L'Illustration, No. 3251, 17 Juin 1905
Part 3
A sept heures, le bureau de secours de l' usine remet 5 francs à chacun des pauvres de la ville; ces pauvres sont au nombre de 804, qui défilent, vieux et vieilles, humblement mais proprement vêtus. Puis c'est une distribution de primes pour la bonne tenue des logements et jardins ouvriers, et la distribution de 171 médailles d'honneur du travail suivie d'un lunch offert par M. Eugène Schneider, député, petit-fils du fondateur du Creusot, assisté du maire et des adjoints, de M. Geny, directeur général de l'usine, des membres du comité de direction et des chefs de service.
A une heure et demie a lieu la principale cérémonie de la journée. Sur la place Schneider, devant la statue de celui qu'on fête, défilent des délégations de toutes les sociétés et corporations de la ville. Sur une estrade dressée pour la circonstance ont pris place: M. Schneider et sa famille; M. Geny, directeur général de l'usine; M. Coureau, conseiller général du Creusot; les chefs de service; le maire, les adjoints et les conseillers municipaux; les représentants de la presse; des officiers français et étrangers; des délégations d'employés et d'ouvriers. Deux discours seulement: le premier prononcé par M. Burdy, ancien ouvrier et ancien contremaître de l'usine, ancien adjoint au maire, qui rappelle ce que la ville doit à la famille Schneider; le second prononcé par M. Schneider, qui remercie tous ceux qui se sont associés à l'hommage rendu à son grand-père. Avant de se retirer, les délégations vont déposer au pied de la statue du fondateur du Creusot des fleurs et des palmes; elles sont précédées par les trois jeunes fils de M. Schneider, qui marchent de front, et qui, arrivés devant le monument de leur aïeul, s'arrêtent et font le salut militaire.
Le soir, un très beau feu d'artifice a été tiré sur la place de la Molette en présence de plus de 60.000 personnes. Et la fête s'est poursuivie tard dans la nuit, à la grande lumière des illuminations, dans un ordre parfait. Pas un cri, pas une scène fâcheuse. Partout la bienséance, partout une foule à la fois joyeuse et recueillie.
_NOUVELLES INVENTIONS_
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CALENDRIER PERPÉTUEL AUTOMATIQUE J. TILMANT.
Depuis que les horloges mécaniques existent, on a cherché à leur adjoindre un système particulier donnant les dates: mois, jours et quantièmes, c'est-à-dire un calendrier perpétuel automatique. Mais des difficultés sans nombre se présentaient, car il fallait tenir compte des mois de trente ou trente et un jours et des mois de février de vingt-huit ou vingt-neuf jours dans les années bissextiles.
Depuis Quare, habile horloger anglais du dix-septième siècle, qui paraît être le premier en date, tous les maîtres de l'horlogerie aux dix-huitième et dix-neuvième siècles ont également cherché à produire, sous des formes diverses, montres, pendules ou horloges, des calendriers perpétuels automatiques. Certains y sont arrivés; malheureusement ces pièces, remarquables sous beaucoup d'autres rapports, ne résolvaient pas toutes complètement le problème de tenir compte automatiquement des bissextiles; celles qui y parvenaient atteignaient alors des prix élevés qui ne les rendaient abordables qu'à de rares privilégiés de la fortune.
Un ingénieux ouvrier horloger français, M. J. Tilmant, après de longues et patientes années d'études et d'essais, a résolu, d'une façon complète et heureuse, ce problème si ardu. Le modèle que représente notre gravure, aussi simple que robuste et d'un prix très abordable, est destiné à rendre de réels services en raison de ses remarquables qualités.
L'Auto-Tilmant est constitué: 1° par un mouvement d'horlogerie A occupant la partie supérieure du système et donnant l'heure; 2° en dessous, par un mécanisme B constituant le calendrier perpétuel automatique proprement dit.
Les deux mouvements sont reliés par un levier qui, déplacé par une cheville spéciale plantée verticalement dans le plan d'une roue qui fait un tour en vingt-quatre heures, produit le changement des jours et des quantièmes, vers minuit, et des mois en temps opportun. Les noms des mois et des jours sont inscrits sur deux rouleaux que l'on aperçoit au milieu, et les quantièmes sur deux disques verticaux placés en dessous.
De ces deux disques, l'un, celui qui est le plus rapproché du mécanisme, porte en couronne les dix chiffres: 9, 8,... 1, 0; l'autre, qui chevauche sur le premier, est divisé en quatre parties égales dans chacune desquelles on a percé une ouverture rectangulaire. Les chiffres du premier disque, qui fait chaque jour un dixième de tour, apparaissent au travers des ouvertures du deuxième disque qui, lui, au moyen des chiffres 1, 2, 3, que l'on a marqués à la gauche des ouvertures précitées, est destiné à l'indication des dizaines du quantième. Ce deuxième disque fait un tour complet, tantôt en 31, 30, 28 et quelquefois 29 jours; c'est là la partie ingénieuse du système. Ce résultat est obtenu par l'emploi d'une roue spéciale divisée en 48 parties inégales. Ces parties correspondent aux 48 mois compris dans un cycle de quatre années, dont une bissextile; cependant, un dispositif spécial permet de tenir compte entièrement de la loi du calendrier grégorien qui veut que les années centenaires comme 1700, 1800, 1900, 2100, 2200, etc., ne soient pas bissextiles malgré leur divisibilité par 4, à l'exception des quatrièmes centenaires: 1600, 2000, 2400, etc. Tout cela s'obtient automatiquement, et l'on ne peut qu'admirer la patiente ingéniosité de l'inventeur. Une seule précaution est à prendre, celle de remonter régulièrement la pendule tous les huit jours. Ajoutons que le mouvement d'horlogerie est à échappement circulaire à cylindre et que l'appareil peut ainsi marcher dans toutes les positions. Il peut donc s'emporter en voyage. Son prix est de 50 francs, chez _M. G. Bourdilliat, agent général, 22, faubourg Poissonnière, Paris._
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