L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905
Part 3
Le _Kaiserin-Augusta-Victoria_ sera un admirable navire et qui justifie les panégyriques adressés ce jour-là à la Compagnie _Hamburg-Amerika_.
Il a 213 mètres de longueur, 39 mètres de largeur, 16m,50 de creux. Son tonnage brut est de 25.000 tonnes, son déplacement de 42.500 tonnes; ses machines, à balancier, système qui atténue les trépidations toujours si désagréables aux passagers, développeront 17.200 chevaux, et lui donneront une vitesse de 18 milles à l'heure, lui permettant de faire, en sept jours et demi, la traversée de Cherbourg à New-York. Il y a plus rapide. Mais la _Hamburg-Amerika_ a voulu surtout créer un bateau confortable et de gros rapport. Le _Kaiserin-Augusta-Victoria_ pourra prendre 16.000 tonnes de cargaison, emmener 550 passagers de 1re classe, 300 de 2e, 250 de 3e et 2.500 d'entrepont, soit 3.400 passagers, ce qui, avec les 600 hommes dont se compose l'état-major et l'équipage, donne un total de 4.000 habitants à cette ville flottante: trois navires pareils suffiraient au transport d'une division d'infanterie sur pied de guerre, hommes et matériel.
Il est presque superflu d'ajouter qu'on a déployé, dans l'aménagement du paquebot, un grand luxe. Il y a, à bord, des appartements complets, avec salle de bain; deux restaurants, où l'on dîne en musique, aux accents d'un orchestre allemand et d'un autre de tsiganes; une salle de gymnastique et des bains de lumière électrique. Une bouquetière vend chaque jour des fleurs fraîches; des soeurs de charité diplômées assurent le service de l'infirmerie. Le téléphone est partout; enfin, des ascenseurs desservent les différents étages.
LE MATCH À L'AVIRON FRANCO-ALLEMAND
La victoire du match à huit rameurs que se disputèrent, dimanche dernier, les équipes de Paris et de Francfort, a été remportée par l'équipe allemande. L'équipe de Paris, qui avait eu un départ rapide, fut rejointe par l'équipe de Francfort. En définitive, les Allemands atteignirent le but avec une avance de deux longueurs et en 8 m. 50 s.
Une réception, après la rencontre, au garage de la Basse-Seine et un banquet, le soir, à l'Union-Billard, réunissaient joyeusement les vainqueurs et les vaincus autour du fondateur de l'épreuve, M. Doyen.
Notons que, couru pour la cinquième fois, le match a été gagné trois fois par les Allemands et deux fois par les Français.
LA SCISSION SUÉDO-NORVÉGIENNE
La Norvège ayant manifesté, de la façon éclatante que l'on sait, sa ferme volonté de se séparer de la Suède, il restait à déterminer dans quelles conditions aurait lieu cette scission et à régler un certain nombre de questions qu'elle pose. D'un commun accord entre les gouvernements des deux pays, une commission a été constituée pour étudier, si l'on peut dire, les clauses du divorce.
Cette commission se compose: pour la Suède, de MM. Lundeberg, président du Conseil; le comte Wachtmeister, ministre des Affaires étrangères; Hammarskjoeld, ministre des Cultes, et Staaf, ministre sans portefeuille;--pour la Norvège, de MM. Michelsen, président du Conseil; Loevland, ministre des Affaires étrangères; Berner, président du Storthing, et Vogt, ministre sans portefeuille. La conférence s'est réunie pour la première fois le 31 août, à Carlstad (Suède).
AUX COURSES
Le monde des courses est en émoi. Après de longues années de tolérance, le pari au livre vient d'être rigoureusement interdit: il était illégal et, pratiqué par tous les gros joueurs, il absorbait de grosses sommes qui échappaient ainsi au pari mutuel et à sa retenue de 8 p. 100. L'application du nouveau régime a coïncidé avec l'ouverture de la saison d'automne sur les hippodromes parisiens. C'est M. Hennion, commissaire principal de la Sûreté générale, qui a été chargé de l'exécution de l'arrêté pris par M. Ruau, ministre de l'Agriculture. La chose s'est passée d'ailleurs le plus simplement du monde. Notre photographie montre M. Hennion entouré des bookmakers et sportsmen auxquels il notifie l'interdiction d'échanger des paris sous peine d'arrestation et de procès-verbal. Sportsmen et bookmakers sourient à ce discours courtoisement menaçant. Ils en ont entendu bien d'autres, ils sont patients, et ils savent attendre la fin des heures de crise.
UN DÉRAILLEMENT EN ANGLETERRE
Un grave accident de chemin de fer s'est produit, le 1er septembre, non loin de Londres, sur la ligne du _Great Eastern Railway_: un express, bondé de 200 voyageurs, parti, à 9 h. 27 du matin, de la station de Liverpool-Street, et qui se rendait à Cromer, station estivale très fréquentée, a déraillé partiellement, à un embranchement, à la petite station de Witham.
Le train se coupa soudain en deux, les wagons d'arrière étant sortis de la voie. La partie avant--trois wagons--continua sa route derrière la locomotive qui, subitement allégée de la majeure partie de sa charge, partait à une vitesse effrayante. Les wagons déraillés, escaladant le quai, allèrent se jeter contre les bâtiments de la gare, écrasant trois employés; trois s'y brisèrent les uns contre les autres, s'entassèrent en un monceau de débris, sous lesquels gisaient pêle-mêle des cadavres, des blessés, des gens hurlant, à demi-fous. On releva dix morts et plus de cinquante blessés.
UNE NOCE AU DAHOMEY
La civilisation a été vite, au Dahomey, depuis que le lamentable Behanzin n'y trône plus. Voyez plutôt ce qu'est, aujourd'hui, une noce à Ouidah: la robe immaculée et le voile de blanche mousseline pour l'épousée; la redingote de nos mariés ultra corrects, le gibus et les gants blancs pour le jeune époux; aucune de nos élégances n'est inconnue à ce couple noir, défilant en tête de son cortège nuptial sous les bananiers. On est presque tenté de trouver indécents, auprès d'eux, ces négrillons qui arborent audacieusement le pagne, en attendant,--qui sait?--l'âge du smoking. Et, si le cinématographe ne fonctionne pas encore, à la sortie de l'église, comme aux grands mariages à Saint-Philippe du Roule et à la Madeleine, du moins en est-on déjà à la photographie, et c'est d'après un amusant cliché, récemment pris par le R. P. Chautard, que notre dessinateur a pu reconstituer fidèlement cette noce au Dahomey.
LE TÉNOR TAMAGNO Le célèbre ténor Tamagno vient de mourir, à cinquante-cinq ans, dans la villa qu'il possédait près de Varèse.
Sa carrière a été des plus brillantes et surtout des plus fructueuses. Doué d'une voix admirable, en un temps où le ténor se fait rare, il se fit donner, dès qu'il fut en possession de la renommée, des appointements formidables. En ces dernières années, chacune de ses soirées lui rapportait de 5.000 à 6.000 francs.