L'Illustration, No. 3260, 19 Août 1905
Part 2
_Il appartenait au président Roosevelt, après avoir pris l'initiative des négociations pour la paix entre la Russie et le Japon, de présenter les uns aux autres, à leur arrivée aux États-Unis, les plénipotentiaires russes et japonais. Cette formalité protocolaire a eu lieu le 5 août, dans les eaux américaines, à Oyster-Bay, à bord du yacht présidentiel_ Mayflower. _Le président y était venu de son cottage de Sagamore Hill. Bientôt après, le croiseur_ Tacoma _arrivait portant les délégués du Japon qui, représentants du vainqueur, devaient être reçus les premiers par M. Roosevelt, tandis que le croiseur_ Chattanooga _amenait, à quelques minutes de là, les plénipotentiaires russes. Les présentations eurent lieu dans la grande salle du yacht, où se tenaient M. Witte, et ses collaborateurs, et où l'on introduisit cérémonieusement le baron Komura et, les délégués japonais qui, à l'arrivée des Russes, s'étaient retirés dans un petit salon voisin. Les figures des Japonais étaient graves, leurs yeux froids, on le remarqua. Et l'on constata par contre, non sans quelque sympathie, que l'attitude de M. Witte était cordiale, ronde, franche; elle séduisit fort les Américains._
ARRIVEE DES PLÉNIPOTENTIAIRES A BORD DU "MAYFLOWER", LE 5 AOÛT Le baron Komura. M. Witte.
LES POURPARLERS DE PAIX ENTRE LA RUSSIE ET LE JAPON
_Stereograph copyright 1905 Underwood and Underwood, London and New-York._
_Dessin original de Jeanniot._
A TROUVILLE: SUR LES PLANCHES.
_Privilégié à divers titres parmi les nombreuses stations balnéaires de Normandie, Trouville doit à sa proximité relative de Paris d'avoir conquis de longue date la faveur des Parisiens. C'est la plage mondaine par excellence; au beau moment de la saison, ses fameuses «planches sont, suivant la formule consacrée, le rendez-vous des suprêmes élégances, et cette reconstitution, au bord de la mer, de l'avenue du Bois et de la «potinière» offre assurément le tableau, tout ensemble le plus complet et le plus brillant, des nouveautés de la mode._
EN NORVÈGE
_Fragments d'un journal de voyage._
Suite et fin IV.--Voir les numéros des 8, 29 juillet et 12 août.
LE CAP NORD
_Samedi 16 juillet._--Nous arrivons au cap Nord. Nous avons vu d'autres montagnes aussi noires, aussi désolées, aussi hautes et imposantes. Mais celle-ci est la dernière, et, à bord, on est un peu fier de voir que notre Europe finit bien. On se propose de faire l'ascension du rocher, trois cents mètres pénibles, afin de pouvoir dire qu'on est monté là et surtout pour y mettre, dans une boîte aux lettres levée tous les huit jours, des cartes postales naturellement, qui porteront le timbre du cap et feront la joie des collectionneurs. Il y en a un véritable chargement. Certain passager en expédie quarante pour sa seule part. Beaucoup les ont confiées aux commissaires du bord; d'autres les gardent dans leur poche pour les expédier eux-mêmes. Comme on le verra, ce fut une précaution malheureuse.
La mer ne paraît pas très forte aux yeux inexpérimentés des passagers, qui retiennent plus ou moins les manifestations de leur mécontentement lorsque le bruit court que l'on ne débarquera pas. En présence de cette attitude, l'excellent commandant, afin de nous donner une leçon de choses, donne l'ordre de mettre la pétrolette à la mer. Dès qu'elle est dégagée des palans, les plus obstinés commencent à montrer moins d'empressement. L'embarcation, soulevée par les lames, fait au pied de l'échelle des différences de niveau de deux à trois mètres. La démonstration semble faite. Ce n'est pas l'avis des officiers du bord, qui embarquent non sans difficultés. Parmi eux est le commissaire porteur du paquet de cartes postales. Le prétexte donné à la petite promenade est de s'assurer si le débarquement à terre serait possible. Il est possible, en effet, pour des marins, et les cartes postales partiront. Au retour, la mer a un peu grossi et c'est par l'échelle de corde destinée aux pilotes que les officiers, un peu malicieusement peut-être, reviennent à bord. Cette fois, personne ne demande plus à partir et la pétrolette est hissée sans protestation.
Mais la désolation est sur bien des visages.
Être venu de si loin, s'en approcher autant et ne pas mettre le pied sur le cap Nord! Des lamentations encore.
--Et nos cartes postales! nos cartes postales! nos cartes postales!
Une barque est prochaine, montée par trois ou quatre pêcheurs venus nous attendre avec du Champagne qu'ils comptaient vendre là-haut à bon prix. Si on les chargeait des cartes postales! Mais le moyen de les leur faire parvenir? La mer est trop forte pour qu'ils puissent approcher de l'échelle... Pauvres cartes postales!
Un passager alors a une idée ingénieuse. Il collecte les précieuses cartes postales, fait une quête et enferme le tout dans quatre ou cinq journaux. Ce paquet, ficelé, est ensuite attaché à une bouteille bien bouchée, le tout jeté à la mer et recueilli, avant que l'épaisseur des journaux ait pu être traversée, par les Norvégiens qui s'éloignent à force de rames et donnent des signes de joie surprenants pour ce pays. On se croirait dans le Midi. Et pourtant...
Nous partons. Il est une heure du matin, le ciel est couvert. Il fait plein jour, on ne se lasse pas de le répéter. Nous perdons ici le besoin du sommeil. On ne peut se résoudre le soir à regagner sa cabine. On reste sur le pont, malgré le froid, et l'on admet difficilement qu'on puisse aller dormir avant la nuit.
LA PÊCHE A LA BALEINE
_Dimanche 17 juillet._--...L'île de Skarro est une station de pêche à la baleine. Du bord, avant de débarquer, nous voyons, près du rivage, une roche ronde où la mer se brise. Ce n'est pas une roche. C'est une baleine prise la veille. Sur les galets, des cadavres de baleine gisent, à moitié dépecées. L'odeur est insupportable. Nous fuyons vers une maisonnette gaie, sur une hauteur, habitation du directeur de la pêcherie. Il a eu l'idée bizarre d'employer, comme bordure pour ses gazons, des vertèbres de baleine. Comme porte d'entrée, il y a une sorte d'arc de triomphe ogival, formé par l'assemblage de deux os de mâchoire du même animal, et les sièges de l'intérieur sont faits de clavicules.
C'est très gai... pour le directeur d'une pêcherie. Vous trouverez dans les ouvrages spéciaux la description du harpon explosible et perfectionné que l'on emploie aujourd'hui; vous ne l'attendez pas ici, d'ailleurs. De même pour les renseignements sur les ateliers de dépeçage. Je n'ai pas eu le courage d'y entrer et, si vous avez le nerf olfactif sensible, je vous engage à faire comme moi. Ai-je dit que la photographie signée de l'empereur Guillaume II est, au salon, à la place d'honneur?
LE CHALET DE GUILLAUME II
_Lundi 18._--Nous allons retrouver ce soir au Raftsund le souvenir de cet admirable homme de théâtre. Le paysage est grandiose et terrible. Nous entrons dans une sorte d'entonnoir. Les premiers plans sont verts et noirs. Les seconds, à droite et à gauche, sont faits de montagnes noires sur lesquelles il a neigé récemment. Mais la neige n'est pas seulement sur les sommets; elle est restée dans toutes les anfractuosités, ce qui fait un dessin fantastique de blanc et de noir. Le détroit se rétrécit et s'assombrit à mesure qu'on y pénètre. C'est véritablement ici la majestueuse porte de l'enfer. Et l'on admire le sens de l'effet que possède le souverain qui s'est fait construire un chalet au sommet d'une des montagnes d'entrée. Ah! l'incomparable régisseur! Et, si vous ne trouvez pas ici l'indication d'une beauté qui, à elle seule, vaudrait le voyage, n'en accusez que l'insuffisance de ma description. Je me suis retenu dix fois déjà pour ne pas dire, de ce que nous avons vu, que c'était indescriptible.
LE RETOUR--EN CHEMIN DE FER
...... Nous voici dans un tout autre pays sans avoir quitté la Norvège. D'abord il fait chaud et, lorsque nous recevons des lettres de France nous parlant de la chaleur, nous n'envions plus ceux que nous avions laissés là-bas. Ensuite les champs sont semblables aux nôtres... semblables du moins à ce qu'ils étaient il y a deux ou trois mois. Nous voyons enfin des villages et des villes, des habitants actifs, occupés... Voici, à une station un chapeau haut de forme. Merci, mon Dieu! A chaque gare, des enfants viennent offrir des bouquets de cerises qui rafraîchissent mieux que la bière. Les employés du train sont d'une complaisance à laquelle ne sont pas habitués ceux d'entre nous qui n'ont voyagé que sur les chemins de fer français. Comme nous sommes visiblement harassés, l'employé, qui s'en aperçoit, nous fait lever gentiment avec un sourire et nous montre que ceux d'entre nous qui n'ont pas de vis-à-vis peuvent, en rapprochant les deux sièges qui se font face, s'installer un véritable lit et dormir tranquillement.
CHRISTIANIA
Ce n'est pas en deux jours qu'on peut voir une ville. Celle-ci nous paraît insignifiante. Elle n'a que des monuments modernes qui ne sont pas beaux. C'est une grande ville sans caractère et sans intérêt. Dans ses musées, on n'a guère remarqué que les fameuses barques des Wikings. Elles datent de mille ans au moins et ont été retrouvées au fond d'un nord, enfouies dans le sable où elles servaient de tombeaux à leurs propriétaires. Le gaillard qui a dormi là est peut-être un des envahisseurs audacieux dont les voiles, en remontant la Seine, ont attristé la vieillesse de Charlemagne.
Les soirées à bord sont délicieuses. Pour les habitants de Christiania, la rade est un lieu de promenade comme le bois de Boulogne l'est pour les Parisiens. Notre bateau est amarré entre deux vaisseaux de guerre hollandais: triple objet de curiosité. Des centaines, des milliers de barques vont de l'un à l'autre. La mer en est couverte. On dirait la place de la Concorde un beau soir de mai; les embarcations se frôlent, se croisent d'aussi près et en aussi grand nombre que, là-bas, les voitures et les automobiles.
Il y a des canots à vapeur qui sifflent pour nous saluer, des petits bateaux de toutes les formes: à la rame, où sont des familles et que souvent des enfants et des femmes conduisent; des voiliers dont les voiles blanches répandent sur tout le tableau une grâce d'oiseaux rapides; des périssoires; de longs canots de course montés par de vigoureux jeunes hommes en maillot blanc, bras nus, qui font un étalage aimable et naïf de leur force et de leur adresse. On vient nous donner des sérénades et, d'un petit bateau qui tourne autour de nous comme une mouche sur un colosse, les sons aigus d'une flûte nous envoient les accents de la _Marseillaise_... On lève l'ancre. Dans trente-six heures nous serons en France.
* * *
Et dans un mois nous aurons oublié, sauf peut-être une ou deux exceptions, ceux avec qui nous avons vécu pendant un mois et qui ont fait avec nous ce pèlerinage inconscient au soleil qui ne dort pas.
BRIEUX.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
L'INFLUENCE DE LA SCIENCE FRANÇAISE EN CHINE.
Le docteur A.-F. Legendre, médecin-major de 1re classe des troupes coloniales, envoyé en 1902 par le ministère des Affaires étrangères à Tchen-Tou (capitale de la province du Se-Tchouan, qui compte 40 millions d'habitants), y créa, sur la demande du vice-roi du Se-Tchouan, une école de médecine. Cette école fut inaugurée officiellement par le vice-roi en personne et tous les hauts mandarins; elle compte actuellement 32 élèves, choisis parmi la classe dirigeante des lettrés.
C'est la seule école d'enseignement supérieur qui existe en Chine, sauf à Tien-Tsin.
Le docteur Legendre est venu en France dans le but d'obtenir le matériel et le personnel nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de cette école de médecine chinoise et son organisation complète, en conformité avec les derniers perfectionnements de la science actuelle.
A l'école de médecine sera annexée une école de sciences.
Le docteur Legendre reprendra, en septembre prochain, la route du Se-Tchouan, pour parachever son oeuvre.
La photographie ci-dessus représente les élèves de l'école de médecine impériale, avec leurs administrateurs et censeurs chinois, et leur directeur et professeur, le docteur Legendre.
_Un nouvel enseignement commercial._
Les nécessités de la vie économique contemporaine ont décidé la Chambre de commerce de Paris à réorganiser son _Ecole supérieure de commerce_. Sous le titre nouveau et significatif _d'École supérieure de commerce et d'industrie_, elle en a fait l'institution modèle dans la forme définitive qu'avaient rêvée sans doute ses fondateurs, Brodart et Legret, négociants à Paris; leurs principaux collaborateurs, J.-B. Say, Chaptal, de Prony, Ch. Dupin, Casimir-Périer, Jacques Laffitte, et peut-être aussi l'un de ses plus distingués directeurs, Adolphe Blanqui.
Aidée par l'État et par la ville de Paris dans cette grande entreprise, la Chambre de commerce justifie aujourd'hui leur confiance en apportant à l'organisation de l'École des remaniements qui aboutissent à la création, avenue de la République, d'un enseignement commercial complet, à la fois rationnel et pratique, conçu d'après les données les plus modernes et qui forme, pour le commerce général ou d'exportation, pour la banque, l'industrie, les administrations, etc., des jeunes gens capables de devenir soit des employés supérieurs, soit des directeurs de services ou des chefs de maison.
Cet enseignement est donné à des jeunes gens âgés de douze à dix-neuf ans.
Une _section de navigation maritime_, placée sous le contrôle du ministère de la Marine, est annexée à l'École. Le diplôme de sortie confère en même temps le certificat d'aptitude (examen de théorie) pour le _brevet supérieur de capitaine au long cours._
LA RESPIRATION DU SOL.
Tout comme les êtres vivants, le sol de notre planète respire, c'est-à-dire aspire et expire de l'air, tour à tour. Mais, différent en cela des êtres vivants, il ne respire pas par ses moyens propres: il reste passif dans cette affaire. On savait bien, depuis longtemps, que les interstices du sol sont remplis d'air, et l'on savait aussi qu'il devait y avoir tantôt plus d'air, et tantôt moins, dans le sol, sous l'influence des variations barométriques. Mais rien ne démontre et n' «illustre» mieux le phénomène que les puits sur lesquels M. F. Gerlier, médecin à Ferney-Voltaire, vient d'attirer l'attention. Ces puits, situés dans le canton de Genève, présentent cette particularité d'aspirer l'air à certains moments et de le refouler à d'autres. Il est facile de voir s'ils aspirent ou expirent: ils sont fermés par une dalle solide, pourvue d'un petit orifice, permettant d'avoir prise sur elle et de la soulever; il suffit de placer une allumette enflammée, un bout de plume, etc., sur l'orifice, pour voir de suite s'il y a courant d'air, et dans quel sens. On peut encore poser un sifflet dans l'orifice, en l'entourant de mastic: selon le sens où le sifflet est posé, on a un sifflement continu pendant l'inspiration ou l'expiration du puits et l'on peut faire savoir au loin, automatiquement, si l'on va vers le beau temps ou vers la pluie. Car les puits qui soufflent ou aspirent sont essentiellement barométriques. Ils réagissent aux influences qui font monter ou descendre le baromètre et les habitants des villages les considèrent comme d'excellents baromètres. Dès que le baromètre monte, en même temps qu'il monte, plutôt, le puits aspire. La pression barométrique étant plus forte dehors, l'équilibre de la pression de l'air dans le sol ne peut s'établir que par la poussée de l'air extérieur vers le souterrain: de là apparence d'aspiration du puits. Si le baromètre baisse, en dehors, le phénomène inverse se produit. La pression est forte dans le sol, faible dans l'air; l'équilibre s'établit par la poussée de l'air relativement comprimé du sol vers l'extérieur: le puits expire. Rien n'est plus naturel, ou d'explication plus facile, quand on considère les puits particuliers dont il s'agit. Ils sont tous profonds, pauvres en eau, souvent à secs et forés dans une couche de gravier. Une couche de gravier, cela représente beaucoup de vides et d'interstices; cela fait un réservoir d'air étendu, par conséquent. Et le puits est, en réalité, le tuyau par où communiquent un réservoir d'air souterrain et un autre réservoir, qui est l'atmosphère. Toujours l'équilibre tend à s'établir entre la pression, dans les deux réservoirs; et elle s'établit en donnant lieu aux mouvements d'aspiration et d'expiration. Une augmentation de pression dans l'air extérieur, qui se traduit par une hausse du baromètre, se traduit par un refoulement d'air dans le réservoir souterrain qui est à pression moindre--celle où le baromètre se trouvait avant de commencer à monter. La baisse de pression dans l'air a pour conséquence une expiration: l'air souterrain étant à pression forte--celle du baromètre avant sa descente--il est chassé par sa pression dans l'air extérieur, naturellement, où la pression est moindre. Le sol respire donc, là surtout où il est très perméable et renferme beaucoup d'air.
LA NOUVELLE FAUNE DU VIEUX PORT DE MARSEILLE.
Les personnes qui ont connu Marseille avant l'établissement du canal de la Durance se rappellent certainement quel immonde cloaque était le vieux port, où débouchaient tous les égouts de la vieille ville. La saleté des fonds et des eaux était légendaire, les poissons n'y vivaient pas, et il était admis qu'un des meilleurs moyens de débarrasser les coques des navires des nombreux animaux qui les envahissaient était de les faire séjourner quelque temps dans les eaux du vieux port.
Quand le canal de la Durance fut fait, il y eut un apport d'eau douce plus considérable, et les coquillages purent vivre jusqu'au tiers de la longueur du bassin; puis, dès 1885, Marseille fit établir le tout-à-l'égout et les immondices de la ville ne se déversèrent plus dans le port, mais sur la côte, à une quinzaine de kilomètres à l'est. Très rapidement alors les eaux du vieux port prirent de la limpidité, des algues apparurent partout, et les Marseillais purent s'y livrer à la pêche d'une façon fructueuse.
Ayant étudié récemment la faune du vieux port, MM. A. Briot et Van Gaver ont constaté que la vie se manifestait actuellement jusqu'à l'extrême fond du bassin. Les mollusques y sont nombreux et, près de la passe, les crabes ont fait leur apparition.
Dès qu'on arrive à l'avant-port, les fonds deviennent d'une surprenante richesse. A la vase noire succède un cailloutis où les invertébrés de toutes sortes pullulent. Les algues rouges apparaissent à cet endroit, les oursins, les tubes d'annélides.
Tous ces êtres, ne s'accommodant que d'eaux relativement assez pures, sont le témoignage vivant de l'assainissement du port de Marseille.
L'ACOUSTIQUE DES SALLES DE RÉUNION.
Les mathématiciens et les physiciens ne sont pas encore arrivés à déterminer les conditions que doivent remplir les grandes salles destinées aux spectacles, aux concerts ou aux cours, pour bien porter les sons et la parole; et les architectes n'ont pas mieux réussi à résoudre ce difficile problème.
Quand on construit une de ces salles, on compte sur la chance pour réussir; et le résultat est, en effet, au petit bonheur. Il arrive même que, sans le vouloir, on obtient des salles d'une acoustique admirable.
Mais, si difficile qu'il soit, ce problème n'est certainement pas insoluble.
Pour le résoudre, M. Exner, physiologiste viennois, a pensé qu'il fallait s'adresser à la méthode expérimentale, et il a imaginé un dispositif d'expériences très ingénieux qui lui a donné des résultats fort précis.
L'_acoustimètre_ de M. Exner comprend un appareil producteur de sons (amorces détonant sous l'action d'un percuteur actionné à distance), des appareils collecteurs des sons et de leurs échos (microphones installés aux différents points de la salle dont on étudie l'acoustique) et un appareil mesureur (poste téléphonique que l'on peut relier à l'un quelconque des microphones).
Ce poste comprend un rhéostat, que l'on intercale dans les circuits des microphones, en interposant des résistances capables d'annuler la transmission du son.
Par la grandeur variable de ces résistances, l'observateur connaît exactement l'intensité du son aux divers points étudiés.
Cette méthode, appliquée empiriquement, permettra de connaître exactement la valeur acoustique d'une salle; mais il est probable qu'elle permettra, en outre, d'établir le dessin théorique des salles de bonne acoustique.
MORT D'UN EXPLORATEUR ASIATIQUE
Le lieutenant Grillières, du 4e zouaves, est décédé le 15 juillet, à Semao (Asie centrale), au cours d'une mission dont il avait été chargé par le ministère de l'Instruction publique. Fils du colonel du génie en retraite Louis Grillières, le défunt, âgé de trente-sept ans à peine, avait accompli précédemment d'autres missions intéressantes, notamment en Chine et au Thibet; il appartenait à cette élite d'officiers qui, pendant les loisirs de la paix, cherchent en marge de la carrière des armes, souvent au prix de périls et de fatigues vaillamment affrontés, l'utile emploi de leur intelligence et de leur activité. Sa mort prématurée, sous un climat lointain, mérite un juste tribut d'hommages et de regrets.
UN ANNIVERSAIRE AU VATICAN
Le pape Pie X vient de célébrer avec solennité, le 9 août dernier, le second anniversaire de son intronisation.
La messe pontificale, à laquelle Sa Sainteté assistait, a été célébrée à la chapelle Sixtine par le cardinal Merry del Val, secrétaire d'État, le plus jeune membre du sacré collège. Le pape s'était rendu à la chapelle, précédé de la garde noble et suivi de toute la cour romaine, en traversant les loges de Raphaël, et la marche de ce' cortège dans ce cadre admirable présentait le plus imposant des spectacles.
M. GABRIEL SOULACROIX
Le baryton Soulacroix vient de mourir à Fumel (Lot-et-Garonne), son pays natal, à l'âge de cinquante-deux ans. Fils d'un simple boulanger, qui élevait non sans peine quatre enfants, Gabriel Soulacroix avait commencé ses études au conservatoire de Toulouse, puisses poursuivit à Paris où il obtint, en 1878, le second prix de chant et d'opéra-comique.
Après un séjour de neuf années à la Monnaie, à Bruxelles, il avait débuté, en 1880, à l'Opéra-Comique. Il y joua tour à tour, jusqu'en 1894, tous les rôles de baryton du répertoire et figura avec infiniment de distinction dans les créations de _la Basoche_, des _Folies amoureuses_, de _Falstaff_, de _l'Escadron volant de la reine_, du _Roi malgré lui._
En dernier lieu, enfin, il créait, à la Renaissance, _le Duc de Ferrare_, et _la Bohème_ de Leoncavallo. Il avait fait, en 1904, une brillante rentrée à l'Opéra-Comique avec _le Jongleur de Notre-Dame_.