L'Illustration, No. 3256, 22 Juillet 1905
Part 2
Quand, à Odessa, le _Potemkine_--auquel bientôt se joignit le _Georges_--se trouva en présence de l'escadre de l'amiral Krieger, les révoltés se défendirent de tirer contre leurs camarades, attendant les premiers obus, sans se douter que, de leur côté, les frères encore soumis, mais à peine, refusaient également de les attaquer.
Pareillement, on ne voulut jamais consentir à suivre l'idée de Matuschenko, qui était de débarquer de force en Russie. Seul, devant lui, chacun de ces hommes frissonnait dans l'attente d'une balle; réunis pour une décision à prendre, ils résistaient de toutes leurs forces à ses lubies de dément.
Depuis le début, un torpilleur, le 267, s'était attaché à la fortune du _Potemkine_. A moitié de bon coeur, seulement. On avait pris son commandant à bord, et on le débarqua à Odessa avec les huit officiers du _Potemkine_ qu'on avait épargnés et dont on n'avait pas besoin pour la conduite du navire. En même temps, on plaçait sur le petit bateau cinq des plus «purs» du _Potemkine_, pour mater, au besoin, son équipage. Le 267 suivit donc sous la menace des canons du cuirassé. Vous avez appris avec quel empressement il rebroussa chemin vers Sébastopol dès qu'il fut libre de le faire, le _Potemkine_ une fois amarré dans le port de Constantza!
«La vie sur le _Potemkine_ fut une vie d'enfer», me disait Pogarneatzà.
Dès le soir du premier jour, on n'avait plus de pain. Ce fut la première chose qu'on demanda à Constantza. On vécut de biscuits, de conserves. On souffrit presque de faim, parfois.
Dans cette énorme ville flottante, dans ce monstrueux engin, la plupart, sans doute, des hommes ignoraient ce qui se passait, ce qu'on faisait, où l'on allait.
Ils s'abandonnaient, résignés.
Et c'étaient des querelles sans fin, entre une poignée d'énergumènes et l'immense majorité de l'équipage, repentant, inquiet des suites de cette équipée, anxieux de l'avenir; des rixes, des scènes atroces auxquelles mettait fin, son revolver toujours braqué, le frénétique Matuschenko.
L'aventure de Théodosie acheva de dégriser les plus endurcis des rebelles. On put se procurer, dans ce port, des vivres le jour où l'on y arriva; mais, quand, le lendemain, on revint pour prendre le charbon promis, qui était devenu indispensable, les cosaques du quai accueillirent la chaloupe à coups de fusil, tuèrent sept hommes, dont Ivanof, et en blessèrent trois, actuellement soignés à Constantza.
Ce fut à bout de ressources, les soutes surtout complètement vides, qu'on aborda à Constantza, malgré Matuschenko, malgré Cyrille, qui voulaient faire sauter le navire.
On y arriva le samedi 8, vers une heure du matin. Au jour, on entamait des pourparlers pour la reddition du navire au gouvernement roumain. A trois heures, le pavillon rouge était amené et le pavillon roumain, bleu, jaune et rouge, le remplaçait à la pomme du mât, tandis que les rebelles débarquaient, un équipage roumain prenait possession du cuirassé, dont le commandement était confié au capitaine de vaisseau Torgulesco, avec le capitaine Ciudin comme second.
Mais l'intérêt n'était plus là: il était sur le quai où arrivaient, par fournées, les marins russes.
Quel enthousiasme! quel délire! Je me demande si les marins de l'amiral Avellane, aux jours des premières tendresses, furent accueillis, chez nous, comme le furent ici ces innocents pirates. On se les arrachait. Chacun eut «son Russe». Et, comme je l'ai dit, la plupart, originaires de Bessarabie, parlant parfaitement le roumain, on s'entendit aisément.
On les dévalisa d'ailleurs de tout ce qu'ils possédaient de susceptible de constituer un souvenir: boutons d'uniforme, bérets, rubans rayés orange et noir au nom du _Kniaz-Potemkine-Tauritchessky_. Des gens pratiques ont amassé des stocks qu'ils écoulent. Un ruban de béret valait, au cours du jour,15 francs, hier!
Les plus endiablés, songeant aux bals masqués futurs, voulurent acquérir une tenue complète et habillèrent de neuf, au magasin voisin, quelques matelots. Le «marin russe» sera beaucoup porté, la saison prochaine, en Roumanie. Et, quant aux «beuveries», je vous laisse à penser ce qu'elles furent, non pas du côté des hospitaliers Roumains, race essentiellement sobre, mais de la part de leurs hôtes, un peu rationnés les jours précédents.
Les 750 hommes furent reçus comme des hommes libres et laissés à même de partir là où bon leur semblerait et comme ils le voudraient. La plupart demandèrent à être employés aux travaux des champs; très sagement, les autorités les répartirent par groupes de 50 à 100 dans diverses villes d'où l'on aurait la facilité de les diriger vers les propriétés, pour la moisson.
Le gouvernement du roi Charles, qui venait de rendre au gouvernement du tsar un service incontestable et qui n'est peut-être pas sûr, à l'heure qu'il est, de pouvoir jusqu'au bout s'en féliciter--car, enfin, la mise en liberté des rebelles peut donner lieu à quelques observations assez justes--le gouvernement du roi Charles avait annoncé télégraphiquement à Saint-Pétersbourg la grande nouvelle. Dans l'après-midi même du dimanche, une escadrille russe, composée des croiseurs _Tchesmé_, battant pavillon de l'amiral Pisarewsky, du _Sinope_ et de quelques torpilleurs, venait chercher le _Potemkine_ qu'elle poursuivait depuis plusieurs jours et qu'elle trouvait enfin désarmé. On laisse entendre qu'elle mit, à l'accomplissement de sa mission, peu de formes. Elle reprit son bien, son dû, sans se confondre trop en remerciements. A deux heures après midi, la cérémonie était terminée.
Quelques marins du _Potemkine_, à la vue du pavillon de Saint-André flottant de nouveau sur «leur» bateau, sentirent leur coeur se fondre de repentir; une cinquantaine retournèrent à bord, où un pope reçut leur nouveau serment de fidélité au tsar. Après quoi, on les mit à fond de cale--ainsi d'ailleurs que les officiers et sous-officiers eux-mêmes, gardés de force par les insurgés sur le navire pour le conduire. D'aucuns assurent qu'on procéda à quelques exécutions sommaires. Mais c'est mal connaître les Russes que de les croire capables d'un pareil manquement aux règles de la courtoisie internationale.
Enfin, l'équipage que l'amiral Pisarewsky mit sur le _Potemkine_ y trouva tout en état. Les feux étaient allumés, l'électricité avait illuminé le bord toute la nuit, les servo-moteurs tournaient, tout allait bien. Il n'y avait plus, semblait-il, qu'à donner le traditionnel: «En avant!»
Toutefois, on remarqua que le cuirassé s'était sensiblement enfoncé, à la poupe, depuis son arrivée. Il semblait faire eau. On s'inquiéta.
L'état-major russe fit rechercher la voie d'eau. Une vanne avait été ouverte. Par qui? Précisément, a-t-on avancé, par les matelots qui s'étaient soumis l'après-midi, et qui, emprisonnés, menacés de mort, s'étaient de nouveau révoltés: mais saura-t-on jamais la vérité, toute la vérité sur ces histoires... Où? On ne parvint pas à la découvrir tant qu'on fut à Constantza, et beaucoup d'officiers de marine attendent impatiemment, non sans quelque inquiétude, la nouvelle de l'arrivée du bateau à bon port.
L'amiral avait télégraphié à Bucarest qu'il lèverait l'ancre à six heures, le dimanche. Mais il ne put d'abord mettre ses cabestans en action. Et puis, il y avait cette eau qui arrivait toujours et qu'il fallait épuiser sans relâche. L'amiral renvoya à terre le pilote roumain, voulant à tout prix découvrir la vanne, l'inquiétante vanne ouverte, avant que de lever l'ancre.
Le pilote revenu lundi matin, à sept heures, on n'avait pas encore aveuglé la voie d'eau. Et le mécanicien, nouvellement arrivé sur ce monstre, étudiait sa machine.
Sur les conseils du pilote, on se décida enfin à faire sortir le _Potemkine_ du port par des remorqueurs et à le conduire jusqu'au _Tchesmé_, afin que celui-ci le prit à la remorque. Ce qui fut fait. Et ce fut dans cet équipage peu brillant que le _Kniaz-Potiemkine-Tauritchessky_ soumis, derechef bénit, fit route vers Sébastopol, le lundi soir, à sept heures.
En somme, s'il fallait conclure, je dirais qu'il n'y a pas eu, dans cette extraordinaire aventure, tout ce qu'on y a vu de compliqué. Cette rébellion ne fut si peu grave, au demeurant, en ses conséquences, que parce qu'elle fut mal préparée--qu'elle ne fut pas préparée, même; qu'elle éclata avant l'heure. C'est une rébellion d'enfants terribles et inintelligents--surtout inintelligents. Je verrais là volontiers un de ces phénomènes dont parle Taine, un de ces cas «d'anarchie spontanée», selon son mot, qui marquèrent le commencement de la Révolution française, en furent le signal, multipliés à l'infini sur le territoire entier--comme en Russie; intéressant comme symptôme, inquiétant comme exemple.
GUSTAVE BABIN.
LES FÊTES FRANCO-ANGLAISES DE BREST
L'initiation des marins anglais aux amusements populaires français: un tour d'équitation sur le manège forain.
A LA GARDEN-PARTY DE LA PRÉFECTURE MARITIME
LES FÊTES FRANCO-ANGLAISES DE BREST
TROIS DIPLOMATES TRÈS REGARDÉS A LA REVUE DE LONGCHAMP, LE 14 JUILLET.
AU JARDIN COLONIAL
M. Clémentel traitait, mardi dernier, les représentants coloniaux au Parlement et au conseil supérieur des colonies, ainsi que les directeurs de son ministère. Comme, chez le jeune ministre, les soucis de l'administration laissent place--une large place--à ceux de l'art, il avait voulu approprier le cadre au sujet et c'est à l'Exposition coloniale qu'il recevait ses invités.
Notre objectif a saisi M. Clémentel au moment d'une conversation animée avec l'un de ses prédécesseurs, M. Guillain, qui fut précisément le créateur du Jardin colonial.
Rencontre du passé et du présent. N'est-ce pas de ces deux facteurs qu'est fait l'avenir, c'est-à-dire le progrès?
INAUGURATION D'UN BATEAU A TURBINES
Lundi dernier a eu lieu, à Boulogne, une petite fête nautique qui était en même temps une intéressante manifestation scientifique. En présence des autorités, des baigneurs, du Tout-Boulogne, on a inauguré le nouveau et luxueux bateau à turbines, _The Onward_, de la Compagnie du «South Eastern and Chatam Railway».
M. DE BRAZZA A BRAZZAVILLE
On se rappelle dans quelles circonstances le gouvernement décida d'envoyer M. de Brazza en mission au Congo. Des faits d'une nature révoltante, abus de pouvoir, sévices, meurtres accompagnés de tortures, dont de nombreux indigènes auraient été les victimes, avaient provoqué des poursuites judiciaires contre certains fonctionnaires coloniaux. Il semble bien, toutefois, que les faits signalés aient été quelque peu dénaturés, exagérés tout au moins, et l'instruction ouverte à leur sujet a permis de les réduire à des proportions plus exactes. Quoi qu'il en soit, le gouvernement français a sagement fait d'envoyer procéder à une enquête sur place. Depuis de longues années déjà, notre colonie s'anémie dans un marasme anarchique qui menace de lui être funeste. M. de Brazza, l'éminent explorateur qui donna ces vastes territoires à la France, trouvera certainement les remèdes indispensables pour les lui conserver.
Partout sur le passage de la mission, à Libreville, le long de l'Ogôoué, à N'Djolé, à Brazzaville enfin, les chefs indigènes sont venus au-devant de M. de Brazza et lui ont prodigué toutes les marques de la vénération et de la confiance.
Notre photographie représente une palabre de chefs bétékés et bellalis, présidée par le chef de la mission, assisté de Mme de Brazza. Une palabre, c'est une discussion, une contestation sur un droit. M. et Mme de Brazza sont assis au seuil de l'hôtel de M. Gentil, notre commissaire général au Congo. Devant eux, les chefs noirs, assis sur le sol en demi-cercle, discutent l'impôt--_l'amende_, comme ils disent--auquel ils sont astreints. Ils demandent des facilités de payement et M. de Brazza vient de leur causer une grande satisfaction en les autorisant à s'acquitter désormais, à leur gré, soit en espèces, soit en nature, c'est-à-dire en boules de caoutchouc.
LE 75e ANNIVERSAIRE DE LA BELGIQUE
Le 16 juillet a commencé en Belgique la «grande semaine», consacrée par nos voisins à la célébration du soixante-quinzième anniversaire de leur indépendance. Le programme comportait nombre de cérémonies, manifestations et réjouissances; mais, avant toute chose, les premières démonstrations patriotiques du peuple belge devaient s'adresser au souverain qui naquit cinq ans après l'événement de 1830, solennellement commémoré.
Donc, dimanche dernier, la résidence de Laeken, dont Léopold II s'est plu, on le sait, à faire une sorte de «Versailles», a servi de cadre au brillant prélude de la fête nationale. Au milieu du vaste parc, au pied du monument de Léopold Ier, une loge tendue de pourpre avait été dressée. C'est de là que le roi écouta la harangue du bourgmestre de la commune, M. Bockstael, et y répondit, aux acclamations chaleureuses de la foule.
Quelques jours auparavant, on aurait pu voir Léopold II se promener à Laeken même avec beaucoup moins d'apparat. C'était un matin, vers onze heures; le souverain, seul, en petite tenue de général, sans autre escorte qu'un piqueur, à distance respectueuse, chevauchait le long de la grille du parc, venant d'inspecter les travaux de la résidence. Or, sur son passage, se trouvait juste à point un virtuose de l'«instantané», qui prit le très intéressant portrait équestre que nous reproduisons. Ce document est d'autant plus curieux que le roi ne monte plus guère à cheval et qu'il a pour l'objectif une horreur notoire.
LE ROI DES BELGES LÉOPOLD II SE PROMENANT A CHEVAL A LAEKEN, PRÈS DE BRUXELLES.
_D'après une photographie instantanée de M. G. Nadaud.--Voir l'article ci-contre._
LES HABITATIONS A BON MARCHÉ
UNE MAISON POUR LES DAMES DES POSTES, TÉLÉGRAPHES ET TÉLÉPHONES
M. Alexandre Bérard, sous-secrétaire d'Etat des Postes et des Télégraphes, avait été frappé des conditions défectueuses de logement et d'alimentation d'un grand nombre de dames employées de Paris, lorsqu'elles n'habitent pas dans leurs familles, et c'est le cas pour celles d'entre elles qui viennent de province.
Il n'existe, en effet, que quelques maisons aménagées pour des femmes seules, et encore ce qui a été établi jusqu'ici ne répond, pour diverses raisons, que très imparfaitement aux besoins que ressentent les employées de l'administration des postes, des télégraphes et des téléphones. Quant aux restaurants, exclusivement, féminins, leur nombre est très faible et, pour différents motifs, ils attirent difficilement la clientèle des dames employées.
D'autre part, M. Bérard avait constaté le désir manifeste qu'ont les employées de se réunir et de se grouper pour vivre en commun et reconstituer ainsi le foyer familial éloigné, désir qui est établi par l'existence d'assez nombreuses petites pensions où se retrouvent un certain nombre de dames du télégraphe ou du téléphone, mais où, en raison de leurs conditions même d'établissement, toutes les lois de l'hygiène moderne ne reçoivent pas toujours satisfaction.
C'est cette constatation de fait qui a suggéré l'idée de construire une maison où seraient logées une partie de ces jeunes filles et d'ouvrir un salon de travail et de lecture et une salle de restaurant où toutes pourraient être admises.
M. Bérard demanda à M. Georges Trouillot, alors ministre du Commerce et de l'Industrie, de créer une commission qui aurait pour mission d'étudier la question plus au fond et d'établir les bases sur lesquelles une société pourrait se constituer. Cette commission, dans laquelle furent appelés tous les initiateurs de l'oeuvre: MM. Jules Siegfried, Menier et Vazeille, députés; Paulet, directeur de l'Assurance et de la Prévoyance sociales; Chapsal et Jouhannaud, chefs des cabinets du ministre et du sous-secrétaire d'Etat; Frouin, ingénieur en chef; Charvin, chef de bureau; Mmes Peauger, Roy, Riaut, receveuses; Korn, Dupré, Fournier, surveillantes et employées, a conclu à la formation d'une Société par actions et a élaboré des statuts qui, après avis favorable du comité permanent des habitations à bon marché, ont été approuvés par M. le ministre du Commerce, de l'Industrie, des Postes et des Télégraphes à la date du 7 janvier 1905. Ces statuts ont été conçus dans un esprit extrêmement libéral et surtout en vue de permettre au personnel des postes, des télégraphes et des téléphones de s'intéresser à l'oeuvre et de lui donner sa direction définitive. Le mode coopératif a été adopté comme étant la forme normale d'une telle entreprise qui sera régie par les lois et les règlements sur les habitations à bon marché. Les statuts fixent le montant des actions à 25 francs, ce qui ouvre la porte très large aux souscripteurs; ils admettent un fonds de prévoyance pour permettre à de généreux philanthropes de donner à la Société un appui pécunier assurant son avenir.
L'appel fut entendu et, le 11 janvier 1905, la Société était constituée au capital initial de 135.000 francs et possédait un fonds de prévoyance de 70.000 francs et plaçait à sa tête au conseil d'administration la plupart des membres de la commission.
Un terrain de 600 mètres fut acquis rue de Lille, 41. Cette maison se trouvera ainsi à proximité des grands bureaux féminins (caisse d'épargne postale, articles d'argent, télégraphe central, téléphone principal).
Les plans en ont été dressés par M. Bliault, architecte du gouvernement et du Musée social et qui, à ce dernier titre, a déjà coopéré à tant d'oeuvres intéressantes (édification des palais des congrès d'économie sociale aux Expositions universelles de Paris 1900, de Saint-Louis et de Liège et de nombreux et intéressants types d'habitations ouvrières).
La nouvelle maison aura six étages, sa façade sera élégante. Le sous-sol, surélevé, sera occupé par les cuisines, les lavabos, etc. Le rez-de-chaussée, d'une hauteur de plafond de 5 mètres, comprendra trois grandes divisions communiquant largement entre elles, un salon de travail et de lecture, un hall vitré et une salle de restaurant; une grande cour de 200 mètres est ménagée entre les bâtiments. Toute cette partie sera accessible aux locataires de la maison, une centaine environ, et aussi aux jeunes filles appartenant ou non à l'administration des postes et faisant partie du cercle. Par ce moyen, l'oeuvre étendra son action utile à un très grand nombre de personnes. Les chambres seront vastes, bien aérées, chauffées à la vapeur. Le mobilier modern-style qui les garnira sera fort coquet.
Les locataires auront à leur disposition de l'eau chaude, des salles de bains et de douches, etc..
Les matériaux sont tous de première qualité et les procédés de construction sont ceux qui résultent des derniers progrès de l'hygiène.
Malgré ce grand confort, les prix seront peu élevés, grâce, d'une part, à la faible rémunération du capital social, limitée par les statuts à 3% et, d'autre part, aux sacrifices que divers entrepreneurs et fournisseurs ont consentis en raison de la nature philanthropique de l'oeuvre.
Mais les dépenses pour une pareille entreprise sont très considérables: plus de 550.000 francs; pour y faire face, la Société a le produit de ses actions et les dons. Pour augmenter ses ressources, elle a dû emprunter à la Société française de crédit des habitations à bon marché. Tout cela réuni ne donne pas encore la somme nécessaire; convaincue néanmoins qu'une oeuvre sociale qui s'adresse à un si grand nombre de jeunes filles particulièrement intéressantes ne peut que trouver, partout où elle est connue, des sympathies et des appuis, la Société a décidé de se mettre à l'oeuvre sans plus tarder, tout en faisant un nouvel et pressant appel en vue d'obtenir de nouveaux dons et de nouvelles souscriptions d'actions. Les envois peuvent être faits à l'une quelconque des correspondantes de la Société ou à M. Frouin, secrétaire-trésorier, 103, rue de Grenelle.
C'est avec cet espoir que la Société a procédé à la pose de la première pierre de sa maison. La cérémonie a eu lieu sous la présidence de M. Alexandre Bérard. Il a été placé dans un tube en plomb une médaille commémorative à l'effigie de la République, des pièces de monnaie d'argent au millésime de 1905, une collection complète des figurines postales actuellement en usage.
Rendez-vous a été pris dans six mois pour l'inauguration des nouveaux bâtiments.
LES THÉÂTRES
La Comédie-Française vient de représenter avec le plus grand succès _les Phéniciennes_, drame en vers de M. Georges Rivollet que _L'Illustration_ a publié en août 1903, au lendemain de son apparition sur la scène du théâtre antique d'Orange. L'interprétation est à peu près la même qu'il y a deux ans; toute l'excellente troupe tragique du Théâtre-Français donne dans ce noble ouvrage qui, par le style et le choix des images, d'ordre purement classique, rend accessibles à tous, les beautés de l'oeuvre d'Euripide dont il est inspiré.
M. NAGELMACKERS