L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905
Part 3
Faut-il croire, comme le fait un de nos compatriotes dans une lettre publiée par la Société d'histoire naturelle d'Autun, que nous avons «le Transvaal en France»? Toujours est-il qu'il y aurait, à Budelière-Chambon, dans la Creuse, des filons de quartz aurifère de réelle valeur. Ils contiendraient en moyenne 40 ou 50 grammes, parfois de 60 à 100 grammes, d'or à la tonne, ce qui est un titre exceptionnellement élevé. L'or s'y trouve combiné à la pyrite et peut être traité par cyanuration. Les filons sont assez puissants; le principal a 3 mètres de puissance. On peut le suivre sur un parcours de 40 kilomètres vers Château-sur-Cher et Saint-Maurice (Puy-de-Dôme): malheureusement il ne contient de l'or qu'à l'endroit où il s'enfonce sous les micaschistes, à Evaux et Budelière-Chambon. Des travaux d'exploitation ont été commencés: une usine de traitement sera établie sur le bord de la Tarde, et l'on saura avant peu ce que vaut la mine et si elle rappelle, fût-ce de loin, celles du Transvaal: les bonnes; pas celles sur les titres desquelles l'innocent public français s'est rué.
LES DEUX PACHAS.
Les admirateurs de Pierre Loti seront sans doute surpris de reconnaître leur écrivain favori sous le rouge tarbouch des sectateurs du Koran. Et, voyez l'influence de la coiffure, un Turc pur sang auquel nous montrions l'épreuve rarissime n'eut pas une seconde d'hésitation, et désignant Pierre Loti: «Voilà un Arménien; l'autre est un Européen.»
Or, l'autre est un authentique Égyptien, Mustapha Pacha Kamel, le très jeune chef de la _Jeune Égypte_, adversaire irréconciliable de l'occupation anglaise, depuis longtemps lié avec Loti d'une étroite amitié. A Constantinople on les appelle les Deux Pachas, le surnom de pacha étant fréquemment appliqué par nos officiers de marine aux capitaines de frégate.
Et c'est sur le pont du _Vautour_, le stationnaire français commandé par Loti sur le Bosphore, que l'appareil photographique surprit les Deux Pachas, l'auteur d'_Aziyadé_ et le brillant polémiste égyptien.
LE VERRE ARMÉ.
Comme le ciment armé, le verre armé est maintenant de plus en plus employé dans les constructions.
Le verre armé, dont le principe fut breveté par un Américain, s'obtient en laminant deux couches de verre entre lesquelles on place un treillis métallique.
Le produit présente une cohésion et une ténacité remarquables; et, en cas de rupture, les fragments de verre, au lieu de se séparer, demeurent adhérents, retenus par le treillis métallique. C'est le principal avantage du verre armé.
Par d'intéressants essais, faits récemment, MM. Schlernitzauer et Crochet, directeurs de la Compagnie de Saint-Gobain, ont constaté qu'une plaque de verre armé de 6 millimètres d'épaisseur, de 1 m,25 sur 0m,45, pouvait supporter un poids de 475 kilos; avec 600 kilos, elle ne se rompit point, mais fut seulement courbée et fendillée.
Autre qualité importante du verre armé: une construction légère dont les parois sont faites de verre armé résiste à un feu très vif allumé à l'intérieur, tandis qu'une vitre ordinaire se brise dès les premières atteintes de la flamme.
De telles qualités désignent manifestement le verre armé pour les toitures, les étalages, les vitrages; mais son application à la construction des escaliers est particulièrement heureuse, car les escaliers en verre permettent l'éclairage facile des descentes de sous-sols; leurs marches ne sont pas glissantes et, en cas d'incendie, leur supériorité sur les escaliers en bois n'est pas contestable.
LA TRANSMISSION PRÉCISE DE L'HEURE PAR TÉLÉPHONE.
A la suite d'un voeu exprimé par la Chambre syndicale de l'horlogerie de Paris, l'observatoire du Bureau des longitudes vient d'indiquer un procédé permettant d'utiliser, pour la transmission précise de l'heure, les facilités que procure aujourd'hui le réseau téléphonique.
L'heure est transmise avec la même précision que si le destinataire se trouvait auprès de la pendule elle-même, en transmettant directement le bruit des battements de la pendule. L'expéditeur numérote à la voix deux ou trois battements et le destinataire continue à compter à l'oreille.
Ce mode de transmission de l'heure paraît appelé à rendre de grands services à l'horlogerie et aux établissements scientifiques qui ont besoin de connaître l'heure avec précision, et cela non seulement à Paris, mais encore dans toutes les localités reliées au réseau téléphonique.
Les ports de guerre et de commerce pourront désormais se dispenser d'établir des observatoires astronomiques pour régler les chronomètres des navires en partance; il leur suffira de posséder une pendule ou même un chronomètre et de régler de temps à autre cet instrument par le téléphone.
C'est ainsi que, le 25 mai, le contre-torpilleur _Escopette_, actuellement à Brest, a pu régler ses chronomètres sur la pendule de l'observatoire de Montsouris.
Le même procédé pourrait être utilisé pour la détermination des longitudes: grâce à la transmission directe des battements, les observateurs des deux stations pourraient, en effet, noter les heures de leurs observations à une seule et même pendule.
PRÉDICATION EN FORÊT.
Ceci se passe non pas dans quelque lointaine région, chez quelque peuplade primitive, nouvellement initiée aux bienfaits de la civilisation, mais sur le territoire d'une commune suburbaine, située au sud-est de Berlin. Johannistal--tel est le nom de cette localité bénie--possède une forêt, et des esprits judicieux ont estimé que cette forêt pouvait être, pendant l'été, un sanctuaire naturel très propice à l'exercice du culte luthérien. Les hauts fûts et les frondaisons des arbres ne rappellent-ils pas les colonnes et les voûtes du temple? Ses solitudes n'en offrent-elles pas la paix et la majesté sacrées? Toujours est-il que ce culte «luthéro-sylvain» attire déjà beaucoup de monde et, à voir l'empressement des fidèles à venir s'asseoir sur les bancs rustiques, devant la chaire rudimentaire où le pasteur commente l'Évangile, il est permis de prévoir, pour les prochains mois caniculaires, une affluence plus considérable encore. La pratique de la religion se concilie d'ailleurs fort bien avec un certain souci du bien-être corporel: puisqu'elle s'accommode, en hiver, du chauffage des églises, pourquoi s'interdirait-elle, en été, la fraîcheur des bois?
La première vogue, déjà lointaine, du chapeau de Panama avait été suivie d'une longue période de défaveur, presque d'oubli; il y a quelques années encore, c'est à peine si de rares contempteurs de la mode, gens d'âge mûr, osaient, l'été venu, arborer ce couvre-chef aux bords larges et souples, commode mais suranné. Par un de ses retours coutumiers, la mode, depuis plusieurs saisons, l'a de nouveau adopté; elle lui fait la part belle parmi ses concurrents et même on peut dire qu'étant d'un prix beaucoup plus abordable qu'autrefois il commence à se démocratiser.
Aujourd'hui, l'État qui a donné son nom à cette coiffure estivale ne la fournit plus guère; les meilleurs «panamas» viennent de la République de l'Équateur, de Porto-Rico et des Antilles; d'ailleurs, c'est surtout la matière première, tirée des fibres d'un arbre du genre latanier, que les pays de production exportent en Europe, où elle est mise en oeuvre. Cette branche de l'industrie chapelière s'est particulièrement développée dans la région de Nancy et en Alsace-Lorraine.
Après le blanchiment par un procédé chimique, les chapeaux sont soumis au séchage en plein air et, comme notre gravure permet d'en juger, cette phase de la fabrication n'est ni la moins curieuse ni la moins pittoresque: on croirait voir de haut onduler, sous le soleil, une foule compacte aux centaines de têtes uniformément coiffées.
UNE AMAZONE AMÉRICAINE.
Cette amazone fameuse de l'autre côté de l'Atlantique émerveillait dernièrement New-York par ses rares talents de sportswoman. Non contente de dresser et de maîtriser les chevaux les plus intraitables, elle dompte, et monte des taureaux sauvages; en outre, maniant le lasso avec la maîtrise du plus habile gaucho, elle capture elle-même ces animaux: telle est son habileté qu'elle a réussi à en forcer jusqu'à trois ensemble en l'espace de trois minutes et demie.
Rossie Mulhall (elle porte en réalité le prénom de Lucile), est une des filles de M. Elias Mulhall, surnommé le «roi d'Oklahoma» et qui s'honore de compter parmi les amis du président Roosevelt. C'est une jeune personne plutôt frêle d'apparence, ne pesant même pas 50 kilos, mais d'une vigueur musculaire et nerveuse peu communes. Vêtue d'un costume mi-masculin, mi-féminin, coiffée d'un large feutre, elle chevauche hardiment d'extraordinaires montures sur les promenades publiques, où ses apparitions ne manquent pas de faire sensation.
A propos des prouesses sportives accomplies contre l'ordinaire avec des bêtes à cornes, il n'est pas sans intérêt de rappeler la création à Madagascar, aux environs de Majunga, il y a quelques années, d'une véritable «cavalerie de boeufs». M. Sluszanski, en effet, avait pu dresser à la voiture et à la selle une trentaine de boeufs, capables, comme le constate un rapport officiel, de rendre de grands services dans notre colonie pour les transports et le déplacement du personnel.
LE LOYALISME EN SUÈDE
On a vu plus haut par quelles manifestations a été salué, en Norvège, l'acte consacrant la séparation entre les deux pays Scandinaves. Mais la Suède, en revanche, est demeurée ardemment loyaliste, et l'on peut se rendre compte, par les photographies ci-dessus, des acclamations qui saluèrent, à Stockholm, le roi Oscar sortant du Palais, à l'heure même, ou à peu près, où la Norvège célébrait bruyamment ce qu'elle considère comme son «émancipation».
LE HÉROS D'USSEAU
On n'a pas encore eu le temps d'oublier les exploits désormais légendaires de cet ancien garde-chasse poitevin qui naguère, à Usseau, village voisin de Châtellerault, soutint, le fusil au poing, un siège en règle contre la force armée, barricadé dans sa maison d'où l'on ne put le déloger que par la dynamite. Inculpé d'une tentative de meurtre, Roy refusait obstinément de rendre des comptes à la justice. Depuis qu'il est tombé entre ses mains, l'intraitable vieillard a, paraît-il, renoncé au rôle périlleux de prévenu récalcitrant; ses rapports obligatoires avec les gendarmes dont il avait juré l'extermination le trouvent d'une docilité exemplaire: le lion s'est fait mouton. Il se produit parfois de ces métamorphoses.
UN MARIAGE PRINCIER A WINDSOR
Le 15 juin a été célébré, au château royal de Windsor, le mariage de la princesse Marguerite de Connaught, nièce du roi d'Angleterre, avec le prince Gustave-Adolphe de Suède, fils du prince héritier.
Nul cadre ne convenait mieux au somptueux apparat d'une telle cérémonie que la chapelle Saint-Georges, un bijou d'architecture ogivale, décorée d'antiques bannières; à travers le grand vitrail du fond, le soleil propice inondait de sa clarté l'intérieur de la nef, rehaussant l'éclat des brillants uniformes, des riches étoffes aux couleurs chatoyantes, des parures étincelantes, des épaules décolletées suivant l'étiquette anglaise.
Edouard VII, la reine Alexandra et les membres des deux familles occupaient les premiers rangs de l'assistance. Parmi les principaux personnages invités on remarquait le khédive; c'est, en effet, en Égypte, au cours d'un voyage, que les futurs époux se rencontrèrent à un bal donné au palais du Caire, puis se fiancèrent.
La fiancée fit son entrée, accompagnée de son père et de ses demoiselles d'honneur: les princesses Patricia de Connaught, sa soeur; Mary de Galles, Béatrice de Saxe-Cobourg-Gotha, Eugénie de Battenberg. Elle portait une robe en point d'Irlande, cadeau des dames d'Érin, dont le dessin représente des lis, des trèfles et des reines des prés; un voile brodé de son initiale avec couronne et guirlandes de trèfles. Comme bijoux, la princesse Marguerite n'avait ajouté à sa toilette que des perles ayant appartenu à la reine Victoria, son aïeule.
NOUVELLES INVENTIONS
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LUNETTES SPORTIVES
Le docteur Mirovitch s'est attaché à doter le sport automobile de lunettes présentant le minimum de laideur, ou même n'ayant rien de disgracieux, tout en offrant un confort supérieur à celui des lunettes ordinaires. Il semble bien que son but soit atteint; ses lunettes protègent les yeux avec une sécurité absolue contre la poussière des routes et tout courant d'air.
Elles empêchent pendant tout le trajet, par tous les temps et en toute saison, la formation de toute buée obstruant le champ visuel du sportsman.
Elles procurent aux yeux, même pendant les courses de grande vitesse, une circulation douce et rationnelle d'air atmosphérique et donnent à l'automobiliste ou au cycliste une sensation de bien-être tout en lui permettant de tenir les yeux largement ouverte, sans inconvénient aucun, sans clignements ni larmoiements.
Le sporstman peut, par conséquent, regarder normalement, c'est-à-dire horizontale ment, fixer nettement les objets rencontrés en cours de route et, par suite, s'orienter parfaitement, et cela sans la moindre fatigue pour les yeux.
Nos deux figures rendent compte du dispositif adopté pour réunir ces multiples avantages.
L'armature de la lunette (fig. 1) est en aluminium et, par suite, fort légère. Des rubans élastiques (h, i, j, k), passant par-dessus les oreilles et s'agrafant derrière la tête, assurent une fixation sure, sans gêne et sans excès de pression.
Les verres (B) possèdent une courbure transversale permettant la vision latérale bien mieux que les verres plans ordinaires; ces verres peuvent d'ailleurs être remplacés sans difficulté par des verres fumés de même courbure dans le cas de trop vive lumière, ou par des verres concaves ou convexes destinés aux myopes ou presbytes.
L'aération a été l'objet d'une étude spéciale; elle est douce et suffisante, grâce à l'emploi de deux tubes superposés, étroits et aplatis (o', o). Ces tubes, assez longs, sont infléchis en arrière et se terminent près de l'oreille. Ils prennent l'air en arrière et à contre-vent pour le diriger dans la chambre formée par le verre et l'oeil. L'un des tubes sert de canal de pénétration à l'air frais, l'autre sert de dégagement pour l'air échauffé. Ce système d'aération empêche, en cours de route, la formation de buée à l'intérieur des lunettes. Certainement, au premier moment après l'application des lunettes sur les yeux, ainsi qu'aux moments d'arrêt, les verres se couvrent d'une légère buée, prouvant ainsi la clôture hermétique du pourtour de l'oeil; mais cette buée disparaît instantanément dès les premiers tours de roue.
L'application au pourtour orbitaire, avec clôture absolument hermétique et sans aucune pression sensible, se fait à l'aide d'un bourrelet en tube de caoutchouc souple, entourant le bord libre de la coque des lunettes. Ce bourrelet prend point d'appui sur l'os du nez, sur la partie saillante de la pommette et sur la partie externe du rebord orbitaire au niveau de l'extrémité du sourcil.
Partout ailleurs le contact est intime mais sans aucune pression.
L'arcade sourcilière, en tombant librement sur le bourrelet, contribue à l'occlusion hermétique, en formant paroi.
Les deux globes des lunettes sont reliés par un pont métallique (d, g, D) qui peut s'allonger ou se raccourcir suivant la conformation de la racine du nez de chacun et se maintenir à l'écart voulu grâce à un curseur.
Cet exposé montre quelles patientes études ont présidé à la construction de ces lunettes qui marquent un progrès remarquable sur les disgracieux instruments habituellement employés.
Ces lunettes se trouvent en vente chez _M. Ed. Cahen, 3, rue Meyerbeer, Paris_, au prix de 22 francs avec une seule paire de verres et 30 francs avec une paire de rechange.
UN NOUVEL ENCAUSTIQUE
La «Triomphante», tel est le nom donné par son inventeur à cette composition nouvelle qui présente des avantages marqués sur les produits courants.
La «Triomphante» est un encaustique liquide extrêmement commode à appliquer, et donnant aux meubles et parquets un brillant des plus durables.
Au dire de l'inventeur, cet encaustique, en imprégnant les bois sur lesquels on l'applique, les rend imperméables et indestructibles par les vers; de même les taches sont absorbées et disparaissent. Le mode d'emploi est des plus simples: il suffit de bien mélanger le produit avant de s'en servir, d'en prendre légèrement avec un chiffon et de l'étendre sur la partie à cirer: le liquide séchant instantanément, frotter de suite avec un morceau de laine bien sec, le brillant paraît immédiatement.
Dès la première application, le bois s'imprègne et un litre de ce produit peut couvrir 50 mètres carrés; il en faut de moins en moins pour les applications suivantes et, au bout de trois applications, il n'est guère nécessaire d'en mettre que de temps à autre.
L'eau et la boue s'enlèvent aisément: il suffit d'éponger l'eau ou de laver la boue, de laisser sécher et de frotter avec le morceau de laine pour retrouver le même brillant qu'auparavant.
Cet encaustique se vend 3 francs le litre, 1 fr. 85 le l/2 litre, et 1 fr. 20 le 1/4 de litre; il se fait en trois teintes, du clair au «vieux chêne». Des flacons échantillons sont envoyés moyennant 0 fr. 30.
S'adresser à _M. Bodin, 181, avenue du Haine, Paris_, ou chez _M. Daveau, 5, place de la Préfecture, Poitiers_.
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