L'Illustration, No. 3252, 24 Juin 1905

Part 2

Chapter 23,148 wordsPublic domain

Evidemment, des dissentiments graves ont motivé cette rupture. D'abord, c'est un peu par la force qu'en 1814, la Norvège avait été unie à la Suède. Elle semble n'avoir jamais accepté cette union que comme un mariage de raison. Les querelles ont été fréquentes entre les deux pays jusqu'au moment où la Norvège formula, de façon précise, ses griefs. Cela remonte à 1836, tout simplement, et l'on voit qu'un ménage bien établi peut subsister longtemps sur le pied de guerre. Puissance maritime avant tout, elle exigeait une représentation consulaire distincte de celle de la Suède. Elle voulait aussi un ministre des affaires étrangères à elle,--cette question étant intimement liée à la première. Enfin, et surtout, pourrait-on dire, elle voulait avoir son pavillon national propre. L'accord de 1814 portait que les deux pays auraient chacun son pavillon, rappelant, dans le quartier supérieur contigu à la hampe, les couleurs de l'autre pays. C'était le «pavillon d'union». Le drapeau de la Suède, bleu avec une croix jaune; celui de la Norvège, rouge, avec une croix gros bleu bordée de blanc. Le canton portant la marque d'union rappelait, en Suède, le rouge, le bleu et le blanc de la Norvège; en Norvège, le bleu et le jaune de la Suède. C'était un petit pavillon dans l'angle du grand. Dès 1821, les deux sections du Storthing,--le parlement entier,--adoptaient une décision portant que le pavillon norvégien serait rouge vif, divisé par une croix bleu foncé aux bords blancs. Le roi opposa son veto à cette décision. Ce n'est qu'en 1828 qu'un décret royal accorda seulement aux navires marchands norvégiens la faculté de battre ce pavillon. Ce n'était qu'une licence octroyée. Mais le pavillon de guerre demeurait pavillon suédois d'union, c'est-à-dire, en fait, le pavillon suédois, les deux pays n'ayant qu'une marine de guerre et une armée. D'où les dissensions.

En 1899, après une lutte très vive contre la couronne, le Storthing proclamait la suppression du canton d'union de tous les pavillons marchands et de ceux des édifices nationaux. Seuls les drapeaux militaires portaient encore en dernier lieu la marque d'union. C'en est fait, désormais: la Norvège, indépendante, a son drapeau à elle.

APRÈS LA VICTOIRE DE MOUKDEN

Réjouissances au camp japonais en l'honneur des morts.

Notre correspondant de guerre avec l'armée japonaise nous écrit du quartier général:

Le plus grand honneur pour un soldat japonais est de se faire tuer pour son pays. Il ne chante pas: «Mourir pour sa patrie est le sort le plus beau!» mais il le croit et agit en conséquence. La mort sur le champ de bataille, loin d'être pour la famille du défunt une cause de tristesse, est au contraire une cause de légitime orgueil et nulle trace de chagrin ne doit paraître sur les visages.

Ceux qui sont morts pour leur pays continuent à vivre dans l'esprit et le coeur de leurs nationaux et nulle part, peut-être mieux qu'au Japon, les honneurs funèbres ne leur sont rendus. Les préoccupations de la guerre elle-même n'empêchent pas l'armée de s'acquitter de ses devoirs envers ceux qui sont tombés sous les balles ennemies. Après chaque bataille, une imposante cérémonie funèbre a lieu, presque toujours par division. Très souvent on choisit, pour rendre les honneurs posthumes, une localité où un combat particulièrement violent a été livré.

A quelques kilomètres au sud-ouest de Moukden, la 5e division fêtait ses morts, il y a quelques jours. Pendant cinq jours, de puissantes redoutes russes l'avaient arrêtée dans sa marche en avant. Mais, le 10 mars au matin, les Japonais s'étaient enfin emparés de la position.

Sur une petite éminence qui domine la redoute principale, un autel a été dressé. Des branches de pins, traînées de très loin, ont été plantées en terre et leur verdure jette une note gaie sur la monotone tristesse de la jaune plaine mandchourienne. Sur le sommet du monticule, une simple poutre fichée en terre rappelle qu'une affaire meurtrière s'est déroulée ici même et que quelques centaines de braves n'y ont pas marchandé leur vie. Sur la droite, un énorme obus, de 5 mètres de haut, en toile peinte, contribue à donner un aspect tout à fait martial à la cérémonie.

Des offrandes sont faites aux morts, des prières sont dites par les aumôniers de l'armée, revêtus de leurs robes de brocart, les esprits des morts sont évoqués et tous les officiers envoyés en délégation viennent brûler de l'encens. Successivement des détachements de chaque régiment viennent saluer les camarades glorieusement tombés.

Ceux qui sont morts pour leur patrie et qu'on vient d'honorer vont maintenant se divertir avec leurs camarades, car une fête funéraire de cette nature ne doit pas être triste. Des tables 'sont dressées: la musique attaque ses airs les plus gais et toutes sortes de divertissements vont se succéder. Le troupier japonais est extrêmement ingénieux. Avec un rien il arrive à faire quelque chose. Il sait se grimer à merveille, mimer la démarche d'une _mousmé_, prendre les attitudes hiératiques des Samouraïs et aussi donner la note gaie et comique.

Ainsi nous avons vu défiler la vieille armée japonaise, des troupes de paysannes, des musiciens improvisés, des acteurs célèbres, des lutteurs. Car la lutte est très en faveur au Japon. Une salle de lutte est organisée: les champions sont nombreux.

Et, chose intéressante, sur ce terrain encore jauni de la trace des explosifs, couvert de balles de shrapnells, où l'on se heurte à chaque pas à des culots d'obus, où l'on se battait avec acharnement il y a un mois encore, aujourd'hui on s'amuse et l'on boit, et les fossés de la redoute russe servent de vestiaire aux lutteurs pour se mettre en tenue et aux pseudo-_mousmés_ pour se grimer et nouer leur _obi_.

UNE PARADE A TSARSKOÏÉ-SÉLO

Il y a peu de temps, un bruit courut et s'accrédita pendant une journée entière: celui de la mort du tsar Nicolas II. Non seulement ce bruit était inexact, mais il n'était fondé sur rien; il était né on ne sait où, on ne sait comment. L'empereur Nicolas II continuait de résider au palais de Tsarskoïé-Sélo, où il s'était rendu avant les émeutes du mois de janvier et qu'il a quitté seulement ces jours derniers pour la ferme de Péterhof.

Les photographies que nous publions ici ont été prises à Tsarskoïé-Sélo par notre correspondant C.-O. Bulla, il y a une dizaine de jours. Elles nous montrent bien que, si quelque chose est en train de changer en Russie, ce ne sont pas, du moins, les très vieilles traditions de la maison impériale.

Le grand-duc Dmitri Pavlovitch, cousin germain de l'empereur, âgé de quatorze ans, était déjà chef du 11e régiment de grenadiers. Il a été, l'autre jour, fait chef du 2e régiment de tirailleurs, et c'est à cette occasion qu'eut lieu la parade que nos photographies représentent et à laquelle assistèrent, du balcon décoré du palais Catherine, les deux impératrices et les grandes-duchesses Xénia et Olga Alexandrovna et Marie Pavlovna.

Quand leur jeune chef, son brevet à la main, marchant immédiatement derrière l'empereur, passa devant les rangs de tirailleurs, les soldats l'acclamèrent avec ce bel entrain du soldat russe--qui survit à tous les revers.

AU CIRCUIT D'AUVERGNE

Les critiques dont le choix du circuit d'Auvergne a été l'objet, à cause des difficultés, des périls même, disait-on, de ses différences de niveau et de ses virages nombreux et excessivement courts--nous en avons donné à deux reprises, dans de précédents numéros, des vues saisissantes--ces critiques se sont trouvées heureusement peu justifiées par l'épreuve éliminatoire des voitures françaises qui a été courue, le 16 juin, sans accidents sérieux.

Mais l'Automobile-Club avait pris toutes les précautions imaginables, sans ménager ses efforts ni ses frais, élevant des balustrades de bois dans toute la traversée des villages, construisant ici une passerelle qui permettait aux piétons de passer d'un côté à l'autre de la route en toute sécurité, édifiant là de véritables ponts de bois sur lesquels les voitures de la coupe franchissaient les voies ferrées, remblayant le côté extérieur des tournants pour les rendre possibles, sinon faciles, westrumitant le sol pour éviter la poussière, bref, faisant du tracé de ce circuit une véritable piste d'autodrome.

De leur côté, les conducteurs concurrents l'avaient longuement étudié et pratiqué. Ils ont pu l'aborder, le jour de l'éliminatoire, avec autant de hardiesse que de sûreté et il en est résulté une épreuve d'un intérêt pratique considérable pour l'industrie automobile. Les voitures n'y ont pas atteint le «cent» à l'heure, qu'elles auraient toutes dépassé de beaucoup en palier, mais elles ont fait plus de 70 kilomètres de moyenne (Théry: 72 kil. 500) en obligeant tous leurs organes, du moteur aux pneumatiques et de l'arbre de direction aux freins, à subir le maximum de fatigues violentes et d'usure, et en indiquant par là même avec quelque précision leur force de résistance.

L'ÉLIMINATOIRE FRANÇAISE DE LA COUPE GORDON-BENNETT

Nos photographes, judicieusement disséminés autour du Circuit, ont pris, pour nos lecteurs, des clichés de tous les aspects et de tous les épisodes intéressants.

Voici d'abord, dans la plaine ordinairement déserte de Laschamp, au pied du Puy-de-Dôme, l'éphémère cité des tribunes, avec son tableau où les chronométreurs, pour calmer l'impatience des curieux, font inscrire à chaque tour le classement provisoire des concurrents. Déjà, la veille, pendant les opérations du pesage, l'étendue, alentour, s'était peuplée de véhicules venus de Paris et de tous les coins de la province.

Voici un des campements volants installés par les maisons de construction pour le ravitaillement en essence, en pneumatiques, etc., des voitures en course, et leur réparation hâtive, en cas de panne. Voici l'horloge du contrôle de Laqueuille, dont l'aiguille, déclenchée à l'arrivée d'une voiture trop rapprochée de la précédente, marquait, en faisant le tour du cadran, les trois minutes neutralisées de l'arrêt de réespacement.

Et voilà les péripéties mêmes de la course: départ, arrêt pour le contrôle, côtes gravies à toute allure... Tels de nos opérateurs, obéissant à l'impulsion du devoir professionnel, s'étaient placés à proximité des virages dangereux; c'est ainsi que nous avons deux beaux instantanés du gagnant, Théry, virant en vitesse sur sa voiture Richard-Brasier: la première fois, seul; la seconde fois, au moment où il va dépasser un concurrent, le conducteur de la Touloubre, pilotant une voiture Darracq.

Deux accidents, relativement peu importants, ont seulement, comme on sait, marqué cette journée, fameuse dans les annales du sport automobile. Un des plus audacieux conducteurs, M. Henri Farman, ayant abordé un virage, dans la descente de Clermont, à pleine allure, se sentit violemment enlevé ainsi que son mécanicien, hors du cercle centrifuge et projeté dans un arbre bordant un ravin. La voiture, libre de toute direction, disparut. Elle fut retrouvée par un groupe de curieux--dont un de nos correspondants--enfouie sous les broussailles, au fond du précipice. M. Girardot s'était engagé à toute vitesse dans la descente de Sayat, lorsque le pneumatique d'une de ses roues avant se sépara, d'un seul coup, en deux cerceaux de caoutchouc, dont un bloqua la direction. La voiture quitta la route, heurta un arbre, fit panache. Par un hasard aussi extraordinairement heureux que celui dont M. Farman avait été favorisé, M. Girardot et son mécanicien en étaient quittes pour quelques contusions.

_Mouvement littéraire_

_Mémoires du comte Valentin Esterhazy_, publiés par Ernest Daudet (Plon, 7 fr. 50).--_Madame Atkyns et la Prison du temple_, par Frédéric Barbey, avec préface de Victorien Sardou (Perrin, 5 fr.)--_Psychologie de deux Messies positivistes: Saint-Simon et Auguste Comte_, par Georges Dumas (Alcan, 5 fr.).

Mémoires.

Issu d'une famille hongroise, mais né en France, le comte Valentin Esterhazy servit brillamment dans un régiment de hussards et fit la guerre de Sept ans. Aux fiançailles de Marie-Antoinette, il fut chargé d'aller porter à Vienne le portrait du Dauphin. On l'aperçoit à Versailles, dans la familiarité de Louis XVI et de la reine. Mais quelle discrétion il montre sur le compte de la famille royale! Rien sur les amusements innocents de Trianon et du Hameau; il a connu le comte de Fersen, mais ne nous en donne même pas une légère esquisse. Peut-être aussi a-t-il considéré comme peu importants ces détails qui nous intéresseraient tant aujourd'hui. Royaliste fervent, le comte Valentin n'admet aucune diminution de la puissance royale, ni aucune des idées de l'Assemblée constituante qu'il appelle souvent la Convention. Mirabeau l'aîné est traité de scélérat avec lequel le roi et la reine n'eussent jamais dû communiquer, et Necker de charlatan qui remplace un ignorant, c'est-à-dire Loménie de Brienne. Nous avons à découvert, dans les _Mémoires_ du comte Valentin, l'âme d'un royaliste ultra aux débuts de la Révolution française. Mais là où le comte Esterhazy est vraiment neuf, c'est quand il nous entretient de l'émigration et de son séjour à la cour de l'impératrice de Russie. Louis XVI, que, dans la circonstance, devait encourager Marie-Antoinette, semble fort se méfier de ses frères, le comte de Provence et le comte d'Artois. Il a auprès des différents gouvernements un agent à lui, le baron de Breteuil, lequel n'a d'autre souci que de faire connaître la volonté de son maître et de ruiner l'influence des frères du roi. Presque toujours le baron de Breteuil a des desseins opposés à ceux des chefs de l'émigration. Cela nous explique peut-être la défaveur dans laquelle tomba, auprès des puissances européennes, l'armée de Condé, et pourquoi on hésita, surtout en Autriche, à user de ses services. En lisant la fameuse déclaration du duc de Brunswick, l'impératrice répéta au comte Esterhazy: «Malheur au pays qui espère son salut des troupes étrangères!» Ces pages qui, peut-être, ne satisfont pas complètement notre curiosité, mais dont la publication semble avoir achevé de rendre M. Ernest Daudet digne du prix Gobert, s'arrêtent à l'année 1797.

Madame Atkyns.

Que vaut ce volume de M. Frédéric Barbey, préfacié par M. Victorien Sardou? Quelle nouveauté nous apporte-t-il sur l'enfant du Temple? On l'a loué un peu partout; il fait partie des livres d'histoire dont l'opinion, en ces derniers temps, s'est particulièrement préoccupée. Sans doute, il abonde en renseignements curieux; mais, sur le point principal, sur la survivance de Louis XVII, il ne jette, je l'avoue, aucune lumière en mon esprit. Une Anglaise. Charlotte Walpole, après avoir déployé son talent au théâtre, de Drury-Lane, avait épousé lord Atkyns. Elle était venue à Versailles, s'était passionnée pour la reine. A prix d'or, elle parvint plus tard à pénétrer près d'elle dans la prison et lui promit de ne rien négliger pour sauver le Dauphin. Elle devait, en effet, dans cette entreprise, dépenser plus de 2 millions, c'est-à-dire à peu près toute sa fortune, ce dont la Restauration lui fut fort peu reconnaissante. Comment mena-t-elle son affaire? A Londres, elle nous apparaît aux mains de trois personnages: le chevalier de Frotté, chef, à un certain moment, de la chouannerie normande; Yves-François Cormier, émigré, ancien procureur du roi au présidial de Rennes; et un petit homme fort remuant, le baron d'Auerweck. C'est Cormier qui mène tout, après avoir mis à l'écart le chevalier de Frotté, pour lequel cependant lady Atkyns semble avoir eu quelques bontés. Rien de plus énigmatique que l'ancien procureur du roi. Il règle la dépense de lady Atkyns dans son entreprise et lui raconte des histoires plus ou moins romanesques. Dans la prison, on aurait, dit-il, substitué d'abord un muet, puis un scrofuleux au fils de Louis XVI, caché dans les combles jusqu'au jour où sa fuite serait possible. Peu à peu s'en vont toutes les ressources de la bonne et naïve Anglaise, qui se contente des imaginations de Cormier. Pas l'ombre d'un Louis XVII, pas une seule apparition bien constatée de l'enfant royal. Peut-être M. Barbey et M. Sardou lui-même se sont-ils exagéré la valeur des documents qui sont tombés en leurs mains. Une femme enthousiaste et simple et deux hommes douteux, voilà ce que l'on saisit dans toute cette affaire. Au moment où je termine ces lignes paraît, à la librairie Perrin, le _Drame de Varennes_, de M. Lenôtre (5 fr.). Comme ce travail, piquant et minutieux, se rattache aux livres précédents, je dois à mes lecteurs de le leur signaler.

Deux Messies.

Ce qui fait l'originalité de cette étude fort savante et fort littéraire en même temps, c'est le lien qu'a établi M. Dumas entre Saint-Simon et Auguste Comte. Le premier a inspiré la philosophie positive, le second l'a fondée. De 1817 à 1824, Comte servit de secrétaire à Saint-Simon. Le XVIIIe siècle et la Révolution française avaient tout détruit, il fallait reconstruire; à la place de l'anarchie, on devait remettre l'unité. Est-ce que le monde n'a pas besoin d'un pouvoir spirituel dirigeant? La théologie toutefois devant être remplacée par la science, une sorte de clergé de savants sociologues, à la tête duquel se tiendrait comme pape Saint-Simon ou Comte, constituerait le nouveau pouvoir spirituel. A côté, l'industrie représenterait le pouvoir temporel; à celle-ci l'action, à l'autre, puissance supérieure, l'éducation. Nous rencontrons ces idées dans Saint-Simon et dans Auguste Comte. Tous les deux se rattachent au passé; ils en gardent les éléments conservateurs et comme le cadre idéal. A un certain moment, Saint-Simon admet le sentiment et le coeur dans son organisation nouvelle; aussi, à côté de son académie des sciences, veut-il créer une académie des sentiments. Sous l'influence de son amour pour Clotilde de Vaux, Comte fait entrer aussi dans sa religion une forte dose de sentimentalité et même de culte un peu puéril. Saint-Simon tenta une fois de se suicider et fut interné, pendant quelque temps, dans une maison de santé tenue aujourd'hui par M. le docteur Mottet. En 1826, un an après la mort de son maître, Auguste Comte, sous la poussée d'un travail intense et accablé par ses malheurs conjugaux, eut un accès de folie qui, dit-on, se renouvela plusieurs fois, et en particulier, en 1845. Aussi sa femme indigne, après la mort du philosophe, en 1857, attaqua-t-elle la validité de son testament. Sur ces deux messies, qui se sont imaginés marqués d'une onction singulière M. Dumas, chargé de cours à l'Université de Paris, a écrit un livre fortement pensé et où la psychologie est ornée de clarté et de grâce.

E. LEDRAIN.

Ont paru:

_Lexique sommaire de la langue du duc de Saint-Simon_, par E. Pilastre. 1 vol., Firmin-Didot et Cie.--_Ecrivains et Style_, par Arthur Schopenhauer, traduction par Auguste Dietrich. 1 vol., Félix-Alcan, 2 fr. 50.--_Après la Séparation (enquête sur l'avenir des Églises)_, par Henri Charriaut. 1 vol., Félix-Alcan, 3 fr. 50.

_Documents et Informations._

L'ERUPTION DU VÉSUVE.

Le Vésuve, qui depuis assez longtemps semblait sommeiller, vient d'avoir récemment un réveil inquiétant. La recrudescence de l'activité volcanique s'est manifestée par les phénomènes habituels: panaches d'épaisse fumée, jets de matières incandescentes, coulées de lave, semblables à des torrents de feu, dévalant du cratère le long des flancs de la montagne. Le spectacle était grandiose, et, naturellement, c'était la nuit, surtout en raison de l'opposition entre les ténèbres du ciel et les vives clartés de l'éruption, qu'il offrait un caractère vraiment fantastique. L'oeil en restait fortement impressionné, la mémoire pouvait conserver le souvenir de ce merveilleux tableau; mais comment le fixer d'une façon durable? La solution de ce problème n'est plus une utopie, grâce aux procédés nouveaux de la photographie nocturne, que les travaux persévérants d'un ingénieux amateur, M. Charles Fumagalli, ont contribué à amener à un degré proche de la perfection, ainsi qu'en témoigne le curieux document reproduit ici d'après un cliché pris le 27 mai dernier, à 9 heures du soir.

UNE MINE D'OR EN FRANCE.