L'Illustration, No. 3247, 20 Mai 1905
Part 1
Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
L'illustration, Nº 3247, 20 MAI 1905
LA REVUE COMIQUE, par Henriot. _Avec ce numéro Supplément musical: Fragments de_ SIBERIA _et_ D'AMICA.
Courrier de Paris
JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE
C'était à Dunkerque, il y a cinq ou six ans, je crois. Une centaine de touristes--hommes et femmes de diverses nationalités et de tous les âges--encombraient le pont du remorqueur qui les allait conduire en rade, à bord de la _Lusitania_. La _Lusitania_ appareillait pour une croisière d'un mois en Norvège. J'étais du voyage avec quelques amis. L'heure s'avançait et nous trouvions que ce remorqueur mettait bien du temps à démarrer. Le capitaine s'excusait: «Il paraît, dit-il, qu'on attend encore quelqu'un...» Au même moment, une clameur ironique s'éleva, saluant l'arrivée des retardataires. C'étaient deux jeunes femmes; l'une, souriante, très jolie, grande, d'allure majestueuse et d'impeccable élégance; l'autre, plus modestement vêtue, un peu essoufflée, avec des paquets plein les mains,--la femme de chambre. Quelqu'un demanda: «Qui est-ce?» Une voix répondit: «Mme du Gast.» Une heure après, la _Lusitania_ levait l'ancre et nous filions vers Bergen. La mer nous secouait un peu et la plupart des voyageuses avaient prudemment gagné leurs cabines. Insensible au roulis et à la poussière des embruns, la femme dont j'avais entendu prononcer le nom tout à l'heure s'était commodément installée au pont d'arrière, au milieu de couvertures et de coussins, à côté d'une table légère où s'étalaient pêle-mêle des illustrés, des journaux, des livres. Elle était là comme chez elle, et ce flegme souriant nous intéressait. Coiffée d'une casquette blanche qui lui seyait à ravir, elle plaisait par je ne sais quoi de nonchalant et de crâne à la fois dans l'expression. Quelques passagers à cheveux gris s'extasiaient: «On dirait l'impératrice Eugénie... vous rappelez-vous?» La ressemblance était, paraît-il, saisissante.
Et pas une fois, pendant un mois, la souriante voyageuse ne se départit de sa sérénité du premier jour. Des femmes, autour de nous, s'inquiétaient de la mauvaise mer, trouvaient douloureuse la longueur des jours polaires, se plaignaient de la difficulté de certains débarquements, du froid qu'il faisait là-haut, près du cap Nord, et de la mélancolie tragique des paysages... Elle ne se plaignait de rien et continuait de sourire. On sentait cette femme, en vérité, très supérieure aux minuscules péripéties d'une si commode excursion; on la devinait capable d'affronter d'autres périls... Je ne l'ai plus jamais revue; mais j'ai eu, par les journaux, de ses nouvelles plusieurs fois. J'ai suivi de loin ses aventures en ballon; je me suis intéressée à ses prouesses d'automobiliste; l'audace de son dernier _raid_ en Méditerranée, surtout, m'a stupéfiée. Nous voilà loin, madame, de la _Lusitania_ et des calmes fjords Scandinaves; et votre courage a remporté cette semaine une victoire dont les féministes vous sauront gré. Vous avez glorieusement travaillé pour leur cause!
* * *
Si même il n'était point très discourtois de caricaturer publiquement une jolie femme, j'oserais dire que la place de Mme du Gast est marquée, dès à présent, dans cette série de portraits de «grands hommes» dont un tailleur du boulevard illustre hebdomadairement sa devanture, et à l'exposition publique desquels nous avons été conviés ces jours-ci... Un Salon de plus! un Salon de peinture humoristique organisé par un tailleur.
C'est là un aspect tout nouveau de la concurrence commerciale de maintenant, et j'en suis très frappée. On ne cherche plus, pour attirer la clientèle, à se montrer simplement supérieur aux autres par la qualité des choses qu'on lui vend; que cette supériorité semble trop difficile à acquérir, ou que la foule soit incapable de la discerner et d'en tenir compte à ceux qui l'ont acquise, on cherche à l'attirer à soi par d'autres moyens: on l'amuse, on lui fait de petits cadeaux... Et l'on voit des tailleurs, pour amener chez eux la «pratique», organiser des Salons de peinture des journaux distribuer à leurs abonnés des vêtements ou des chaînes de montre, patronner des expositions ou diriger des courses; des maisons de nouveautés donner pour rien à leurs visiteurs des ballons rouges ou des gâteaux; des restaurateurs ajouter au menu du dîner commandé le don d'un bouquet de fleurs, d'un éventail ou d'une poupée. Il ne s'agit plus de bien produire et de bien _servir_; il s'agit d'étonner, de piquer les curiosités, de flatter les gourmandises; il s'agit de plaire, et nos préférences, en effet, ne vont-elles pas (tant nous sommes lâches) à qui nous courtise le mieux?
Le troupier lui-même veut être courtisé... Il est devenu un personnage dont il semblerait que la société redoute aujourd'hui les rebuffades et s'efforce de gagner, par toutes sortes d'amabilités, la bienveillance. Une société, dite des _Jeux du soldat_, s'est organisée à Paris et donnait, ces jours-ci, au profit de son oeuvre, une fête qui fut jolie. Le but de cette oeuvre est de rendre aimable aux petits soldats le séjour de la caserne. Autrefois, disent les philanthropes, on s'ennuyait au régiment; il convient qu'à présent l'on s'y amuse. A côté de la cour glaciale ou brûlée de soleil où il manoeuvre, ils ouvrent donc au troupier la chambre fraîche en été, bien chauffée en hiver, où d'honnêtes moyens de récréation lui seront offerts. Je vois qu'en France on se préoccupe beaucoup d'améliorer de toutes les manières la vie du soldat. On le nourrit mieux qu'autrefois; on le fatigue et on le rudoie moins. Un général de mes amis me citait naguère une caserne d'Epinal dont les chambrées ont des parquets cirés. Les hommes, pour y entrer, se déchaussent et mettent des pantoufles. En revenant de l'exercice, l'après-midi, les soldats prennent le thé; et, quand il fait très chaud, ce petit «goûter» est précédé d'une séance de douche. En me contant ces choses, mon ami le général ajoutait: «C'est une autre école. Jadis, nous disions à nos conscrits: «Vous allez faire un métier dur. Des fatigues, de rudes corvées, des privations même vous seront imposées. Mais vous avez l'honneur d'être des soldats. Considérez cela, uniquement. Le reste est sans importance.» On leur dit aujourd'hui: «Vous êtes des citoyens. Faites-nous la grâce d'être un peu soldats, par-dessus le marché. Nous n'abuserons pas de votre patience. En vérité, vos anciens étaient de pauvres diables qu'il faut plaindre et vous serez mieux traités qu'ils ne le furent. Nous vous donnerons de meilleure nourriture et de bons lits; nous serons pour vous pleins d'égards et nous vous fatiguerons le moins possible. Vos députés seront contents.»
»Est-ce une façon d'avoir une armée plus attachée à son métier que celle d'autrefois? J'en doute un peu. Je n'entends parler que de jeunes gens à qui ce confort ne suffit pas et que cette discipline plus douce exaspère. On nous suspecte, on nous raille; et nos indulgences, nos gentillesses semblent ne servir qu'à déchaîner contre nous une liberté de critique et d'irrespect qui eût stupéfié les hommes d'il y a trente ans. Qu'un vieillard tienne pendant huit jours, immobilisés au bout de son fusil de chasse, un millier de soldats et oblige un général à se déranger pour faire sauter sa bicoque et le livrer aux juges, cela m'est égal: c'est l'acte d'un fou. Mais considérez ce qui s'est passé ces temps-ci à Limoges, à Brest: des chefs désobéis, des soldats conspués, violentés par de jeunes ouvriers, soldats d'hier, insulteurs du drapeau sous lequel ils ont servi; à Poitiers, des troupiers-grévistes, abandonnant la caserne en haine d'un chef, comme ailleurs, en haine d'un contremaître, on abandonne l'atelier. Si c'est à de tels effets que doit aboutir l'indulgence qui nous est commandée, j'ai le droit de regretter «l'autre école», celle d'autrefois.»
* * *
L'«antimilitarisme», comme on dit (quel affreux mot!), n'a cependant pas étendu sa contagion partout. Il y a encore à Paris, et même en banlieue, des gens capables de se passionner pour la gloire de Jeanne d'Arc (ne lui érigeait-on pas tout à l'heure un monument à Neuilly-sur-Seine?), et les fêtes de don Quichotte que célébraient l'autre jour très solennellement, en Sorbonne, mes amis les étudiants et leurs maîtres marquèrent que les gestes d'héroïsme et le «panache» sont choses que ne dédaigne point, tout de même, la jeunesse de ce pays-ci. Il n'y a, pour s'en convaincre tout à fait, qu'à prendre un train le dimanche, le premier venu, à s'en aller regarder, dans les rues des villages qui avoisinent Paris, ou sur les routes, les défilés _sportifs_ où s'exhibent tant de bannières, où tant d'insignes s'arborent aux boutonnières et aux casquettes de tout le monde, où de si ardentes fanfares font tant de bruit, dans la poussière. C'est maintenant au milieu de ces petites troupes que nous allons volontiers, Natenska et moi, passer nos après-midi de dimanche. La saison est propice à ces excursions, et nous nous y instruisons beaucoup... Par exemple, nous ignorions qu'il existât encore, en ce pays-ci, des archers! Eh bien, il en existe. Nous en avons vu tout à l'heure, à Compiègne. Ils sont moins jolis que ne l'étaient assurément leurs ancêtres; ils ont des redingotes et des pantalons noirs; ils sont coiffés de casquettes qui les font ressembler à des employés de la Compagnie du Gaz, et portent l'arc à l'épaule enveloppé d'une gaine de toile cirée. Les hommes de maintenant ont une façon de s'habiller qui tue toute poésie. N'importe! La tradition survit au décor: et, après six mois de dîners mondains, de five o'clock et de «premières», c'est délicieusement reposant, ces journées de soleil passées au milieu de braves gens à l'âme «cocardière», dont la suprême joie est de bien tirer de l'arc, afin d'y gagner un bouquet...
SONIA.
AU SALON DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE
Une acquisition de _L'Illustration_ pour ses abonnés.
Le tableau le plus regardé, au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts, est certainement le _Bridge_, d'Albert Guillaume, exposé dans la salle XI. Autour d'une table de bridge, deux femmes en élégantes toilettes ont pour adversaires deux hommes en tenue du soir, qui sont certainement, à l'ordinaire, les plus corrects des mondains. Pourtant on voit l'un d'eux debout, la physionomie exaspérée, ses cartes jetées sur le tapis, invectiver son partenaire qui se défend de son mieux. Une excellente peinture, des attitudes finement observées, un sujet qui répond à une des passions du jour, autant d'éléments de succès pour cette jolie toile.
Nous sommes heureux d'annoncer que _L'Illustration_ l'a acquise à l'intention de ses lecteurs.
Non seulement elle en publiera une belle reproduction hors texte en couleurs dans son numéro du 3 juin, mais l'original lui-même est destiné, quand il quittera le Salon, à la fin de juin, à entrer dans la galerie d'un de nos _abonnés_.
Un seul possédera le tableau, mais _tous nos abonnés_ seront admis à briguer sa possession--du moins tous ceux qui sont joueurs de bridge. Il sera le prix d'un concours dont nous publierons le 3 juin les conditions. Nous pouvons seulement dire, dès à présent, que les données du problème de bridge qui sera posé sont empruntées aux détails mêmes de la composition d'Albert Guillaume, qui sera fidèlement reproduite dans le même numéro.
Ct. de gendarm. M. Dulaveau, Cap. de gendarm. Sous-préfet Général Babin. Ct. Joly, M. Château, M. Vesco, Officiers du 32e. Sempé, conseiller gén. de Chatellerault, de Chatellerault, juge, procureur.
LE «FORT D'USSEAU».--Le garde-chasse meurtrier François Roy, délogé par une explosion de mélinite.--_Clichés Arambourou_.
Le "Fiat-X" arrivant à Toulon suspendu aux portemanteaux du contre-torpilleur "La-Hire".--_Phot. Bar_.
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1. Duc Decazes, propriétaire du Quand-Même. 2. M. Pitre, constructeur de coques.--3. Dr Lesage, propriétaire de l'Héraclès-II.--4. M. Chauchard, capitaine du Quand-Même.--5. M. Gourgeon, de l'Héraclès-II.--6. M. Lestonat, du "Matin".--7. M. Olive, du Malgré-tout--8. M. Varcollier, enseigne de vaisseau.--9. M de Talry.--10. M. Carpinelli, mécanicien du Fiat-X.--11. M. Gallinari, constructeur de coques.
Groupe de concurrents et d'organisateurs.
LA COURSE DE CANOTS AUTOMOBILES ALGER-TOULON
LA FÊTE DES ARCHERS A COMPIÈGNE
Dimanche dernier, à Compiègne, a eu lieu, suivant la vieille coutume des compagnies d'arc de l'Ile-de-France et de la Picardie, la cérémonie annuelle si populaire du «bouquet provincial».
La première compagnie d'arc avait reçu le bouquet l'an dernier de celle d'Ourscamp et le rendait à celle de Longueil-Annet.
Cette petite fête, à laquelle assistaient deux cent quarante sociétés d'archers françaises et étrangères, marquait l'ouverture d'un grand concours de tir à l'arc, qui va durer trois mois, et au cours duquel sera disputé le championnat de France, doté d'un prix du président de la République.
LES GREVES DE LIMOGES
Un des plus tristes incidents de cette longue grève de Limoges: après plusieurs jours de blocus dans l'usine où onze personnes, dont quatre enfants, se trouvaient enfermées et dans l'impossibilité de communiquer avec le dehors, le jeune Betoulle essaya de sortir pour aller chercher du lait destiné à ses petits frères; il fut frappé par les grévistes si brutalement qu'il eut deux côtes fracturées et il fallut ensuite l'intervention du maire pour que les assiégeants permissent à un médecin d'aller visiter l'enfant. M. Beaulieu, pour aller à l'hôtel de ville conférer avec les délégués des ouvriers, ne put d'ailleurs s'y rendre qu'en landau, sous la protection de la gendarmerie. Et ce n'est également que sous une escorte de gendarmes que les camions de marchandises ont pu, durant plusieurs jours, circuler entre l'usine assiégée et la gare.
LE PASSAGE DE L'ESCADRE DE ROJESTVENSKY DANS LA BAIE D'ANPASSANDAVA, A NOSSI-BÉ
_L'inauguration, par l'empereur allemand, du monument élevé, à Gravelotte, à la mémoire des soldats tombés là pendant la guerre contre la France n'a point eu le caractère provocant à notre égard qu'on avait redouté de lui voir prendre. Tout s'est borné à une belle fête religieuse et militaire, dont la mise en scène était savamment ordonnée. Quand Guillaume II, en uniforme de général d'infanterie, bleu et noir, à parements rouges, eut pris place, en face d'un parterre d'uniformes, au pied de l'ange de la Fidélité, belle figure de bronze doré, rehaussée de pierreries, qu'il a donnée sur sa cassette personnelle, et à laquelle les oriflammes militaires, placées par l'empereur lui-même, formaient un fond très décoratif, le statthalter d'Alsace-Lorraine, prince de Hohenlohe, prononça une brève allocution sans aucun caractère belliqueux. Et ce fut le moment capital de la cérémonie. Des prières suivirent, mais l'empereur ne prononça pas une parole._
AU PAYS DE DON QUICHOTTE
Depuis la publication d'un travail excellent consacré par le colonel Bory de Saint Vincent à _l'Itinéraire de don Quichotte_, on savait que l'admirable histoire contée par Cervantes présente cette particularité qu'on y trouve la peinture exacte des moeurs et de la physionomie de l'Espagne telles qu'elles sont encore aujourd'hui... C'est surtout dans la Manche et dans l'Andalousie qu'on reconnaît l'exactitude des portraits tracés à trois cents ans de distance sur des figures toujours reproduites; et l'aspect du pays est si bien resté le même qu'en y voyageant on s'étonne de ne pas rencontrer le chevalier de la Triste Figure et son jovial écuyer Sancho Pança. La célébration du troisième centenaire de l'apparition du livre impérissable de Cervantes a fourni à notre excellent confrère de Madrid, le _Blanco y Negro_, l'occasion d'établir d'une façon irréfutable, au moyen de la photographie, cette étonnante survie d'une race et d'un pays; on en jugera par les reproductions que nous mettons sous les yeux de nos lecteurs en les encadrant de quelques citations empruntées à la traduction française de _Don Quichotte_ par M. Damas Hinard.
Voici d'abord les deux héros de la burlesque épopée:
«L'âge de notre hidalgo frisait la cinquantaine; il était de complexion robuste, sec de corps, maigre de visage, fort matineux et grand chasseur.» Le Sosie de 1905, photographié à Argamasilla, la patrie supposée de don Quichotte, répond de tous points au signalement tracé par Cervantes: il est, de son état, employé de commerce à deux francs par jour.--Misère des temps!--Quant au Sancho Pança qui se tient à distance respectueuse de son maître, n'est ce pas le portrait vivant de son ancêtre, le paysan finaud, poltron et gourmand, qui rêva d'une bonne place où il n'y eût rien à faire qu'à manger; un homme de bien, en somme, «si toutefois, écrit Cervantes, on peut donner ce titre à celui qui est pauvre»? Considérez ensuite les vues actuelles de l'auberge où le chevalier errant fit sa première halte... C'était, c'est encore une «venta», une pauvre auberge de la campagne de Montiel que son imagination surchauffée métamorphosait en château fort.
«Si Votre Grâce, seigneur chevalier, lui dit l'hôte, cherche un gîte, tout, sauf le lit, car il n'y en a pas un seul dans la maison, tout le reste vous l'y trouverez abondamment.» Et il lui servit une «portion de merluche mal détrempée et encore plus mal assaisonnée».
Voici la cour de la venta où don Quichotte fit la veillée d'armes, avant d'être armé chevalier. «Ordre fut aussitôt donné pour qu'il fit la veillée des armes dans une grande basse-cour qui se trouvait sur l'un des côtés de la venta: et don Quichotte, ayant rassemblé toutes les pièces de son armure, les plaça sur une auge près d'un puits. Ensuite, il embrassa son écu, saisit sa lance et, d'un air martial, se mit à passer et à repasser devant l'abreuvoir.»
Puis, les moulins, les célèbres moulins de la plaine de Montiel: «...En ce moment ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent qu'il y a dans cette campagne. En les voyant, don Quichotte dit aussitôt à son écuyer: «La fortune conduit nos affaires mieux encore que nous n'eussions pu le désirer.
Regarde, ami Sancho, voilà devant nous au moins trente démesurés géants auxquels je pense livrer bataille.» On sait la fin de l'aventure: «L'aile du moulin emporta après soi le cheval--ce pauvre Rossinante et le chevalier, qui s'en allèrent rouler sur la poussière en fort mauvais état.»
Entrons dans cette auberge au portail encombré d'ânes et de mules: c'est là que le chevalier, roué de coups par un muletier, jaloux de Malitorne, retrouva le secret du baume de Fier-à-Bras, dont il avait grand besoin. C'est là aussi que fut berné, par des marchands de Séville, l'inoffensif Sancho Pança.
«O princesse Dulcinée, douce souveraine de ce coeur captif! Quelle injure vous m'avez faite en me congédiant...»
Ainsi clamait le chevalier en pensant à Aldonza Lorenzo, «jeune paysanne d'un village voisin, de très bonne mine, et dont il avait été quelque temps épris. Ce fut à elle qu'il a jugé convenable d'accorder le titre de dame de ses pensées». Dulcinée, ou plutôt Aldonza Lorenzo, est toujours de ce monde, puisqu'on a fait d'elle, en 1905, les deux véridiques portraits que nous reproduisons.
Nous donnons encore la photographie de la princesse Dulcinée et de ses deux suivantes venant rendre visite à don Quichotte.
«... Sancho vit venir vers lui, du Toboso, trois paysannes montées sur trois ânes ou trois ânesses, car l'auteur ne s'explique pas à ce sujet: mais il est permis de croire que c'étaient plutôt trois bourriques, puisque c'est la monture ordinaire des femmes de la campagne.»