L'Illustration, No. 3259, 12 Août 1905
Part 3
QUESTIONS ACTUELLES.--_La France en Afrique_, par le commandant Edmond Ferry, qui connaît admirablement les hommes et les choses de l'Islam et qui détermine avec une remarquable précision les conditions essentielles et permanentes de l'existence de notre empire africain (Armand Colin, 3 fr. 50).--_Trois Mois avec Kuroki_, par M. Ch. Victor-Thomas, avec préface de M. Henry Houssaye: un récit très net, très instructif, sans phrases, d'un correspondant de guerre occasionnel (A. Challamel, 2 fr. 50).--_Causeries morales et d'utilité générale_, par le capitaine d'artillerie A. Grange, recueil de conférences familières qui ont été faites par l'auteur dans une caserne et qui devraient être répétées ou imitées dans toutes les casernes (H. Charles-Lavauzelle, 2 fr.). _Les Colonies françaises à l'Exposition de Liège_, par M. L. Brunet (Walhoff et Roche).
BEAUX-ARTS.--_Schumann, sa vie et ses oeuvres_, par MM. Louis Schneider et Marcel Mareschal. On sait la grande place que Schumann occupe dans la musique à côté de Bach, de Beethoven, de Mozart et de Schubert. C'est ce que MM. Louis Schneider et Marcel Mareschal ont établi avec une compétence très éclairée. Ils l'ont même fait avec une rare conscience, puisqu'ils n'ont pas émis une assertion sans la légitimer par des extraits de la correspondance du grand musicien. Ce mode de procéder, très scientifique, fait aussi que le lecteur prend part à la vie même du maître que l'on veut faire connaître. La tâche était difficile, puisque la correspondance de Schumann était inconnue en France et qu'il a fallu aller la trouver en Allemagne et en Angleterre. Elle est, du reste, attachante au suprême degré, comme on le verra en lisant ce _Schumann_. MM. Louis Schneider et Marcel Mareschal ont aussi poussé le scrupule jusqu'à analyser en détail les principales grandes oeuvres de Schumann. Aussi leur livre est-il d'une incontestable utilité. Cette _Vie de Schumann_ mérite d'être aussi connue que les oeuvres du maître dont la vogue est aujourd'hui si grande (Fasquelle, 3 fr. 50).
LE SCULPTEUR LE VEEL.
Une erreur typographique nous a fait prêter, dans notre dernier numéro, le nom de Seveel au sculpteur Le Veel, qui vient de mourir. Cette rectification était due à la mémoire d'un artiste éminent, dont une des oeuvres, une statue équestre de Napoléon, est unanimement admirée sur les quais de Cherbourg.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
LE PONT À TRANSBORDEUR DE MARSEILLE.
Dans le but de réunir le quai de la Tourette au boulevard du Phare, c'est-à-dire pour éviter aux véhicules et aux piétons venant de la Juliette les longs détours qu'ils seraient obligés de faire en suivant les quais ou en descendant la rue de la République pour se rendre dans les quais sud de Marseille, Eudonne ou les Catalans, un pont métallique à transbordeur a été mis en construction (la photographie ci-dessus le montre à la veille d'être terminé).
Tout le monde connaît ce mode de traversée qui consiste à jeter par-dessus la passe maritime un pont métallique dont le tablier sera situé à la hauteur exigée par les plus hautes mâtures. Sur une voie ferrée placée sur ce tablier, se meuvent des trains de galets, reliés à un cadre de roulement sous lequel est suspendue une nacelle qui se meut à la hauteur des quais. Les dimensions de cette nacelle sont proportionnées au trafic qu'elle est appelée à desservir. Les constructions de ce type qui ont été élevées par M. F. Arnodin à Bilbao (Espagne), entre les deux plages de Portugalete et de Las Arenas, sur les deux rives du Nervion (1889); à Rouen, sur la Seine (1897); à Bizerte, à l'entrée du canal (Tunisie), en 1898; à Martrou, sur la Charente, près Rochefort (1899); à Newport-Mon, sur l'Usk, en Angleterre (1903), sont des câbles suspendus à courbes paraboliques avec poutre raidissante du type de pont appelé «semi-rigide».
Un tel système a besoin de prendre ses points d'appui pour l'amarrage de ses câbles dans des massifs en maçonnerie très importants. Dans tous ces ouvrages, la traversée s'effectue en une minute environ.
Quant au trafic, il passe en moyenne, par jour, à Bilbao, 2.000 piétons et, à Rouen, 5.500 personnes, sans compter les voitures, bestiaux, etc., etc.
Le pont à transbordeur de Marseille aura la plus grande longueur de tablier de tous les ouvrages jusqu'à ce jour construits (240 mètres). La hauteur de ses pylônes (84 mètres) sera également la plus grande.
Par son architecture imposante, malgré toute la légèreté métallique de ses pylônes et de son tablier, ce pont à transbordeur constituera, à l'entrée du Port-Vieux de Marseille, un nouvel embellissement qui, nous le souhaitons, coopérera dans la mesure de ses fonctions à la prospérité et à la grandeur de ce port.
CAFÉS SANS CAFÉINE.
On sait que le café doit son action excitante spéciale à un alcaloïde, la caféine, qui agit sur le coeur en renforçant sa contractilité et augmente ainsi, de façon passagère, la tension sanguine. Par ce mécanisme, la sensation de fatigue disparaît et le travail cérébral est notablement facilité. De façon générale, on trouve de 10 à 15 grammes de caféine par kilogramme de café.
Or M. Gabriel Bertrand vient de faire connaître qu'il existe, à la Grande-Comore, des cafés sans caféine. Dans l'île de Madagascar, au massif de la montagne d'Ambre, on trouverait aussi des cafés exempts de caféine.
Cette absence ne dépend d'ailleurs ni du sol, ni du climat, car, à côté de ces espèces, on en trouve d'autres qui contiennent de la caféine en quantité normale.
Il y a dans cette constatation une application possible à l'hygiène de la table, car il existe des personnes qui aiment le café avec passion et s'en passeraient difficilement, et auxquelles, cependant, le café est nuisible. Si la caféine est la substance dont les effets physiologiques troublent ces personnes il serait indiqué de leur recommander l'usage des cafés de la Comore et de Madagascar.
LE THÉÂTRE DES AMATEURS, DE DIVONNE.
On a récemment inauguré, en présence de S. A. R. le khédive, le nouveau théâtre de Divonne, dont M. Duval, sous-inspecteur des palais nationaux, fut l'architecte.
Une des particularités de l'ancien théâtre actuellement démoli était que, par tradition, des amateurs seuls devaient y tenir des rôles. Bien des gens connus, le marquis Alfieri, la comtesse Amati, M. Millet, résident à Tunis, etc., furent éclairés par sa rampe, aux feux de laquelle Coppée fit représenter sa première pièce: _Mon Journal_.
Conformément aux vieux principes, c'est une troupe élégante, recrutée dans la haute société parisienne, qui, pour la représentation d'inauguration du nouveau théâtre, a interprété eux pièces, les _Coteaux du Médoc_, de Tristan Bernard, et _1807_, d'Aderer, précédées d'un prologue en vers de M. le comte Durrieu.
UN SÉRUM ANTITUBERCULEUX.
Il y a quelques semaines, au hameau de Goizet, commune de Saint-Denis-de-Piles (Gironde), un mouvement inaccoutumé se produisait autour d'une vache. Cette vache, comme on peut le voir sur une de nos photographies, était présentée à une assemblée d'experts et de notabilités locales par un vétérinaire: elle semblait se fort bien porter. Quelques minutes après elle était sacrifiée et, comme le montre l'autre photographie, on en faisait l'autopsie. Et c'est à cause de cette vache que tout ce monde s'était réuni. Atteinte de tuberculose généralisée, il y a quelques mois, elle était tombée au dernier degré de la cachexie, ne mangeait plus, et paraissait devoir mourir à bref délai. La tuberculine de Koch avait, à diverses reprises, révélé toute l'étendue du mal. Le vétérinaire V.-J.-T. Faure la vit et, aussitôt, à l'instigation de la marquise de Castellane, essaya l'action d'un sérum inventé par le docteur Cuguillière, de Toulouse, qui avait donné de bons résultats dans un autre cas. La vache se remit: on voit qu'elle a bonne apparence. Mais ce n'était pas pour la garder indéfiniment qu'on l'avait ressuscitée: on voulait examiner l'état de ses lésions et s'assurer, par l'autopsie, de sa guérison. On la sacrifia donc et l'autopsie fut faite sous la présidence du docteur Arnozan, le professeur à la faculté de Bordeaux, montrant que les lésions étaient bien guéries, de façon générale. Pourtant, quelques-unes subsistaient encore, mais impuissantes à agir sur l'état général de l'animal et en voie de guérison. La question est de savoir si ces lésions sont stériles ou s'il y reste des bacilles vivants. On ne saura ce qu'il en est que par des cultures et inoculations qui sont actuellement encours. Peut-être s'est-on un peu trop pressé de sacrifier la vache; peut-être aurait-il fallu la traiter 8 ou 10 mois, au lieu de 6.
En tout cas, si l'on avait un sérum capable d'améliorer l'état d'un animal tuberculeux (et aussi d'un être humain) au point où la vache de Goizet a été amélioré, ce serait un résultat des plus remarquables. Nous regrettons toutefois de ne pouvoir donner aucun détail sur le sérum du médecin toulousain: rien n'a été dit sur la manière de l'obtenir et, d'autre part, nous n'avons aucune statistique des cas traités par M. Cuguillière. Il convient donc de rester très réservé tant que nous ne disposerons pas de documents probants et certifiés par des praticiens experts.
QUELLE ÉPAISSEUR DOIVENT AVOIR LES MURS DES HABITATIONS?
En hiver, nous chauffons nos maisons; mais il se perd beaucoup de chaleur. C'est la faute des murs qu'on fait trop minces, par raison d'économie. Les murs de 20 à 25 centimètres, qui sont très courants dans les constructions légères, sont absolument insuffisants. Avec des murs de 60 centimètres, les variations saisonnières de température sont beaucoup moins sensibles. Mais, pour bien faire, il faudrait un mètre d'épaisseur,--comme dans les vieux châteaux. Nous ne sommes pas, tant s'en faut, près d'adopter de telles épaisseurs. Au contraire, on les réduit; et l'on peut le faire, grâce à l'emploi de substances qui, tout en ayant moins d'épaisseur, ont autant de solidité. La nature des matériaux importe beaucoup: les substances poreuses perméables à l'air, briques perforées, mortier maigre au sable, ralentissent les variations thermiques. Mais les matières poreuses prennent vite l'humidité. Dans les murs mitoyens entre habitations, on devrait laisser un intervalle de 5 centimètres, qu'on bourrerait de débris de liège, feutre, coton, papier. Entre les étages, dans les entrevous, il faudrait un matelas de mâchefer, de scories, de charbon. Et les toitures devraient être à double paroi, avec matelas d'air interposé. Telles sont les conclusions d'un hygiéniste allemand, M. Nussbaum, de Hanovre, qui vient de s'occuper dé la question.
PROGNATHISME ET DÉGÉNÉRESCENCE.
On entend par prognathisme une hypertrophie du maxillaire inférieur, qui se caractérise, à l'extérieur, par une proéminence du menton, dont la hauteur est exagérée, et une saillie anormale de la lèvre inférieure.
M. Galippe, qui a fait, de cette anomalie, une étude particulière, montre qu'elle s'observe aussi bien chez les animaux que chez l'homme et, en particulier, chez les animaux vivant à l'état de domesticité; et il la considère comme étant toujours un stigmate de dégénérescence.
Ce stigmate apparaît surtout chez les dogues de Bordeaux et chez les mastiffs, et, fixé par voie de sélection, il a donné naissance aux bull-dogs. Il se rencontre également chez certaines espèces de chèvres, de cochons, chez les bovidés (boeufs natos), chez le cheval et même chez certaines espèces d'animaux sauvages.
Dans notre histoire, on trouve d'illustres prognathes, parmi lesquels Louis XIII et Marie-Antoinette. M. Galippe, en présentant un des portraits de cette reine à l'Académie, a fait remarquer qu'il fallait considérer comme inexacts tous les portraits dans lesquels des artistes serviles avaient supprimé le caractère familial pour flatter le modèle. La forme arrondie du maxillaire inférieur et la hauteur de la symphyse mentonnière confèrent aux prognathes une physionomie d'un caractère tout à fait spécial qu'on retrouve chez un groupe de malades dont tout le système osseux subit une hypertrophie particulière, les acromégaliques, dont les géants ne sont qu'une variété.
UNE VILLE INTERMITTENTE.
Les villes, généralement, comme la plupart des choses, du reste, durent de façon continue, une fois qu'elles ont pris existence: elles finissent bien par disparaître; mais, si leur vie s'affaiblit progressivement, elle n'est jamais totalement suspendue. Leur vie est continue, et non-pas intermittente. Il n'en est pas ainsi, toutefois, pour la ville d'Avalon, en Californie. Avalon est une ville essentiellement intermittente. Située dans l'île de Santa-Catalina, près de Los Angeles, elle n'existe que pendant quatre ou cinq mois par an. Au mois d'avril elle sort de terre. Sur un sol qui n'était qu'un aride désert, des ingénieurs ont établi toute la partie souterraine d'une ville: égouts, canalisation d'eau, etc.; en certains endroits, ils ont planté des palmiers, des arbres. Il y a bien quelques petits chalets sans importance: ce sont les bâtiments administratifs La ville même ne comporte pas une seule maison. Elle est toute en tentes. Celles-ci, remisées à l'abri, en hiver, sortent de leur cachette en avril. On les dresse un peu partout: on peut apporter la sienne ou bien en louer une à l'administration. Elles sont de toutes dimensions; il en est qui ne comportent qu'une seule pièce; d'autres ont un salon, une salle à manger et plusieurs chambres à coucher. Le prix de location est fort modéré. La Compagnie gagne en réalité peu de chose sur la location; son bénéfice est dans la vente des provisions. Elle vend les matières premières à qui veut faire sa cuisine: aux personnes, plus nombreuses, qui veulent être affranchies du souci d'un ménage, elle vend des plats tout préparés. Elle a organisé des tentes de lecture, des tentes de concerts, etc. Et, en été, Avalon contient 80.000 personnes, toutes logées sous d'innombrables tentes éparpillées au bord d'une jolie baie. Elles sont fort confortables, munies d'une salle de bains, d'un cabinet de toilette et du reste. La Compagnie, qui a organisé Avalon, qui est propriétaire des bateaux amenant les voyageurs, des tentes où ils se logent, des restaurants où ils se nourrissent, des cuisines où elle prépare les repas «pour la ville», des magasins de toute sorte, établis pour tenter le public ou lui offrir les objets divers dont il a besoin, est enchantée de sa spéculation. Il est vraisemblable que l'exemple sera suivi et que d'autres susciteront à Avalon une concurrence.
L'EXPERIMENTATION D'UN NOUVEAU SÉRUM ANTITUBERCULEUX.
M. JULES JALUZOT
Un krach sur le marché des sucres à la Bourse de commerce de Paris, la situation critique d'une des grandes maisons de nouveautés de la capitale, la fermeture des guichets d'une caisse d'épargne annexée à cette maison, tels sont les faits, amplement exposés et commentés par la presse quotidienne, qui mettent en vedette le nom de M. Jules Jaluzot.
Né à Corvol-l'Orgueilleux (Nièvre), M. Jaluzot a accompli, le 4 mai dernier, sa soixante et onzième année. Notable négociant, fondateur des magasins du Printemps, dont il a pris et conservé jusqu'à présent la direction, il est, en outre, à la tête d'établissements agricoles et industriels; enfin, depuis quinze ans, il occupe un siège législatif à la Chambre des députés, comme représentant de son département natal pour l'arrondissement de Clamecy. Ses divers titres et qualités expliquent le retentissement public des événements d'ordre commercial et financier où sa responsabilité se trouve engagée.
SPORT ET TRANSPORT
Deux grandes épreuves d'automobile, établies dans un but tout différent, presque opposé, viennent d'avoir lieu ces jours derniers: la course de pure vitesse du Circuit des Ardennes, gagnée par Hémery, à plus de 100 kilomètres à l'heure de moyenne, et le concours pratique, utilitariste, qui a promené dans tout le nord-ouest de la France les derniers modèles de camions, de fourgons et d'omnibus; l'une et l'autre de ces épreuves ont leur utilité et nos grandes maisons de construction d'automobiles n'auront pas manqué d'en tirer les enseignements qu'elles comportent.
MORT DE L'INFANT FERNANDO
L'infant Fernando, second fils du comte de Caserte, prince des Asturies, et de la princesse, soeur aînée d'Alphonse XIII, décédée à la fin de l'année dernière, a succombé à une méningite, le 4 août, à l'âge de deux ans et cinq mois.
Avant le transfert du corps de Saint-Sébastien à Madrid, où ont eu lieu, à l'Escurial, avec le cérémonial d'usage, les obsèques et l'inhumation du neveu du roi d'Espagne, une cérémonie funèbre avait été solennellement célébrée dans l'église del Antiguo, voisine du palais de Miramar, où est mort le jeune prince.
M. le duc de Sotomayor, grand majordome du palais, le capitaine général de la province de Burgos, les aides de camp du roi Alphonse XIII et du prince des Asturies, conduisaient le deuil.
LE NOUVEAU PONT DE VALENCE.
Dimanche prochain, la ville de Valence sera triplement en fête pour une triple inauguration: celle d'un nouveau collège, celle d'un nouveau parc (le parc Jouvet), et celle d'un nouveau pont sur le Rhône.
M. Loubet présidera lui-même ces cérémonies.
Le collège est construit sur des plans modernes; le parc est dessiné avec beaucoup d'art; quant au pont, il remplacera avantageusement l'ancien pont suspendu qu'on aperçoit en second plan sur notre photographie.
Construit par M. Clerc, ingénieur en chef, c'est le premier pont de pierre jeté sur le Rhône en aval de Lyon depuis le treizième siècle.
Il n'en existe, en dehors de lui, qu'un seul, conservé dans sa totalité, celui de Pont-Saint-Esprit, qui remonte à 1277.
Le nouveau pont de Valence est formé d'arches de 50 mètres d'ouverture, dimension qui a été dépassée pour des arches isolées, mais qui n'avait pas encore été atteinte pour des arches en série.
La construction des arches du pont de Valence a exigé l'emploi nouveau de cintres métalliques à grande portée, dont le montage et le démontage ont donné lieu à des manoeuvres intéressantes.
NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL
Nous consacrons cette semaine notre supplément musical aux concours du prix de Rome.
Le premier grand prix, qui donne à ses titulaires le droit de résider quatre ans à la Villa Médicis, à Rome, a été attribué à deux concurrents, M. Victor Gallois et M. Marcel Samuel-Rousseau. Ce dernier hérite de la place laissée vacante par la démission de M. Pech, qui a quitté Rome pour se marier; il ne sera pensionnaire de la Villa Médicis que pendant les trois ans qui restent à courir sur les quatre ans de M. Pech.
M. Victor Gallois est né à Douai en 1880; il étudia d'abord l'harmonie au Conservatoire de Paris, sous la direction de M. Xavier Leroux et obtint un premier prix; puis il entra chez M. Lenepveu, professeur de fugue et de contrepoint; c'est dans cette classe qu'il a remporté son premier prix.
Ce qui caractérise la «manière» de M. Gallois--on pourra s'en rendre compte par le fragment que nous publions--c'est l'élégance de la pensée et la recherche de l'écriture. Il semble qu'on retrouverait, dans le duo coloré de Maïa et de Jean, certaines harmonies de Léo Delibes, ce qui n'est pas un mince compliment.
M. Marcel Samuel-Rousseau est le fils du regretté compositeur Samuel Rousseau, auteur de la _Cloche du Rhin_ et de _Merowig_. Egalement élève de M. Lenepveu, le jeune lauréat a déjà fait recevoir à l'Opéra-Comique un drame lyrique en un acte, le _Bonheur des yeux_, livret de M. Georges Mitchell.
Le fragment de la dernière scène de _Maïa_, que nous avons choisi dans la cantate de M. Marcel Rousseau, est d'une noble inspiration et même d'un sentiment dramatique assez puissant. M. Rousseau a su créer une atmosphère à ses personnages et la ligne mélodique est commentée et éclairée fort ingénieusement par l'accompagnement.
Il y a là le souci d'une trame harmonique intéressante et très travaillée.
Détail curieux: M. Marcel Samuel-Rousseau a été classé second des deux grands-prix parce que sa cantate portait le numéro 6 tandis que celle de M. Gallois portait le numéro 5; et voilà aussi pourquoi il ne restera que trois ans à Rome.
Mais les deux concurrents sont d'un égal mérite; et, à Rome, débarrassés du poids de l'enseignement scolaire, ils vont pouvoir dégager leur personnalité et leur originalité.
SPORT ET TRANSPORT
_NOUVELLES INVENTIONS_
_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement gratuits.)_
LE GOUDRONNAGE DES ROUTES
En ces temps d'automobilisme à outrance, la poussière est devenue sur les routes un véritable fléau contre lequel on ne saurait trop prendre de mesures.
Mais comment la combattre d'une façon radicale, permanente et cependant peu dispendieuse?
Les procédés auxquels on a recours à l'heure actuelle sont au nombre de trois:
L'arrosage à l'eau, l'arrosage aux huiles lourdes rendues solubles dans l'eau et le goudronnage à chaud ou à froid. Le procédé véritablement efficace, le goudronnage à chaud, est le seul dont nous entretiendrons nos lecteurs. Ce procédé est celui préconisé tout particulièrement par le docteur Guglielminetti, dont les travaux sur la lutte contre la poussière sont bien connus et appréciés de tout le monde.
Le goudronnage à chaud, convenablement pratiqué, permet de supprimer à peu près totalement la poussière pendant une année entière, sur une chaussée même très fréquentée, tout en réduisant les frais d'entretien.
Son application, pour être efficace et peu coûteuse, réclame des soins et des appareils spéciaux.
Les meilleurs résultats à ce double point de vue ont été obtenus par M. Lassailly, ingénieur-directeur de la Société de goudronnage, 17, rue de Bourgogne, à Paris.
Les lecteurs nous permettront ici quelques considérations utiles concernant le goudron.
Ce produit, tel qu'il est fourni par les usines à gaz et qui doit être employé très chaud pour pouvoir s'épandre facilement sur le sol et y pénétrer, contient, en dissolution et en suspension, suivant les charbons dont il provient et les procédés employés pour l'extraction du gaz, de 4 à 7% d'eau ammoniacale, génératrice des ammoniaques du commerce. Ce sont les vapeurs de ce produit qui, commençant à se former vers 70-80° soulèvent la masse goudronneuse et font mousser le goudron par-dessus les bords de la chaudière; ce goudron vient généralement s'enflammer au contact du foyer et peut provoquer un incendie. Ce grave inconvénient ne peut être évité même avec des chaudières à foyer amovible comme celles qui existent déjà, car il faut toujours compter avec l'imprévoyance d'un chauffeur et, d'ailleurs, une fois que le goudron a commencé à mousser, il arrive fréquemment qu'on ne peut plus l'arrêter, même en cessant le feu, la chaleur acquise par le foyer étant largement suffisante pour assurer la continuation du débordement jusqu'à la vidange de la moitié du contenu de la chaudière, si ce n'est quelquefois de la chaudière entière.