L'Illustration, No. 3263, 9 Septembre 1905
Part 2
1. Débarquement d'un contingent de prisonniers.--2. Obsèques d'un soldat mort en captivité: les prières sont dites par un pope japonais.--3. Une représentation théâtrale à Himeji, pour les prisonniers russes.--4. Un jeune officier russe prenant une leçon de japonais.--5. Convoi de blessés.--6. Baraquements construits spécialement pour loger les prisonniers russes à Matsuyama.
_Photographies de MM. Le Boulanger et J.-C. Balet.--Voir l'article, page 167._]
LES SUCRES A LA RAFFINERIE SAY
Au moment où deux krachs successifs sur les sucres viennent de causer tant d'émotion, où la raffinerie, industrie jusque-là plutôt discrète et assez mystérieuse même, a été si souvent mise en cause, nous avons cru intéressant de conduire nos lecteurs dans l'une de ces usines qui ont fait si fort parler d'elles en ces dernières semaines. Les portes de la raffinerie Say, qui était plus particulièrement en cause, lors des récents incidents, nous ont été très aimablement ouvertes.
La raffinerie Say, fondée, comme on sait, par M. Constant Say, dont M. Cronier fut le collaborateur principal, occupe, sur le boulevard de la Gare, dans le quartier de la Gare, des bâtiments considérables disposés autour et en arrière d'une cour d'aspect assez monumental. C'est une usine fort bien aménagée et un beau type de grande raffinerie. C'est là que nous avons pu prendre les quelques clichés que nous publions et qui montrent les principales opérations du raffinage. Nous complétons ainsi, d'ailleurs, les articles que nous avons publiés alors que le Parlement discutait les décisions adoptées par la conférence internationale réunie à Bruxelles pour examiner les modifications à apporter à la législation sucrière,--articles qui s'arrêtaient à la fabrication du sucre et surtout du sucre indigène.
Le raffineur se propose, en somme, de donner au sucre sa forme commerciale. En effet, si le produit qui sort de la sucrerie est à peu près pur, il se présente toutefois à l'état de cristaux blancs, brillants. Il s'agit de le transformer en pains, en cubes, en morceaux sciés ou cassés mécaniquement, formes sous lesquelles le consommateur a l'habitude de l'acheter. En même temps, la raffinerie traite, purifie, améliore et rend utilisables pour l'alimentation les produits inférieurs, les sucres dits de second jet, qui sont teintés de jaune ou de roux, et aussi les sucres exotiques, fabriqués aux colonies avec plus ou moins de soin.
Tout cela est traité par une méthode à peu près uniforme, à certains tours de main, à certains détails près.
Le sucre arrivant de la fabrique subit d'abord l'opération de la _fonte_, c'est-à-dire qu'il est dissous dans l'eau, et, à l'état de solution, filtré sur un mélange de noir animal et de sang qui le décolore et le débarrasse d'une partie des impuretés qu'il peut contenir. En ces dernières années, on a substitué à ce procédé de clarification le filtrage sur un produit chimique spécial: le sucro-carbonate calcique.
Après un nouveau passage à travers des toiles, puis, de nouveau, un filtrage sur du noir animal, le produit est envoyé à la _cuite en grains_ dans le vide. Il a déjà subi, au cours de la fabrication, une opération toute pareille.
Conduit dans des chaudières chauffées à une haute température, il peut y demeurer aussi longtemps qu'il est nécessaire sans éprouver d'altération, grâce au vide d'air maintenu dans les appareils. Au sein de la masse pâteuse, des cristaux, des _grains_, commencent à se former. La masse passe alors dans des bacs ou _réchauffoirs_, maintenus à 80 degrés environ, où elle achève de se cristalliser. Une agitation continuelle ou _mouvage_, communiquée à l'appareil, active la formation du grain et le régularise.
Le sucre est désormais prêt à être mis en pain.
La chose se fait dans un local appelé _empli_, chauffé à un point assez élevé encore et voisin de 30 degrés.
Des réchauffoirs, la masse est amenée par des manches de fonte jusqu'au-dessus de chariots portant les formes coniques de métal où le pain va se mouler. Des leviers, manoeuvres de l'extérieur par des ouvriers demi-nus--la chaleur qui règne dans l'atelier nécessite ce costume sommaire--règlent l'écoulement du sucre. En quelques minutes, les vingt-quatre formes d'un chariot sont remplies et le tout est conduit dans des étuves où les pains vont demeurer plusieurs jours. Chaque forme porte à sa pointe, au bas, un trou, qu'on a soigneusement bouché avant le remplissage. Quand on estime le bloc bien pris, le bouchon est ôté et ce qui demeure de sirop au sein de la masse compacte s'écoule peu à peu. On active encore cette évacuation, en même temps qu'on parachève le nettoyage du sucre, en disposant, à la partie supérieure des formes, une bouillie épaisse d'eau et d'argile. L'eau, en s'écoulant, dissout et entraîne le sirop impur. On procède encore par clairçage en faisant traverser la masse par du sirop très pur ou clairce, qui remplit le même office que l'eau. Il reste à nettoyer la base du pain et à le démouler.
Pour les sucres destinés à être sciés, la forme conique des pains présentait le double inconvénient de compliquer l'opération du sciage et de laisser beaucoup de déchets. On y a remédié en fabriquant des pains prismatiques, qui sont produits dans des moules en forme de couronnes cylindriques, divisés en secteurs dont chacun donne une barre de sucre plate, facile à débiter sans pertes.
Des treuils puissants montent ces tablettes, à pleins chariots, à l'étage supérieur, où se trouve l'atelier de sciage: là des machines ingénieuses, conduites par des femmes, les découpent en petits «cailloux» tout prêts pour la table.
C'est de là que le sucre part pour être enfin mis en boîtes, puis en caisses, et emporté par de puissants camions automobiles vers les gares, vers le canal où l'attendent des péniches, vers la Seine où l'on en charge des steamers entiers.
LECTURES D'ACTUALITÉ
LES DEUX HOMMES DU JOUR: LE PRÉSIDENT ROOSEVELT ET M. SERGE WITTE [1].
[Note 1: _Roosevelt intime_, par Albert Savine (Juven, 3 fr. 50).--_La Vie au rancho_, par le président Th. Roosevelt (traduction Savine, Dujarric, 3 fr. 50).--_L'Idéal américain_, par Th. Roosevelt, traduction Rousiers (Armand Colin, 3 fr. 50).--_La Vie intense_, par Th. Roosevelt, traduite par la princesse Ferdinand de Faucigny-Lucinge et Izoulet (Flammarion, 3 fr. 50).--_De Monroe à Roosevelt_, par le marquis de Barral-Montferrat, avec préface de M. le comte d'Haussonville (Plon, 3 fr. 50).--_La Russie économique et l'Oeuvre de M. Witte_, par Alfred Anspach (Le Soudier, 3 fr. 50).]
Le livre de M. Savine abonde en renseignements et nous est d'autant plus précieux qu'il est le seul, je crois, qui nous raconte en détail l'existence du grand président. D'origine hollandaise par son père, mais portant, dans son sang, quelque chose de toutes les races qui peuplent les États-Unis, Th. Roosevelt nous offre le type physique et moral du parfait Américain, alerte, vigoureux, plein de rondeur. Né à New-York, le 27 octobre 1858, le futur grand homme fit de fortes études à Howard Collège, où il cultiva, en même temps que les lettres, tous les sports athlétiques. De bonne heure, en 1881, il fut élu à l'assemblée législative de son Etat, où il se montra ardent adversaire de la corruption sous toutes ses formes. Après la mort de sa première jeune femme, il s'en alla fonder un rancho sur les bords du Petit-Missouri. Dans la vie sauvage et indépendante, loin de toute civilisation, avec ses cowboys, avec ses taureaux et ses troupeaux de vaches et de chevaux, il voulut retremper son âme.
Avec quelle vérité lui-même nous a tracé ses années de solitude et de lutte contre la nature et contre les voleurs, ses courses sur des chevaux indomptés, ses chasses périlleuses. Sa _Vie au rancho_ nous éclaire parfaitement sur son caractère et sur son énergie. Peut-être ne trouvera-t-on pas dans ces pages un lyrisme débordant. Mais le futur président tient, avant tout, à être précis et à ne pas voiler sous des fleurs, les faits réels de la vie du ranchero. Ce n'est point un homme de lettres: il écrit avec son tempérament. Après trois années de dure existence et de succès commercial, il liquida son exploitation. Il avait déjà, mêlant la littérature aux labeurs manuels, publié, outre _la Vie au rancho_, un livre sur la _Guerre navale en 1812_. Au mois de mai 1889, il acheva la rédaction de ses deux beaux volumes: _la Conquête de l'Ouest_.
Ne se pas spécialiser, c'est sa devise. Aussi essaye-t-il de tenir en même temps la plume, la carabine, et d'exécuter les grandes chevauchées à travers les plaines mornes. Nous le trouvons, après son retour à la vie civilisée, directeur de la police de New-York, exact à faire observer la loi, ne ménageant pas les concussionnaires. En 1897, il est nommé secrétaire adjoint à la marine, où son principal souci est de préparer la lutte contre l'Espagne, qu'il veut entamer, même sans déclaration de guerre. Quand elle éclate il ne peut tenir dans son poste en apparence pacifique et, malgré toutes les objurgations, conduit aux batailles, avec intrépidité, un régiment de rough-riders, dont il a plus tard raconté l'histoire, car, s'il aime l'action, il aime aussi à la décrire. Sa tenue pendant la guerre, ses services comme chef de la police et secrétaire adjoint de la marine, semblent le désigner pour la place vacante de gouverneur de New-York. Sans hésiter, il se précipite dans la mêlée et pose sa candidature. En 1900, il se présente comme vice-président et soutient, pour la présidence, Mac-Kinley. Quel est son programme? Celui que nous lisons dans _la Vie intense_: l'extension territoriale des États-Unis. Comment le fait-il connaître aux populations? Il loue un wagon électoral, parcourt le pays, annonce d'avance les arrêts et, pour ne pas perdre de temps, harangue de la plate-forme du train les foules accourues. Dans une seule journée cet homme de fer prononça jusqu'à quatorze discours. Au milieu de tout cela il n'oublie pas tout à fait les lettres et compose son _Olivier Cromwell_. Le 6 septembre 1901, l'assassinat de Mac-Kinley lui conférait cette présidence des États-Unis qui lui a été renouvelée et dans laquelle il a fait tant de gestes illustres.
Voilà un peu pour sa vie extérieure. Quelle est sa pensée? _L'Idéal américain_ nous le livrera tout entier. Guerre aux coquins, aux hommes susceptibles de vénalité, à ceux qui les achètent; guerre au manufacturier égoïste, dur et sec, au démagogue aussi malfaisant dans une république que le courtisan dans une monarchie; guerre à l'indifférence grossière sur les résultats de la corruption et de l'injustice! L'Américain ne doit pas être seulement un _animal_ poursuivant le dollar, sans autre souci que de s'enrichir, avec un idéal purement matériel et avilissant. Il faut qu'il ait le culte de la gloire, de l'indépendance hardie, de la générosité, de l'amélioration civique et nationale. A cette peinture de l'idéal américain il ajoute une virile exhortation à l'américanisme. Allemands, Irlandais, immigrants de toutes les races, doivent, en touchant le sol de la nouvelle patrie, cesser d'être Européens et prendre les moeurs et l'exclusif amour du pays qu'ils ont choisi. Pas d'exclusivisme contre l'étranger, mais pas non plus de cosmopolitisme: il faut que les âmes s'unifient sur toute l'étendue du territoire, que les enfants soient élevés en Américains et non selon les conventions de la vieille Europe. «Avant tout, nous devons nous tenir épaule contre épaule, sans nous inquiéter des aïeux ou de la religion de nos camarades, mais seulement de la sincérité de leur américanisme.» Pas de conception humanitaire prématurée, mais de l'unité et un patriotisme ardent, mais une force navale immense pour faire respecter dans les deux Amériques la doctrine de Monroe, et aussi, peut-on ajouter, pour l'amplifier. En effet, dans sa passion pour sa terre natale, Roosevelt a dépassé les principes purement défensifs de 1823 qui établissaient un mur entre les deux Amériques et la vieille Europe. Il ne se confine pas dans ce particularisme: de temps à autre il pratique à la muraille quelques brèches plus ou moins énormes; il inaugure la politique mondiale, intervenant dans les démêlés de la Russie avec les juifs, dans la question marocaine, et réunissant pour l'heureuse paix la Russie et le Japon. On peut lire sur ce point le livre de M. le marquis de Barral-Montferrat qui paraît le jour même où j'écris cet article.
En même temps que le président Roosevelt, M. Witte se présente depuis quelques semaines en pleine lumière. Peut-être n'a-t-il pas les facultés diverses du grand Américain et reste-t-il en toute circonstance un pur économiste, comme nous le montre, dans son livre savant, M. Anspach. A la date où M. Witte devint ministre des finances, le 30 août 1892, l'oeuvre pacifique de la Russie était double. Il fallait d'abord créer les voies ferrées, dont l'immense empire était presque complètement dépourvu. Pour couvrir de rails une aussi prodigieuse étendue, l'argent était nécessaire, et la Russie avait peu de crédit et un budget insuffisant. M. Witte amena fort habilement les capitaux étrangers et les capitaux français en particulier. Le budget intérieur, trop faible pour permettre les vastes entreprises, monta d'un milliard de roubles à plus de deux milliards, grâce à la sagesse de M, Witte. Aussi lui fut-il possible de faire un réseau de voies ferrées et spécialement, traversant la Sibérie, le fameux chemin de fer si utile aux Russes, pendant la dernière guerre et dont ils useront, pour leur plus grand profit, dans l'avenir pacifique.
Ce que M. Witte devait développer encore, c'était l'émigration en Sibérie. Ce qui importe à la Russie, c'est de se peupler, c'est de tirer de son vaste et riche territoire toutes les richesses qu'il peut fournir et qu'il est loin d'avoir donné. Voilà ce qu'a parfaitement vu M. Witte. Aussi, en même temps qu'il construisait des chemins de fer, favorisait-il l'émigration en Sibérie. De 61.455 le chiffre annuel des émigrants s'éleva, grâce à ses soins, à près de 250.000. Magnifique résultat! Maintenant, car il y a toujours quelque restriction aux plus grands éloges, s'il a contribué à la mise en oeuvre économique de la Russie, on lui reproche d'avoir négligé les choses militaires, d'avoir trop changé les épées en socs de charrue et en rails de chemin de fer. Après avoir perdu la direction des affaires pendant quelques années, M. Witte redevient, par l'heureux résultat de la conférence de Portsmouth, le premier personnage de l'empire. Il n'a pas tous les dons divers de Roosevelt, ni ses qualités brillantes, ni son tempérament. Il n'a pris la plume qu'une fois, mais pour écrire un livre tout spécial: _Principes des tarifs des chemins de fer pour le transport des marchandises_(1884).
Chose singulière! MM. Roosevelt et Witte ont la même ascendance paternelle. M. Witte est né à Tiflis, le 29 juin 1849, d'un père qui se rattachait à une ancienne famille hollandaise.
E. LEDRAIN.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
L'ÉCLIPSE PHOTOGRAPHIÉE A PARIS AVEC UN OBJECTIF ORDINAIRE.
Nous publions ici quelques photographies prises à Paris pendant l'éclipse de soleil du 30 août.
Ceux de nos lecteurs qui auront essayé eux-mêmes de prendre, avec leurs objectifs ordinaires, des clichés directs du phénomène, supposeront sans doute, en voyant ces photographies, qu'elles ont nécessité l'emploi d'appareils spéciaux et fort coûteux; il n'en est rien!
On croit généralement que, pour obtenir une image amplifiée, il est indispensable d'employer, soit un objectif à foyer extrêmement long, soit un téléobjectif de fort grossissement, accessoires que ne possèdent généralement pas les amateurs les mieux outillés.
Il est possible au contraire d'utiliser les objectifs à court foyer dont sont munis la plupart des appareils à main si répandus aujourd'hui. Les personnes qui ont eu l'occasion de braquer ce genre d'objectif sur le soleil ou sur la lune ont pu remarquer que l'image obtenue est microscopique (un objectif 9x12 de 130mm de foyer donne un disque d'un millimètre et demi de diamètre à peine). Mais, pour obtenir de grandes images directes, il suffit de placer en avant de l'objectif une simple jumelle de théâtre ou, mieux encore, une forte jumelle marine, de telle sorte que l'axe de l'un des oculaires soit sur le prolongement de l'axe optique de l'objectif. La photographie ci-dessous représentant le dispositif nous dispense d'une longue description.
Le tirage de la jumelle, la distance de cette dernière à l'objectif, et enfin le tirage de la chambre noire se déterminent assez rapidement par tâtonnements.
Le deuxième oculaire de la jumelle, loin d'être inutile, sert de chercheur. On dirige l'appareil vers le soleil et dès que son image réduite vient se dessiner sur la planchette de l'objectif, on a la certitude que la même image amplifiée se projette sur le verre dépoli; on couvre alors, au moyen du voile noir, l'intervalle séparant la jumelle de l'appareil afin d'éviter l'introduction de toute lumière étrangère.
Une fois la mise en plaque bien faite, il n'y a plus qu'à opérer rapidement, pour ne pas laisser le temps à l'image de s'échapper en raison du double mouvement de la terre et du soleil.
L'emploi de plaques orthochromatiques et antihalo s'impose absolument, avec l'adjonction d'un écran jaune; de plus, il faut tenir compte de la diminution progressive de la lumière jusqu'à la phase maxima de l'éclipse; le 30 août, la surface solaire masquée par la lune était, à 1 h. 19, les 818 millièmes de la surface totale; comme l'action de la lumière est proportionnelle au carré de sa surface, il fallait établir une échelle de temps de pose inversement proportionnelle au carré de la surface solaire visible. Ainsi les quatre épreuves ci-dessus ont-elles reçu les temps d'exposition suivants:
Midi 33 -- 1/80e de seconde -- 42 -- 1/55e -- 1 heure 7 -- 1/30e -- 1 heure 19 -- 1/20e --
avec écran jaune triplant le temps de pose. L'objectif était un anastigmat 9x12 de 130 millimètres de foyer travaillant à toute ouverture, soit f. 0.8 et monté sur une chambre 13x18.
Nous espérons, par ces détails, rendre service aux photographes désireux de fixer sur la plaque un phénomène astronomique intéressant.
Il est à peine besoin d'ajouter que ce dispositif ne limite pas son emploi à la photographie céleste, et qu'il peut être utilisé chaque fois qu'un puissant téléobjectif serait nécessaire.
LÉON GIMPEL.
LA HOUILLE EN NOUVELLE-CALÉDONIE.
Notre gravure montre le _décapelage_, c'est-à-dire la mise à nu, d'un filon à fleur du sol dans les gisements houillère de la Nouvelle-Calédonie.
Depuis longtemps déjà, on avait constaté la présence de la houille dans notre colonie, mais les tentatives d'exploitation avaient été presque nulles. M. Portal, continuant les recherches effectuées en 1890 par M. Caulny, puis en 1903 par M. Colomer, croit pouvoir affirmer aujourd'hui l'existence de six grands faisceaux, faciles à exploiter, où se trouveraient représentés les principaux types de charbon, si ces prévisions se réalisent.
La mise en valeur de ces filons va permettre l'installation de hauts fourneaux pour traiter sur place les minerais de nickel qui constituent une part notable des richesses de la colonie. Elle favorisera l'installation de petites industries locales, en même temps qu'elle assurera à notre flotte une précieuse station de ravitaillement. Enfin, la variété des charbons permettrait d'espérer que l'excès de production sur la consommation locale sera aisément absorbé par les divers marchés du Pacifique.
LA COLONIE ÉTRANGÈRE EN CHINE.
Dans les dix dernières années, la colonie étrangère, en Chine, a un peu plus que doublé.
Elle comptait 9.891 étrangers en 1893, et 20.404 en 1903.
Les Anglais et les Japonais, qui y étaient représentés, en 1893, par mille et quelques unités, le sont maintenant par plus de cinq mille et les Américains y ont doublé leur nombre.
Le premier rang est occupé par les Anglais et le deuxième par les Japonais.
Parmi les Européens, ce sont d'ailleurs les Belges qui, proportionnellement, ont le plus gagné, passant de 50 à 311.
Quant aux Français, de 786 en 1893, ils étaient 1.213 en 1903. Ils occupent maintenant le sixième rang, après les Américains, les Portugais et les Allemands.
Si l'on considère les maisons de commerce, on note que les maisons japonaises ont, dans le même temps, passé du nombre 42 au nombre 361. C'est un gain de 319 unités, alors que les maisons anglaises n'ont gagné que 66 unités, les allemandes 78, et les américaines 84. Les maisons françaises y sont au nombre de 71, en progression de 38 unités depuis dix ans, et au cinquième rang, après les maisons anglaises, japonaises, allemandes et américaines.
LA PSYCHOLOGIE DES JUMEAUX.
On a souvent raconté des choses curieuses sur la psychologie des jumeaux: elle serait très semblable le plus souvent, et il existerait de l'un à l'autre des corrélations singulières et frappantes. Un cas, récemment relaté par M. Ch. Féré à la Société de Biologie, présente, lui aussi, de la singularité. Il s'agit de deux jumelles qui, contrairement à l'opinion générale, ont le caractère très différent. Mais, chose singulière, au même moment, le caractère des deux jeunes filles change. La particularité n'est pas dans ce fait qu'il change, car les mutations de caractère sont chose connue et fréquente: elle est dans ce fait que la mutation est une permutation. Des deux jeunes filles, l'une était expansive, l'autre indifférente. Elles furent, en bas âge, réunies à un frère aîné, un fils que leur père avait eu d'un autre mariage.
La première l'accueillit fort mal et lui a toujours témoigné de l'antipathie. L'autre lui a fait bon visage. La première est blonde, à peau blanche, et grande; la seconde, brune, et courte. Leurs figures sont très différentes. Jusqu'à la treizième année, les deux sieurs ont conservé chacune le caractère qui vient d'être dit. Mais, à cette époque critique, du jour au lendemain, il y a eu changement total. La brune, autrefois affectueuse pour son frère, ne peut plus le supporter: l'antipathie qu'elle a prise pour lui lui donne même de l'animation et de la loquacité: elle s'en moque et le critique sans cesse. Elle a pris tout le caractère qu'avait sa soeur. Et celle-ci lui a pris le sien: elle est devenue apathique, cherche l'isolement, et supporte son frère sans marquer de répulsion. Le frère n'a rien gagné, les parents non plus.
LE PAQUEBOT «KAISERIN-AUGUSTA-VICTORIA».
On a lancé, le 29 août, des chantiers Vulkan, à Stettin, un navire destiné aux voyages transatlantiques, qui sera le plus long du monde: le _Kaiserin-Augusta-Victoria_. La mise à l'eau a eu lieu sans apparat, quoique l'empereur Guillaume II y assistât, avec l'impératrice Augusta-Victoria, qui avait accepté d'être la marraine du navire. Mais l'empereur a tenu à faire répandre qu'il venait là simplement à titre d'«ami» du président de la _Hamburg-Amerika Linie_, à la flotte de laquelle appartient le nouveau paquebot. Et il n'a prononcé nul discours, laissant à son «ami» et au maire de Stettin la tâche d'exalter la marine allemande et le patriotisme naval.