L'Illustration, No. 3257, 29 Juillet 1905
Part 2
Nous nous bornerons à rappeler ici les titres de quelques-unes des oeuvres maîtresses qui ont marqué les étapes de cette belle carrière artistique: 1858, la _Mort d'Abel_, son prix de Rome; 1865, la _Chaste Suzanne_; 1867, la fameuse _Biblis changée en source_; la _Femme au divan noir_, du musée de Mulhouse; 1874, _Madeleine dans le désert_;1876, le _Christ mort_; 1898, le _Lévite Éphraïm_, qui lui valut la médaille d'honneur, et enfin un grand nombre de figures isolées, comme _Fabiola_, et de portraits, dont les deux plus beaux sont celui de _Chanzy_ et celui de l'artiste même, pour la galerie des Peintres, aux Offices de Florence.
EN NORVÈGE
_Fragments d'un journal de voyage._ Suite II.--(Voir le numéro du 8 juillet.)
Sous l'averse, des intrépides descendent afin de faire, à Bergen, un déjeuner à la norvégienne. On hésite, mais une dame rassure tout le monde. Elle parle, dit-elle, la langue du pays. C'est une aubaine. On part.
Accueil charmant au restaurant. _Marseillaise_. Moins désagréable à entendre ici qu'à Paris au 14 Juillet. La dame polyglotte commande.
... Mon Dieu, ce que je vais vous conter là n'est pas neuf, mais je puis vous affirmer qu'il a fallu de l'empire sur soi-même pour ne pas pouffer de rire lorsque, après très, très longtemps que la dame eut commandé des hors-d'oeuvre et posé négligemment ses gants sur la table pour causer avec son voisin, on lui apporta... un chauffe-pieds. Un peu irritée, elle réclama (en norvégien, naturellement) et, cette fois, un énorme éclat de rire accueillit le garçon lorsqu'il revint avec une descente de lit.
Quelqu'un--un toqué--demanda tout simplement des hors-d'oeuvre et le garçon répondit:
--Mais, messieurs, il fallait le dire: j'entends le français! _Samedi._--Hier soir, en quittant Bergen, le ciel s'est éclairci et, vers onze heures du soir, nous avons eu un avant-goût des splendeurs promises. Soleil couchant. Pas beaucoup plus beau que chez nous, mais intéressant à cause de l'heure indue.
... Il est six heures du matin. Tout le monde est debout. On a déjeuné et nous allons partir pour Stalheim. Il ne pleut pas, mais le ciel est gris. Dans ce pays, il faudrait pouvoir ne pas dormir. Couché hier soir, au jour, à onze heures et demie, à trois heures du matin j'ouvre un oeil et ce que je vois par le hublot de ma cabine me décide à me lever bientôt. Je crois être le premier sur le pont. Erreur. Plusieurs de nos compagnons sont déjà debout et admirent. Nous sommes dans le Sognefiord. Nous naviguons dans une fente longue et sinueuse, resserrée entre de hautes collines dont les sommets ont gardé des plaques de neige et d'où découlent, à droite et à gauche, devant et derrière, des cascades blanches.
LE SOGNEFIORD
Il n'y a qu'à admirer. Si tous les fiords de Norvège ressemblent à celui-là, nous ne regretterons pas notre voyage. Mais comment en donner une idée? Supposez que, dans une chaîne de montagnes très vertes, très rapprochées, la mer ait fait invasion. Nous naviguons dans le dédale des couloirs ainsi créés. C'est superbe. Il n'y a peut-être pas deux cents mètres de ligne droite, de telle sorte qu'à chaque cinq minutes le lac, le bassin, le fleuve vert où nous venons de passer se referme derrière nous et que, sans cesse, se découvrent de nouveaux horizons. Le soleil apparaît, disparaît, se tamise derrière les nuages, fait briller au sommet des collines les taches blanches de la neige que l'été n'a pas encore fondue, donne aux arbres et à la mer des tons verts inimaginables, non encore vus. Les nuages parfois, comme de légers voiles, laissent voir en grisailles les découpures des crêtes, ou emplissent d'ouate une fissure, une excavation, là-haut. Tout à l'heure, pendant cinq minutes, nous avons vu la colline à travers un arc-en-ciel.
Ai-je dit que toutes ces montagnes sont à pic, comme des murailles vertes à peine inclinées, ou tout à fait verticales et noires, et qu'elles ont six, sept ou huit cents mètres de hauteur?
Laissez votre imagination travailler là-dessus...
_Samedi soir._--Après le dîner, au moment du départ pour le glacier de Stalheim, le temps se gâte. Tout le monde revêt les harnachements achetés la veille à Bergen: jambières en toile cirée, caoutchoucs, suroîts, casques de cuir; des jeunes filles trouvent encore le moyen d'être charmantes là-dessous. Au milieu de ces costumes noirs, des taches jaunes animées: ce sont les manteaux en toile jaune huilée. Le phoque a eu raison, mais il a eu raison trop tôt; c'est pourquoi on s'est moqué de lui. Dans cette lumière bizarre de la nuit norvégienne, on a l'impression d'une sortie de bal masqué au petit jour.
Courageusement, on s'embarque sous la pluie. Une partie des touristes trouvent à terre des voitures qui vont les conduire au glacier, le plus grand du monde, ma chère. Mais les voitures manquent pour le second convoi. Que faire? Il faudra attendre une heure et demie, sous la pluie, le retour des voitures de la première excursion. Que de gens se seraient emportés contre l'organisateur, contre les habitants, contre le ciel! Les nôtres sont de meilleure composition. On envoie une barque à bord chercher toute la musique, les partitions, on entre dans un hôtel et l'on improvise gentiment, de bonne humeur, une soirée musicale qui fut très gaie. L'organisateur du voyage offre le thé, une tombola et fait ainsi gracieusement pardonner une faute imputable à une agence de Bergen. A minuit, les voitures reviennent (il pleut toujours), quelques intrépides partent tout de même--une heure et demie de carriole--et vont ainsi jusqu'au pied du glacier qu'ils ont le plaisir et l'orgueil de contempler à une heure du matin, en plein jour. A minuit dix, à bord, on a dit la messe. Il n'y a jamais eu autant de monde. Un profane demande pourquoi.
--Pour s'en débarrasser, dit une dame pieuse, demain matin on pourra dormir aussi tard qu'on voudra. A trois heures de la nuit, le dernier excursionniste rentrait...
Il y a des sages qui dormaient depuis dix heures du soir...
TRONDJHEIM
11 juillet.
«Mon cher ami,
»Je n'ai pas voulu t'écrire jusqu'à présent parce que je n'avais pas déragé depuis mon départ. Mais, aujourd'hui, je viens de me réconcilier avec la Norvège.
»A neuf heures, nous avons débarqué à Trondjheim. 35.000 habitants, mon cher ami, et par 63 degrés de latitude. Grande ville par la largeur de ses rues, par une cathédrale romaine et gothique que je n'ai pu admirer parce que j'aime trop le gothique. Nous y avons déjeuné, dans un café où l'on ne parlait ni français, ni anglais, ni allemand. Nous avons résolu de nous en rapporter au hasard. Nous avons demandé par gestes «le déjeuner», c'est-à-dire que nous nous sommes assis à une table en désignant de nos index nos bouches ouvertes et nous avons attendu.
»Sais-tu ce qu'on nous a apporté d'abord? Une coupe dans laquelle un morceau de roquefort moisissait avec d'autres fromages aussi odoriférants. Nous l'avons remisée sur la table voisine, mais le garçon nous l'a rapportée, en compagnie cette fois d'une quantité de plats où il y avait du homard, du poulet, du rosbif, du jambon, du saumon, et d'autres viandes encore. Le tout froid. Nous avons picoré dans tous ces plats, nous avons bu de la bière exquise dans des flûtes de 50 centimètres de haut, et nous avons ainsi parfaitement déjeuné.
»Mais ce n'est pas cela qui nous a réconciliés avec la Norvège, c'est l'excursion aux cataractes de Lerfossen.
D'abord, nous avons traversé une forêt de sapins vraiment septentrionale. J'ai eu cette joie qui est souvent la seule que nous autres, pauvres désabusés, puissions éprouver en voyage: _j'ai reconnu les images._
» Puis nous sommes arrivés à la cascade. Il n'y a pas à dire le contraire: c'est merveilleux. Imagine un fleuve large comme la Seine à Charenton, auquel le terrain manque tout à coup par une différence de niveau, presque à pic, d'une cinquantaine de mètres... Je devine que tu souris, narquois, en me lisant. Tu m'ennuies. Moi, je trouve cela admirable. D'abord je suis venu ici pour admirer. J'ai payé pour cela... alors...»
_Lundi soir._--Nous venons de passer une journée d'enchantements. Depuis une heure de l'après-midi, nous naviguons au milieu du plus étrange, du plus magnifique, du plus grandiose panorama.
L'enthousiasme des plus réfractaires est sans restrictions. La beauté du spectacle arrache des larmes à plusieurs et l'émotion gagne jusqu'à de simples gabiers. Mais comment en donner l'idée, puisque tout cela est produit par l'étrangeté de la lumière. Nous vivons dans un pays paradoxal. C'est à la fin de l'après-midi, à partir de cinq heures, que la clarté prend une intensité spéciale.
Les verts deviennent d'une puissance qui déconcerte. Tous les premiers plans s'accusent avec un relief extraordinaire, tandis que, dans les lointains, se dégradent ou s'exaspèrent les innombrables notes qui vont du gris bleuté au violet sombre, en passant par la succession des roses. La mer reflète tout cela en le déformant un peu, en le commentant, pourrait-on dire. Tout l'après-midi nous nous sommes insinués entre les montagnes.
Le paquebot tourne à angle droit plusieurs fois en une heure. Par suite de ce mouvement, les montagnes les plus rapprochées semblent s'écarter pour découvrir, aux yeux déconcertés et grands ouverts, des surprises nouvelles. Il y a des blocs de pierre sombre dans lesquels on pourrait tailler des cathédrales, des forteresses abruptes qui se dressent comme d'infranchissables défenses d'un empire de géants, des pics pointus où s'accrochent les nuages, des flaques énormes de neige, des successions de sommets noirs et tourmentés perdus dans le bleu.
Au milieu de ce titanique chaos, de cet entassement de grandeurs, le paquebot glisse doucement, car la mer est d'un calme absolu; on entend à peine les battements de l'hélice et l'on se sent emporté comme dans un rêve dans un pays fantastique et terrible. Tous les passagers, malgré le froid, sont sur le pont, les yeux écarquillés et la figure grave. La blague a perdu tous ses droits et, par instants, il plane sur ces cent cinquante Français un silence religieux.
C'est bien une angoisse qui nous saisit, une sorte de gêne ravie et timide. Le spectacle est trop grand pour nos coeurs.
Ajoutez que nos pilotes norvégiens, en se dirigeant dans ce dédale, prennent, pour les virages, les plus grands tournants!
Il semble que l'on va se heurter à ce rocher gigantesque dont on ne peut voir la cime qu'en renversant la tête en arrière, tant cette cime est haute et rapprochée.
On sait bien que l'homme qui commande sur la passerelle connaît à fond tous ces parages et que son attention n'est pas distraite; malgré cela, une inquiétude qu'on chasse difficilement vous envahit tant il semble certain que le bateau va se briser sur l'obstacle. On ne voit aucun passage devant soi, on cherche longtemps et l'on finit par découvrir une fissure assez large pour une barque de pêche. Et nous continuons à nous avancer implacablement droit vers la masse sombre, dans le silence et dans le calme. Le bruit sourd de l'hélice est comme celui d'un coeur qui bat... Sommes-nous perdus réellement? On a envie d'aller prévenir l'homme de la barre, d'aller s'assurer qu'il est à son poste... Quoi! toujours la même route! Mais c'est de la folie... Dans quelques secondes, nous heurtons le rocher... Il faut crier... il faut... Non... Subitement, la fissure s'élargit, le paquebot tourne, s'y engage et se trouve de nouveau dans un cirque. On ne sait plus retrouver l'endroit par où l'on y est entré; il semble qu'on ferme des portes derrière nous. Et, incessamment, cela se renouvelle avec des panoramas nouveaux, des couleurs invraisemblables, dont la moins surprenante n'est pas celle d'un glacier bleu qui, là-haut, à droite, couvre des sommets et des versants sur une longueur de cinquante kilomètres.
LE CERCLE POLAIRE
Pendant le dîner, un coup de canon. Nous venons de franchir le cercle polaire. On applaudit... Oui, je sais bien, c'est ridicule. Mais nous étions heureux et le plaisir aime à se manifester par du bruit. Il y avait aussi un peu de fierté naïve dans le coeur de ces Français qui se savaient gré à eux-mêmes de donner un démenti à la réputation de sédentarité nationale. Enfin, tout de même, nous sommes dans l'océan Glacial et cela n'arrive pas à tout le monde.
_Mercredi, 13 juillet._--Pluie. Navigation entre les îles. A cinq heures, arrivée à Tromsoe.
Dans cette ville perdue à l'extrémité du monde habité, des fils télégraphiques, téléphoniques et l'éclairage électrique font au ciel gris une sorte de grillage. La première boutique dont nous voyons l'enseigne est celle d'un marchand de musique. Il y a deux journaux que lisent sans haine, je pense, des habitants gais et affables.
Les yeux les moins observateurs du bord sont frappés du contraste qu'offrent ces populations avec les nôtres. Les hommes que nous fréquentons, les bateliers, les boutiquiers, ceux qu'on rencontre dans les rues, ont une dignité d'attitude, une sorte de fierté silencieuse et concentrée qui nous surprend.
C'est le pays du crépuscule éternel: c'est aussi celui du silence. Lorsque notre bateau est à l'ancre, des barques l'entourent, prêtes à accueillir le passager pressé qui dédaigne les moyens du bord. De la part des rameurs, il n'y a pas un cri, pas un appel. Ils restent là, donnant de temps à autre un coup d'aviron pour se maintenir à la hauteur de notre échelle et attendant avec patience une aubaine qu'ils ne sollicitent pas.
Les rues de Tromsoe, comme celles de toutes les villes de la Norvège, sont larges, afin d'éviter la propagation des incendies. Ces grandes dimensions concourent à l'impression de silence et de solitude. La ville est pittoresque. Tout le long du fleuve que paraît être la mer enfermée entre les îles, les maisons brunes en bois sont bâties sur des pilotis noirs; de bizarres auvents abritent les grues servant à embarquer les morues séchées. Aux boutiques installées pour tenter les touristes, et qui sont assez nombreuses, de grandes peaux d'ours blancs sont pendues comme des drapeaux. Tout autour de la ville, sur les montagnes, des plaques de neige semblent du linge oublié. BRIEUX.
_(A suivre.)_
La CATASTROPHE du _FARFADET_
Les obsèques des victimes si péniblement arrachées aux flancs du _Farfadet_ ont eu lieu, le 18 juillet, avec l'imposante solennité des honneurs militaires, en présence de M. Pichon, notre résident général en Tunisie, des amiraux Fournier, Gourdon, Jauréguiberry, des commandants des principales unités de l'armée navale, des généraux Roux et Meunier, des survivants de l'équipage et de leurs camarades du sous-marin _Korrigan_, des fonctionnaires civils et de nombreuses délégations. A l'issue de la cérémonie religieuse, célébrée par Mgr Tournier, évêque de Carthage, assisté du curé de Ferryville, les quatorze cercueils, placés sur des fourgons, furent embarqués à bord du remorqueur _Cyclope_, pour être transportés de Sidi-Abdallah à Bizerte, où, après les suprêmes hommages, ils devaient rester déposés au cimetière jusqu'au moment de leur transfert en France.
Tout ce qui se rattache au tragique événement du 6 juillet offre mieux qu'un intérêt rétrospectif; aussi, n'est-il pas superflu de compléter nos documents relatifs aux opérations du renflouement effectué, malgré tant de difficultés, au prix de tant d'efforts. Une de nos gravures montre le dock flottant immergé à son maximum, au-dessus du Farfadet: les chaînes passées sous la coque du sous-marin vont être rabattues; puis des pompes à vapeur épuiseront l'eau du dock, lequel émergera, tirant, par la puissance de son mouvement ascensionnel, le bateau coulé, du fond de vase de lm,50 où il s'est enlisé.
Une autre reproduction photographique représente un scaphandrier remontant à l'heure du déjeuner. Ces hommes, nous écrit-on, accomplissaient leur rude et périlleuse besogne avec une admirable vaillance: quand ils revenaient à l'air pour prendre à la hâte quelque nourriture, ils ne se donnaient même pas le temps de se dévêtir D'ailleurs, pendant la trop longue durée des manoeuvres que dirigeait le contre-amiral Aubert, aidé du capitaine de frégate Benoît, chef d'état-major, l'ingénieur de la marine Faure et le lieutenant de vaisseau Mandine, tout le monde, en ces douloureuses circonstances, a su faire son devoir, depuis les chefs jusqu'aux plus humbles travailleurs.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
UN TROUPEAU ANÉANTI PAR LA FOUDRE.
Le mois de juillet aura été marqué, cette année, par de nombreux cyclones, comme les lecteurs de _L'Illustration_ auront pu le remarquer, grâce aux instantanés publiés dans un de nos précédents numéros. L'Angleterre n'a pas été moins épargnée que la France et l'Europe centrale.
Le 9 juillet, un orage d'une rare violence éclatait dans la région de Cheltenham. De nombreuses fermes furent ravagées et les domaines du comte de Warwick furent le théâtre d'un véritable massacre.
Un troupeau de vingt-quatre vaches laitières s'était réfugié sous l'épaisse frondaison d'un chêne. Soudain, la foudre s'abattit sur la cime de l'arbre, traçant de longs sillons verticaux dans l'écorce du tronc et foudroyant les vingt-quatre bêtes groupées à sa base.
Dès la nouvelle de l'accident, notre correspondant accourut sur les lieux et prit l'impressionnant instantané que nous reproduisons ici.
Il semble qu'on peut remarquer à ce propos que la foudre est plus fatale aux animaux qu'aux hommes: précieux privilège qu'il est difficile d'expliquer. Les bêtes résistent moins que les humains aux décharges électriques.
L'INTÉRÊT DU PORTE-MONNAIE ET LE PROGRÈS SOCIAL.
On sait qu'une visite médicale extrêmement rigoureuse est imposée aux immigrants aux États-Unis et que l'entrée dans ce pays est impitoyablement refusée à ceux qui paraissent même simplement chétifs et malingres.
La conséquence de cette visite, c'est que les compagnies de navigation maritime doivent rapatrier, à leurs frais, les immigrants refusés.
Pour éviter ces frais, les compagnies des divers pays ont décidé de prendre toutes les précautions nécessaires pour protéger la santé de leurs passagers.
Ainsi, à Hambourg, une compagnie a fait construire de grands halls destinés à abriter les émigrants lors de leur séjour dans le port avant leur embarquement; et les résultats ayant été reconnus favorables, on va construire des baraquements pouvant contenir chacun 120 lits, disposés suivant les règles de l'hygiène moderne et pourvus, pour chaque groupe de quatre baraques, d'un baraquement spécial destiné à la buanderie, aux étuves, cabinets d'aisances, etc.
On sait, d'autre part, que l'institution des sanatoriums pour tuberculeux a eu son origine en Allemagne, dans des préoccupations de même nature de la part des sociétés d'assurances.
C'est ainsi que le souci du porte-monnaie est encore le moteur le plus sûr du progrès social.
L'EXPLOSION DU «BENNINGTON»
Le 21 juillet, un petit croiseur de la marine des États-Unis, le _Bennington_, se rendant de Honolulu à Panama, était ancré à San-Diego (Californie), où il s'était arrêté pour faire du charbon, lorsqu'une formidable explosion se produisit à bord. Malgré la promptitude des secours, sur un équipage de 198 hommes, y compris 16 officiers, on comptait bientôt 39 morts et 80 blessés, dont une vingtaine grièvement; on constatait en outre la disparition de 21 hommes.
Les chaudières du _Bennington_, jugées défectueuses, avaient été récemment réparées.
Suivant le rapport du commandant, deux d'entre elles éclatèrent successivement, et il est probable que l'ébranlement détermina, par surcroît, l'éclatement des puissants engins emmagasinés dans la soute: d'où les terribles conséquences du sinistre.
Chose curieuse, un mécanicien qui inspectait une des chaudières, au moment de l'explosion, n'a eu que des blessures légères.
L'AUTOMOBILISME EN RIVIÈRE.
Pour préluder à la grande semaine maritime du Havre et de Trouville, le Yachting-Gazette a organisé, de Paris-Courbevoie à Rouen, une croisière de «cruisers» et de «racers» dont le départ a été donné le dimanche 23 juillet. La première étape, de Courbevoie à Mantes, a été l'occasion d'un succès pour un des racers, _L'Antoinette-III,_ qui, à Mantes même, a couru la coupe Dubonnet, sur 100 kilomètres, en 2 h. 20, soit à une vitesse régulière de plus de 42 kil. 500 à l'heure. Cette allure, quoique déjà extrêmement rapide, n'est pas surprenante de la part d'un de ces canots automobiles, et ce n'est pas le motif qui vaut à _L'Antoinette-III_ de figurer dans nos colonnes. Mais l'instantané ci-dessus semble bien prouver que ces petits engins mécaniques, produits d'une industrie essentiellement moderne, apportent, à la surface des rivières pendant l'instant de leur passage vertigineux dans un sillage léger et qui s'étale en friselis d'écume, un aspect, nouveau certes, imprévu peut-être, de monstre marin, mais qui a sa beauté particulière et qui ne détruit pas l'harmonie, qui ne dépare nullement le cadre d'un beau paysage fluvial.
LES PATATES DOUCES POUR L'ÉLEVAGE.