L'Illustration, No. 3265, 23 Septembre 1905

Part 1

Chapter 13,407 wordsPublic domain

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L'Illustration, No. 3265, 23 Septembre 1905

NOS SUPPLÉMENTS DE THÉÂTRE

Deux importantes oeuvres dramatiques sont actuellement en répétitions et marqueront le véritable début de la saison théâtrale nouvelle. _L'Illustration_ est heureuse d'annoncer à ses lecteurs qu'elle les publiera toutes deux après leur première représentation. Ce sont:

DON QUICHOTTE comédie en trois parties et huit tableaux, en vers, de l'auteur du _Chemineau_, du _Flibustier_ et de _Par le glaive_, le grand poète JEAN RICHEPIN.

(_Don Quichotte_ sera représenté au commencement d'octobre à la Comédie-Française);

LE MASQUE D'AMOUR pièce en cinq actes et neuf tableaux, qui va être le début, au théâtre, d'un des romanciers ayant obtenu, en ces dernières années, les plus retentissants succès: DANIEL LESUEUR.

(_Le Masque d'amour_ sera représenté en octobre au théâtre Sarah-Bernhardt).

Nous publierons ensuite, au fur et à mesure de leur représentation sur les grandes scènes parisiennes, les pièces nouvelles des maîtres du théâtre contemporain:

BERTRADE par JULES LEMAITRE, de l'Académie française, qui sera jouée à la Renaissance;

LE GOUT DU VICE par HENRI LAVEDAN, de l'Académie française, qui sera joué au Gymnase;

LE RÉVEIL par PAUL HERVIEU, de l'Académie française, qui sera joué à la Comédie-Française;

PARAITRE par MAURICE DONNAY, qui sera joué à la Comédie-Française;

PAQUERETTE ou LES ÉTRENNES également par MAURICE DONNAY, qui sera jouée au théâtre Antoine.

_L'Illustration_ publiera également toutes les autres oeuvres qui seront désignées à son choix par leur succès et leur haute valeur littéraire.

COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE

«Les livres ont leur destinée», dit un adage ancien. J'en sais de médiocres, en effet, dont le succès m'étonna, et d'excellents que j'ai vus languir, s'obstiner chez le libraire, comme disait Veuillot si drôlement, et vite tomber dans le plus injuste oubli. Les morts aussi ont leur destinée,--comme les livres. Il y a ceux dont on s'occupe et ceux qu'on dédaigne; il y a les morts qu'on cite du bout des lèvres, pour mémoire, et ceux au souvenir desquels une sorte d'émotion passionnée s'attache et dont l'_histoire_ s'évoque en nous avec une persistance de cauchemar.

Huit jours ont passé, depuis l'aventure tragique où périt un honnête et distingué garçon à qui la vie souriait et que soudain, dans la minute où il allait rejoindre, pour dîner gaiement avec eux, quelques amis, le choc stupide d'une automobile envoyait rouler au trottoir, la tête fracassée. Et nous continuons, depuis huit jours, de nous entretenir de cet accident, comme s'il était d'hier. «Les morts ont leur destinée.» Beaucoup d'autres jeunes hommes ont péri comme celui-là, qui, eux aussi, méritaient de vivre. Massacres en Orient, naufrages, tremblements de terre en Calabre... Froidement, nous avons entendu le récit de tous ces drames. Un peu de pitié sans doute nous remuait le coeur; mais une pitié réfléchie, distante et comme abstraite, où ne se mêlait point ce petit frisson d'angoisse--un peu égoïste--qui, cette fois, nous a saisis.

Sentiment très humain et que se sont chargés de nous expliquer les psychologues. Nous ne souffrons jamais beaucoup (heureusement, car la vie serait intolérable!) des malheurs qui ne nous menacent point. Or, des carnages en Mandchourie, des égorgements et des incendies à Bakou, la brisure de croûte terrestre où s'engloutit un village calabrais, la chute même d'un sous-marin au fond de l'eau ou d'une automobile dans un ravin, sont des catastrophes qu'un citadin casanier n'a guère à redouter pour lui-même. Si nous compatissons à distance aux misères des victimes, c'est d'une âme à la fois terrifiée et tranquille. La vue de ces drames lointains--ou qui s'accomplissent hors du domaine de notre vie et de nos risques personnels--agit sur nos sensibilités un peu comme le spectacle d'une course de taureaux sur les nerfs de certaines Françaises. On s'évanouit d'horreur, mais à l'angoisse de la syncope se mêle l'intime satisfaction d'être à l'abri des coups. On est frémissante, mais rassurée.

Et si le tragique accident de l'avenue Marigny nous a si fortement bouleversés qu'au bout d'une semaine il est encore le sujet des conversations de tout Paris, c'est que chacun de nous s'est senti, cette fois, menacé. Il nous a semblé que la catastrophe nous effleurait; nous en avons, comme on dit, senti le vent. Nous nous sommes rappelé que, nous aussi, nous avions l'autre jour, en fiacre, traversé les Champs-Elysées paisiblement; que des automobiles avaient frôlé notre voiture; nous pensons que le même malheur eût pu nous atteindre...

Les journaux nous rassurent, nous affirment qu'une automobile, bien conduite, est le véhicule le moins dangereux qui soit; il suffirait, disent-ils, pour éviter tout risque, que cochers et chauffeurs prissent l'habitude d'observer certaines règles de marche très simples; de se tenir dans la rue à la place où ils doivent être.

Mais c'est là justement une habitude que les Parisiens semblent avoir toutes les peines du monde à pratiquer. Il n'y a pas, je crois, de population qui ait moins que celle-ci le sentiment de ce qu'on pourrait appeler la discipline de la rue. Un piéton parisien traverse la chaussée en lisant son journal et c'est miracle qu'un plus grand nombre de ces flâneurs ne soient pas écrasés tous les jours; le cocher qui devrait être à droite est à gauche; le bicycliste oublie tantôt d'allumer sa lanterne, tantôt d'attacher à son guidon la trompe ou le grelot dont les appels sont la sauvegarde du passant. Il est des carrefours dont la traversée, à la nuit tombante, est une aventure pleine de périls; des coins de boulevard où l'on a l'impression d'être égaré dans une bagarre de fous. Mais empêchera-t-on que ces choses ne soient, et change-t-on, par ordonnance de police, l'âme d'une ville?

La province «inaugure»: exposition d'horticulture à Bourg-la-Reine; inauguration, à Clamecy, du monument de Claude Tillier; à Saint-Dizier, d'un autre monument érigé à la mémoire de ceux qui défendirent, il y a trois siècles et demi, leur cité contre les troupes de Charles-Quint; dans deux jours, inauguration, à Vouziers, de la statue de Taine.

Je suis allée à Saint-Dizier. Des amis, en vacances dans les environs, m'avaient dit: «Venez nous voir. Saint-Dizier n'est qu'un grand village, mais la rivière est jolie; les dames assomptionnistes y ont un parc admirable, et vous y verrez gesticuler en plein air--éloquemment peut-être--trois ministres.»

Je n'ai jamais trouvé que des ministres fassent des personnages intéressants à observer; mais leurs auditoires m'amusent. J'ai lu quelque part que Gavarni, recevant la visite d'un apprenti dessinateur, lui demanda:

--Que faites-vous de vos dimanches?

--Je vais au Louvre, dit le débutant.

--Bon, cela. Et, au Louvre, qu'est-ce que vous faites?

--Je regarde les tableaux.

Gavarni fit une grimace.

--Mon enfant, dit-il, quand on va au Louvre il ne faut pas regarder les tableaux. Il faut regarder les gens qui regardent.

C'est bien là ce qui me rend si précieux le spectacle de certaines fêtes officielles: regarder les gens qui regardent... Je me suis, il y a cinq jours, offert ce plaisir à Saint-Dizier; et j'en reviens extrêmement intéressée et surprise par ce que j'y ai vu.

J'y ai constaté que Paris s'obstine à nous décrire une province qui n'existe plus,--ou qui est en train de disparaître. Paris ne se contente point de se dénigrer lui-même; il lui plaît de caricaturer sa province aussi. Il trouve spirituel de nous la montrer «retardataire» en sa manière de vivre, gauche en ses propos, même un peu comique en ses façons de suivre nos modes et de s'habiller. Paris se trompe.

J'assistais dimanche, d'un coin de la place d'Armes de Saint-Dizier, au défilé des délégations qui entraient à la mairie pour y saluer les représentants du gouvernement. Il y avait là toute la ville, ou à peu près; car il faut être aujourd'hui bien négligent, bien misanthrope ou bien discrédité pour n'être pas «d'un groupe» et n'avoir point, les jours de fête, une bannière derrière quoi marcher. Si l'on n'est ni fonctionnaire, ni conseiller municipal, on est au moins d'un orphéon, d'une fanfare ou d'un syndicat; on est mutualiste, on est gymnaste, on est vétéran de l'armée d'hier ou pupille de l'armée de demain.

Je regardais passer ces hommes de tous les âges et de toutes conditions; je cherchais parmi eux les redingotes trop vastes ou comiquement coupées, les cravates bouffonnes, les chapeaux antiques surtout,--ces «haute forme» inénarrables que le provincial est censé tirer de l'armoire une demi-douzaine de fois par an et que nos caricaturistes parisiens savent si spirituellement dessiner. Et je ne retrouvais nulle part ces accoutrements d'opérette, ces vêtements et ces coiffures dont s'esclaffe le boulevardier, quand il les rencontre au théâtre ou dans les pages de l'_illustré_ comique de la semaine. A peu près partout le «haute forme» était avouable, la cravate sobre et de bon goût, l'habit proprement coupé. En vérité, et dans les moindres bourgades, la province a changé de figure et ses détracteurs ne la reconnaîtraient plus. De jour en jour elle se dépouille des particularités d'aspect dont s'égayaient naguère, si peu charitablement, nos humoristes; elle a la mine et le geste _qu'on ne remarque plus;_ elle se parisianise sans le savoir.

J'imagine que cette petite évolution est née de plusieurs causes: une éducation générale améliorée; la curiosité de se comparer les uns aux autres; un peu plus de coquetterie, en même temps que plus de bien-être; la facilité de sortir de chez soi, de se mêler de plus en plus, grâce au progrès des moyens de circulation, à la vie des autres hommes. Peut-être aussi le service militaire généralisé a-t-il contribué à cette fusion bienfaisante des groupes sociaux et excité chez l'habitant de la sous-préfecture, du village même, l'ambition très naturelle de n'être point distancé trop par celui de la grande ville... Mais ni nos auteurs dramatiques, ni nos caricaturistes ne font attention à cela; et, pendant des années encore, ils continueront de nous donner de la province française, avec infiniment d'esprit, une image très mensongère. Ils se moquent de la province parce qu'elle «retarde» sur Paris. On les étonnerait beaucoup en leur prouvant que ce sont eux qui sont en train de retarder sur elle.

SONIA.

SAVORGNAN DE BRAZZA

«Je ne le croyais pas si grand!» Combien, relisant, ces jours derniers, dans une brève notice nécrologique, l'histoire de la vie si remplie de Savorgnan de Brazza, ont senti remonter à leurs lèvres ce mot que murmura le Valois blême devant le cadavre gisant du Balafré!

Depuis dix ans, bientôt, qu'un caprice de la politique, un véritable méfait, l'avait mis à la retraite, on avait--et l'on n'ose l'avouer sans en rougir--à peu près oublié M. de Brazza. Qu'il ne souffrît pas de cette indifférence qui récompensait l'oeuvre grandiose accomplie par lui, on ne saurait en jurer. Du moins ne s'en plaignait-il pas. Car il fit preuve dans la disgrâce d'un stoïcisme égal à la vaillance qu'il avait déployée dans l'action, à la simplicité qu'il montra toujours jusqu'au faîte des honneurs. Peut-être fut-il tout surpris quand, au commencement de cette année, à la nouvelle des sanglants exploits dont s'étaient rendus coupables, au Congo, deux de nos fonctionnaires, le ministre des Colonies lui demanda d'aller conduire, là-bas, l'enquête nécessaire; et les termes mêmes de la lettre de service qui lui était remise--la première qu'il reçut depuis celle qui, en 1897, le relevait brutalement, sans aucunes formes, de ses fonctions--purent lui donner l'impression qu'il rêvait.

M. de Brazza partit, vaillant, joyeux, vers ce pays auquel, malgré tout, malgré les luttes passées, les fatigues de la conquête, les déboires, il avait gardé en son coeur un tendre souvenir. Il avait accompli en conscience, on peut le croire, son oeuvre nouvelle. Sa mission terminée, il était en route pour la France quand la dysenterie, le terrassant, le força de relâcher à Dakar. Il y est mort, le 14 septembre, tombé au champ d'honneur, sur son domaine.

Il n'était âgé que de cinquante-trois ans. Il y avait si longtemps que le bruit de son nom avait empli le monde qu'on le croyait, en vérité, presque un vieillard. Mais il avait trente ans à peine quand la gloire, la vraie et pure gloire, vierge de sang versé,--lot rare et magnifique pour un conquérant!--lui avait souri déjà. A trente et un ans, il était commissaire général de la République au Gabon. Il avait jeté sur le continent africain les fondements d'un empire colonial trois fois grand comme la métropole elle-même, qu'il ajoutait au patrimoine de son pays d'adoption.

Quels beaux rêves d'énergie des adolescents qui sont depuis longtemps devenus des hommes ont faits, en ce temps-là, devant cette photographie, alors populaire, que nous reproduisons ici, et à laquelle on pourrait donner pour épigraphe la boutade haineuse de Stanley, le rival sanglant du pacifique Brazza au continent noir, cette phrase qui semble en être la description littérale: «J'ai rencontré un homme déguenillé, pieds nus, sans autre escorte que quelques misérables laptots, et il m'a dit qu'il venait d'acquérir des territoires à la France!»

C'est le 20 octobre 1875 que l'enseigne de vaisseau de Brazza avait débarqué au Gabon, à la tête d'une troupe de vingt personnes seulement. Cette première exploration dura trois ans. Elle s'étendit aux bassins de l'Ogoué, de la Licona et de l'Aima. On alla jusqu'à cinq journées de distance du Congo sans en entrevoir, sans en deviner l'existence. A son retour en Europe seulement, M. de Brazza apprit le raid heureux que Stanley, rentré quelques mois avant lui, avait poussé dans le bassin du fleuve géant. Il repartit pour compléter son oeuvre le 27 décembre 1879 et atteignait cette fois le Congo qu'il redescendait jusqu'au Stanley Pool. Ce fut au cours de ce second voyage, qui ne fut qu'un duel superbe entre l'explorateur français et son rival Stanley, qu'il signa le traité de protectorat avec le roi Makoko et installa aussi, au poste qui devait plus tard devenir Brazzaville, la capitale actuelle du Congo, le brave sergent Malamine, celui qui, avec trois tirailleurs sénégalais, tint un jour tête à Stanley et lui fit respecter le drapeau tricolore.

Rentré à Paris en 1882, accueilli avec enthousiasme, il se voyait confier, l'année suivante, la mission d'organiser sa conquête; car on ne méconnut point tout d'abord la splendeur de ce présent qu'il faisait à la France. Quatorze ans s'écoulèrent avant qu'on oubliât ses services insignes. Mais alors, on n'eut plus aucun ménagement et, à la suite d'un long conflit entre l'explorateur et la bureaucratie, celle-ci l'emporta: une simple lettre de service rappela M. de Brazza.

Il ne murmura pas, se laissa dépouiller, vécut obscur, entre sa femme, nièce du comte de Chambrun, et ses trois enfants, à son foyer presque pauvre; car il avait dissipé dans ses audacieuses randonnées tout l'héritage familial. Il fallut une circonstance fortuite pour que cette iniquité fût rappelée et réparée; les Chambres, à l'unanimité, dans un élan d'enthousiasme, votèrent à M. de Brazza une pension à titre de récompense nationale.

Ce fut presque à son corps défendant qu'il l'accepta, car jamais il n'avait permis à ses amis les plus zélés de protester contre l'ingratitude dont il était victime. Il avait l'âme d'un sage antique.

Son caractère chevaleresque s'était révélé d'un seul trait le jour où, rejeton d'une vieille famille italienne de la province d'Udine et ému de pitié devant les malheurs de la France, il était venu, au lendemain de nos défaites, réclamer la nationalité française! Sa douceur lui avait valu, dans les huttes de paille et de terre épargnées, le nom de _Père des noirs_. Il eût rivalisé de bravoure intrépide, de sérénité devant le danger avec un Décius ou un Ney. C'est un héros qui vient de disparaître.

G. B

L'ENTENTE SUÉDO-NORVÉGIENNE

On a pu redouter, un moment, de voir les choses s'envenimer entre la Suède et la Norvège, et il s'en est fallu de peu que les négociations conduites, à Carlstad, entre les plénipotentiaires des deux pays ne fussent brusquement rompues.

La question des fortifications qui défendent la frontière norvégienne contre une agression possible des voisins suédois--et dont certaines, détail assez piquant, ont été élevées en 1900, en pleine union--cette question divisait fortement les négociateurs. La Suède réclamait le démantèlement des forts, ne voulant pas être obligée, de son côté, d'en élever pour se protéger contre ces canons braqués sur elle, redoutant d'être entraînée à des armements ruineux. La Norvège ne refusait pas formellement de démolir, mais exigeait, au préalable, la signature, entre les deux nations, d'un traité d'arbitrage. A quoi la Suède répondait: «Démolissez d'abord; nous verrons plus tard.»

La discussion, engagée sur ce terrain, menaçait de s'éterniser. Les dispositions conciliantes des plénipotentiaires de Carlstad ont triomphé d'une situation qui paraissait inextricable, et toute inquiétude est aujourd'hui dissipée: la Suède a accepté le traité d'arbitrage et la Norvège va démolir toutes ses fortifications modernes, mais celles-là seulement. Car elle tient comme à des souvenirs historiques aux vieux châteaux forts, élevés en certains points de sa frontière. Ces forteresses, dont celles de Frederiksten et de Kongsvinger, reproduites ici, donnent une idée, sont d'ailleurs peu redoutables. Réduites qu'elles seront, comme défensive, à leurs antiques murailles, elles peuvent subsister sans occasionner nulle inquiétude, sans exciter nulle susceptibilité.

Mais il est une autre question, d'une grande importance, qui intéresse la Norvège toute seule et qui n'est pas encore tranchée. C'est celle du régime que va adopter la nation séparée. On se souvient qu'au moment de la rupture la Norvège, par déférence pour le roi Oscar, son souverain de la veille, lui avait demandé de désigner, pour occuper le trône norvégien, un de ses fils. Le roi n'a pas daigné répondre et l'on considère que ce silence équivaut à un refus.

On a parlé de la possibilité d'une république. Dans ce cas, l'illustre explorateur Nansen, qui a joué, dans tous ces événements, un rôle important, et dont l'ascendant sur ses compatriotes est considérable, aurait de fortes chances d'en être élu président,--s'il y avait à cette république un président.

La solution qui semble actuellement la plus probable est l'offre de la couronne au prince Charles, second fils du prince héritier Frédéric de Danemark.

Le prince Charles est né le 3 avril 1872. Il a épousé, en 1896, la princesse Maud, fille du roi Edouard VII, qui, en 1903, lui a donné un fils, le prince Alexandre.

Lorsque se produisit, il y a deux ans, la catastrophe de la station des Couronnes, on eut tendance à attribuer aux conditions mêmes de la construction, en souterrain, du Métropolitain parisien, la gravité de la catastrophe. Ah! si la ligne avait été aérienne! Or, un accident vient de se produire sur 1'«Elevated», le métropolitain aérien de New-York, qui montre qu'en somme, quand le mauvais sort s'en mêle, l'un vaut l'autre, et que les risques ne sont pas moindres à quelques pieds en l'air qu'à quelques pieds sous terre.

Le 12 septembre au matin--c'est d'hier, et, pourtant, l'émotion qu'on en éprouva alors est bien atténués, ce qui prouve à quel point l'actualité passe vite--un train, parti de la 59e rue et qui suivait à une vitesse de 45 kilomètres à l'heure la 9e avenue, arrivait à la hauteur de la 53e rue quand, par suite d'une erreur d'aiguillage, il s'engagea dans cette voie. L'aiguilleur s'aperçut de sa faute comme le premier wagon venait de bifurquer sans accident. Il imprima à son aiguille un mouvement machinal. Le second wagon, soudainement arrêté dans sa course et séparé du premier, fut lancé le long de la voie directe de la 9e avenue. Il tomba dans la rue en se retournant sens dessus dessous, tandis que le troisième demeurait suspendu en l'air, au bord de la voie, heureusement à portée de la corniche d'une maison par laquelle les voyageurs purent s'échapper. Mais le second wagon s'était écrasé sur la chaussée, où les voyageurs furent précipités la tête la première; l'un d'eux fut décapité par un morceau de fer et l'on retrouva sa tête à 20 mètres plus loin. On releva onze morts et une trentaine de blessés, dont huit mortellement.

LE SULTAN DU MAROC PHOTOGRAPHE

Tandis que se poursuivaient, entre les puissances européennes, les négociations relatives à la conférence internationale à laquelle va incomber la mission de donner une solution, au moins provisoire, à la «question du Maroc», l'affaire Bou M'Zian, le plus récent incident franco-marocain, a rappelé plus vivement l'attention sur la curieuse figure du sultan Abd-el-Aziz.

On sait quel est, au grand dam des fidèles musulmans qui composent et son Maghzen et son entourage, l'engouement du jeune sultan pour la civilisation européenne, et surtout pour quelques-unes de nos plus modernes inventions: téléphone, phonographe, engins électriques; pour nos jeux: bicyclette, automobile, photographie. Nous l'avons, nous-mêmes, à différentes reprises, montré en train de se livrer à ses distractions favorites et avons dit quelle passion il y apportait. Aujourd'hui, c'est comme photographe amateur que nous le présentons.

A l'exception de la première gravure de cette page--où l'on voit Abd-el-Aziz «opérant lui-même» et, tandis qu'on le photographie à son tour de dos, prenant un instantané de son ingénieur, M. Gabriel Veyre, monté sur l'un de ses propres chevaux, tout harnaché de velours et d'or cet article est illustré exclusivement de photographies prises par Sa Majesté Chérifienne.