L'Illustration, No. 3253, 1er Juillet 1905

Part 2

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En somme, l'exposition présentait un tableau très fidèle et très complet de la population chevaline de la France, sauf peut-être en ce qui concerne les pur sang anglais, dont la qualité comme le nombre étaient médiocres et qui ne peuvent, en réalité, être appréciés à leur juste valeur que sur l'hippodrome. Elle permettait de juger de la variété et de la richesse des ressources fournies par notre élevage, ressources encore trop peu connues de nous et sur lesquelles peut-être les étrangers étaient mieux édifiés. En 1900, l'Exposition de Vincennes avait déjà pu nous donner confiance. Le concours de juin 1905 aura servi surtout à mettre en lumière nos races de trait: non seulement elles ont conservé leurs qualités originelles, elles les ont développées en y joignant d'autres mérites, alliant à la force et à la puissance dues à leur structure, d'apparence massive, une intensité d'énergie nerveuse et une souplesse d'allures qui les rendent plus résistantes que jamais à la fatigue et leur donnent du même coup une réelle beauté.

Les types les plus divers se rencontraient la semaine dernière à la galerie des Machines, portés presque à leur perfection, déjà admirablement appropriés aux services que peuvent attendre d'eux soit le luxe, soit l'industrie, soit--ce qui est plus essentiel encore--la défense nationale.

Les trois photographies que nous publions de trois des étalons primés donneront bien l'idée de cette diversité d'aspect.

Dans le cheval d'origine orientale, arabe ou anglo-arabe, se maintient toujours cette élégance aristocratique qui attire invinciblement le regard, qui appelle la caresse et qui, d'ailleurs, n'exclut point la vigueur, ni la résistance, au contraire! Notre cavalerie légère en a donné des preuves suffisamment nombreuses, et, à l'occasion, en donnerait de nouvelles encore.

Mais, sous une enveloppe plus grosse, en des membres plus épais, on peut trouver, comme nous l'avons déjà dit, chez nos étalons de trait, une solidité non moins grande et une harmonie des lignes non moins véritable. Vus par groupes surtout, ces percherons, ces bretons, évoquent bien l'idée du coup de collier irrésistible, dans lequel ils entraîneront les masses les plus lourdes.

Enfin, malgré leur aspect certes moins engageant sous leur toison floconneuse et souillée de fange, il ne faut point avoir de dédain pour les braves baudets et ânesses dont les rejetons pourront traîner la petite charrette si utile aux pauvres gens ou si réjouissante pour nos bébés. Ils furent d'ailleurs une des grandes distractions du public.

TROIS TYPES D'ÉTALONS PHOTOGRAPHIÉS AU CONCOURS CENTRAL HIPPIQUE

Le «Trou de l'Agneau» et le sommet du mont Margérias.

UNE PROUESSE DE CHASSEURS ALPINS

Les bataillons de chasseurs alpins ont à remplir un rôle de «couverture», c'est-à-dire doivent prendre et garder le contact avec l'ennemi, afin de pouvoir renseigner à tout instant le gros de l'armée. Ceci n'est possible qu'avec une connaissance parfaite des moindres accidents du terrain; aussi les secteurs dévolus à ces troupes d'élite sont-ils explorés par elles avec une minutie inconnue dans les autres armes. Le service y est plus dur, mais en même temps singulièrement plus intéressant, et le moral des hommes s'en ressent de la manière la plus heureuse.

Le 13e bataillon des chasseurs alpins, en garnison à Chambéry, sous la conduite du colonel Sauret, chef plein d'activité et d'initiative énergique, vient de se distinguer brillamment en forçant un passage nouveau au Margérias.

Au nord-est de Chambéry se trouve une grande crête rocheuse qui sépare les vallées du Châtelard et d'Aillon de celle de la Leisse. Orientée du nord au sud, elle s'étend, à vol d'oiseau, sur 12 ou 15 kilomètres de long. Son point culminant est le mont Margérias, 1.846 mètres. Ses deux versants sont de déclivités très inégales. Celui de droite forme un plateau qui descend lentement vers Aillon. Celui de gauche commence par une muraille à pic de 200 mètres environ et continue par des pentes très inclinées dévalant jusqu'à la Leisse.

Au lieu de contourner toujours cette longue crête par le nord ou par le sud, le colonel Sauret se proposa de l'attaquer en plein milieu, sous le sommet, là où se dessine une légère faille. Le projet était hardi. La légende voulait qu'un agneau, une fois, s'y étant inconsidérément lancé, avait réussi à en sortir sain et sauf; mais, de mémoire d'homme, personne n'avait jamais passé par là et aucun chef ne l'avait supposé possible. Ce qui est aisé pour un touriste délivré de tout _impedimentum_ peut devenir terrible pour une troupe en armes; et la chose n'est en outre intéressante, au point de vue militaire, que si elle peut s'effectuer dans un certain laps de temps assez court.

Le lieutenant Royer [2] et deux chasseurs ayant effectué une reconnaissance préliminaire, l'expédition est décidée et, à 2 heures du matin, six compagnies quittent la caserne de Joppet pour remonter la vallée de la Leisse.

Jusqu'au Chalet-aux-Cares (1.380 m.), atteint à 6 h. 30, c'est une simple promenade; c'est tout plaisir, mais voici venir la lutte et la fatigue. C'est d'abord 200 à 300 mètres d'un pierrier assez raide. Puis, à 7 h. 55, nous nous trouvons au pied même de la grande muraille du Margérias.

[Note 2: Enlevé récemment à l'affection de tous par une courte maladie.]

Nous avons à franchir une paroi scabreuse, rayée d'un couloir à peine indiqué, où les pierres tiennent mal. Le fusil est horriblement gênant, le sac tire d'une manière terrible, les hommes ont toutes les peines du monde à grimper, mais ils sont pleins d'entrain et les officiers pleins de sollicitude; le capitaine, Arbey et le lieutenant Fine (6e compagnie), se sont arrêtés aux deux plus mauvais pas de cette escalade, et, sans se lasser, prennent les fusils que chacun leur tend, à tour de rôle. A mi-hauteur, après un petit replat, la roche surplombe, et nous nous trouvons avec surprise à l'entrée d'une grande caverne noire, dont le sol accidenté est encore capitonné de neige.

Le noyau plutonique des Alpes est ceinturé par un épais anneau de roches sédimentaires, constitué en majeure partie de calcaire compact, mais feuilleté et fissuré. Tel est le Margérias. L'eau de pluie, et plus encore l'eau de neige, plus riche en acide carbonique, corrode le calcaire et y pratique à la longue d'incroyables refouillements.

Notre caverne n'est que l'orifice inférieur du «Trou de l'Agneau», boyau tortueux, coupé de brusques ressauts et qui finit par déboucher juste au sommet. La gymnastique heurtée à laquelle il faut nous livrer dans le sein de la roche, à la lumière tremblante de quelques lanternes, est curieuse et inoubliable.

Enfin, voici le jour. A 8 h. 25 nous émergeons en plein soleil, au haut de la montagne, à 1.850 mètres. Le passage est forcé avec un plein succès. La musique nous joue ses airs les plus réconfortants pour nous remettre de nos violents efforts.

Le retour (départ à 11 heures) eût été fort agréable sans un soleil torride et les lourdes charges qui nous appesantissaient! Mais chacun était fier du bel exploit accompli et c'est avec bonne humeur que nous nous préparons à enlever l'étape qui nous sépare encore de la grande halte.

La crête de la montagne est suivie vers le sud pendant 4 à 5 kilomètres, au bout desquels le col d'Averne (1.518 m., 11 h. 40), permet de redescendre dans la vallée de la Leisse. Un pierrier éprouvant et un versant rapide nous amènent enfin, à 1 heure, à Pougène: il y a onze heures que nous n'avons rien mangé et nous avons fait preuve d'une belle endurance.

Tout à fait gaillards, nous nous levons deux heures plus tard pour rentrer à Joppet, en excellente forme, à 5 h. 30.

EDOUARD MONOD-HERZEN.

UNE NOUVELLE SALLE AU MUSÉE DU LOUVRE

LES TRÉSORS RAPPORTÉS DE SUSIANE PAR LA MISSION DE MORGAN _(Photographies de M. G. Pissarro.)_

Il y avait une fois, dans un pays lointain, une reine qui s'appelait la reine Napir Asou. Elle avait épousé le roi Ountach Gal, qui était un fort bel homme et très galant.

Le roi Ountach Gal voulut un jour honorer son épouse. Il prescrivit à un artiste de choix de faire la statue de la reine et commanda qu'elle fût en bronze, adornée du mieux possible, faute de quoi le sculpteur aurait la tête tranchée ou serait simplement empalé, suivant ce qu'il aimerait le mieux. Si ce n'est vrai, c'est du moins vraisemblable.

Cela se passait, il y a trois mille cinq cents ans, à Suse en Susiane ou pays d'Elam, non loin du Tigre et de l'Euphrate, à deux pas du golfe Persique. Aujourd'hui, le chah de Perse, ami de la France et de Contrexéville, règne sur cette contrée, bénie peut-être, mais, à coup sûr, mal habitée. Des nomades y abondent, qui ne reconnaissent d'autre puissance que celle d'Allah et se soucient fort peu de celle du chah.

Depuis 1897, nous entretenons en Susiane une mission dite de la Délégation en Perse. Le ministère de l'instruction publique lui octroie généreusement 130.000 francs par an, et M. de Morgan, précédemment directeur général des antiquités de l'Égypte, en est l'admirable chef. Elle combat sur le champ de bataille de l'archéologie et fait, indistinctement, le coup de pelle, le coup de pioche et le coup de feu. Elle s'occupe de doter la France de tout ce qu'elle découvre de propre à enrichir le trésor scientifique de l'humanité et ne dédaigne ni la flore, ni la faune, à la grande joie de notre Muséum d'histoire naturelle. Ses principales trouvailles sont à présent au Louvre. Une nouvelle salle--trop petite--proche de celle du Mastaba, leur est réservée. MM. Bienvenu-Martin et Dujardin-Beaumetz l'ont inaugurée cette semaine. On y remarquera des peintures évocatrices, faites par le peintre Bondoux en Susiane. Leurs fraîches couleurs voisinent avec les pierres, les poteries et les bronzes vénérables dont le R. P. Scheil a déchiffré les inscriptions millénaires. La reine Napir Asou doit beaucoup de reconnaissance à cet illustre et modeste érudit.

La belle statue dont lui fit présent le roi son époux dormait ensevelie, à 20 mètres de profondeur, dans les ruines de l'ancienne acropole de Suse. L'an passé, quelques-uns des 800 ouvriers qui ont déblayé 280.000 mètres cubes de 1897 à 1905, sur les 1.220.000 que représente le tell de l'Acropole (il faudra vingt-cinq ans pour en venir à bout) mirent à jour l'effigie de Sa Majesté. L'oeuvre d'art était intacte, à la tête près, qui manquait. Elle manque toujours. Mais M. Lampre, le dévoué secrétaire de la Délégation, espère la trouver, et sa zélée collaboratrice, Mme Lampre, qui partage les joies et les peines de la mission, en restant modestement vêtue du costume de son sexe, a la même confiance. Cette tête, il nous la faut; on l'aura. Elle ne peut être que fort belle, car les femmes qui perdent la tête sont ordinairement jolies.

Napir Asou l'était. Le savant M. Van Branteghem s'en est porté garant dans _Saturday Review_. Dirons-nous, d'après lui, que la reine faisait fort bien la révérence? Le mouvement de la statue semble l'indiquer. Quel malheur que, lors du sac de Suse par quelque roi de Ninive ou d'ailleurs, elle ait été décapitée! Heureusement, on respecta sa robe. Elle était déjà à la mode actuelle: la jupe est «plissée-soleil». Mais, sur ce point, les savants discutent. Une seule chose est certaine: l'inscription qui est au bas de la statue. Le R. P. Scheil l'a traduite et voilà pourquoi, au pays des ombres, la reine Napir Asou lui est reconnaissante. Cette inscription énumère les noms, titres et grâces de Sa Majesté. Derrière elle veillent deux lions d'argile émaillé, qui virent le feu du four deux mille ans au moins avant Jésus-Christ. Plus loin, voici le code d'Hanimourabi, stèle de granit qu'un roi de Suse dut prendre en Babylonie à titre de trophée. C'est un monument d'une inappréciable valeur et qui nous donne le code civil des Chaldéens vingt siècles avant notre ère.

Nous avons eu, par la mission Dieulafoy, la révélation des splendeurs des Achéménides. Xerxès et Darius nous sont apparus dans l'éclat de leurs palais. Mais, avant eux, d'autres grands rois régnaient entre la mer Caspienne et le golfe Persique. La mission Dieulafoy effleura le sol où ils ont disparu; la Délégation de Perse, reprenant tout à pied d'oeuvre, va jusqu'au tréfonds des ruines, et l'antique Elam sort du tombeau. Voici des «koudourous», ou titres de propriété gravés sur pierre, qui ont cinq mille ans; voici un vase de bronze, magnifiquement ciselé cinquante siècles avant l'ère chrétienne. M. de Morgan et le R. P. Scheil savent déjà presque toute l'histoire de la Susiane et de la Chaldée depuis le lendemain du préhistorique. Un monde insoupçonné sort, grâce à eux, de la nuit du passé.

H. DE N.

[Illustrations: 1. Un groupe de dentellières.--2. La Muse de l'alimentation, marchande de fleurs et de primeurs.--3. Le buffet.]

Il s'est fondé récemment, sous le haut patronage de Mme la duchesse d'Uzès, avec le concours de femmes du monde, une institution fort intéressante destinée à encourager en France la très ancienne et très artistique industrie de la dentelle à la main, qu'il serait si regrettable de laisser péricliter; le but immédiat de cette oeuvre du «Travail au foyer» est de procurer aux ouvrières de la «partie», disséminées dans nos campagnes, une besogne à domicile, suffisamment rémunératrice.

Un comité, dont le vice-président, M. de Marande, prodigue son zèle de la façon la plus active, avait organisé, le 21 juin, au jardin des Tuileries, une grande fête au profit de l'oeuvre. Rien ne manquait au programme pour en assurer le succès: ni l'agrément du cadre de verdure, ni la variété des attractions, ni la précieuse collaboration du soleil. Pendant toute une journée, une foule où souriaient toutes les élégances, où figuraient les plus beaux noms de l'aristocratie française, se pressa sur la terrasse des Feuillants, devant l'exposition des dentelles, les groupes de dentellières, les boutiques des vendeuses titrées, et le luxe paya un large tribut à la bienfaisance.

LA FÊTE DE L'ÉLÉGANCE ET DE LA DENTELLE AU JARDIN DES TUILERIES

UNE FORTERESSE DU PRÉTENDANT MAROCAIN

Tandis qu'en Europe, à propos du Maroc, on se chamaille, on négocie à coups de conversations diplomatiques et de notes, au Maroc même on continue d'échanger des coups de fusil. Le prétendant Moulay M'hamed résiste énergiquement aux troupes du Maghzen.

La forteresse de Saïdia, au bord même de la Méditerranée, avec une défense naturelle de collines assez peu élevées, mais propres toujours aux embuscades, avec une bonne muraille crénelée, était une de ses positions principales. Elle vient de tomber aux mains des soldats du sultan, qui n'est pas autrement fâché, dans toute cette interminable campagne, de trouver quelquefois l'appui des canons français.

Sur les marches du palais législatif d'Athènes: passants et curieux regardant les taches de sang à l'endroit où M. Delyannis fut assassiné.

LA MORT DE M. DELYANNIS

La profonde émotion causée en Grèce par l'assassinat de M. Delyannis, président du Conseil, ne s'est pas bornée au monde politique. A la suite du tragique événement, ce fut, pendant plusieurs jours, un pèlerinage populaire vers le palais législatif au seuil duquel, le 13 juin, le vénérable homme d'État avait été mortellement frappé: on voulait voir la place même où il était tombé, et il semblait à cette foule expansive qu'elle manifestait mieux ainsi sa réprobation contre le meurtrier et sa sympathie pour la victime.

L'EXPOSITION COLONIALE DE NOGENT

Le jardin colonial de Nogent, que dirige avec tant de soins l'explorateur Jean Dybowski, est en ce moment le théâtre d'une Exposition coloniale fort intéressante, variée, et qui attire dans ces parages assez lointains, mais fort agréables, un public nombreux.

Cette Exposition a été inaugurée très brillamment, il y a une huitaine, par M. Clémentel, ministre des Colonies. En dehors de son côté sérieux (apiculture et botanique coloniales, beaux-arts), elle présente quelques attractions pittoresques. Elle a ses nègres, avec leurs pirogues, dans de jolis paysages de bambous aux fins feuillages, sa faune exotique, dont le clou est un petit éléphant de boîte de jeu, mais bien vivant, espiègle, haut d'un mètre à peu près, fantaisiste et tout à fait amusant.

LES BAGAGES DU KRONPRINZ

Après la célébration de leur mariage, le 6 juin, le prince impérial d'Allemagne et la princesse Cécile sont partis pour le château d'Hubertusstock, où ils vont passer leur lune de miel. Pour un pareil déplacement, les bagages ne furent pas, comme bien on pense, chose de minime importance, et ceux du kronprinz, à eux seuls, considérables par leur quantité et par leur poids, devaient fournir, à la bascule, ce qu'on appelle un joli «excédent». Une photographie nous les montre réunis sous le hall de la gare de Stettin: colis de toutes formes et de toutes dimensions, y compris un monumental étui à chapeau, timbré d'un chiffre couronné; un facteur du chemin de fer, préposé à leur garde, partage la consigne avec un chien bull, gravement assis sur une énorme malle et prêt à réprimer, de ses crocs redoutables, le moindre attentat à la propriété princière. C'est le cas d'appliquer le vieil adage: cave canem!

A L'EXPOSITION COLONIALE DE NOGENT-SUR-MARNE

NOS TRANSPORTS DE MOBILISATION EN 1870 ET EN 1905

Si _L'Illustration_, qui a publié en 1903, dans son numéro du 16 mai, un tableau de la mobilisation allemande, s'occupe aujourd'hui de la mobilisation française, ce n'est assurément pas avec l'intention de laisser entendre à ses lecteurs que cette mobilisation puisse être une éventualité proche. Rien ne permet de supposer que nous soyons à la veille, ou même à l'avant-veille, d'un conflit armé.

Il importe cependant que le public français ne croie pas que des complications, quelles qu'elles fussent, nous surprendraient au dépourvu, ou dans un état d'infériorité. Et les deux schémas que nous reproduisons ici sont, à cet égard, du plus haut intérêt. Ils montrent, de la façon la plus frappante, quels progrès la France a réalisés, depuis trente-cinq ans, dans l'organisation essentielle de ses transports de mobilisation.

Voilà où nous en étions en 1870... Voici où nous en sommes en 1905... Il est bon que tous les Français, et aussi tous les Allemands, puissent comparer d'un coup d'oeil _ceci_ à _cela_.

Hâtons-nous d'ajouter que ces schémas ne sont pas empruntés au plan de mobilisation de notre état-major général. Aucune divulgation criminelle ne les a mis entre nos mains et nous ne compromettons, en les publiant, aucun intérêt national. Nous les avons trouvés dans une brochure allemande.

C'est une de ces brochures semi-confidentielles que publient, à un petit nombre d'exemplaires, les officiers allemands des grandes villes de garnison lorsque, en présence de leurs camarades, ils ont fait une conférence remarquée, méritant les honneurs de l'impression et de l'envoi au grand état-major de Berlin.

Celle-ci, intitulée _Der noechste Krieg gegen Frankreich (la Prochaine Guerre contre la France)_, est l'oeuvre du major saxon von S...

Dans un premier tableau, l'auteur a résumé la façon dont s'effectua le transport des troupes françaises en 1870. On voit que trois lignes ferrées seulement, dont l'une était à double voie et les deux autres à voie simple, servirent à transporter l'armée du Rhin et que, toutes les lignes ferrées aboutissant à Paris, toute l'armée française mobilisée dut passer par Paris pour se rendre à la frontière. Il en résulta une lenteur, une irrégularité et un encombrement indescriptibles.

Il est facile de comprendre qu'une rapide concentration des armées à la frontière exige les conditions essentielles suivantes:

1° Chaque corps d'armée doit posséder, pour son transport à la frontière, une ligne ferrée indépendante;

2° Le transport sera plus rapide si la ligne est à plusieurs voies, si elle est choisie la plus courte possible, mais en même temps la mieux appropriée à une circulation intensive des trains, c'est-à-dire si elle ne comporte pas de rampes trop fortes pour les grands convois et des courbes à trop petit rayon.

En 1905, suivant le second tableau dressé par l'officier allemand, les conditions d'un transport de troupes françaises à la frontière de l'est sont merveilleusement remplies. Treize lignes à double voie (une de plus qu'en Allemagne) amèneraient 13 corps français, directement et dans le plus court temps possible, à la frontière. Ces 13 corps, s'ajoutant aux 3 corps de couverture (6e, 7e et 20e), formeraient quatre armées: sur l'Argonne, à la trouée de la Moselle, près de Nancy et sur les Vosges.

Le major von S... calcule ainsi le temps nécessaire à la mobilisation, au transport et à la concentration des armées françaises en 1905:

1° Envoi de l'ordre de mobilisation.......................... 1er jour.

2° Arrivée des réservistes, habillement; réquisitionnement des chevaux et voitures, terminés le...................................... 5e jour.

3º Embarquement des troupes et du matériel de chaque corps d'armée, terminé le. 8e jour 4° Transport à la frontière (2 jours), terminé le........................................................... 10e jour.

Repos de deux jours, terminé le.............................. 12e jour.

Concentration, terminée le................................... 13e jour.

Marche en avant, le.......................................... 14e jour.

En résumé, près de 700.000 hommes (y compris les troupes de couverture) seraient prêts à marcher en avant le 14e jour, contre 200.000 seulement, en 1870, dans le même laps de temps.

J. DELAPORTE.