L'Illustration, No. 3256, 22 Juillet 1905
Part 3
M. Georges Nagelmackers, administrateur-directeur général de la Compagnie des Wagons-Lits, commandeur de la Légion d'honneur, vient de mourir à Villepreux, à l'âge de soixante et un ans. Il était né à Liège, où son père était banquier. Jeune ingénieur, il était parti pour l'Amérique, d'où il avait rapporté quelques années plus tard, en 1873, l'idée des wagons-lits, qu'il avait empruntée à Pullman.
En 1876, il fondait la Compagnie internationale, au développement de laquelle il devait consacrer toute son activité.
Sur son initiative, des innovations successives furent apportées au matériel et à l'exploitation. Aux wagons-lits succédèrent les wagons-restaurants, puis les trains de luxe, réunissant ces deux unités de transport: d'abord l'Orient-Express, puis le Sud-Express, le Nord-Express.
Après l'achèvement du Transsibérien, M. Nagelmackers obtint de l'État russe l'autorisation de faire circuler sur la nouvelle ligne un train de luxe qui, destiné à prolonger le Nord-Express et à faire le service entre Moscou et Péking, en raison des derniers événements, ne fonctionne encore qu'entre Moscou et Irkoutsk.
Le défunt laisse un fils, M. René Nagelmackers, l'un des directeurs de la Compagnie fondée par son père.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
UNE ÉNORME TACHE SOLAIRE.
Une tache énorme, bien visible à l'oeil nu, vient d'apparaître à la surface du soleil (à la latitude de 12° dans l'hémisphère boréal), au méridien central duquel elle est passée le 16 juillet.
Ce magnifique phénomène est digne de l'époque du maximum de l'activité solaire, maximum qui doit avoir lieu précisément cette année. L'étendue totale sur laquelle s'étend cette perturbation de la surface de l'astre du jour est d'environ 200.000 kilomètres. Mais il s'agit d'un groupe de taches; la principale, avec ses langues de feu, sa pénombre à structure très compliquée, a une dimension de près de 100.000 kilomètres. Le reste du groupe est non moins intéressant, quoique moins apparent; tous les nombreux détails qui le composent et dont les changements ont été assez notables en quelques jours, apparaissent comme voilés par des gaz lumineux.
La rotation du globe solaire fera disparaître cette tache le 23 juillet. Si elle persiste quelque temps, on peut s'attendre à la voir réapparaître vers le 6 août.
LE MONUMENT DE DORIAN À SAINT-ETIENNE.
M. Etienne, ministre de l'Intérieur, est allé présider, dimanche dernier, à Saint-Etienne, l'inauguration du monument élevé par souscription à la mémoire de Pierre-Frédéric Dorian, ancien ministre des Travaux publics sous le gouvernement de la Défense nationale.
Ce monument, placé dans un square en face de la nouvelle avenue du Président-Félix-Paure, est dû à la collaboration de deux artistes foréziens, lauréats du Salon, MM. Ch.-Louis Picaud, sculpteur, et Marcel La Maizière fils; sauf la statue en bronze, il est tout entier en pierre de Comblanchien; le socle porte sur ses laces les armoiries de Saint-Etienne et celles de Montbéliard, dont le maître de forges était originaire, ainsi que les médaillons de ses fils, Charles et Daniel, successeurs de leur père comme députés de la Loire. La composition de l'oeuvre fait honneur au talent de ses auteurs.
La cérémonie inaugurale a offert le caractère d'une imposante manifestation. Dans un éloquent discours, M. Etienne, un des plus chers amis de Gambetta, a justement associé le nom de Dorian à celui de l'illustre patriote qui, en 1873, sur la tombe de son ancien collaborateur de 1870, disait: «Grand citoyen, ta vie se résume en deux mots: la pratique du travail, le culte de la patrie.» Dorian fut, en effet, aux jours du péril national, l'organisateur actif, infatigable, de Paris assiégé, et c'est là son principal titre à l'hommage durable rendu à sa mémoire.
Au banquet qui a terminé la journée, M. Aristide Briand a pris à son tour la parole. Il a célébré le «passé glorieux» de notre pays et ajouté que, si la France était menacée, ce n'est pas parmi les socialistes, ses amis, qu'on trouverait des hommes pour faire le jeu de ses agresseurs. La note patriotique de ce discours a été fort remarquée.
UN ASILE POUR LES FRANÇAIS INDIGENTS EN SUISSE.
Les Français de Genève, dont le chiffre, à l'heure actuelle, dépasse 35.000 et qui forment la plus nombreuse de nos colonies à l'étranger, se sont émus de la triste situation de nos nationaux, vieillards et incurables, fixés dans le canton, et ils ont eu, il y a deux ans, la pensée de créer un asile destiné à recueillir ces pauvres gens.
Un bazar de charité fut organisé, en 1903, pour constituer un premier capital. Grâce au concours de toutes les bonnes volontés, grâce à l'empressement du public genevois, grâce à la présence de la musique de la garde républicaine, venue rehausser l'éclat des fêtes, celles-ci réussirent brillamment et l'on put réaliser, avec les dons de généreux souscripteurs, une somme de 216.000 francs. Le gouvernement de la République, de son côté, tint à manifester sa sympathie envers cette oeuvre à la fois patriotique et humanitaire, et la commission du pari mutuel, dans sa séance de janvier dernier, accorda une allocation de 100.000 francs.
Le capital ainsi réuni permit de faire l'acquisition du château de la Fouillasse, situé aux portes de Genève et particulièrement propre à être converti en hospice. Autour de l'immeuble s'étend un parc très vaste.
L'asile, qui sera prochainement ouvert, pourra abriter, au début, 18 à 20 vieillards; mais on espère que les souscriptions et les dons permettront d'augmenter rapidement ce nombre. Un généreux compatriote, dont l'esprit de bienfaisance s'exerce de la façon la plus libérale, vient d'accorder une nouvelle somme de 30.000 francs pour solder les travaux d'aménagement et de réparations. C'est là un bel exemple à imiter, étant donné qu'il y a déjà actuellement plus de 200 demandes inscrites et que la colonie formée principalement de modestes travailleurs venus des départements limitrophes, est, dans son ensemble, très peu fortunée.
LE CHANCRE DES ARBRES FRUITIERS.
Beaucoup de nos lecteurs peuvent, en ce moment, constater sur leurs arbres, ou sur ceux du voisin, la fréquence d'une maladie qui a reçu le nom de chancre et qui se manifeste par une sorte de plaie ulcérée qui se refuse à guérir. Jusqu'à ces derniers temps, le chancre, qui attaque souvent le pommier, était attribué à un champignon parasitaire, appelé _nectria_. On admettait que la gelée favorise l'apparition du mal: fendant l'écorce, elle faciliterait l'inoculation du champignon. Il semble toutefois qu'on doive abandonner cette façon de voir. Les recherches de M. Brzezniski tendent, en effet, à démontrer que le chancre est dû à un tout autre agent, à une bactérie qu'il a appelée la bactérie du pommier. Inoculée au pommier, elle détermine chez lui la production d'un chancre.
Il est regrettable, toutefois, que le savant polonais n'ait pas pu découvrir en même temps la manière de combattre le mal, car celui-ci est très tenace et l'on ne connaît encore aucun moyen d'engager avec succès la lutte contre ce dévastateur des vergers.
LES VICTIMES DU "FARFADET"
Après dix jours d'inutiles efforts, le sous-marin _Farfadet_ a pu enfin, le 15 juillet, être dégagé et remorqué dans un des bassins de l'arsenal de Sidi-Abdallah. On vida partiellement ce bassin de façon que le sous-marin reposât sur le fond, incliné à bâbord, mais que, cependant, les radeaux et les barques nécessaires à l'enlèvement des cadavres pussent flotter autour de lui. Dans la nuit du 15 au 16, les capots furent ouverts et, bravant une effroyable odeur de putréfaction, les marins et ouvriers de l'arsenal commencèrent les recherches. Un premier cadavre fut presque aussitôt découvert, celui du quartier-maître Lessausse, et transporté dans un des cercueils qui avaient été préparés. Il fallut ensuite, à l'aide de manches, pomper l'eau qui remplissait le _Farfadet_ avant de pouvoir pénétrer plus avant.
C'est à ce moment que fut exécuté le croquis de notre gravure de première page.
Pendant la journée du 16 et la nuit qui suivit, l'équipe des travailleurs n'interrompit pas un moment son horrible et pieuse besogne. Successivement, furent ramenés au dehors les corps de l'enseigne Robin et des autres victimes--pauvres matelots qui, deux mois auparavant, posaient joyeusement devant un photographe, pour ce groupe que nous reproduisons d'après une carte postale envoyée par l'un d'eux à ses parents.
LA MORT D'ARTON
Le financier Arton a été trouvé mort, lundi matin, dans les bureaux qu'il occupait à Paris au n° 13 de la rue Laffitte, ayant son domicile privé loin du centre, boulevard Pereire. Il s'était suicidé en absorbant un poison violent.
Cet homme qui disparaît, à l'âge de cinquante-cinq ans, en laissant planer un mystère sur les motifs de son suicide, avait eu une existence fort accidentée. C'est, on le sait, de l'époque des scandales du Panama que datent sa célébrité et ses plus romanesques aventures, dont le récit défraya copieusement la chronique. Son métier d'acheteur de consciences exercé avec la sereine bonhomie de l'inconscience; son rôle de corrupteur des parlementaires, son carnet de chèques tentateur, sa fameuse liste des «cent-quatre», qu'on ne connut jamais; sa fuite, son odyssée légendaire à travers le monde, pendant plusieurs années, la chasse longtemps vaine des plus fins limiers de la police lancés sur sa piste, l'«entrevue de Venise», la découverte du fugitif à Londres, en 1895, sous le masque fallacieux d'un marchand de thé; son extradition, mais accordée seulement pour des actes délictueux commis au préjudice de la Société de la Dynamite; sa condamnation à cinq ans de prison par la cour d'assises, son séjour de quinze mois à l'hôpital Saint-Louis; enfin, la remise gracieuse d'une partie de sa peine,--autant de faits appartenant à l'histoire contemporaine.
Arton, qui s'appelait en réalité Aaron, recourut d'ailleurs plus d'une fois aux pseudonymes pour compléter ses divers avatars; au cours de ses pérégrinations européennes, il prit successivement les noms de Debenham et de Henri Newman; ces derniers temps, il se donnait, dans un certain monde, celui de «M. de G...», emprunté à une personne de ses amies, et--le trait est assez piquant--c'est sous ce nom qu'il avait fait faire, au Jardin de Paris, la photographie reproduite ici.
Malgré ses malheurs, comme le personnage de Daudet, il «ne renonçait pas»: depuis six ans, il avait recommencé à brasser des affaires; mais l'astre avait perdu son éclat de naguère et même était devenu si nébuleux que le public pouvait croire à son éclipse totale.
Presque oublié, on s'aperçoit qu'il existait encore, en apprenant qu'il vient de s'éteindre d'une façon mystérieuse.
OBSÈQUES D'UN OFFICIER FRANÇAIS EN ALSACE
M. Eugène Schaeffer, commandant au 69e régiment d'infanterie, décédé dernièrement à Toul, où il était en garnison, avait exprimé le désir d'être enterré à Saverne, sa ville natale. Bien que la cité alsacienne ait cessé d'être française depuis l'annexion, la famille du défunt ne pouvait que déférer à un voeu inspiré par les sentiments les plus respectables; mais les obsèques prirent un caractère particulièrement curieux en raison de l'intervention de l'armée allemande, qui voulut s'associer à ce deuil en rendant les honneurs militaires à la dépouille mortelle de l'officier supérieur français. Des sous-officiers allemands transportèrent hors de la maison le cercueil sur lequel étaient placés l'uniforme, l'épée et les décorations du commandant Schaeffer; deux compagnies du même régiment, le 99e d'infanterie, musique en tête, l'escortèrent jusqu'au cimetière. Là, devant la tombe, la musique joua une marche funèbre, les tambours battirent, la troupe présenta les armes et tira des feux de salve.
Ce fut un spectacle très impressionnant que celui de ce suprême salut, adressé par des soldats de Guillaume II à un soldat de la France auquel la mort a permis de retrouver, dans la patrie perdue, un coin de terre pour y reposer à côté des siens.
LE MEURTRE DU COMTE CHOUVALOF
Le 11 juillet, le comte Chouvalof, préfet de police de Moscou, tombait mortellement frappé de quatre balles de revolver, tirées à bout portant par un prétendu solliciteur qui se présentait à son audience. L'auteur de cet attentat, un ancien déporté, nommé Kowlikovsky, fut arrêté et déclara avoir voulu venger l'exécution du meurtrier du grand-duc Serge, dont le comte Chouvalof avait été l'aide de camp.
Les obsèques du haut fonctionnaire ont eu lieu le 13, avec tous les honneurs militaires; le cercueil avait été placé sur un affût de canon. C'est au milieu d'un déploiement considérable de troupes qu'il a été conduit au cimetière.
_NOUVELLES INVENTIONS_
_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement gratuits.)_
PÊCHE AU VÉRON CONSERVÉ
La pêche au véron est très pratiquée et donne d'excellents résultats, principalement pour la pêche à la perche et à la truite, qui en sont très friandes. Mais il n'est pas toujours facile de se procurer des vérons vivants et, lorsqu'on en possède, il s'agit de les conserver et de les transporter à grand renfort de soins et de précautions.
Ces difficultés sont supprimées par l'emploi du véron naturel conservé à sec par un procédé spécial qui fait ressortir ses brillantes couleurs en lui faisant écarter les nageoires et qui lui assure une conservation indéfinie.
Ce véron est supérieur à tous les poissons artificiels, surtout lorsqu'il est fixé sur la monture spéciale désignée ci-contre, qui le fait tourner rapidement sur lui-même et lui donne, avec ses nageoires écartées et sa couleur dorée, l'apparence complète d'un poisson vivant, que l'imitation courante ne peut atteindre.
Le véron conservé remplace avec avantage l'emploi du vif dans toutes ses applications, au lancer, à la traîne, à la ligne flottante et à la ligne de fond. Il est, dans certains cas, supérieur au véron vivant.
La vente et les envois se font facilement et le pêcheur emporte ses amorces sans embarras dans une simple boîte en carton.
Ces vérons sont assortis en trois grosseurs, petits, moyens et très gros, ce qui permet de pêcher avec succès toutes les sortes de poissons voraces.
Ces vérons se trouvent en vente chez _M. Mérat, 63, rue Oberkampf_, au prix de 1 fr. 50 la douzaine, assortis.
MONTURE UNIVERSELLE
Cette monture, dont les dessins ci-contre feront comprendre l'emploi, quoique construite spécialement pour le véron conservé, peut servir également pour la pêche avec toutes sortes de poissons morts. A cet effet, elle se construit de trois grandeurs qui conviennent surtout pour les vérons petits, moyens et gros.
Elle est indispensable pour la pêche au lancer et à la traîne; le véron, solidement maintenu par les deux pointes en forme de harpon, tourne rapidement au moyen de l'hélice dissimulée sous les nageoires de tête et d'un émerillon spécial.
Le poisson carnassier distingue vite ce véron remarquable qui nage comme s'il était vivant et, en se précipitant pour l'avaler, se trouve infailliblement accroché par les deux hameçons doubles qui l'entourent et qu'il ne peut éviter.
Cette monture simple, solide et légère, est d'un prix très modique.
Elle se trouve en vente chez _M. Mérat, 63, rue Oberkampf_, aux prix de 0 fr. 65, 0 fr. 85 et 0 fr. 95, suivant grandeurs.
NOUVEAU TIMBRE PERFECTIONNÉ
Il est souvent difficile de choisir parmi plusieurs autres un timbre-cachet, les caractères se trouvant à l'envers, et tout aussi peu aisé de l'apposer à l'emplacement exact désiré, puisqu'on ne voit pas du tout les caractères. La solution, d'une simplicité enfantine, de ces deux difficultés, a été très heureusement résolue par M. Berthé, avec son nouveau dispositif. La face supérieure de la griffe portant les caractères (en caoutchouc ou gravés) est munie d'une épreuve-modèle de l'impression exacte donnée par le timbre («papiers d'affaires», par exemple, comme l'indique notre gravure) et cette épreuve-modèle est protégée contre toute souillure ou détérioration par un recouvrement transparent et incassable en celluloïd.
Ce dispositif est le seul qui offre les avantages suivants:
1° Dans un assortiment de timbres sur un même râtelier, on trouve rapidement et facilement le timbre désiré, chaque timbre portant son libellé bien en vue;
2° L'apposition correcte est assurée, l'épreuve-modèle indiquant le sens: donc, jamais d'impressions à l'envers;
3° L'opérateur peut déterminer avec précision la position et l'endroit qu'occupera l'impression sur le document à timbrer: en effet, l'épreuve-modèle sur la griffe coïncide fidèlement avec les caractères qu'elle recouvre exactement; c'est comme si le corps des lettres, chiffres, etc., traversait la plaquette de la griffe.
On voit donc les sommets de ces lettres au moment de l'opération et l'impression correcte en est aussi facile que de coller un timbre-poste.
On conçoit donc que, notamment pour remplir des imprimés (lettres de voitures ou autres), on puisse apposer, sans tâtonnements, l'impression juste sur la ligne et dans la colonne qui lui sont assignées.
L'emploi général de ce timbre donnera par conséquent un meilleur travail et une certaine économie de temps. Ce qui n'est pas moins intéressant, c'est qu'il n'est pas plus cher que les timbres ordinaires; en effet, le dispositif comporte la suppression du nickelage, lequel est remplacé avantageusement par l'empreinte-modèle sous glace.
On pourra donc se procurer ce nouveau timbre sans augmentation sur les prix usuels. S'adresser pour tous renseignements à M. Berthé, 21, place de la République, Colombes (Seine).