L'Illustration, No. 3247, 20 Mai 1905
Part 3
Enfin, voici l'heure... je m'encorde: il faut, en effet, que je monte là-haut un filin supplémentaire, et c'est en le laissant pendre dans mon dos qu'il me gênera le moins. Je me serais d'ailleurs passé volontiers de cet ornement de 30 mètres qui ne m'apportait aucune aide, même morale, et qui venait augmenter désagréablement le poids que mes bras allaient avoir à hisser jusqu'à la petite épaule, soit pendant 18 à 19 mètres.
N'ayant pas d'entraînement particulier, la fatigue était, en effet, la seule inconnue à redouter. Il y avait bien l'ignorance où nous étions de la forme de l'épaule. Mais, même si celle-ci était en lame de rasoir, j'avais toutes les chances d'arriver en haut avant que la corde ne se soit coupée.
La crevasse qui termine ce mur cyclopéen est franchie et je me déchausse. On doit, en effet, monter en tirant sur les bras, le buste droit, les jambes en équerre avec lui, légèrement fléchies, les pieds appuyés bien à plat sur la paroi, et les souliers ne donneraient pas assez d'adhérence.
J'entendais distinctement chaque battement du cour, non que je fusse en proie à une appréhension quelconque, mais, au contraire, à une excitation folle... puis, à peine eus-je touché le rocher que toute émotion disparut comme par enchantement...
D'un trait, je suis au milieu de ma course. Là est une niche minuscule, juste de quoi y mettre les deux talons. Je ne résiste pas au plaisir de m'y arrêter, adossé au roc, la vie tout entière tenue dans la main... C'est là une minute exquise, que je prolonge avec une volupté singulière, tout l'être frémissant et heureux comme un instrument qu'on fait chanter...
Quelques brassées encore et j'arrive à l'épaule. Un rétablissement, et m'y voici campé. Elle est plate. Je quitte et range, comme en un rêve, le filin supplémentaire. 5 à 6 mètres me séparent du sommet. Je ne sais s'ils sont faciles ou difficiles, j'ai l'esprit tellement ravi que mes membres se sont évadés de la pesanteur et, dans un éblouissement, j'arrive en haut...
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Le bloc terminal est très exigu, à peine 40 centimètres de diamètre, juste de quoi s'y tenir debout, les pieds _joints_. Comme, de plus, il est tout au bord d'un bloc plus gros qui est en surplomb, on goûte là-haut une des sensations de vide les plus jolies et les plus parfaites qui se puissent imaginer...
Revenu à la petite épaule, je réclame notre étendard.--Il nous avait été impossible de trouver à Zermatt un drapeau français. Kern aurait voulu emporter un parapluie, mais cette idée ne m'avait pas enthousiasmé. Sur ces entrefaites, M. Gindraux, l'aimable directeur du Grand Bazar, était verni très gracieusement nous offrir une charmante ombrelle. Et elle avait un petit air si féminin, avec ses fraîches couleurs, sa jolie robe, sa taille toute fine et son petit pied verni, que je fus séduit... Durant le voyage, elle eut toujours la meilleure place et chacun s'ingénia à la garantir de la pluie, à lui épargner les cahots de la route, à la combler de prévenances. Et c'est ainsi que, plus pimpante que jamais, elle vint, avec son sourire mutin, me rejoindre au sommet.
Après elle monta Furrer, puis Kern. Un après-midi radieux nous donnait une vue d'une rare beauté et deux heures s'écoulèrent dans l'enchantement...
Puis il fallut partir et nos eûmes la cruauté d'abandonner notre gentille compagne, bien fixée au sommet d'un cairn. Ce sacrifice était nécessaire. Les guides, à Zermatt, s'étaient trop moqués de nous pour ne pas devoir être très vexés de notre succès. Ils eussent certainement essayé de revendiquer la paternité d'un cairn. L'ombrelle était notre signature.
La nuit était noire lorsque nous arrivâmes à Saint-Nicolas. Mais dans nos cours était le rayonnement lumineux d'une chaude clarté, infiniment douce. EDOUARD MONOD-HEKZEN
NOTES ET IMPRESSIONS
C'est une loi primordiale, absolue, que la loi du progrès: tout s'élève dans l'infini, nos fautes sont des chutes. CAMILLE FLAMMARION.
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Riches et pauvres, mauvaise classification; dépendants et indépendants, voilà la véritable. EMILE AUGIER.
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Quelle ironie! des guerres de religion dans un pays qui n'a pas de Religion. ERNEST LEGOUVÉ.
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L'espérance: la richesse de l'âme dont les vaincus ne doivent jamais se Dessaisir. PHILIBERT AUDEBRAND.
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L'homme a l'orgueil de s'être fait ce qu'il est; il aime mieux se dire un singe parvenu qu'un Dieu tombé. ROBERT DE LA SIZERANNE.
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L'incrédulité a pour rançon une immense indulgence. DANIEL LESUEUR.
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Pour voir clair dans les choses du coeur, il faut avoir eu des larmes dans les yeux. RAYMOND DE GIRARD.
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On peut bien défaire, on ne refait pas l'oeuvre séculaire de L'histoire. F. BRUNETIÈRE.
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En dépit des travers du chauvinisme ou des écarts de la superstition, le patriotisme ne cesse d'être une vertu, et la religion une force.
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On ne décrète pas le bonheur universel, on le rêve; obligatoire, il ne serait qu'un universel fléau. G.-M. VALTOUR.
_Mouvement littéraire_
_Dans le parc_, par Maurice Magnien (Lemerre, 3 fr. 50).--_La Lande fleurie_, par la duchesse de Rohan (Calmann-Lévy, 3 fr. 50).--_Premiers Élans_, par Paul Boisson (Bibliothèque renaissance, 1 fr. 50).--_Partances_, par Auguste Dupouy (Lemerre, 3 fr. 50).
Dans le parc.
Les poètes abondent depuis quelques mois: d'anciens reparaissent après une éclipse plus ou moins longue; de nouveaux s'élèvent comme des astres au firmament. Ce qui distingue les derniers volumes de vers que j'ai sous les yeux, c'est qu'ils sont fort différents les uns des autres. Autrefois, presque tous les aèdes se ressemblaient, chantant tous sur le même rythme parnassien. Quelle diversité je constate aujourd'hui! Voici d'abord M. Maurice Magnien, poudré, plein d'apprêts, avec d'exquis marivaudages. Ce qu'il aime, c'est le parc de Versailles, ses souvenirs, sa mélancolie et l'ombre de la Reine qui erre au Hameau et près des menus palais. Lisez _Au petit Trianon_.
Dans le petit palais on a tout préparé; Le lit en gros de Tours recouvert de dentelles, Par de savantes mains vient d'être réparé, On aligne au mur les sièges en brocatelle.
Le parc anglo chinois, tout pimpant, tout paré, Verdoyant et fleuri--charmante bagatelle Avec ses chaumes et sa frêle cascatelle-- Est plein de travailleurs qui l'ont accaparé.
C'est fait! et le gazon sans feuille vagabonde. Le ruisseau lisse et clair, sans vase dans son onde, Pour celle qu'on attend sont jolis désormais.
En vain l'avril renaît et les fleurs sont écloses, En vain l'on vient d'ouvrir toutes les portes closes. Car celle qu'on attend ne reviendra jamais.
Nous sommes tellement fatigués des outrances de mots et de couleurs et des banalités ambiantes que nous allons, tout charmés, vers cette poésie fendre, vers ces vers à trumeaux, si élégants et si vifs dans leur mièvrerie. Avec maestria, M. Magnien agite les jolies dentelles et nous fait respirer les parfums des sachets de la Reine et des marquises.
La Lande fleurie.
C'est dans la lande fleurie de Josselin, et non à Versailles, que nous conduit Mme la duchesse de Rohan. Elle nous enchante parce qu'elle porte en elle de la vieille France, par ce sentiment chrétien, cet amour des faibles, cette humanité toute naturelle dont témoignent ses vers. Ne détestant personne, prête à s'attendrir sur toutes les misères, elle plane au-dessus de nos luttes mesquines. Dans la solitude où elle passe une partie de l'année son âme se remplit de songes; elle sent davantage l'heure qui s'écoule; elle entend ce bruit insensible du sablier que nous ne percevons pas au milieu du tumulte de Paris. Dans une jolie pièce; _l'Automne_, elle nous dit jusqu'à quel point elle désirerait arrêter la clepsydre du temps:
Automne aux jours si beaux, malgré les feuilles mortes. Saison aux tons pourprés Reste encore près de nous, et de tes senteurs fortes Embaume nos grands prés.
Automne de la vie, ô jours de paix pour l'âme. Ralentissez vos pas! Soleil, réchauffe-les des rayons de ta flamme, Sombre hiver, ne viens pas!
Premiers Élans.
M. Paul Boisson sort à peine de l'adolescence. J'ai reçu en souriant ses _Premiers Élans_. Mais quel n'a pas été mon étonnement quand, en ouvrant le volume, j'ai lu la pièce luminaire où l'harmonie, le lyrisme, l'observation précise se mêlent si heureusement! La campagne, diverse aux trois angélus, est peinte par M. Paul Boisson. Voici comme il la représente aux tintements de midi:
Le soleil s'élargit en nappe de feu rouge, Absorbe l'eau des lacs, couvre le sol brûlant; Midi! L'air est pesant et calme, rien ne bouge Dans les champs consumés par l'astre étincelant.
Les yeux fixés au sol, les faucheurs, en silence. Ont écouté la cloche invitant au repos: Puis, sous les buissons verts que la brise balance, Ils se sont endormis dans le coin d'un enclos.
Dormez, ô paysans, race robuste et pure, Reposez-vous, laissez vos durs travaux des champs; Vous souffrez des saisons et chaleur et froidure... Rien n'arrête pourtant votre ardeur et vos chants.
Le poète termine ainsi sa vision réelle et idéale de la fin du jour;
Voile le firmament, lueur crépusculaire, Domine l'univers, divin calme du soir. Lune aux reflets d'argent, perce le ciel, éclaire L'heureux monde endormi, plein de vie et d'espoir.
N'aurait-il écrit que _l'Angélus_, M. Paul Boisson aurait déjà fait ses preuves de bon poète lyrique. Mais il y a encore, dans son recueil, beaucoup de morceaux dans lesquels s'est exprimée toute la noblesse de son âme religieuse et tendre.
Partances.
Décidément le poète gai, ou simplement impassible, se fait de plus en plus rare. Dans chaque volume de vers que nous ouvrons il n'y a que mélancolie. Je ne sais si M. Auguste Dupouy est au fond de lui-même aussi désabusé qu'il le paraît; mais ici, dans _Partances_, nous nous trouvons en face d'un homme dont toutes les illusions se sont effeuillées. Avec quelle discrétion délicate! avec quelle maestria M. Dupouy nous dit ses désenchantements! Il n'y a pas de tâtonnements dans la phrase; le poète est absolument sur de lui-même. On sent un esprit extrêmement cultivé dont la pensée et l'expression ne flottent jamais. Professeur dans un lycée, tout nourri des lettres antiques, M. Dupouy sait mettre dans ses vers le miel des abeilles de Virgile; il compose du plus pur arôme des fleurs ses poésies, dans lesquelles cependant on goûte quelque chose de tout personnel et de tout moderne. Comme il est allé en _Pèlerinage_ dans son pays breton et qu'il n'y a rien revu de ce que ses souvenirs d'enfance y avaient attaché, il nous dit son douloureux étonnement:
Moi, je n'ai rien revu: plein des rimes apprises. J'ai voulu retrouver, comme d'autres, le nid. Et je m'en suis venu du pays des églises Par les chemins d'ajoncs que tourmentent les brises, Vers la glèbe de sable enclose de granit.
Et rien ne m'a plus dit: j'ai marché par la grève Et me suis étonné de mon ancien émoi. Les rochers ne m'ont pas confié leur vieux rêve Et la profonde voix qui des houles s'élève, L'âpre voix de la mer, n'a plus chanté pour moi...
_Lydia_ est un petit chef d'oeuvre, ancien et nouveau, par la pensée:
Les clameurs des amants qui faisaient ton orgueil. Ne viennent plus troubler ton sommeil, ô Lydie! Leur fièvre s'est calmée et leur flamme attiédie, Ta porte chôme au seuil...
La plupart des poètes nous fournissent dans un volume quelques beaux vers, des pièces curieuses qui arrêtent l'attention. Dans _Partances_, les faiblesses ordinaires font défaut; il n'y a rien qui détonne, mais un vol toujours égal, mais un chant toujours juste. C'est la marque de M. Auguste Dupouy de se maintenir ainsi, avec une perpétuelle maîtrise, dans les régions tempérées et douces.
E. LEDRAIN
LE TOMBEAU DE GUSTAVE TOUDOUZE
Au mois de juillet dernier, Gustave Toudouze, l'écrivain réputé de qui _L'Illustration_ publia un des romans les plus remarqués, le _Reboutou_, mourait à cinquante-sept ans, en pleine force de labeur. Inhumé provisoirement à Paris, il a maintenant sa sépulture définitive au cimetière de l'Hay, près Bourg-la-Reine, où, suivant son voeu, il repose aux côtés de son père et de sa mère, née Adèle Colin, l'un architecte et aquafortiste distingué, l'autre aquarelliste de talent.
Hier, 19 mai, date anniversaire de la naissance du regretté Gustave Toudouze, une pieuse cérémonie réunissait ses amis autour du buste que viennent de faire placer sur sa tombe sa veuve et son fils, M. Georges Toudouze, notre confrère. Ce buste en bronze est l'oeuvre de M. Camille Alaphilippe, prix de Rome, un jeune statuaire d'avenir, qui a su rendre avec une saisissante fidélité le caractère expressif, composé tout ensemble de douceur et d'énergie, de finesse et de gravité, de cette noble figure de penseur, d'observateur et d'artiste.
LES THÉÂTRES
L'Opéra-Italien installé au théâtre Sarah-Bernhard fait littéralement fureur en ce moment. Le talent dramatique de M. Giordano, dans son opéra de _Fedora_, y est pour beaucoup; mais c'est surtout aux chanteurs que revient l'honneur de ces soirées triomphales, particulièrement au ténor Caruso et à Mlle Cavalieri.
Nous avons parlé de Mlle Cavalieri à propos de la représentation de _Chérubin_ au théâtre de Monte-Carlo. Le ténor Caruso, qui fait courir tout Paris aux représentations de _Fedora_, a trente-quatre ans. Il a été découvert par M. Sonzogno dans un tout petit théâtre de Naples où il chantait à trois cents francs par mois. M. Sonzogno fut frappé de l'éclat merveilleux de ce timbre de voix et de l'homogénéité de cet organe. M. Enrico Caruso, séduit par les propositions du grand éditeur, n'hésita pas à quitter sa ville natale. Il travailla le chant à Milan; sa voix si pure prit de la souplesse et de l'étendue et, quand il débuta (avec la Bellincioni pour partenaire) M. Lirico de Milan, ce fut une révélation, au Caruso a créé _Fedora_. Ses rôles de prédilection sont _Rigoletto_ (qu'il a chanté l'an passé à Paris), l'_Elisire d'Amore_ (de Donizetti), _la Tosca, la Bohème, Carmen, Faust, les Huguenots, Paillasse_ et _Cavalleria_.
Dans une pièce en trois actes, de sobre composition et fort bien écrite: la _Race_, M. Jean Thorel fait revivre le type, heureusement disparu, du gentilhomme qui pousse l'orgueil de la race jusqu'à remettre la survivance de son nom à des héritiers fort indirects, puisque leur blason porte une double barre de bâtardise. Une aimable comédie-vaudeville de M. Max Maurey; _Monsieur Lambert, marchand de tableaux_, complète agréablement ce nouveau spectacle du théâtre Antoine.
Un vaudeville clownesque de M. Daniel Jourda: _La Bande Pick-Pock_, a fort bien réussi au théâtre Cluny et le Palais-Royal vient de se composer un nouveau spectacle, fort amusant, en reprenant deux ouvrages de M. Tristan Bernard, l'«éminent humouriste»: _l'Affaire Mathieu_ et _Seul Bandit du village_.
NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL
SIBERIA
C'est à l'heureuse initiative de M. Gabriel Astruc, directeur de la Société musicale (une société qui compte à peine un an d'existence) que nous devons les représentations d'opéras italiens et d'artistes italiens que M. Sonzogno, le grand éditeur milanais, fait connaître en ce moment à Paris.
Parmi ces oeuvres italiennes, l'une, _Siberia_, drame musical en trois actes de M. Luigi Illica, musique de M. Giordano, justifierait à elle seule la saison italienne du théâtre Sarah-Bernhardt.
Il s'agit d'un sergent russe, Wassili, qui est déporté pour avoir tué par jalousie un officier supérieur qui courtisait Stefana, une demi-mondaine. Wassili, au deuxième acte, fait partie du long cortège de forçats qui, à travers les plaines de neige, s'acheminent vers leur poste en Sibérie; Stefana vient le rejoindre. Au troisième acte, Wassili et Stefana cherchent à s'évader; ils sont dénoncés par Gleby, qui fut jadis l'ami de Stefana. On tire sur eux, Stefana est atteinte, elle meurt, et l'on recouvre son corps d'un drap mortuaire, sans croix, avec le simple matricule qu'elle avait comme condamnée.
La musique de M. Giordano est d'un effet saisissant, surtout au deuxième acte, avec son choeur de bateliers du Volga, dont la mélopée monte en un admirable crescendo, avec ses épisodes si bien en situation, avec le duo si ému de Wassili et de Stefana. Au troisième acte, il faut remarquer l'air de Gleby (le dénonciateur), que publie _L'Illustration_, et que M. Tita Ruffo, l'excellent baryton, a chanté avec une science rare et une expression tout à fait remarquable. On n'a pas moins fêté le ténor Bassi (Wassili) et Mlle Stehle (Stefana), soprano dramatique.
AMICA
_Amica_ est un poème dramatique en deux actes, de M. Paul Bérel (pseudonyme littéraire de M. Paul Choudens, l'éditeur de musique).
Nous sommes en Piémont. Le fermier Camoine veut marier sa nièce Amica à Giorgio, un berger qu'elle n'aime pas. Amica aime le frère de Giorgio, nommé Rinaldo, et elle s'enfuit avec ce dernier. Giorgio les poursuit et, quand Rinaldo s'aperçoit qu'il a été préféré par Amica à son frère qu'il adore, il conseille à Amica de se marier avec Giorgio et il remonte vers les sommets escarpés de la montagne. Amica veut le suivre, elle roule dans un torrent. Rinaldo revient alors à son frère et tous deux maudissent l'Amour qui a manqué les désunir.
La musique que M. Mascagni a écrite sur ce livret d'action violente suit fidèlement les péripéties de cette intrigue. Elle ne s'attarde pas à la psychologie des personnages, elle enveloppe de sa trame mélodique les faits à mesure qu'ils se produisent.
Au théâtre de Monte-Carlo, qui est sous la direction si artistique de Raoul Gunsbourg, l'interprétation fut prestigieuse avec Mlle Farrar, avec le baryton Renaud, dans Rinaldo, et avec le ténor Rousselière (Giorgio).
_Documents et Informations._
La destruction des hannetons,
A propos de la multiplication inquiétante des serpents en France, nous disions récemment qu'on avait eu tort de supprimer le système des primes, seul capable d'assurer leur destruction.
Ce que l'on obtient de ce système, dans certaines régions, pour la destruction des hannetons, en est une nouvelle preuve.
En six ans, l'allocation de primes par le conseil général, les communes et le syndicat de l'arrondissement de Meaux, a amené la destruction de 403.000 kilogrammes de hannetons, soit près de 500 millions d'insectes!
La dépense a été d'ailleurs minime, puisqu'elle s'est élevée en moyenne à cinq centimes par hectare et par an.
A noter que les enfants des écoles ont été les meilleurs auxiliaires des agriculteurs.
Pommes de terre nouvelles.
Depuis quelques années, on a pu observer à Paris que la quantité des pommes de terre nouvelles mises sur le marché augmente considérablement. Ceci tient aux progrès qu'a faits la culture maraîchère de l'Algérie. En 1902, elle nous envoyait 6.700.000 kilos; en 1903, plus du double, 14.000.000; et, en 1904, un peu plus de 15 millions. Les chiffres pour 1909 ne sont pas encore connus. C'est dans le département d'Alger que se l'ont le plus de pommes de terre nouvelles; mais Oran, Philippeville et Bône en produisent beaucoup aussi. Cette année, la récolte a été très rémunératrice, la gelée ayant eu le soin de détruire celle qu'on pouvait attendre du sud de la France. C'est d'Algérie aussi que nous viennent en mars, avril, mai, les tomates, les artichauts, les petits pois, les haricots verts, les choux-fleurs et les fèves. Il faut souhaiter que l'Algérie continue à se développer dans le sens des cultures de primeurs: elle est bien placée pour cela et, si elle veut s'en donner la peine, elle peut accroître considérablement ses débouchés.
L'hélicoptère de MM. Defaux.
Nous connaissons tous _Robur le Conquérant_, le charmant ouvrage du regretté Jules Verne; ce héros de roman fait le tour du monde sur un appareil volant, formé d'un grand nombre d'hélices horizontales soutenant dans l'espace un véritable vaisseau aérien. S'inspirant sans doute de cette fantaisie, les frères Defaux, de Genève, ont construit et essayé ces jours derniers, avec succès, au parc de l'Aéro Club, à Saint-Cloud, un appareil volant composé de deux hélices d'environ 2 mètres de diamètre, tournant en sens inverse l'une de l'autre, sous la poussée d'un minuscule moteur à pétrole, petite merveille de mécanique, pesant 4 à 5 kilos et développant plus de 3 chevaux de force. Cet hélicoptère s'enlève avec aisance dans les airs, retenu et guidé d'ailleurs par une corde et des poulies, et peut même enlever une légère surcharge de 4 à 5 kilos, ce qui porte à plus de 20 kilos sa puissance ascensionnelle.
Dans le même ordre d'idées, tout le monde connaît les petites hélices volantes à ressort de caoutchouc inventées par Pinaud; d'autre part, deux inventeurs, MM. Forlanini et Philips, avaient réussi, il y aura bientôt trente ans, à faire envoler dans l'espace deux petits hélicoptères à vapeur.
Notre gravure rend compte du dispositif de MM. Defaux, qui marque un progrès sensible dans la voie de l'aviation et permet d'espérer que la solution de ce grand problème est proche.
L'explosion du boulevard de Sébastopol.
Une explosion d'une rare violence, et qui a blessé vingt-trois personnes, se produisait jeudi de la semaine dernière, vers midi et demi, devant la maison portant le nº 105 du boulevard de Sébastopol, à Paris, entre la rue Réaumur et la rue du Caire. Une épaisse colonne de poussière jaillissait en l'air, et des pierres, des morceaux de l'asphalte du trottoir étaient projetés dans toutes les directions. Comme une foule de curieux s'avançaient, pour voir, une seconde détonation éclata, à quelques secondes d'intervalle, faisant encore de plus graves dégâts. Quand on put s'approcher, on vit que le sol du trottoir, soulevé, eût-on dit, comme par un tremblement de terre, était défoncé, raviné, creusé d'excavations profondes. Sur un parcours de trois cents mètres, le bitume était arraché, tordu. Les stores des magasins voisins étaient lacérés, leurs vitres brisées. Une forte odeur de gaz flottait dans l'atmosphère.
Chose plus grave, on constatait aussitôt que nombre dépassants avaient été atteints. Vingt-trois furent soignés dans les pharmacies voisines. Mais deux seulement durent être conduits à l'hôpital, et la plupart purent regagner leurs domiciles.
Des experts ont constaté qu'au cours des travaux de déplacement d'une canalisation de gaz, nécessités par la construction du Métropolitain, un tuyau avait été crevé d'un coup de pioche. Le gaz qui s'en était échappé s'était accumulé sous le trottoir. Il a fini par s'enflammer, peut-être sous l'influence d'un court-circuit électrique et a produit cette explosion.
LE PRINCE ET LA PRINCESSE ARISUGAVA