L'Illustration, No. 3261, 26 Août 1905
Part 3
M. Georges de la Salle a rempli sa mission dans l'armée russe. Sans doute on lui a fait attendre, mais plutôt par amour de la paperasserie que par mauvaise volonté, son autorisation. De même que M. de Laguérie il a récolté de riches renseignements en dehors des faits militaires. Comme ses révélations jettent une lueur singulière sur les événements! A la frontière mandchoue, voici Kharbine, une sorte de Capoue lointaine, avec ses cafés-concerts, ses lieux de plaisir, sa grande consommation d'alcool, sa Banque russo-chinoise. M. de la Salle a commencé de voir là les officiers russes qu'il accuse d'avoir moins de sobriété, de féroce patriotisme et de discipline qu'on n'en montre au Japon. Après Kharbine, c'est Moukden, la sainte, tirée, par la guerre, de son heureuse somnolence. Occupé à considérer toutes choses en Mandchourie, notant, avec conscience, tout ce qu'il aperçoit, de méchante humeur souvent, étonné de ne guère rencontrer là-bas le type classique de l'officier français, M. de la Salle n'assiste pas à la grande bataille de Liao-Yang. Mais il raconte avec une vie extraordinaire les batailles du Cha-Ho, en octobre 1904. Plus de chevauchées héroïques, plus de charges à la baïonnette. Invisibles, les Japonais ne se manifestent guère que par leur machinisme, par l'envoi des shrapnells. Quel portrait touchant M. de la Salle nous trace de Kouropatkine, maître de lui, pourvoyant à tout, relevant le courage des désespérés! En proie au spleen, M. de la Salle abandonna la Mandchourie. Sensitif à l'excès, ému de tout ce qui tombe sous ses yeux, ce correspondant de guerre a composé son livre avec des faits très nombreux et aussi avec ses nerfs délicats.
A côté de ces oeuvres, il convient de mentionner: _Du Kremlin au Pacifique_, de M. Georges Ducrocq (Honoré Champion), et _les Cosaques de Transbaïkalie en Mandchourie_ (1900), du prince Orlov (Charles-Lavauzelle, 3 fr. 50).
Qui voudra se distraire de ces sombres tableaux et visiter un pays où les hommes ne se tuent pas entre eux, mais s'exposent cependant en chassant les grands fauves, lira le beau livre avec illustrations: _Chasses en Abyssinie_, par M. Decaux (Delagrave, 7 fr. 50).
E. LEDRAIN.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
POUR APPRENDRE L'ESPÉRANTO.
Dans notre dernier numéro, nous avons exposé sommairement les principes et les avantages de l'espéranto, et nous avons indiqué que les ouvrages approuvés par le docteur Zamenhof, inventeur de cette langue universelle, sont édités par la maison Hachette. Un certain nombre de lecteurs nous demandent de compléter notre information en les guidant pour le choix de ces ouvrages. Nous leur conseillons d'acheter simplement les livres suivants:
_L'Espéranto en dix leçons_ (cours du Touring-Club de France), par Cart et Pagnier (0 fr. 75).--_Corrigé des exercices sur l'Espéranto en dix leçons_, par Cart et Procureur (0 fr. 50).
Ou bien:
_Grammaire et Exercices de la langue internationale espéranto_, par de Beaufront (1 fr. 50).--_Corrigé de Grammaire et Exercices de la langue internationale espéranto_, par de Beaufront (0 fr. 75).
En ajoutant à l'un de ces deux groupes le _Vocabulaire français-espéranto_ et _Vocabulaire abrégé espéranto-français_, par Cart, Merkeins et Berthelot (2 fr. 50), on possédera tous les éléments nécessaires pour apprendre, sans professeur, à écrire et à parler couramment la langue internationale.
Ces divers ouvrages sont publiés par la maison Hachette.
Du côté des périodiques, il faut mentionner:
_Linguo internacia_, petite revue mensuelle, rédigée exclusivement en espéranto, où l'on trouve surtout des traductions d'oeuvres très connues, par exemple _Paulo kaj Virginio_ (Paul et Virginie), 5 francs par an; 7 fr. 50 avec supplément littéraire.
_L'Espérantiste_, également mensuel, donnant des articles plus courts, par conséquent plus variés, avec texte français en regard du texte espéranto. 3 francs par an.
On s'abonne _Presa esperantista societo_, 33, rue Lacépède, Paris.
Cette société commence la publication d'un _Grand Dictionnaire français-espéranto_ devant comprendre environ deux mille cinq cents pages, dans lequel on se propose de fixer les moindres nuances de la langue et «d'introduire des racines ne figurant pas dans le vocabulaire du docteur Zamenhof». On ne saurait traiter avec plus d'illogisme une langue n'ayant de raison d'être et de chances de se propager, par conséquent de devenir pratique, qu'à la condition de rester extrêmement simple et facile à apprendre.
Signalons enfin, pour mémoire, une revue conçue non pas en vue des personnes désirant s'entretenir dans la connaissance de l'espéranto, mais s'adressant aux savants de tous pays possédant cette langue: _Internacia Scienca Revuo_ (mensuelle, 6 fr. 50 par an, chez Hachette).
LA PUÉRICULTURE AU CREUSOT.
Il résulte d'un mémoire présenté à l'Académie de médecine par le docteur Variot, que le taux de la mortalité infantile, au Creusot, pendant la période décennale de 1893 à 1902, n'a pas dépassé 11,04%, chiffre bien inférieur à celui de la mortalité infantile moyenne en France pendant la même période (16%), et surtout beaucoup plus faible que celui qui a été constaté dans les centres manufacturiers ou industriels en général et dans les villes (20,8% dans les villes de 30.000 à 100.000 habitants).
Le facteur principal qui, au Creusot, diminue la mortalité infantile, c'est l'élévation du salaire, qui permet aux femmes d'allaiter leurs enfants; en outre, la «puériculture avant la naissance» y est réalisée par ce fait que les filles-mères cessent leur travail et reçoivent l'assistance vers le cinquième mois environ de leur grossesse; enfin, après l'accouchement, les femmes ne sont autorisées à reprendre leurs occupations que si un certificat médical constate qu'elles peuvent le faire sans nuire à leur santé ni à celle de leur enfant.
LA TRAVERSÉE DU DÉTROIT À L'AVIRON.
Un sportsman boulonais, M. Georges Adam, membre du Boulogne-Club, vient d'accomplir une jolie prouesse, en effectuant, à l'aviron, la traversée de Boulogne à Folkestone.
M. Georges Adam montait une yole de rivière à clins, pontée très légèrement. Le lundi 14 août, à 11 h. 25 du matin, il se mettait en route et ramait vers le large, convoyé par un canot automobile. Il eut à lutter contre une mer très rude et contre une assez forte brise du nord-est, sans compter les courants très violents qui parcourent le détroit en sens divers d'une marée à l'autre. A 7 h. 55 du soir, il abordait à Folkestone. Il aurait donc fait en huit heures trente minutes les 48 kilomètres qui séparent les deux côtes, à vol d'oiseau, mais, en réalité, on estime qu'il a dû parcourir 60 kilomètres environ en raison de la dérive.
LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL EN FRANCE.
Depuis l'invention, par Marconi, du premier appareil de télégraphie sans fil, de nombreux savants, le professeur Saby en Allemagne, M. Popof en Russie, M. Forest en Amérique, le capitaine Cervera en Espagne, MM. Ducretet et Rochefort en France, se sont efforcés d'apporter au système les perfectionnements indispensables: amélioration des installations; isolement des communications ou syntonisation des postes; augmentation de la distance de transmission.
La télégraphie, sans fil emploie les ondes électriques produites dans des conditions déterminées et dont, avant Marconi, MM. Maxwell, Herz et Branly avaient révélé les propriétés et indiqué l'utilisation possible. Ces ondes sont analogues aux ondes lumineuses qui émanent des corps incandescents. Pour faciliter leur production, le poste transmetteur et le poste récepteur sont munis chacun d'une antenne, sorte de tige métallique fixée à une hauteur du sol qui varie avec la portée de transmission à obtenir et qui, pour un rayon d'action de 50 kilomètres sur mer, doit atteindre jusqu'à 40 ou 50 mètres, ce qui est beaucoup. Les ondes partent de l'antenne du poste transmetteur; celle du poste récepteur les recueille et les dirige sur l'appareil enregistreur ou _cohéreur_. Mais, trop fréquemment, il arrive que les cohéreurs se permettent d'enregistrer des communications qu'on ne leur destine pas. Si, en effet, plusieurs postes récepteurs se trouvent situés dans la zone d'action ou champ d'un même poste transmetteur, le cohéreur de chaque poste récepteur se laisse impressionner par les ondes émanant du poste transmetteur. Il se produit quelque chose d'analogue avec ce qui se passe lorsqu'on jette une pierre dans une eau tranquille et que plusieurs bouchons de liège flottent dans l'espace où se forment les ondes aquatiques: tous ces bouchons exécutent des mouvements de bas en haut déterminés par la production des ondes.
En dépit de ces désavantages auxquels on remédiera certainement avec un peu de temps, la télégraphie sans fil est appelée à rendre les plus grands services au commerce maritime et à la navigation en général. Elle permettra de maintenir en pleine mer des communications avec la côte et surtout de donner aux navires en détresse la possibilité d'obtenir des secours, même s'ils se trouvent à une distance considérable d'un port.
Ces considérations n'avaient pas échappé à notre administration des postes et télégraphes qui, dans le but de généraliser ce mode de transmission entre la mer et le littoral, songea à faire valoir son monopole des communications aériennes. Aussi, après avoir établi, à Villejuif et au moulin de Chérisy, deux postes d'expérimentation de télégraphie sans fil, cette administration, autorisée par décret du 27 février 1904, a-t-elle pris possession, d'accord avec la marine, de tous les postes que l'administration de la rue Royale possédait sur le territoire français. Grâce à ce changement de mains, ces postes, occupés par un personnel spécialisé, pourront être ouverts à la télégraphie privée sans cesser de rendre au département de la marine tous les services désirables. On évitera de la sorte les inconvénients auxquels pouvait donner lieu le fonctionnement de deux réseaux parallèles, ressortissant à deux administrations différentes, notamment une dualité de personnel, des frais superflus et surtout un enchevêtrement des communications qui nous eût ramenés aux plus beaux jours des malentendus téléphoniques.
L'administration des postes et des télégraphes a ouvert, dans le courant de l'année dernière, deux postes que possédait antérieurement la marine: l'un à Ouessant, l'autre à Porquerolles. On procédera prochainement à une installation analogue à Cherbourg, tandis que des expériences seront faites en vue de la construction d'un poste extra-puissant à Toulon.
LA VARIOLE, MALADIE ÉVITABLE.
Sans doute, on admettrait difficilement, en certains pays, en France, notamment, et particulièrement à Paris, que la variole est une maladie évitable.
En effet, voici que Paris vient de subir une petite recrudescence épidémique locale de cette maladie et, l'année dernière, on a relevé, dans notre capitale, 88 décès par variole, soit 3,2 pour 100.000 habitants.
Or, ce qui prouve bien que la variole est une maladie évitable, c'est que, grâce à des mesures de vaccination et de revaccination rigoureuses, Berlin, Breslau, Dresde, Stuttgart, Hambourg, Vienne, Zurich, Edimbourg, la Haye, Copenhague, Stockholm, Christiania, Bucarest, etc., n'ont pas un seul décès depuis 1902.
Même en France, d'ailleurs, Lyon, en 1902, n'a pas eu de décès par variole.
Un pays tout entier, la Norvège, n'a pas eu un seul décès. Nous pouvons ajouter que, dans 75 villes du Danemark et dans 92 villes de Suède, c'est-à-dire dans la presque totalité de ces deux pays, il n'y a pas eu non plus de décès par variole. Alors que la mortalité par variole, pour 100.000 habitants, est à Paris de 3,2, cette mortalité est en Italie de 7,3, en Angleterre de 7,5, et en Belgique de 9,05.
Mais, en Allemagne, elle n'est que de 0,02; en Irlande, en Suisse, en Hollande, de 0,01; et, en Ecosse, elle n'est que de 1,8. On voit combien nous sommes à un degré inférieur de l'échelle dans la lutte contre la variole.
UN PROCÉDÉ À RETENIR.
Il arrive assez souvent à des enfants, et même à des adultes, d'avaler sans le vouloir des corps étrangers capables de déterminer des lésions de l'estomac ou des intestins: des corps durs, métalliques, présentant des aspérités ou des pointes. Evidemment, ces corps ont toutes les chances d'être expulsés par les voies naturelles; mais, ce qui doit préoccuper le malade et son entourage, c'est la possibilité, pour les parties dures et pointues, de blesser le tube digestif. Peut-on écarter ce danger? Un médecin anglais, M. Blair Bell, s'est posé cette question à propos d'un enfant auprès de qui il fut appelé et qui avait avalé une broche en or, et il l'a résolue de façon satisfaisante en faisant avaler à la petite victime une certaine quantité d'ouate hydrophile, en partie dans du lait, en partie sous forme de sandwich avec des confitures. Quelques heures après, il fit prendre un peu d'huile de ricin, et l'expulsion se fit. La broche était bien empaquetée dans le coton hydrophile et n'occasionna aucune blessure. La même méthode fut suivie dans un autre cas, celui d'un enfant ayant avalé un bouton de cuivre. Et un autre médecin, un Irlandais, avait eu la même idée, avec plein succès d'ailleurs, pour traiter un enfant qui avait avalé un râtelier métallique. Il semble que le coton hydrophile soit particulièrement attiré par le corps étranger: il l'englobe, et, par surcroît, les matières fécales s'agglomèrent volontiers autour de ce noyau en augmentant encore la protection contre le corps étranger et en diminuant les chances qu'il a de blesser les organes qu'il traverse. En pareil cas, on a souvent conseillé la mie de pain: mais celle-ci se désagrège sous l'action des sucs digestifs; mieux vaut se servir de coton hydrophile qui, lui, n'est pas attaqué et garde sa solidité et sa cohérence.
UNE MALADIE DUE À LA CUEILLETTE DES PÊCHES.
Un médecin de Lyon, M. J. Eraud, a observé que les cultivateurs employés à la cueillette des pêches ou à l'emballage de ces fruits étaient exposés à des démangeaisons plus ou moins vives sur les parties découvertes du corps.
Ces démangeaisons se manifestent particulièrement dans la matinée, alors que le corps est en moiteur et que le fruit est encore quelque peu imprégné de la rosée de la nuit.
Il est fréquent de les voir s'exaspérer la nuit, sous l'influence de la chaleur du lit.
M. Eraud pense qu'on doit attribuer ce petit accident à des champignons inférieurs répandus à la surface des pêches, et dont il est facile de constater la présence.
UN GRAND AFRICAIN.
Mahomed ben Ahmed Tipu Tipu, qui vient de mourir à Zanzibar, à l'âge de soixante-seize ans, avait joué en Afrique un rôle considérable. A l'époque où Livingstone, Stanley, accomplissaient leurs explorations fameuses, son influence, sa domination, pourrait-on dire, s'étendait du Congo à l'océan Indien, et l'ascendant, dont il jouissait dans le continent noir, mis au service de Stanley, rendit au grand voyageur les plus signalés services.
Après avoir été un guerrier redoutable, que les peuplades soumises par lui avaient surnommé _Mti Pura_, le Batailleur, il coula ses dernières années en paix dans les immenses biens qu'il avait acquis à Zanzibar. Il vivait là comme un patriarche, entouré de l'estime des Européens, du respect et de l'affection des indigènes, dont il avait été constamment le bienfaiteur. C'est là qu'il vient de s'éteindre, succombant brusquement à une hémorragie cérébrale.
LA VICE-ROYAUTÉ DES INDES
Après une brillante et très active vice-royauté de sept ans, lord Curzon vient de démissionner. Cet événement est le résultat prévu du conflit qui s'était élevé entre lord Kitchener et le vice-roi au sujet du commandement de l'armée des Indes. Lord Kitchener étant soutenu par le ministre, lord Curzon devait se soumettre ou se démettre; il a préféré se démettre.
On se rappelle les notes flatteuses qui, dans la presse, saluèrent la nomination de lord Curzon. On a encore présents à la mémoire les fastes du durbar de Delhi, où le vice-roi, en grand costume, fit défiler les princes indiens devant les héritiers d'Angleterre. Les voyages d'études du noble lord, son ouvrage, aujourd'hui classique, sur la Perse, l'avaient, autant que la faveur de la reine, désigné pour occuper le poste difficile et envié de vice-roi des Indes. Sous son gouvernement, plus occupé d'acquisitions territoriales que de réformes intérieures, l'activité anglo-indienne avait résolument franchi les frontières et provoqué, tant en Europe qu'en Asie, de légitimes inquiétudes. Récemment, lord Curzon entreprit l'expédition thibétaine. Sa façon de réorganiser l'administration du Bengale le rendit nettement impopulaire.
Le nouveau vice-roi, lord Minto, participa aux campagnes d'Afghanistan, d'Égypte et à la répression de l'insurrection canadienne de 1885; c'est un vaillant soldat, doublé d'un économiste avisé. Il fut gouverneur général du Canada de 1898 à 1904.
LES «HÉRÉTIQUES», A BÉZIERS
On procède en ce moment, au théâtre des Arènes de Béziers, aux dernières répétitions des _Hérétiques_, opéra en trois actes de M. Ferdinand Hérold, musique de M. Charles Levadé. Les rôles sont tenus par des artistes de choix, dont plusieurs de l'Opéra, de l'Opéra-Comique et de la Monnaie.
Le divertissement du second acte, réglé par M. Belloni, de la Scala de Milan, sera exécuté par quatre-vingts danseuses, parmi lesquelles Mlles Julia Antonicci et Ida Cecchini.
L'orchestre sera composé de deux cent cinquante musiciens. On dit merveille des décors et de la mise en scène.
DEUX FAITS DIVERS
Cette semaine, deux faits divers ont occupé, dans les journaux, la place réservée à la «grande actualité».
Le premier, effroyable, a été «la tragédie de Nogent-sur-Marne». Ici, on a vu un ingénieur, M. Victor Ronfaut, affolé par la peur de la misère, se suicider après avoir tué à coups de carabine, ou égorgé à l'aide d'un rasoir, sa femme et ses trois enfants. Mme Ronfaut a évidemment été complice de ce crime. Quant aux trois petites victimes, c'étaient trois garçonnets: Jean, âgé de quinze ans, Mathieu, treize ans, et Marius, douze ans, très bien élevés, de charmants écoliers, studieux, adorés de leurs camarades et de leurs maîtres.
L'autre fait divers est du genre rocambolesque et assez neuf dans ses péripéties: c'est «le vol d'un million».
Un employé du Comptoir National d'Escompte, Jean Gallay, a disparu en enlevant, à cet établissement de crédit, non tout à fait un million, au dire des administrateurs, mais 850.000 francs.
Gallay avait été inspecteur au service de la Sûreté générale. Aux heures de travail, employé ponctuel, il était, le soir, grand seigneur et, sous le nom de baron de Gravald, traînait dans les lieux de plaisir l'existence des riches désoeuvrés. Il avait, bien que marié et père de famille, une liaison coûteuse avec une demi-mondaine, Mme Merelli, qui le secondait dans ses virements. A la fin du mois dernier, il disparaissait. La semaine dernière seulement, on a appris ce qu'il était devenu: le baron de Gravald s'est embarqué, le 1er août, au Havre, avec son amie Merelli, la femme de chambre d'icelle et un médecin, qui sera bien surpris de l'aventure, sur un yacht luxueux, loué par l'intermédiaire de la _Yachting Gazette_, la _Catarina_. Et, sous pavillon anglais, il vogue vers une destination inconnue.
NOUVELLES INVENTIONS
(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement gratuits.)
LE RÉPERTOIRE «ETNALAG»
Il est d'usage courant, pour éviter de feuilleter incessamment l'annuaire, d'apposer près d'un téléphone un tableau sur lequel sont inscrits les noms et les numéros des abonnés auxquels on a à faire des appels fréquents, sinon journaliers.
Le procédé est fort pratique, mais il n'est pas indemne de tout inconvénient.
Le tableau ne peut d'abord contenir qu'un nombre de noms toujours assez restreint, par conséquent insuffisant le plus souvent, et il est difficile de le maintenir dans l'ordre alphabétique absolu.
Il y a ensuite les erreurs de lecture qui font attribuer à un correspondant les numéros de ceux qui le précèdent ou le suivent sur la liste. Ce n'est certes pas utile d'insister sur les ennuis de tous genres que causent ces méprises et sur les retards qu'elles apportent aux communications.
Puis ce tableau est indiscret. Il livre au premier venu, auquel un devoir de simple obligeance ne permet pas de refuser l'usage de l'appareil, les noms des personnes et des maisons avec lesquelles on est en relations constantes; renseignements qui peuvent ne pas être sans inconvénient pour celui qui les fournit, en quelque sorte inconsciemment, et aussi fort gênants pour la personne qui téléphone, condamnée ainsi à un manque de discrétion aussi inévitable qu'involontaire.
L'indiscrétion est encore plus facile et plus forcée quand le téléphone, au lieu d'être installé dans une cabine, est placé dans un bureau, où le tableau est à la vue de tous venants.
Pour garantir contre toute méprise et toute indiscrétion, M. Galante a imaginé le Répertoire «Etnalag» pour appels téléphoniques.
Le Répertoire «Etnalag», comme le montre notre figure, se présente sous la forme d'une boîte oblongue que l'on applique verticalement contre la cloison, à côté de l'appareil.
Un bouton, sur lequel on n'a à faire qu'une simple traction, permet de rabattre, suivant l'horizontale, le panneau antérieur.
Ce panneau constitue alors une tablette munie, sur trois de ses côtés, de rebords entre lesquels sont maintenues deux cents fiches.
Sur chacune de ces fiches sont inscrits le nom et le numéro d'un des abonnés au téléphone, avec lesquels on peut avoir à causer d'une façon fréquente et régulière.
Le classement peut donc se faire aisément dans l'ordre alphabétique absolu, les fiches étant indépendantes les unes des autres, et chaque groupe d'une même lettre étant séparé des autres par un carton de couleur portant en référence un des vingt-six caractères de l'alphabet.
La recherche est ainsi des plus faciles et des plus rapides.
En outre, on n'a et l'on ne peut jamais avoir sous les yeux d'autre fiche que celle dont on a besoin. Aucune indiscrétion n'est par conséquent plus à craindre et toute méprise devient impossible, chaque fiche ne portant qu'un seul nom et qu'un seul numéro.
On n'est donc plus exposé à des erreurs assez faciles à commettre avec le tableau, où, à moins de suivre avec le doigt, on peut aisément prendre pour le numéro de l'abonné celui qui figure sur la ligne au-dessus ou sur celle au-dessous.
Dans le but de rendre les recherches plus faciles encore, M. Em. Galante a fait établir un double jeu de cartons de classement, de deux couleurs différentes, dont, entre autres exemples, le commerçant pourra affecter l'un à ses vendeurs, l'autre à ses acheteurs, tandis que le simple particulier aura, d'une couleur, les fiches spéciales de ses fournisseurs, d'une autre, celles de ses relations mondaines.
Mais le Répertoire «Etnalag» ne préserve pas seulement des indiscrétions et des erreurs. Il évite encore les appels inutiles.