L'Illustration, No. 3257, 29 Juillet 1905

Part 1

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L'Illustration, No. 3257, 29 Juillet 1905

LA REVUE COMIQUE, par Henriot,

Suppléments de ce numéro: 1° Quatre pages sur I'Exposition de Liège. 2° Une gravure en couleurs, le Chef-d'Oeuvre, par Albert Guillaume.

L'ILLUSTRATION

Prix du Numéro: 75 Centimes. SAMEDI 29 JUILLET 1905. 63e Année--N° 3257.

COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE

Concours du Conservatoire. La vraie «grande semaine» de l'été parisien. Mais on a voulu l'entourer de plus de faste qu'autrefois, cette «grande semaine», et c'est dans un vrai théâtre, ouvert aux curiosités de mille intrus, que les rites en sont à présent célébrés. «Ce n'est plus ça.» J'entends tout le monde répéter cette phrase, autour de moi, car j'ai la passion de ces concours et, depuis la contrebasse et l'alto qui en ouvrent la série jusqu'au trombone qui en sonnera tout à l'heure la clôture, je n'en manque pas un. C'est pour moi comme un bain d'émotion joyeuse et je ne me soucie guère, égoïste que je suis, de savoir s'il est bon ou mauvais qu'il y ait des concours du Conservatoire et ce que valent les jugements qu'on y rend, ou à quoi auront servi, dans trente ans, les victoires qui s'y remportent aujourd'hui. J'y vois s'agiter de la jeunesse; j'assiste à des batailles dont le bruit n'est fait que de musique... je jouis des gentils spectacles que donnent l'espérance, la grâce, l'ardeur de vaincre; je vois (ou je crois voir), çà et là, poindre les grandes renommées de demain et ma vanité s'en réjouit. On est toujours flatté (pourquoi? je n'en sais rien, vraiment) d'avoir été témoin de ces débuts-là, de pouvoir dire de l'artiste qu'on acclame: «Je l'ai vu remporter (ou rater) son second prix, il y a quinze ans.»

Mais ils ont raison. «Ce n'est plus ça.» Leur Opéra-Comique est un monument trop vaste et trop pompeux pour de tels exercices. Il est ouvert à trop de gens qu'une badauderie purement mondaine amène là et qui raillent ou bâillent à la vue des choses qu'on leur montre; il y a trop de loges, il y a trop de lustres; il y a trop d'escaliers, surtout, parmi lesquels on se cherche sans se rattraper.

On ne sait plus où se donner rendez-vous pour potiner, pour s'embrasser, pour s'évanouir... Leur vieux Conservatoire était idéalement approprié à tout cela et il n'y a pas de maison où j'aie passé, à Paris, de plus intéressantes minutes. On y étouffait, mais on y étouffait «entre soi»; un même fanatisme puéril y rassemblait de braves gens que les mêmes petites douleurs, les mêmes petites joies, les mêmes ambitions, les mêmes espoirs faisaient vibrer, pleurer et rire ensemble. On reconnaissait l'appariteur; on disait bonjour aux huissiers et les ouvreuses composaient une petite famille parmi laquelle on se sentait attendu. Et il y avait aussi, au vestibule du rez-de-chaussée, ce décor familier du buffet où il semblait que, chaque année, on retrouvât les babas et les orangeades de l'année d'avant. Une vaste cour bien close nous isolait des indiscrétions de la rue; c'était le parloir en plein air, la «potinière» où, pendant les entr'actes, s'assemblaient, pour bavarder, les spectateurs, les concurrents en habit noir, les concurrentes en robes claires, presque toutes jolies, toutes coquettes, et si gentiment bouleversées par l'émotion de la bataille!

Je repassais là tout à l'heure. Les grilles étaient closes. L'horloge sonnait dans la cour vide, pleine de soleil. Et j'eus pitié de la vieille maison désertée, comme de quelqu'un à qui une injustice a été faite...

La vieille Université aussi avait des habitudes charmantes, dont la disparition m'étonne. Elle aimait à célébrer par des fêtes pompeuses la clôture annuelle des classes. Il paraît que cette pompe a paru vaine à quelques pédagogues et qu'on est en train de simplifier tout cela. Le Concours général est aboli et la grande fête qui devait remplacer celle-là--on en parlait beaucoup l'année dernière--n'est point décrétée encore. Il y a bien les distributions de prix, dont la coutume subsiste; mais il me semble que l'éclat de ces solennités n'est plus le même qu'autrefois.

C'était, dans mon enfance, au pensionnat de banlieue où je fus élevée, une grave affaire que la distribution des prix. Pour rien au monde, les familles n'eussent manqué à ce rendez-vous-là. Pour celles d'entre nous qui avaient le mieux travaillé, c'était une joie--et un devoir--que de venir recevoir les prix qu'on avait gagnés; et pour les autres, c'était un devoir aussi, et comme un petit châtiment respectueusement accepté, que d'assister, les mains vides, au triomphe des laborieuses...

On ajoutait à chaque prix une couronne en papier vert--en papier doré, quelquefois--et nous tendions le front, très émues, aux deux mains gantées de blanc qui nous coiffaient de ces auréoles. Nous ne trouvions pas cela comique du tout. Mais tout change, même l'âme des écoliers. Il paraît qu'à présent les couronnes en papier les font rire; ils ne veulent plus être coiffés de ce papier-là et, dans la plupart des lycées et des écoles de Paris, on a cessé de donner aux enfants des couronnes.

On me dit même que beaucoup de parents dédaignent de se déranger pour assister à ces cérémonies. A quoi bon? «Des discours fastidieux à entendre; deux heures d'étuve à subir...» On aime mieux boucler ses malles et gagner au plus tôt la montagne ou la mer. Ainsi, d'année en année, cette «lecture du palmarès», qui était, aux yeux des petites filles de ma génération, la plus prestigieuse des cérémonies de l'année, apparaît comme une formalité risible et très vieux jeu, dont il y a quelque élégance à ne plus tenir compte. On a supprimé les couronnes, on supprimera les prix. Les médecins démontreront (ils démontrent déjà) que l'inintelligence, la paresse, l'inattention, sont des maladies et qu'il est inhumain d'humilier un enfant «malade» en glorifiant, à côté de lui, l'écolier qu'un hasard heureux de santé a fait intelligent, laborieux, attentif aux leçons de ses maîtres; les philosophes ajouteront (ils disent déjà) que la distribution de prix est une tradition antidémocratique et immorale, en ce qu'elle excite chez l'enfant la jalousie des supériorités, l'amour des honneurs, le goût de vaincre...

Ces hygiénistes, ces moralistes, ces logiciens, m'assomment. Ils nous préparent une humanité sans défauts où il me semble qu'on s'ennuiera terriblement. SONIA.

LES DEUX YACHTS IMPÉRIAUX

L'empereur de Russie et l'empereur d'Allemagne ont eu, les 23 et 24 juillet, une sensationnelle entrevue.

C'est à Bjoerko, dans le golfe de Finlande, où ils s'étaient donné rendez-vous, que les souverains se rencontrèrent, Nicolas II ayant navigué sur L'_Étoile-Polaire_ et Guillaume II sur le _Hohenzollern,_ et c'est à bord de ces navires qu'eurent lieu alternativement les réceptions et les conciliabules.

Plus d'une fois, à l'occasion des déplacements de leurs augustes propriétaires, il a été parlé des deux yachts impériaux, remarquables par l'importance de leur tonnage et le confort luxueux de leurs aménagements; ils avaient déjà des antécédents historiques, avant l'événement mémorable, sujet de tant de commentaires.

Naturellement, touchant l'objet et le caractère des entretiens confidentiels du tsar et du kaiser, on en est réduit aux hypothèses; mais, en tout cas, on ne saurait considérer d'un oeil indifférent les bateaux derrière les cloisons desquels il a dû se passer autre chose qu'un échange de politesses.

UN DOCUMENT HISTORIQUE

L'EMPEREUR D'ALLEMAGNE ET LA MISSION FRANÇAISE À BERLIN La mission française envoyée en Allemagne pour le mariage du kronprinz prolongea, on s'en souvient, son séjour après les fêtes, invitée par l'empereur à assister à des manoeuvres partielles. Ces manoeuvres, d'une durée de trois jours, eurent lieu sur le terrain de Doberitz, situé à une vingtaine de kilomètres de Berlin. Les journaux n'ont pas manqué de signaler les prévenances marquées dont, en cette occurrence, le chef et les membres de la mission française furent l'objet de la part du souverain; seule, la photographie était capable de fixer rigoureusement certains traits significatifs, par exemple de noter le moment précis où l'on put voir l'empereur, en uniforme de colonel de uhlans, et le général de Lacroix, gouverneur de Lyon, chevaucher presque botte à botte, avec, sur la même ligne, le colonel Chabaud, de la maison militaire du président de la République; le capitaine des Vallières, officier d'ordonnance du général, auxquels le lieutenant Cailliot, alors en permission et présent à Berlin, avait été invité à se joindre. C'est ce qu'a réalisé supérieurement l'instantané que nous reproduisons aujourd'hui en double page.

Ce document historique se rapporte à un événement qui date déjà de plus d'un mois; mais il a gardé un incontestable caractère d'actualité, car il se rattache d'une façon singulièrement antithétique à la période critique du différend franco-allemand, qui n'est point encore définitivement réglé. Quand nos lecteurs sauront que cette photographie, n'étant pas destinée à la publicité, n'a été tirée qu'à un nombre fort restreint d'exemplaires, et combien, par conséquent, il était malaisé de se la procurer, même en Allemagne, ils voudront bien reconnaître dans sa publication, même tardive, une nouvelle preuve du constant effort de L'_Illustration_, toujours à l'affût de documents rares, inédits, authentiques, et résolue, pour les découvrir et les obtenir, à ne ménager ni la vigilance, ni la persévérance, ni, au besoin, la patience.

LE THÉÂTRE EN PLEIN AIR DE CHAMPIGNY

Le succès obtenu par les représentations, en plein air et en plein jour, d'Orange, de Nîmes, de Béziers, de Bussang, de la Mothe-Saint-Héraye, a donné à M. Albert Darmont, artiste éclairé, l'idée de faire bénéficier de semblables spectacles les Parisiens sédentaires--par goût ou par obligation--et il a organisé, aux portes de Paris, à Champigny-sur-Marne, un théâtre «de la Nature», qui a été inauguré dimanche, avec le plus grand succès, par une tragédie de M. Peladan: _Sémiramis_, interprétée par Mme Segond-Weber, MM. P. Mounet, A. Lambert, Darmont, etc.

[NOTRE SUPPLÉMENT EN COULEURS "LE CHEF-D'OEUVRE"]

ALBERT GUILLAUME [Illustration: gravure hors-texte.]

LE CHEF-D'OEUVRE

Au sens de l'«amateur», la définition du mot est bien simple: le «chef-d'oeuvre», c'est l'objet d'art acheté de sa main et de ses deniers. Soit que, présomptueux gogo de l'hôtel des Ventes, il ait couvert d'or la signature apocryphe d'un maître; soit que, mécène parcimonieux et avisé, il ait eu «pour un morceau de pain» le travail méritoire d'un besogneux obscur qui, un jour, sera coté, il est enchanté de son acquisition et en tire vanité.

S'agit-il, par exemple, d'un tableau, il le dispose en bonne place, sur un chevalet, lui ménage un éclairage favorable; puis il convoque le ban et l'arrière-ban de ses amis et connaissances: «Venez donc voir _mon Machin;_ vous m'en direz des nouvelles.» On s'empresse.

Alors, l'heureux propriétaire, prenant du recul, les doigts arrondis en lorgnette, cligne de l'oeil, explique, multiplie les «hein?» provocateurs, donne le ton au choeur des visiteurs pour les litanies laudatives.

Le «snob» affecte un ébahissement tout ensemble hyperbolique et distingué; la femme du monde se pâme en faisant des effets de face-à-main; le vieil artiste, immobile, comme plongé dans une extase mystique, ne murmure que de rares paroles dédiées au culte du Beau; le critique influent, sans souci de l'inélégance de la posture, s'accroupit au bas du cadre afin de vérifier de près la technique du premier plan. Le concert d'admiration chanté devant la toile est d'autant plus doux à l'oreille du mécène qu'il lui rend à lui-même un hommage indirect, flatte ses prétentions de connaisseur expert et d'amateur au goût impeccable. Pas un instant son ingénuité ne pressent les propos dénués d'artifice que, tout à l'heure, deux au moins des invités de la présente fournée (seraient-ce le vieil artiste et le critique?) échangeront, à la sortie, au sujet du _chef-d'oeuvre:_ «Quelle croûte!--Quel navet!»... Un tel sujet devait tenter la verve d'Albert Guillaume. En le traitant il a rendu, à son ordinaire, avec autant d'esprit que d'exactitude, les types, la mimique expressive, les jeux de physionomie des personnages jouant au naturel une des scènes les plus amusantes de la comédie Humaine.

LES JAPONAIS À SAKHALINE

Sakhaline est une île beaucoup plus importante qu'on ne le croit généralement. Sa longueur atteint 965 kilomètres, c'est-à-dire dépasse sensiblement la distance de Bayonne à Calais.

Sa population, il est vrai, n'est que de 40.000 habitants indigènes, auxquels il faut ajouter 15.000 forçats et déportés, ainsi que le personnel pénitentiaire.

Il y a, en outre, quelques milliers de colons dont un tiers est japonais.

Topographiquement, cette île est une longue bande constituée par une chaîne de montagnes presque rectiligne.

Leurs hauteurs atteignent 800 à 1.000 mètres, quelques sommets dépassent 1.600 mètres. Les parties basses sont très boisées; d'immenses forêts vierges s'étendent sur des centaines de kilomètres sans interruption. Bien que la latitude soit celle de l'Europe centrale (Korsakowsk est à la hauteur de Venise), le climat est très rigoureux, ce qui est dû surtout à une prédominance des vents du nord. La température, l'hiver, descend à 50 degrés au-dessous de zéro. Sakhaline renferme d'inestimables richesses minérales, encore à peu près complètement inexploitées.

On a seulement reconnu l'existence de mines abondantes de naphte et de pétrole, de fer et divers autres métaux, et surtout de gisements de houille étendus, presque à fleur de terre et d'excellente qualité.

Les côtes sont extraordinairement poissonneuses, en particulier dans la partie sud-ouest. Rien que dans l'année 1903, les revenus des pêcheries ont dépassé 150.000 roubles. Or, on sait que le poisson constitue, avec le riz, la base de l'alimentation du paysan au Japon; les côtes japonaises ne donnant que des ressources insuffisantes, on a dû avoir recours aux pêcheries de Sakhaline. La suppression du droit de pêche, depuis le début des hostilités, a donc entraîné pour les Japonais une gêne à laquelle ils n'ont pu remédier qu'en allant pêcher, sur les côtes de Formose et d'Indo-Chine, un poisson de qualité inférieure.

Au point de vue stratégique, cette île a, pour les Japonais, une valeur au moins aussi grande que sur le terrain économique. En effet, la mer du Japon est une véritable mer fermée, ouverte seulement par quatre portes: les détroits de Corée, de Tsougarou, de la Pérouse et de Tartarie. Les deux premiers sont, dès maintenant, aux mains des Japonais, la conquête de Sakhaline leur assurera les deux autres. Il s'ensuit que, même si la guerre actuelle ne met pas le Japon en possession de Vladivostok, la valeur de ce grand port russe, bloqué à perpétuité, sera bien diminuée. Il en est, d'ailleurs, de même de Nicolaïewsk, le port de l'embouchure de l'Amour, où l'on signale même un débarquement de troupes japonaises.

L'histoire de Sakhaline n'est qu'une suite d'efforts concurrents des Japonais et des Russes. En 1613, ce sont les premiers qui l'explorent; en 1648, c'est le tour des Russes; à partir de ce moment, les explorateurs des deux pays se succèdent; c'est en 1805 seulement que le Russe Krusenstern planta le drapeau russe à Alexandrowsk. En 1853, les Russes, après avoir progressé peu à peu, parvenaient au sud de l'île; ils pouvaient donc, à la convention internationale de 1867, se faire attribuer Sakhaline.

Toutefois les Japonais, ne reconnaissant pas cette convention, continuèrent à considérer la main-mise de leurs concurrents sur la grande île comme une usurpation. Ce n'est qu'en 1875 qu'ils renoncèrent à leurs prétentions, moyennant la cession des îles Kouriles, chapelet de petites îles sans valeur, qui s'étend d'Yéso vers le Kamtchatka. Ils avaient fait là, déclarait ces derniers temps la presse nippone, un «marché de dupes» qu'il importait de réviser.

Ce voeu, depuis quelques jours, est entré en voie d'exécution. On ne connaît pas la force du corps de débarquement que les Japonais ont jeté, le 7 juillet, dans le sud de l'île et qui s'est saisi sans grande difficulté de Korsakowsk et de tous les points importants de la région, mais il est certain qu'il comprend au moins 20.000 hommes. Déjà on parle de la prise d'Alexandrowsk.

Pour s'opposer à cette invasion, que possèdent les Russes? Une unique division d'une douzaine de mille hommes comprenant une forte proportion de volontaires recrutés parmi les forçats, avec promesse de libération après la guerre. Le général Liapounov qui la commande a dû la disperser dans l'incertitude où il était du point où pourraient débarquer les Japonais, et il est douteux que ceux-ci lui laissent maintenant le temps de la réunir.

On peut donc, suivant l'expression favorite des Nippons, considérer Sakhaline comme «virtuellement» à eux. L. DE SAINT-FÉGOR.

LE CHAH DE PERSE À PARIS

Le chah de Perse Mouzaffer-ed-Din, après avoir achevé sa cure de Contrexéville, et avant de commencer celle de Vichy, est venu à Paris, qu'il affectionne, passer quelques jours. Il y mène une vie simple à la fois et fastueuse, recevant des fournisseurs, visitant quelque établissement public, jouant entre temps au billard avec son grand-vizir et son ministre de la cour, mais entouré d'une suite et d'impedimenta innombrables. Mardi soir, il a reçu la colonie persane de Paris dans le grand salon de la légation de Perse, transformé en salle du trône. C'est là qu'a été prise notre photographie. A droite et à gauche du souverain, des chaises en cristal avaient été disposées pour ses fils.

LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE

Les divers concours du Conservatoire (chant, opéra, opéra-comique, tragédie, comédie, pour ne parler que de ceux-là) ont mis, cette année, en présence un nombre assez considérable de concurrents. Le concours d'opéra a été particulièrement brillant et a mis en valeur une artiste hors de pair, Mlle Marthe Chenal; il a permis d'apprécier aussi le talent sûr de M. Georges Petit. Un premier prix de tragédie a consacré la valeur originale, et déjà applaudie sur maints théâtres, de Mlle Ventura. Enfin, nous ne pouvons négliger de mentionner, parmi les premiers prix de piano--qui ont témoigné du merveilleux enseignement des professeurs et de la force prodigieuse des élèves--celui de Mlle Caffaret qui, à onze ans, a montré un sens étonnant du rythme et prouvé que ses petites mains avaient déjà acquis une ampleur, une netteté d'exécution, en même temps qu'une grâce et une malice prestigieuses qui se rient de toutes les difficultés.

LAURÉATS DU CONSERVATOIRE--_Photographies Du Guy, H. Manuel et P. Boyer._

(Collection de Mme Smith.)

QUELQUES OEUVRES DE HENNER.

Le peintre Jean-Jacques Henner vient de mourir.

Il n'y a pas trois mois (le 13 mai), _L'Illustration_ avait la bonne fortune d'offrir à ses lecteurs une parfaite reproduction d'une oeuvre caractéristique de ce grand maître: une _Tête de Femme_, harmonie admirable de chair rosée à peine, de roux, de bleu et de rouge vibrant.

Nous avons publié dans le même numéro un court article où étaient analysées--trop brièvement--les belles qualités de ce talent savoureux de Henner, qui exerce sur les foules, comme sur l'élite des connaisseurs, une si puissante séduction.

L'artiste était alors gravement malade. Cependant, tout espoir était loin d'être perdu et même, depuis cette alerte, on l'avait vu reprendre ses forces; on pouvait croire que son robuste tempérament triompherait du mal.