note 1: Gabriel Veyre, _Au Maroc, dans l'Intimité du sultan._]

Au contraire de tant d'amateurs, même royaux et impériaux, qui se contentent, selon le mot du photographe américain Hare, d'être des «pousse-boutons», Abd-el-Aziz voulut être initié à toutes les opérations délicates du laboratoire, développa, renforça ses clichés, tira des épreuves. Il fut un fanatique du gélatino-bromure. Tous les appareils lui devinrent familiers: vérascopes, kodacks, chambres à pied.

Il essaya du cinématographe, même, et, tandis que ses femmes et leurs esclaves, pour tromper l'ennui, durant les longues heures de _farniente_ du harem, réfugiées dans l'une des cours les plus discrètes du palais, se grisaient d'interminables matches à bicyclette, en tricycle, voire en motocyclette, il les cinématographiait au passage. Les trois gravures représentant ces courses assez inattendues que nous publions ici, sont des agrandissements d'après des films ainsi pris par le sultan.

Il alla plus loin encore. Le jour où ou lui montra des photographies colorées le désir lui vint d'en faire aussi, et il apprit le procédé, très compliqué, aux trois couleurs.

Quand il en fut bien maître, sa grande joie fut de photographier, à d'innombrables exemplaires, ses épouses favorites. Il les faisait se revêtir de leurs plus beau atours, brodés, multicolores: se charger de joyaux, de perles et d'aigrettes, et, ainsi parées, les posait en avant de fonds semés de floraisons éclatantes, près de tables drapées de tapis violents et, pour corser encore le spectacle coloré, comme disent les peintres, et compliquer la difficulté, plaçait devant elles d'enfantins bibelots aux tons barbares, des cadres de bazar, des fleurs artificielles dans des vases de la foire, tous les ornements des plus banales cheminées de chez nous. On peut voir, par les quatre clichés que nous avons reproduits, à quelle habileté d'opérateur il était arrivé.

Est-il nécessaire d'observer qu'en dehors de leur mérite professionnel ces clichés constituent des documents peu communs sur la vie aux palais impériaux?

S'il est difficile, en effet, d'entr'apercevoir, seulement, l'intérieur d'une demeure musulmane quelconque, on imagine combien doit être inaccessible le harem du Chérif et quels obstacles peuvent se dresser devant les infidèles pour les empêcher d'approcher les belles recluses qu'on y enferme jalousement.

Il est à croire, d'ailleurs, que nous n'aurons pas, de longtemps, la fortune de pouvoir reproduire des clichés de ce genre. Au milieu des préoccupations qui le doivent assaillir en ce moment, il est probable qu'Abd-el-Aziz n'a plus guère le temps de songer à ses distractions anciennes, à la bicyclette, à l'automobile, à la photographie,--son triomphe!

Les temps sont loin, en effet, où, à la première audience, il apparaissait à M. Veyre sous la véranda de son palais de Marakech comme un «bon grand enfant curieux»: où il passait ses journées entières, de l'aurore à la nuit, presque, dans la «cour des Amusements». Et peut-être allons-nous commencer à nous apercevoir que nous avons vécu, trop confiants, sur la légende qu'on avait créée autour de lui d'un souverain demeuré puéril longtemps après l'âge d'homme. Abd-el-Aziz semble vouloir se charger de la démentir.

TREMBLEMENT DE TERRE EN CALABRE

_Dès la semaine dernière, alors qu'aucun autre journal illustré français, allemand ou anglais, ne contenait le moindre document, dessin ou photographie, sur le tremblement de terre de la Calabre,_ L'Illustration _réussissait à consacrer cinq pages entières à ce tragique événement. Une organisation perfectionnée et coûteuse, qui ne recule devant aucun effort ni aucun sacrifice pécuniaire pour donner satisfaction aux légitimes curiosités du public, nous a permis, dans cette circonstance difficile, d'arriver, malgré la distance, en même temps que_ L'Illustrazione italiana, _notre excellent confrère de Milan, pour la publication de photographies et de dessins montrant le désastre à Monte Leone, à Reggio, à Tropea et dans toute la région bouleversée. Nous reproduisons cette semaine une nouvelle série de photographies de l'aspect le plus poignant. On se préoccupe de tous côtés de chercher les moyens de soulager cette immense infortune: puisse la vue de ces villes en ruines, de ces scènes de désolation et de deuil, susciter partout des initiatives généreuses!_

Aussitôt qu'il eut connaissance de l'effroyable désastre qui venait de désoler le sud de l'Italie, le roi Victor-Emmanuel exprima la volonté d'aller visiter en personne les victimes du cataclysme, leur porter ses consolations et ses encouragements, se rendre compte par lui-même de leur misère. Le 10 septembre, le surlendemain de la catastrophe, il quittait sa villégiature de Raconigi pour se rendre en Calabre. Tout apparat eût détonné au cours de cette visite royale aux pays éprouvés. Le roi, qu'accompagnaient seulement le général Brusati, le général Majo, le major Ravizza et le ministre de la maison royale, M. Ponzio-Vaglia, distança plus d'une fois cette suite restreinte pour s'aventurer seul entre les ruines amoncelées, parmi les pauvres gens éplorés que le plus infime fonctionnaire de village n'avait guère de peine à écarter pour lui faire place. Et à tous ces affligés pleurant leurs proches morts, leur maison ruinée, leur champ ravagé, Victor-Emmanuel adressait de réconfortantes paroles, leur disant, avec une émotion qu'il ne cherchait pas à contenir, la part qu'il prenait à leur peine.

Il parcourut ainsi toutes les localités les plus gravement atteintes: Briatico, Sant'Onofrio, Stefanaconi, Piscopio, Zammaro, San Gregorio, Triparni, où, de Monte Leone, le conduisit son automobile; puis Parghelia, San Constantino et Zugri, etc. A de certains endroits il dut se rendre à pied, les routes étant trop bouleversées pour permettre à l'automobile de passer.

Comme il arrivait à Parghelia, on venait de retirer des décombres un enfant, miraculeusement sauvé de la mort, et qu'on retrouva, demeuré soixante-dix heures enseveli, maigre, hâve, réduit presque à l'état de squelette. Partout des maisons éboulées, des bourgs entiers bouleversés, des amoncellements de débris informes, les poutres des toits s'enchevêtrant parmi les pierres des murailles, quelque chose de lamentable à contempler. Dans presque toutes les localités atteintes, les églises, les plus hauts des édifices, sont tombées les premières; leurs voûtes effondrées jonchent le sol; le peu qui en reste encore debout, colonnes ébranlées, pendantes, murs lézardés, menace ruine, et les fidèles, pour prier, dans ces heures de rude épreuve, ont dû édifier en hâte, au grand air, des autels provisoires, faits des débris des autels détruits, où ils ont transporté les reliques, les images des saints, et devant lesquels ils s'agenouillent sur le sol mal raffermi.

LES TREMBLEMENTS DE TERRE EN CALABRE

APRÈS LES PREMIÈRES SECOUSSES SISMIQUES _Photographies Ed. Ximénès._

UNE REINE AUX MANOEUVRES ALPINES

La reine Marguerite, qui concilia toujours le goût des sports avec celui de l'étude, a de longue date fait ses preuves comme alpiniste. Récemment, elle a eu l'occasion de prouver qu'ayant gardé vivace la passion de la montagne, elle n'avait rien perdu de l'endurance nécessaire pour en affronter les difficultés.

Il y a quelque temps, les manoeuvres du 4e régiment alpin devaient se clore par une attaque du col de la Ranzola, situé à 2.171 mètres d'altitude et voisin de la vallée de Gressoney, où, fidèle à une habitude déjà ancienne, la veuve du roi Humbert était venue passer les mois d'été dans sa magnifique résidence «Savoia». Du château, la reine monta au col à dos de mulet; là, malgré un vent furieux dont les violentes rafales permettaient à peine de se tenir debout, elle suivit, deux heures durant, les différentes phases des manoeuvres, prenant un vif intérêt aux explications du colonel Carpi, émerveillée des prouesses des alpins, de la célérité de leurs mouvements, de la justesse de leur tir.

LA CRISE HONGROISE

En Hongrie, à la séance parlementaire du 15 septembre, M. Fejervary, président du conseil des ministres, a donné lecture d'une lettre de l'empereur-roi, ajournant au 10 octobre, à cause des difficultés de la situation politique, la session de la Chambre des députés. Cette journée de la crise hongroise a été marquée par un épisode qu'on peut qualifier d'historique. Tandis que, dans la salle des délibérations, on discutait les prérogatives constitutionnelles du souverain, au dehors, devant le palais du Parlement, une foule énorme, composée en majeure partie d'ouvriers qui avaient déserté en masse les usines et les ateliers et auxquels s'étaient joints des groupes de bourgeois, faisait une imposante manifestation en faveur du suffrage universel. Détail curieux à noter, les manifestants accompagnaient leurs clameurs répétées du chant de _la Marseillaise_. Leur démonstration conserva d'ailleurs un caractère pacifique et, seules, leurs délégations pénétrèrent dans l'enceinte législative pour exposer au président leurs revendications.

AUX GRANDES MANOEUVRES ALLEMANDES

Le 11 septembre, le jour même où l'armée française de l'Est terminait ses manoeuvres sous les yeux du président de la République, une partie de l'armée allemande commençait les siennes en présence de l'empereur. Les opérations où étaient engagés les 7e et 8e corps se sont déroulées dans la Prusse rhénane, autour de Hambourg et de Coblentz. Guillaume II, l'impératrice, le kronprinz, le prince Albrecht de Prusse et les autres membres de la famille impériale ont suivi à cheval les mouvements des troupes. Parmi les hautes personnalités de l'état-major, on remarquait le prince Luitpold de Bavière et le feld-maréchal Hoeseler, l'ancien commandant du 15e corps, à Metz, accompagné du général d'Hulsen, son parent, chef du cabinet militaire. Le vieux maréchal Hoeseler est sans contredit une des figures les plus caractéristiques de l'armée germanique, avec son visage glabre comme celui de feu de Moltke.

L'INCIDENT BOU M'ZIAN

Il vient d'être réglé pacifiquement. Mais il a fait assez de bruit pour être relaté ici avec quelques détails.

Rappelons qu'au commencement d'août le caïd de la tribu des Ouled-Aïssa, au Maroc, attirait dans un véritable guet-apens un Algérien, Français, par conséquent. Si Bou M'Zian el Miliani, notable habitant du village de Marna, l'arrêtait, le chargeait de fers et l'emprisonnait. Il assouvissait ainsi une vengeance personnelle; mais il le faisait avec l'assentiment, la complicité, pourrait-on dire, du gouvernement marocain. Sans parler même des conditions plus que suspectes de cette arrestation, elle constituait une violation flagrante du traité du 28 mai 1767 qui interdit, en cas de différend, toute action des autorités marocaines contre un sujet français, les représentants de la France au Maroc étant seuls juges en pareil cas.

Bien entendu, M. Saint-René-Taillandier, notre ministre, actuellement à Fez, comme on sait, protesta avec énergie dès qu'il eut connaissance de cet atteinte portée à nos droits: il demandait la mise en liberté immédiate de Si Bou M'Zian et une réparation consistant en une indemnité pécuniaire et la destitution du caïd coupable.

En d'autres temps, le Maghzen eût cédé sans délai. Mais, en cette circonstance, il était décidé à profiter autant qu'il lui serait possible de la dernière fantaisie de la politique allemande, à jouer de l'antagonisme entre les grandes puissances européennes que lui ont révélé et la démarche personnelle de Guillaume II, et l'envoi de l'ambassade de M. de Tattenbach. Il n'allégua même pas, et ne pouvait alléguer, qu'il ignorait la nationalité du captif. Il garda Si Bou M'Zian el Miliani sous clé. Il prépara même sa mise en accusation, comme coupable d'avoir correspondu avec le prétendant Bou Hamara.

L'Allemagne fut-elle effrayée elle-même des conséquences de son intervention dans les affaires marocaines? L'attitude du gouvernement marocain fut désapprouvée par la presse d'outre-Rhin, et il apparaît que l'envoyé extraordinaire de Guillaume II à Fez la désavoua aussi, sur un ordre d'en haut.

Le sultan et ses ministres cédèrent, à contre-coeur et de très mauvaise grâce. Ou relâcha bien Bou M'Zian, après un mois de détention, mais sans faire à notre représentant aucune excuse.

Déjà, le gouvernement français avait fait parvenir à M. Saint-René-Taillandier le texte d'un ultimatum que M. Marc, premier drogman à la légation, fut chargé de notifier au Maghzen. Les termes en étaient nets et exigeaient une prompte et complète satisfaction.

Le sultan comprit qu'il fallait s'incliner. Sur son ordre, le grand vizir, Si Fedoul Gharnet, se rendit en personne, le matin du 4 septembre dernier, à la légation et présenta à notre ministre les excuses de son gouvernement. Il lui annonçait que le caïd coupable avait été révoqué, et lui remettait, en cinq chèques sur la Banque de Paris et des Pays-Bas, la somme de 2.700 douros réclamée par Si Bou M'Zian. Enfin, il donnait l'assurance que le Maghzen ferait son possible pour que de pareils manquements aux traités et aux coutumes ne se produisissent plus.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LA VACCINATION CONTRE LE CHOLÉRA.

L'apparition du choléra en Russie, puis en Allemagne, peut faire craindre l'extension du fléau jusqu'à l'extrémité occidentale de l'Europe. C'est par ces pays qu'il a coutume de passer pour venir chez nous.

S'il vient, comme cela est probable, que faut-il faire?

A cette question, il est facile de répondre. On peut très bien indiquer les précautions à prendre. Mais il faut bien se dire qu'on peut, tout en les prenant, devenir aussi victime du mal; le microbe a bien des moyens de se faufiler. Quoi qu'il en soit, il importe essentiellement de réduire le nombre de ces moyens, et c'est ce à quoi on arrivera en observant quelques pratiques très simples. La principale, c'est, en temps d'épidémie, de ne plus employer, comme boisson ou pour la toilette (pour _toute_ la toilette) que de l'eau bouillie. On fait, en se levant, toute sa toilette à l'eau bouillie; on évite de toucher de l'eau non bouillie ou les récipients où il vient d'y avoir de l'eau non bouillie. On se lave soigneusement les mains avant les repas; on ne consomme les légumes et fruits que cuits. Toute l'alimentation, toute la boisson, doivent avoir été stérilisées par la chaleur. Ne pas se fier aux eaux filtrées, ni aux eaux minérales ou dites de source. Aucun filtre existant ne constitue une garantie sérieuse contre n'importe quelle maladie transportée par l'eau; aucun filtre, si coûteux qu'il soit, si scientifiquement compris et attentivement surveillé qu'il puisse être, ne donne la sécurité que procure l'ébullition de l'eau. Pour les eaux minérales, ou de source, il faut bien savoir qu'elles peuvent se contaminer comme les autres eaux de source; elles ne donnent qu'une sécurité illusoire, car elles peuvent être pures pendant un temps et tout à coup cesser de l'être. L'eau bouillie, elle, est toujours pure: c'est la seule eau pure.

Il faut bien se dire, toutefois, que les mesures d'hygiène, de nettoyage, de désinfection, n'ont jamais suffi à enrayer une épidémie de quelque violence. Du reste, aucune maladie infectieuse n'est en voie de diminution, sauf la variole. C'est que la variole est la seule contre laquelle on dispose d'un traitement préventif, qui est la vaccine. On a un vaccin curatif pour d'autres maladies, mais ce vaccin ne diminue pas le nombre des cas: voyez par exemple ce qui se passe pour la diphtérie. On la traite assez bien maintenant; mais, si l'on réduit le nombre des morts, on ne réduit pas le nombre des cas. On ne diminue la proportion des cas de maladie infectieuse que là où l'on possède le vaccin préventif.

Ce vaccin existe pour le choléra. Depuis plus de dix ans on vaccine contre le choléra aux Indes, et avec grand succès; la chose est entrée dans les habitudes et la méthode est si bien assise que l'on ne prend plus la peine d'en faire connaître les bienfaits, pas plus que pour la vaccine en Europe. Pour le degré d'efficacité de la vaccination anticholérique imaginée par M. M. Haffkine, un ancien préparateur à l'Institut Pasteur, il ressort très simplement de quelques statistiques faites aux Indes, à Degubaar, à Karkuri, à Bilaspur.

Voici pour Degubaar: Cas de choléra. Morts.

Non vaccinés 254 12 10 Vaccinés 407 5 0

A Karkuri:

Non vaccinés 198 15 9 Vaccinés 443 3 1

A Bilaspur:

Non vaccinés 100 5 Vaccinés 150 1

Dans tous les cas qui précèdent, vaccinés et non vaccinés vivaient dans les mêmes conditions, occupés aux mêmes travaux, appartenant à la même classe sociale.

Le vaccin de Haffkine est le seul vaccin que l'on possède contre le choléra. Il est en outre excellent, comme les chiffres précédents le font voir. La durée de l'immunité qu'il confère va de six mois à un an.

Mais il n'est pas curatif: il ne sert de rien de l'injecter à un cholérique. C'est un remède préventif, destiné à rendre les sujets non cholériques réfractaires à l'infection.

LES PORTS DE GÊNES ET DE MARSEILLE.

La rivalité qui s'est établie entre les deux grandes cités maritimes de la Méditerranée est digne d'attention et, chaque année, on note avec soin les péripéties de ce duel, dont le résultat pourrait être fatal à l'un des deux adversaires en présence.

En 1904, le mouvement de Marseille est encore supérieur à celui de Gênes de 3.614 bâtiments, 1.283.776 tonneaux et 270.889 tonnes de marchandises.

Toutefois, l'écart, qui s'était relevé en 1903 en faveur de Marseille, a baissé l'année dernière de 1.244 navires, 1.698.453 tonneaux de jauge et 713.363 tonnes de marchandises.

En réalité, ainsi qu'il ressort d'une étude de M. de Clercq, consul général de France à Gênes, Marseille ne maintient sa supériorité que grâce à son exportation. A l'entrée, le chiffre de trafic génois surpasse de près d'un million de tonnes son concurrent marseillais; et cela depuis plusieurs années.

LE JEÛNE DES ARAIGNÉES.

Un éminent naturaliste, M. J.-H. Fabre, étudiant récemment les moeurs de la lycose de Narbonne, constatait que cette araignée porte ses petits sur son dos pendant sept mois, et que, pendant ce temps, les jeunes araignées ne consomment absolument aucun aliment. Il concluait de cette observation que c'est la chaleur et la lumière solaires qui remplacent directement, pour elles, l'alimentation. Autrement dit, «la chaleur motrice, chez ces jeunes animaux, au lieu d'être dégagée des aliments, serait utilisée directement, telle que la rayonne le soleil, foyer de toute vie».

Mais il ne semble pas que le problème du jeûne des araignées soit aussi difficile à résoudre.

Un autre naturaliste, M. Lécaillon, ayant conservé pendant huit mois de jeunes araignées en dehors de l'action solaire directe, en hiver, a constaté que les réserves du tissu adipeux de ces animaux étaient suffisantes pour entretenir longtemps leur vie.

Pendant la belle saison même, les araignées restent souvent des mois entiers privées de nourriture, en raison de la rareté des proies qu'elles peuvent capturer sur leur toile servant de piège, ou à l'entrée de leur cachette. La faible étendue de leur champ visuel les expose aussi à ne capturer des proies qu'à de longs intervalles.

Un cas fréquent est encore celui où la femelle est occupée à «garder» son cocon ovifère ou à «surveiller» ses petits. Elle reste alors souvent très longtemps sans prendre de nourriture, négligeant même la proie qu'on lui présente, plutôt que d'abandonner sa ponte, même un instant.

Mais si on lui enlève son cocon de force, elle saisit alors sa proie.

Il est donc évident que la femelle n'éprouve ici aucun dommage et qu'elle est adaptée à pouvoir rester longtemps privée de nourriture.

L'ACTION DU RADIUM SUR LES TISSUS DES VÊTEMENTS.