L'Illustration, No. 3264, 16 Septembre 1905

Part 2

Chapter 23,261 wordsPublic domain

Voici que les Nippons viennent de s'attaquer à Shakespeare, au grand Will lui-même.

Ils ont commencé par _Hamlet_. Hélas! pauvre Yorik! L'étrange salmigondis qu'ils en ont fait!

Car il s'agit non point d'une traduction plus ou moins fidèle, mais d'un arrangement, ou plutôt d'un dérangement complet, d'un autre drame qui se déroule de nos jours et où se reconnaît seulement la vigoureuse armature de l'oeuvre shakespearienne.

Cela s'intitule _la Souricière_. Le prince au deuil éternel est devenu Toshimaru Hamura, incarné par l'acteur Asajiro Fujisawa. Il est de grande famille, et le blason des _daïmios_, ses ancêtres, écussonne par place le long _kimono_ de soie qu'il porte au début de l'action, en attendant qu'il revête plus tard le complet coupé à New-York ou à Boston. A la mort de son père, le vieux duc Hamura, mystérieusement disparu, le frère de celui-ci a pris sa place au lit nuptial, et, son titre et ses armes. Et ce Claudius est fourbe et inquiet, comme le Claudius anglais.

Le jeune homme, lui, est le type même du parfait gentleman bien né, tel que le conçoit le Japonais d'aujourd'hui. Il suit, avec son ami Horatio--pardon, Shozi Hara--les cours de l'Université de Tokio. Bien entendu, il aime. Il a élu Oriye--Mme Sada Yacco--fille de Naonoshin Horio, étourdi, empressé, gaffeur comme Polonius lui-même.

Un jour, se promenant au cimetière d'Hoyama, près de Tokio, il a une vision: son père, le feu duc Hamura--c'est M. Otojiro Kawakami, le mari de Mme Sada Yacco, que nous applaudîmes auprès d'elle à Paris--se dresse devant lui, l'oeil atone, les cheveux épars. Mais quel spectre peu romantique! Un uniforme de gala, correctement boutonné, brodé d'or aux parements et au col, étoile sur la poitrine de l'ordre du Chrysanthème et relevé d'épaulettes, a remplacé l'armure d'acier étincelante au clair de lune et le long suaire qui frissonne au vent du matin sur la terrasse d'Elseneur, comme l'épée de cour à dragonne d'or s'est substituée au lourd glaive à deux tranchants enseveli au côté du vieil Hamlet.

S'imagine-t-on la stupeur qui s'emparerait d'un fanatique de Shakespeare égaré au Nippon, devant cette apparition falote et sacrilège?

Ce seul avatar du spectre suffirait à donner la mesure de l'irrévérence avec laquelle les Japonais ont traité le grand tragique. Ils n'ont gardé de son oeuvre que l'intrigue, mais jusqu'à ses moindres détails.

C'est ainsi que, de même qu'Hamlet est envoyé en France, Toshimaru Hamura va voyager en Mandchourie et en Sibérie--habile concession à l'actualité--et revient sain et sauf, ayant échappé au naufrage du steamer qui le ramenait. Et il n'est pas jusqu'au duel final à l'épée qui n'ait été conservé par l'adaptateur. Et ce mélange de fantasmagories et de vapeur, de combats singuliers et de voyages d'études, sans parler de l'accoutrement ultra-moderne des acteurs, nous apparaît, à nous, d'une ahurissante fantaisie.

Après _Hamlet_, on est tombé sur _Othello_. Le Maure de Venise--qui n'est plus même basané, mais seulement de figure terrible--est devenu le major général Washiro, nommé commandant en chef de Formose au moment où les insulaires menacent de se soulever, secondés dans leur rébellion par les pirates chinois. Il a mission d'étouffer cette rébellion.

À peine débarqué, il rencontre Tomoye Fujin (Desdémone--Mme Sada Yacco) moulée en une toilette très américaine, dont l'élégance et le charme l'impressionnent soudain. Telle est la fille du comte Banjo Fura (le Brabantio du poète), ministre du Trésor. Celui-ci s'oppose au mariage sous le prétexte que Washiro est de naissance suspecte et préférerait marier sa fille à Kokotori (Rodrigue), fils d'un directeur de banque,--ce qui n'apparaît pas non plus, au premier abord, comme d'une noblesse très relevée.

Il y a encore Cassio, appelé le major Yoshio Katsu, et Iago, Goza Iya, aussi vilain personnage que l'original, et la petite Bianca, devenue une geisha de Tokio!

Et tout ce monde arbore des uniformes galonnés, aux boutons fleuris du chrysanthème héraldique, des robes _last fashion_. Et le bouquet enfin, le voici: c'est que, comme il est fort malséant, pour une grande dame, au Japon, de chanter une chanson populaire et que la patricienne Desdémone n'oserait pas même fredonner _le Saule_, c'est un phonographe qui, dans la chambre nuptiale, nasille la poétique romance!

Mais après tout, pourquoi tant rire? Voltaire n'en a-t-il pas usé avec un sans façon presque égal quand il adaptait _Othello_ en _Zaïre?_

LA TRAVERSÉE DE PARIS A LA NAGE

Sous ce titre amusant, et d'ailleurs exact, notre confrère _L'Auto_ avait organisé une épreuve sportive qui s'est «nagée» dimanche dernier entre le pont National et le viaduc d'Auteuil, soit sur une distance d'environ 12 kilomètres. Huit concurrents s'étaient fait inscrire: quatre Anglais, dont le célèbre Holbein, (qui faillit réussir la traversée de la Manche) trois Français: deux pékins et le sergent Poullitou, de l'École de Joinville; enfin, une jeune et fort jolie Australienne de dix-huit ans, miss Kellermann.

Dès 8 heures du matin, les quais et les ponts se couvrent de monde; comme chacun est assuré de trouver une place où voir bien et longtemps à un moment donné, cette foule énorme se distingue par un calme parfait.

Les nageurs, bien que se tenant presque toujours au milieu du fleuve, apparaissent très distincts; ceux meules qui renonceront à la lutte donnent, malgré le froid et le vent, une impression de grande aisance. Miss Kellermann qui, partie la première, tient longtemps la tête, est particulièrement acclamée; au pont de l'Alma, elle est dépassée par Paulus qui, jusqu'à la fin du parcours, étonnera la foule par la régularité et l'élégance de sa nage. Etendu sur le côté gauche, les jambes manoeuvrant toujours sous l'eau, il semble avancer uniquement avec le bras droit qui rame en glissant sur l'eau dans un mouvement de va-et-vient d'un rythme parfait, Paulus arrive premier, en 3 h. 29, battant de plus d'une heure Burgess, Holbein et miss Kellermann. Les quatre autres concurrents, dont les champions anglais Nuttal et Billington, qui semblaient favoris, ont dû abandonner la course. Le Parisien qui vient de conquérir le championnat du monde sur les plus intrépides nageurs d'outre-Manche est un notable commercent, âgé de quarante-quatre ans, père de quatre enfants, dont la célébrité relative commença aux bains Deligny vers 1885. Vainqueur de plusieurs épreuves importantes, il avait renoncé aux courses depuis 1898. Son succès est d'autant plus intéressant que, jusqu'ici, les plus longues courses à la nage n'avaient point dépassé 4 ou 5 kilomètres.

LA TRAVERSEE DE PARIS A LA NAGE

L'EXPÉDITION ARCTIQUE DU DUC D'ORLÉANS

La _Belgica_, le vaillant et robuste trois-mâts qui porta naguère vers le pôle sud le commandant Adrien de Gerlache et ses compagnons, vient de pousser, avec l'expédition que conduisait Monsieur le duo d'Orléans, une pointe non moins heureuse dans l'océan Glacial arctique, cette fois. Mardi, elle ramenait aux quais d'Ostende, tous florissants de santé, le prince et la mission d'exploration qu'il avait organisée.

Le moins qu'on puisse dire, en attendant la publication complète des travaux de la mission, c'est que cette campagne a été des plus fécondes. Quand on songe au peu de temps qu'elle a duré, on est surpris, en vérité, des résultats acquis; la côte est du Groenland, reconnue et minutieusement relevée sur 80 milles de long, l'extrême point connu de ce continent reporté du 77e degré au delà du 78° 20, sans parler de quantité d'observations scientifiques faites en cours de route, tels sont les fruits d'un voyage de quatre mois.

A peine la _Belgica_ amarrée à l'entrée du bassin d'Ostende, le prince, qui avait commandé lui-même la délicate manoeuvre de l'accostage, voulait bien résumer pour nous ces quelques semaines d'une vie rude et salubre, au milieu des brumes interminables du Nord, des glaces de la banquise, des tourmentes, des frimas, avec, comme distractions, de fructueuses parties de chasse.

Nous avons annoncé en son temps le départ de la _Belgica_ et donné la composition de son état-major. On sait que le duc d'Orléans avait fait appel au concours éclairé du commandant de Gerlache, qui fut son principal collaborateur et dont l'expérience et le dévouement, nous disait-il, lui ont été particulièrement précieux.

C'est le 3 juin dernier que l'expédition quittait Tromsoe, faisant voile au nord pour le Spitzberg; on était en avance et, sur les conseils de M. de Gerlache, le prince avait décidé de profiter de cette circonstance et d'aborder la banquise non plus par le sud, comme l'avaient fait les précédents explorateurs, mais par le nord.

Il demeura un mois dans les eaux du Spitzberg, étudiant la côte ouest, multipliant les expériences océanographiques.

Le moment venu, au jugé, de foncer sur la banquise, la _Belgica_ remonta au-dessus du Spitzberg, poursuivant toujours les sondages et les pêches d'étude. La marche en avant fut quelques jours retardée par les glaces flottantes. Enfin le 8 juillet, par 80° 20 de latitude nord et 5° 40 de longitude est, on atteignait la banquise. Il fallut en côtoyer le bord abrupt en redescendant vers le sud-ouest, en quête d'un passage libre qui permît à la _Belgica_ de s'y engager. On revint ainsi en arrière jusqu'au 21 juillet. Ce jour-là, par 76° 10 de latitude nord et 7 degrés de longitude ouest, on découvrait un chenal navigable, dirigé vers le nord-ouest. On le suivit.

Pendant toute une semaine, on navigua à l'aveuglette, à travers d'épaisses brumes. Mais on avait depuis longtemps dépassé le point extrême auparavant reconnu, le cap Bismarck. Et encore, ce point, baptisé comme la Terre du Roi Guillaume à la suite de l'expédition conduite par le capitaine prussien Koldewey, n'avait-il pas été atteint par mer. Après la perte de l'un de ses navires, la _Hansa_, Koldewey avait fait hiverner le second, la _Germania_, à l'île Sabine, et ce fut en traîneau, avec un détachement de son personnel, qu'il alla planter le drapeau prussien sur ce promontoire avant lui inconnu.

Le duc d'Orléans allait avoir meilleure fortune que ce devancier: le 28 juillet--la _Belgica_ avait stoppé la veille--comme le prince, chasseur passionné et tireur dont l'habileté a émerveillé ses compagnons, venait de «descendre» un ours superbe, le rideau de brume s'éclaircit, se leva. On aperçut alors, dans le demi-jour polaire, une terre assez élevée qui émergeait, à bâbord du navire, de l'immensité blême. Une émotion indicible s'empara de tous. Séance tenante, Monsieur le duc d'Orléans partit avec un détachement pour l'atteindre; deux heures après, il la foulait. Un _cairn_ était élevé et le drapeau aux trois couleurs françaises mettait sa note joyeuse dans ce paysage de désolation. Le soir elle était appelée «Terre de France» et, sur la proposition du commandant de Gerlache, avec l'assentiment du prince, la pointe qui la terminait reçut le nom de cap Philippe.

On quitta le 5 août ce point pour regagner la mer libre que l'on retrouva par 70° 20 de latitude.

Dans ce voyage de retour, on eut la chance heureuse de pouvoir relever toute la côte très méticuleusement, la photographier même en certains points jusqu'au cap Bismarck, en noter les fiords, les anfractuosités, rapporter, en somme, des indications suffisantes pour établir presque sur toute la longueur une carte suffisamment exacte du contour. Et l'on peut voir que ce littoral, au lieu de se creuser vers l'est, comme le supposait Koldewey, s'incurve au contraire vers le nord-ouest.

Maintenant, s'agit-il d'une terre, d'un prolongement vers l'est du continent groenlandais ou d'une série d'îles? Le prince, très prudemment, évite de se prononcer. Il incline pourtant à croire que le cap Bismarck est la pointe sud d'une île.

--Et alors, dit-il gaiement, ce sera non plus la Terre de France, mais l'archipel Français! G. B.

L'ARTILLERIE FRANÇAISE AU PÉROU

L'artillerie française, récemment victorieuse de ses concurrents en Portugal et en Bulgarie, vient de montrer encore ses excellentes qualités sur les bords du Pacifique.

Au commencement de l'année actuelle la maison Schneider a, en effet, envoyé au Pérou un canon de campagne de 75 millimètres à tir rapide, «modèle léger 1904», avec un approvisionnement de 500 cartouches, pour qu'il y soit procédé à une série d'expériences destinées à mettre en évidence la valeur de ce matériel.

Ces expériences viennent d'avoir lieu en présence d'une commission composée des officiers d'artillerie les plus éminents de ce pays: M. le général Echenique, président; MM. le colonel Varela, commandant le régiment d'artillerie de montagne à Lima; colonel Abril, commandant en second le même régiment; colonel de la Combe; colonel Zuleta; lieutenant-colonel Régal; lieutenant-colonel Cornejo et major Salazar. Faisait également partie de cette commission M. le capitaine Chaumeton, membre de la mission militaire que le gouvernement français a mise, depuis plusieurs années, à la disposition du gouvernement péruvien (cet officier a, au Pérou, le grade de colonel).

Avec le concours de M. Emile Collin, le distingué ingénieur envoyé au Pérou par les ateliers du Creusot, les essais les plus variés ont eu lieu pendant tout un mois et ont produit sur la commission tout entière une excellente impression. Nous mentionnerons, en particulier, la séance au cours de laquelle fut exécuté, en présence de M. José Pardo, président de la République, un tir de projectiles chargés à «schneidérite», l'explosif spécial de l'artillerie du Creusot: après un tir de réglage préalable destiné à rechercher la hausse exacte du but, le feu fut ouvert à 1.000 mètres sur une maison abandonnée, solidement construite en briques, que neuf obus suffirent à démolir presque en entier, démontrant ainsi à la fois la justesse du tir de la pièce et la puissance de l'explosif employé.

Ces nombreuses épreuves, des plus concluantes, ont eu également un retentissement considérable dans l'opinion et ont démontré une fois de plus l'excellence des canons fabriqués en France, que leurs qualités maîtresses, solidité et facilité d'emploi de l'arme, rapidité et précision du tir, ont placés à la tête des matériels actuellement en service dans les armées européennes.

LES THÉÂTRES

Les théâtres qui avaient fermé leurs portes commencent à les rouvrir; si le mauvais temps s'accentue, la saison théâtrale ne tardera pas à commencer sérieusement. Pour le moment, on peut aller à l'Opéra-Comique, au Gymnase et aux Folies-Dramatiques, qui offrent au public des spectacles déjà consacrés par le succès. Comme nouveauté, nous n'avons à signaler qu'un brave et honnête drame de M. Maurice Lefèvre, à l'Ambigu: _le Crime d'un fils_. C'est une nouveauté qui n'en est pas une, car les situations en sont familières aux habitués du théâtre «du crime», mais ceci n'est pas pour nuire à son succès. Il suffit que l'auteur ait réussi une fois de plus à provoquer alternativement le rire et les larmes du spectateur en lui contant l'histoire d'une pauvre mère réduite à la mendicité par les débordements de son garnement de fils; les deux sont sauvés en fin de compte par un docteur quelque peu spirite aidé d'un excellent gentilhomme. On a fort applaudi le marquis, quoiqu'il soit doublé d'un colonel. Est-ce un signe des temps?

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL DU PACIFIQUE À L'ATLANTIQUE.

Le Pérou a décidé d'établir un service de télégraphie sans fil de Lima à Iquitos, sur l'Amazone. La télégraphie ordinaire n'était pas possible: il était à peu près impossible de franchir les forêts vierges et, d'autre part, les Indiens, ne comprenant rien aux fils et les soupçonnant d'être des agents malfaisants, détruisaient le réseau à peine établi. On a bien songé à poser des câbles dans les rivières, mais le courant est trop rapide: il faudrait sans cesse renouveler la ligne, par suite d'usure.

Une autre solution a été adoptée: le gouvernement péruvien a chargé un ingénieur de la Compagnie de Télégraphie sans fil de Berlin de partir pour l'intérieur, avec quarante ouvriers et de nombreux Indiens porteurs, et de rechercher l'emplacement de cinq stations radio-télégraphiques, pour mettre en communication les rives atlantique et pacifique du pays. L'expédition, rendue très difficile pourtant par la nécessité de traverser des régions inhabitées et même inexplorées jusqu'ici, a fort tien réussi.

La compagnie allemande a obtenu le monopole de l'exploitation et va procéder à l'installation des stations. Entre Puerto-Bermudez, où s'arrête la télégraphie ordinaire, et Iquitos, il y a 1.000 kilomètres: trois stations seront établies entre ces deux points; le service sera même prolongé d'Iquitos à Manaos et Para. De la sorte, la télégraphie sans fil reliera l'Atlantique et le Pacifique.

LES PETITS ATELIERS DE FAMILLE.

En ces derniers temps, on se lamentait, à juste titre, sur la disparition rapide des ateliers de famille, qui sont si précieux pour la famille même de l'ouvrier, pour l'hygiène, et aussi pour certaines productions, qui réclament le travail individuel.

La force mécanique avait porté un coup sérieux à ces petits ateliers, dont elle avait amené l'absorption dans les grandes usines; mais les sociétés d'électricité sont venues leur assurer une vie nouvelle.

Dans un mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques, M. G. Picot fait connaître qu'à Saint-Etienne plus de 10.000 métiers sont mus, chez l'ouvrier, à raison de 10 francs par mois pour chaque atelier individuel.

Le même mouvement se produit à Lyon, où plus de 700 métiers sont actionnés au domicile des canuts, à la Croix-Rousse.

A Paris même, le nombre des petits ateliers est considérable: dans un grand nombre de maisons des Xe et XIXe arrondissements, une machine à vapeur distribue la force à tous les étages. Les ouvriers occupent des pièces séparées; chaque petite salle est payée, avec la force motrice, 2 et 3 francs par jour.

La force électrique, plus souple, plus facile à conduire, est ainsi appelée à transformer les immeubles encombrés et malsains, et à assurer la durée des ateliers de famille, dont la prospérité est liée à la petite industrie parisienne.

LE MONUMENT DE CLAUDE TILLIER.

M. Bienvenu-Martin va présider, le dimanche 17 septembre, l'inauguration du monument élevé, à Clamecy, à Claude Tillier, pamphlétaire et romancier, qui naquit dans cette ville en 1801, fut d'abord soldat, puis maître d'école, donna, à _L'Indépendant_ de Clamecy, des articles très mordants, publia quelques opuscules de polémique, vifs de ton--pour l'époque--et d'un style élégant, conquit la notoriété avec un roman tout à fait joli, _Mon oncle Benjamin_, qui fut suivi de plusieurs autres fort intéressants aussi, puis mourut à Ne vers, en 1844, honoré de l'estime de plusieurs littérateurs et critiques alors en vogue.

Le monument de Claude Tillier a été conçu et exécuté par le sculpteur E. Boisseau. Il mesure 4 m. 50 de hauteur. Il se compose d'une stèle que couronne le buste de l'écrivain. Contre cette stèle, un petit Satyre, enguirlandé d'églantier, symbolise le talent libre du pamphlétaire; à ses pieds, une tête d'enfant, émergeant des roseaux, évoque le Beuvron, la petite rivière orléanaise sur les bords de laquelle Tillier aimait à aller chercher l'inspiration.

POURQUOI LA NATATION CONVIENT AUX OBÈSES.

Un journal de médecine transatlantique assure que rien ne convient mieux, comme exercice, aux obèses, que la natation. Mais il faut la natation à l'eau de mer. Et il ne suffit pas de petits bains de cinq ou dix minutes: il les faut d'une heure ou deux par jour. Et dans de l'eau froide, pas tiède, par surcroît. Pourquoi? C'est que l'exercice accélère la combustion des réserves du corps et le froid favorise le rayonnement et, par suite, aussi, la combustion. Le sujet qui se démène dans l'eau froide se brûle trois ou quatre fois plus vite que l'oisif qui reste assis à l'ombre, à se rafraîchir avec un éventail. Si, avec cela, il réduit son alimentation, en ce qui concerne le sucre et les féculents, il peut être assuré de maigrir rapidement. On peut ajouter que, de façon générale, l'air de mer accélère les combustions: il y a donc plusieurs bonnes raisons pour que l'obèse qui se baigne longuement à la mer et nage beaucoup perde du poids et de la chair, ou plutôt de la graisse.

UN MONUMENT À VAUBAN.

La petite ville de Saint-Léger-Vauban, dans l'Yonne, pays natal du maréchal de Vauban, a inauguré, le dimanche 10 septembre, une statue élevée au grand ingénieur militaire. La cérémonie était présidée par M. Bienvenu-Martin, ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts.

La statue, oeuvre du statuaire Guillot, enfant de l'Yonne, lui aussi, se dresse sur un piédestal en granit du Morvan, figurant un pan de fortification, une contrescarpe inventée par Vauban. Le maréchal est représenté debout, dirigeant les opérations d'un siège, la main gauche posée sur une carte; de la droite, qui tient une canne, il indique les travaux à effectuer.