L'Illustration, No. 3257, 29 Juillet 1905

Part 3

Chapter 31,207 wordsPublic domain

Parmi les légumes qui, depuis quelques années, ont pris une place sur nos marchés français, la patate douce n'est sans doute pas celui qui a obtenu le plus de succès. Ce légume sucré déconcerte un peu le consommateur. Pourtant, il est excellent--bouilli ou bien cuit au four--et constitue un aliment énergétique des plus recommandables. La patate, qui est le tubercule souterrain d'un _convolvulus_, se cultive sans peine dans les îles de la Méditerranée et sur la côte nord de l'Afrique. Elle pourrait, d'après le _Bulletin_ de l'Office de l'Algérie, prendre une place importante dans l'alimentation du bétail, tout comme la pomme de terre. Elle est plus riche que cette dernière et conviendrait particulièrement pour l'engraissement. Elle est appétissante aussi. Les porcs, qui aiment les bonnes choses et savent les trouver--chacun connaît leur goût pour la truffe et leurs aptitudes pour la découvrir--déterrent eux-mêmes les patates dans les cultures, pour s'en régaler. Il n'y aurait même pas à tirer celles-ci de terre: les porcs pratiqueraient l'extraction et aussi le labourage par la même occasion. La patate est un aliment très hygiénique, qui ne procure jamais d'indigestion: il entretient au contraire ce qu'un médecin appelait «la première des libertés». On devine celle dont il s'agit. De culture facile en terre légère et sableuse, la patate donne six tonnes sur l'espace où le maïs n'en donne pas une. Il est vrai que 4 1/2 de patates valent 1 de maïs; mais, même dans ces conditions, il est plus avantageux de pratiquer l'engrais par la patate.

A CONSTANTINOPLE

La mosquée de Hamidié est un frêle et gracieux monument, dont les blanches terrasses sont surmontées par la coupole légère d'un minaret qui est un véritable bijou d'art. C'est là, à quelques pas à peine de son palais d'Yildiz-Kiosk, que le sultan Abdul-Hamid assiste pieusement, chaque vendredi, aux cérémonies du Selamlik.

Dès qu'à midi la voix plaintive du muezzin a convié la foule à la prière, les portes du palais d'Yildiz s'ouvrent à deux battants. Au milieu d'une brillante escorte de princes, de ministres, de grands officiers chamarrés d'or, de pachas et de serviteurs, aux sons des musiques et parmi les acclamations de la foule, une luxueuse Victoria, attelée de deux chevaux blancs, emporte le sultan, à fond de train, jusque dans la grande cour de la mosquée. Le souverain descend alors de sa voiture, salue ses sujets et pénètre dans le religieux édifice entouré du cheik-ul-islam, des ulémas et des imans.

Aussitôt après la fin de la cérémonie, Abdul-Hamid regagne sa Victoria, qui le ramène dans son palais avec une rapidité d'allure qui jette toujours une certaine confusion dans sa suite. Ce n'est cependant pas grâce à la vitesse extrême de son attelage que le sultan a dû, vendredi dernier, de n'être pas atteint par l'explosion de la bombe qui, dans la cour de la mosquée de Hamidié, a tué plus de 20 personnes et en a blessé près de 60 autres.

L'ÉCHOUEMENT DU "CHODOC"

L'un des meilleurs paquebots de la Compagnie des Chargeurs-Réunis, le _Chodoc_, s'est, le 28 juin dernier, échoué dans les parages du cap Gardafui.

La presse s'est fait l'écho de ce sinistre qui, sans l'adroite énergie des officiers du navire et les secours intéressés des Somalis, eût pu coûter la vie à plus de cinq cents passagers. Ce fut dans la nuit du 28 au 29 juin que le navire s'immobilisa sur des rochers. La veille, on avait dansé sur le pont; tout le monde était gai, confiant, heureux du retour en France. Le 29 fut un triste lendemain de fête: le Chodoc était échoué à 150 mètres du rivage, d'un rivage d'aspect peu hospitalier, dans une mer démontée que couvraient, néanmoins, une multitude d'embarcations montées par des indigènes armés jusqu'aux dents.

Il fallut parlementer avec les Somalis et passer par leurs conditions. On consentit donc, comme ils l'exigeaient, à leur laisser piller le bâtiment comme prix du sauvetage des personnes. Ainsi fut fait. Les indigènes d'abord s'assurèrent du butin et dans chacun de leur canot, déjà chargé à en couler, embarquèrent quatre passagers en détresse. A terre, heureusement, le sultan du pays, Rouhone, qui visita les naufragés, s'efforça d'adoucir leur situation par tous les moyens en son pouvoir jusqu'à leur rapatriement, en Europe, par un vapeur russe, le _Smolensk_.

LA CLASSE, par Henriot.

_NOUVELLES INVENTIONS_

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L'ALLUMOIR DYNAMO

L'allumoir dont nous entretenons nos lecteurs est basé sur un principe original--peu ou pas employé jusqu'à présent, du moins dans ce genre d'applications--la rupture du courant d'une _dynamo_.

Habituellement, les appareils ordinaires rompent le courant d'une _magnéto_, c'est-à-dire qu'ils comportent des aimants permanents, sujets à se désaimanter, ou bien ils utilisent le courant d'une pile, rapidement épuisée, en tout cas rarement commode.

Ces appareils cessent d'ailleurs de fonctionner au bout d'un court laps de temps et l'on se voit forcé de recourir à des réparations coûteuses et embarrassantes. Ces circonstances ont souvent discrédité les allumoirs électriques.

Partant du principe qu'un allumoir réellement pratique doit renfermer en premier lieu sa propre source d'énergie inépuisable, _ne comportant jamais_ un renouvellement ou complément, l'inventeur de l'appareil en question, après de longues et laborieuses recherches, a réussi, en se basant sur le principe dynamo-électrique, à construire un appareil donnant toute satisfaction, tout en assurant à l'instrument une durée de fonctionnement de plusieurs années.

Comme on peut le voir sur la figure ci-jointe, dans une cassette en métal et cristal, se trouvent une petite _dynamo complète_, du type Siemens, un mécanisme d'allumage à rupture ainsi qu'un récipient pour la matière inflammable.

Sur la surface, côté gauche, se trouve l'allumoir, avec une coiffe de culasse; à côté, en arrière, l'allume-cigare; à droite, dans un enfoncement, un cendrier mobile avec un coupe-cigare au-dessus. Dans la paroi de face, vers le milieu, se trouve enchâssée une poignée de rotation.

On fait fonctionner l'appareil en faisant subir à cette poignée _un mouvement de rotation vif et continu_, mais sans brusquerie, dirigé de gauche à droite. Une roue dentée, reliée à la poignée, entraîne un petit pignon fixé à l'induit de la dynamo. Il se produit ainsi, pour un seul mouvement de la main, une dizaine de tours destinés à exciter la dynamo, dont finalement le circuit est rompu sèchement par un choc de leviers au contact d'une mèche imprégnée d'alcool. Une vive étincelle se produit et la lampe s'allume, tandis que se découvre la coiffe recouvrant la mèche. Il ne peut pour ainsi dire pas y avoir de ratés et la dynamo est toujours prête à l'allumage puisqu'elle n'emprunte qu'à la main de l'opérateur la puissance nécessaire à son fonctionnement.

Un récipient, dont le couvercle paraît sur la gauche arrière de la figure, doit être rempli pour un peu plus que la moitié d'alcool dénaturé (on met habituellement dans celui-ci une goutte de parfum, pour retirer l'odeur de l'alcool).

Après chaque opération, on recouvre la coiffe, ce qui éteint la flamme et empêche ensuite l'évaporation de l'alcool.

Les frais d'entretien sont très minimes et le prix de l'appareil se trouve remboursé par l'économie que l'on fait en faisant usage de l'allumoir.

Cet appareil, fort élégant, se trouve en vente, au prix de 75 francs, chez _Kirby, Beard et Cie, 5, rue Auber, Paris_.

[Avec ce Numéro _Supplément de quatre pages_ ET GRAVURE HORS TEXTE]

[NOTE du transcripteur: Le supplément de quatre pages, concernant l'Exposition de Liège ne nous a pas été fourni. La gravure hors-texte intitulée le CHEF-D'OEUVRE a été déplacée et jointe au texte qui la commente.]