L'Illustration, No. 3246, 13 Mai 1905
Part 3
Le trépas d'une grenouille historique. Une célébrité du monde des grenouilles vient de disparaître, qui mérite une petite notice nécrologique. C'est la grenouille décérébrée de l'université Cornell. M. Wilder, physiologiste à cette université, étant d'avis que, chez la grenouille, c'est le cerveau qui est le siège de la conscience et de la volition, entreprit, en 1899, de démontrer la chose en privant une grenouille de son cerveau. Il enleva donc à celle-ci ses deux hémisphères cérébraux. Elle supporta bien cette rude opération et guérit rapidement; on la conserva dans un grand vase ouvert où elle resta pendant cinq ans, jusqu'à sa mort. Ce qui frappa, dans son attitude, durant cette période, ce fut son absolu manque d'initiative. Elle ne faisait que de petits mouvements involontaires du genre de ceux que fait une personne endormie. Jamais l'idée de fuir ou de se déplacer seulement ne lui venait. Pas même celle de se nourrir, qui est pourtant une des plus naturelles et élémentaires. On mettait devant elle les mets les plus attrayants--pour son espèce--sans qu'elle y prit garde: elle voyait, sans doute, mais ne comprenait plus la signification de ce qu'elle voyait. Il fallut la nourrir de force. Chaque jour on la prenait, on lui ouvrait la bouche et on lui poussait, au fond de la bouche, de manière à exciter le mécanisme réflexe de la déglutition, une bouchée de viande fraîche ou de poisson. De cette manière, on put l'entretenir en vie; autrement, elle serait morte d'inanition, faute de conscience et de volition. Dès qu'on la touchait, on provoquait des mouvements: elle faisait quelques pas ou un saut; dans l'eau, elle nageait jusqu'à ce que quelque obstacle l'arrêtât et, mise sur le dos, elle se retournait vivement, mais c'était tout. Si elle réagissait aux excitations extérieures, elle était incapable de se mouvoir de son propre gré; elle manquait absolument d'initiative et de volonté. Elle prouvait nettement, par son attitude, que l'existence des hémisphères cérébraux est la condition de la possession de la conscience et de la volition. Il faut ajouter qu'on savait ceci depuis longtemps, par Flourens et d'autres expérimentateurs. Pendant cinq ans, la pauvre bête a servi à l'instruction des physiologistes; elle a été montrée à cinq générations d'étudiants, elle a même figuré à un congrès de physiologie. Après quoi, elle a trépassé. Il est permis de croire qu'elle n'a eu aucune conscience de sa mort: elle était morte intellectuellement du jour où son cerveau lui fut enlevé.
Baisse générale de la natalité en Europe.
En présence de la baisse de la natalité française, deux écoles de démographes s'étaient formées: les uns considéraient le mal comme nous étant spécial et s'efforçaient d'y appliquer des remèdes; les autres, plus calmes et plus optimistes, soutenaient qu'il s'agissait d'un phénomène caractéristique de toutes les civilisations avancées, phénomène plus accentué chez nous, simplement parce que la France était à la tête de la civilisation, mais qui se produisait aussi chez tous les autres peuples, dans tous les pays civilisés, où il ne tarderait pas à s'accentuer.
En réalité, cette dernière école paraît être la bonne, car il est certain que la natalité va baissant chez tous les peuples européens.
Ainsi, dans l'empire allemand, la marche décroissante de la natalité est de plus en plus frappante: de 35,7 0/00 en 1901, et de 35.1 en 1902, elle n'était plus que de 33,9 en 1903.
En Italie, la natalité a passé de 36,5 à 33,3; en Grande-Bretagne, elle a passé de 30.7 en 1893 à 27,6 en 1904; en Danemark, de 1893 à 1902, elle est tombée de 30,8 à 29,3; et en Norvège, de 30,6 à 28,9. Seulement, tous les pays, en dépit de cette baisse, ont encore une fort belle natalité comparée à celle de la France, qui atteint à peine 22 0/00.
La fête Jacques Callot.
Le groupe des dessinateurs humoristes, auquel on doit la réussite de la fête Gavarni et de la fête Henry Monnier, prépare pour le 17 mai, au Casino de Paris, une fête nouvelle en l'honneur de _Jacques Callot_, le bon Lorrain qui croquait de verve, de si magistrale façon, les grands seigneurs, les soldats, les bohémiens, les gueux et les comédiens de son temps (1592-1635). Les imaginations de nos jeunes satiristes sont fort échauffées sur ce thème ancien: on parle de merveilleuses reconstitutions. La fête Callot est une _fête d'artistes_, où l'humour de bon aloi s'alliera, pour l'amusement des spectateurs, à la curiosité des baraques, cortèges et costumes fidèlement reconstitués. Avis important: les habits noirs et les toilettes de soirée sont admis à ce bal.
_Mouvement littéraire_
_Le Crime de Clodomir Busiquet_, par Edmond Frank (Fontemoing, 3 fr. 50). _Brichanteau célèbre_, par Jules Claretie (Fasquelle, 3 fr. 50). --_Le Roman d'un M'as-tu vu?_, par Frédéric Febvre (Combel, 3 fr. 50).--_Demi-Mère_, par Mme Resclauze de Bermon (Plon, 3 fr. 50).
Le Crime de Clodomir Busiquet. Un sonnet vaut souvent tout un long poème. Il y faut une ingéniosité, une perfection infinies. Comparée au roman, la nouvelle légère, spirituelle, sensible, demande un art tout particulier; c'est un peu comme le sonnet en poésie. Si le court récit en prose n'a pas jusqu'ici obtenu une grande faveur parmi le public, si les éditeurs le redoutent et présentent un visage déçu à celui qui leur apporte un recueil de petites histoires, c'est qu'il n'y a pas là ordinairement toute la sentimentalité exquise, tout le vif esprit qu'exige le genre. M. Edmond Frank nous offre en revanche une série de nouvelles qui ne laissent rien à désirer aux lettrés délicats. Ce sont de petits bijoux admirablement ciselés, jetant une lueur vive et charmante. Impossible de montrer dans des lignes rapides toutes les petites choses, quelques-unes menues et frêles, de M. Frank. La première, la plus étendue, le _Crime de Clodomir Busiquet_, a donné son nom au volume entier. Gauche comme Diafoirus, le jeune Clodomir a eu maille à partir, dès le lycée, avec un beau garçon, riche, avantageux, qui se moquait de sa mine et de sa laideur. Il s'est résigné plus tard à prendre la succession de son père, le pharmacien, et à passer sa vie parmi les drogues et à la lueur des bocaux multicolores. Mais, pour être apothicaire, on n'en a pas moins un coeur sensible; Clodomir adore en secret une cousine plus fortunée que lui. Quel est son désespoir quand il apprend qu'elle va se marier! Mais, ce qui redouble son chagrin, c'est que le fiancé est précisément son ancien ennemi du lycée, qui n'a pas désarmé et profite de la circonstance pour abreuver d'humiliations le malheureux Busiquet, lequel cherche une vengeance adéquate à la situation. Avec quoi peut bien s'assouvir l'ire d'un pharmacien? N'a-t-il pas dans son officine de quoi mettre à mal le genre humain tout entier? Clodomir jure que la cousine n'appartiendra pas à son rival détesté. Aussi glisse-t-il, dans une fiole, un peu de poison au lieu d'un médicament ordonné à la belle. Mais quel remords, le crime accompli. Il se jette à la mer, mais, au milieu du saut, est retenu par sa vieille et fidèle bonne, attentive à tout et qui avait mis dans la fiole meurtrière de l'eau innocente au lieu du liquide meurtrier. Voilà comment Busiquet, après les avoir frôlés, a évité l'assassinat et le suicide. Tout cela est joliment narré, avec une sûreté de mots toute classique, avec une bonne humeur attendrie. Rien de plus amusant pareillement que le _Saint-Honoré_, et toute cette série de jolies nouvelles dans lesquelles s'est joué le talent fin et souple de M. Frank!
Brichanteau célèbre.
Jules Claretie a créé un nom et un type. Brichanteau restera; on se souviendra toujours de Brichanteau; on le nommera dans les générations futures. Qu'est ce donc que cet illustre, que cet immortel? Nous le connaissions déjà par un livre de M. Claretie; mais ici, il nous apparaît mieux encore, non plus dans son éclat, mais sous un jour doux, attendri. Retiré du théâtre, pensionné par l'Association des artistes dramatiques, célèbre puisqu'on l'interviewe et qu'on recueille ses souvenirs, Brichanteau aime à se raconter lui-même et surtout à raconter ce qu'il a aperçu au théâtre. Ce n'est pas seulement un _M'as-tu vu?_, c'est encore et surtout un artiste qui a su voir les autres et les admirer. A l'exposition de portraits d'artistes où il se promène, il narre, en passant devant chaque peinture ou devant chaque buste, les impressions poignantes ou tendres qu'il a ressenties au théâtre. Il a entendu les deux grands romantiques: Bocage et Frederick Lemaître; Mme Doche, _la Dame aux camélias_, l'a enthousiasmé; il se rappelle combien exquise était Léonide Leblanc «sous la perruque poudrée de la _Frileuse_ ou le petit chapeau de _Patrie_». En passant devant le Conservatoire, Brichanteau sent toute sa jeunesse refleurir et se permet aussi de judicieuses observations. Pourquoi est-il question là de déclamer? Est-ce qu'un comédien doit jamais déclamer? Pourquoi admettre, dans cette maison, des gens mal bâtis? Sur le théâtre ne doivent figurer que des Apollons ou bien des Vénus et des Minerves. Avec un art exquis, avec une connaissance parfaite de son sujet, M. Claretie nous a rendu, en le faisant célèbre, ce Brichanteau, à moitié de Paris et, par ses tournées, à moitié de la province. Je recommande en particulier les pages humoristiques où l'auteur nous peint les scrupules de son héros, attablé, aux frais du prince, chez une ancienne camarade, encore jolie et aimée.
Le Roman d'un M'as-tu vu?
Dans sa retraite, M. Frédéric Febvre a composé ces douces pages. Son pauvre _M'as-tu vu?_, enfant gâté, vaniteux, incapable de se gouverner, vivant de phrases qui ne lui appartiennent pas, transportant dans l'existence ordinaire ses gestes de comédien, regardant tout à travers un prisme ou des verres grossissants, a remporté sur la scène du Havre toutes les couronnes. Il était la vedette de chaque soir; les femmes l'adoraient; est-ce qu'une toute jeune fille ne s'était pas noyée pour lui? Il acceptait tout cela comme un hommage dû à son talent et à son galbe. Mais combien précaire la fortune du pauvre comédien Marinval! Les ans viennent; il roule d'engagements en engagements, mange le pain de l'étranger, accourt à Paris où il savoure toutes les déceptions amères des agences dramatiques. En vain frappe-t-il sa poitrine et secoue-t-il sa chevelure à chaque frison de laquelle était pendue autrefois une jolie provinciale, il ne peut que constater jusqu'à quel point, dans ce Paris imbécile, on méconnaît le génie. Grâce à M. Frédéric Febvre, il obtient un bout de rôle à la Gaîté. Un bout de rôle, à lui, l'illustre Marinval! Après avoir repris sa vie errante en compagnie d'une douce choriste, Marie-Anne, dont il a fait sa femme, l'ancien premier du Havre se retire avec une petite pension au bord de la mer bretonne. Il pêche, il fume, il se promène en bon bourgeois, ne se souvenant plus qu'à de rares moments de ses rôles éclatants. Voilà le principal personnage, le type qu'a dépeint avec une véracité saisissante et d'une façon spirituelle et sensible M. Febvre. D'autres personnages secondaires apparaissent auprès de l'enfantin, vaniteux et bon Marinval. Rien de plus piquant et de meilleur à lire que le Roman lamentable d'un _M'as lu vu?_ C'est l'oeuvre d'un lettré et d'un homme fort délicat et fort humain.
Demi-Mère.
Ce qui fait la beauté du roman, plus que les aventures, c'est la poésie. Or, les pages de Mme Resclauze de Bermon en surabondent, sans toutefois en être surchargées. Les jolis détails, les apprêts de la phrase, loin de couvrir les personnages les font valoir et les mettent en relief. Mme Valbert a épousé un avocat, veuf, qui avait eu une fille d'un premier mariage. Dans cette enfant se retrouve toute l'âme créole de sa mère, et ici, la psychologie de Mme de Bermon apparaît avec autant de grâce que de précision. «Nonchalante à ses heures, elle se réveillait d'une brusque secousse, qui semblait l'agiter d'un vent de folie...; le regard se perdait dans la langueur d'un songe lointain pour se réveiller brusquement, tout brillant d'étincelles.» Nous aurons tout le long du volume ces portraits à la fois poétiques et fins. La demi-mère de Juliette--c'est le nom de l'enfant--n'a jamais révélé à celle-ci qu'elle n'était pas sa vraie mère. Ne l'aime-t-elle pas avec la dernière tendresse? Elle est, elle-même, au commencement de sa maturité, plus belle et plus touchante qu'à son printemps. Un tout jeune homme, Olivier, l'adore, le lui dit, l'enveloppe de séductions. Quelles résistances chez cette honnête femme! Quel travail opiniâtre chez Olivier qui la veut conquérir! Malgré tout elle se laisse peu à peu aller à l'amour qui essaye de l'emporter. Sans faillir complètement, elle accorde quelques menues faveurs. Une nuit, à Biarritz, en l'absence de son mari, elle tolère qu'Olivier lui vienne faire ses adieux, bien décidée à lui octroyer seulement quelques paroles de sympathie. Mais, tout à coup, le mari revient, aperçoit, à cette heure, la démarche hésitante et troublée du jeune homme. Où va celui-ci? En même temps, la jeune Juliette--elle a dix-huit ans--qui a surpris les assiduités d'Olivier, qui souffre de tout ce manège et qui comprend ce qui va se passer entre les deux hommes et la ruine certaine de sa famille, se précipite en criant à son père: «C'est pour moi qu'il vient!» De là le mariage, l'inéluctable mariage exigé par M Valbert. C'est poignant, plein de détails mondains, et d'une psychologie amoureuse très intense. Mme Valbert admire sa fille, l'adore plus passionnément, et cependant, comment éviterait-elle les tortures de la jalousie? Séduits et emportés par ces passions vives, par cette tragédie domestique, nous hésitons à nous ressaisir et à critiquer. Qu'on me permette cependant une objection: est-ce que le mariage était inévitable comme le prétend l'auteur? Ne pouvait-on l'écarter en déclarant à M. Valbert que c'était une simple amourette passagère, que le jeune homme imprudent s'était hasardé, sans permission, à solliciter la nuit une entrevue? Mme Resclauze de Bermon a, dans tous les cas, écrit un roman très passionné et très chaste, nous découvrant bien des coins cachés de l'âme féminine.
E. Ledrain.
LES THÉÂTRES
A l'Opéra-Comique, on a accueilli avec une faveur marquée la _Cabrera_, drame lyrique en deux parties, fort adroitement établi par M. H. Cain et mis en musique par un jeune compositeur, M. G. Dupont, dont la verve mélodique et le savoir sont de bon augure pour l'avenir. Nous avons donné, il y a quelques mois, un fragment de cet intéressant ouvrage, qui a été couronné au concours international ouvert par M. Sonzogno, en Italie.
Les représentations de l'Opéra-Italien, au théâtre Sarah-Bernhardt, captivent de plus en plus le public--j'entends cette partie du public, la plus nombreuse certainement, qui ne voyait pas sans regret le dédain témoigné par la plupart de nos compositeurs aux séductions pures de la mélodie interprétée par des voix humaines. Là, se rencontrent les chanteurs les plus réputés de l'Italie: Bassi, F. de Lucia, Titta Ruffo, Garbin, Mmes Pinto, Stehle, etc., etc., et les ouvrages qu'interprètent ces artistes sont traités, dans leur fougue, avec une conscience de travail harmonique et orchestral qui commande le respect de la critique. Ce n'est pas assez dire pour _Siberia_, le magnifique drame lyrique de M. Giordano, dont nous avons constaté le triomphal succès la semaine dernière. _Adriana Lecouvreur_, de M. Cilea et, à un degré inférieur, _Amico Fritz_, de M. Mascagni, méritent également la faveur dont ces ouvrages jouissent en Italie.
_Coeur-de-moineau_, la nouvelle pièce de l'Athénée, va certainement faire reprendre à cet heureux théâtre la série à peine interrompue de ses succès. Nous le constatons avec d'autant plus de plaisir que la comédie de M. Artus, hardiment gauloise quant au sujet, reste littéraire dans la forme et que les mots d'esprit y jaillissent réellement des situations, c'est-à-dire de leur source naturelle. Le moineau, on le devine, c'est un Don Juan en jaquette, amoureux de toutes les femmes et les trompant toutes avec une belle Inconscience jusqu'au moment où l'amour le prend sérieusement au coeur. M. Brûlé joue avec beaucoup de bonne grâce et de tact ce rôle difficile, entouré de charmantes «moinelles», Mmes Diéterle, Duluc, Bignon, etc., et d'un excellent compère mondain, M. Bullier.
LE SABRE D'HONNEUR DE STOESSEL
Nous avons entretenu déjà nos lecteurs de la souscription ouverte par notre confrère l'_Echo de Paris_ afin d'offrir, au nom des Français, au général Stoessel, un sabre d'honneur, et, aux défenseurs de Port-Arthur, un souvenir.
Le sabre du général Stoessel, par Falize, figure en ce moment au Salon des Artistes français, où, comme on peut le penser, il est fort admiré.
La poignée en est formée d'une fusée d'ivoire avec résille d'or et de rubis. Au centre, dans un médaillon oblong, se détache un _Saint Georges_ d'or et d'émail, auquel fait pendant, au revers, le monogramme du général, exécuté en émaux translucides sur or. Au sommet, l'aigle éployé des armoiries russes. Ces trois appliques sent bordées de brillants. Sur les flancs de la poignée, on lit: _Dieu protège les braves_ et _Hommage des Français._
Le pommeau est formé d'une aigue-marine, pierre qui symbolise la mer, entourée de vingt-six brillants correspondant aux vingt-six forts de Port-Arthur. Dans la gorge, un décor de seize rubis cabochons.
Sur la garde s'enlacent les palmes et le laurier, liés par un ruban où s'inscrit la devise _Honneur et Patrie_. La bague, au-dessous, porte ce mot: _Port-Arthur_, en lettres d'émaux champlevés translucides, parmi lesquelles court, sur le fond d'or, une brindille de laurier.
Enfin, sur la lame d'acier trempé, on a inscrit la dédicace: _Au général Stoessel, défenseur de Port-Arthur, 1904 1905. Souscription de l'«Echo de Paris»_. Et la croix de Saint-Georges pend à la dragonne.
Telle est l'arme qui va être bientôt présentée à l'énergique commandant de Port-Arthur, et dont les mérites artistiques, plus encore que les matières précieuses qui sont entrées dans son exécution, font une oeuvre de grande valeur.
LE COMPLOT DES CAPOTES
Un four judiciaire, ce procès du complot. Un tour si noir qu'on n'est point allé jusqu'au bout du deuxième acte. Avant la fin de la deuxième audience, sur un incident de procédure, on a renvoyé les débats à quinze jours. Ils recommenceront dans six semaines, ou trois mois, ou davantage. Le plus tard sera le mieux. Elle était vraiment trop ennuyeuse, cette histoire de complot. On nous parlait d'une conspiration, sans nous dire pour qui l'on conspirait: duc d'Orléans, général de Négrier, M. Doumer, prince Victor? on ne savait; on lançait des noms au hasard. Sauf les capotes et les képis découverts, un beau soir, dans une villa de Courbevoie, on n'avait rien trouvé.
Sur le banc des prévenus deux officiers: l'un en non-activité, M. Tamburini; l'autre en congé, M. Volpert. Ces deux inconnus, «instruments» de plus grands et de plus ambitieux, dit-on, avaient fait à d'anciens camarades de vagues propositions de «marcher sur l'Elysée». Les camarades avaient haussé les épaules. Voilà tout le crime poursuivi? Non: il y avait encore ceci:
Les prévenus, avec un troisième inculpé en fuite, avaient tenté de recruter des «soldats d'occasion» pour l'insurrection projetée. Quant aux comparses: MM. Hansen et Meyer avaient transporté ou reçu des cartouches dont il devait être fait usage quand viendrait le Grand Jour.
Un garçon de vingt ans, M. Vrinat, avait été le gardien du magasin d'habillement des conjurés.
C'est tout ce qu'à l'audience on a pu savoir de ce grand complot dont les journaux parlent depuis un mois.
MM. Tamburini et Volpert, si différents d'aspect--le premier correct, éloquent, énergique; l'autre, remuant, bègue et nerveux--se défendent tous deux de toute idée insurrectionnelle. Et c'est là une originalité en la matière. Les conspirateurs, d'ordinaire, se plaisent à braver leurs juges. Ils ont du panache. Ils sont insolents. MM. Volpert et Tamburini s'épuisent en dénégations. Ils font de la procédure. Ils «distinguent». Ils voulaient, disent-ils, changer de ministère, mais pas de gouvernement. Ils sont républicains, et libéraux, et respectueux des lois...
Drôles de conspirateurs. De Catilina à Blanqui, en passant par Cinq-Mars, Cadoudal et Malet, tous les ancêtres de la conspiration ont dû tressaillir dans leur tombe, aux paroles prudentes de si médiocres successeurs.
HENRI VARENNES.
LE MONUMENT DE GRAVELOTTE Dans le programme du voyage que l'empereur d'Allemagne lient d'entreprendre en Alsace-Lorraine figurait, à la date du 11 mai, l'inauguration du monument commémoratif de Gravelotte.
Ce monument consiste en une sorte de cloître construit de pierres ocreuses, couvert de tuiles rouges, et dont les allées sont décorées à l'intérieur de médaillons en bronze.
Le monument de Gravelotte, inauguré le 11 mai par l'empereur Guillaume II, représentant l'effigie des généraux allemands qui ont pris part à la bataille des 15-18 août 1870. Au milieu de l'espace découvert est placé un buste en marbre de Guillaume Ier, fondateur de l'empire, et, au fond, dans une niche faisant face à l'entrée, se dresse une statue symbolique, d'un caractère tout ensemble religieux et guerrier, ange ou génie, tenant une longue trompette.
Bien plus suggestif que cet édifice funèbre, d'une lourde banalité, est le lieu où il s'élève: le cimetière, avec ses simples croix de bois blanches, alignées derrière les sombres cyprès et portant des épitaphes suffisamment éloquentes en la précision de leurs chiffres, car elles indiquent que tel nombre d'Allemands et tel nombre de Français, tombés en se combattant, reposent depuis trente-quatre ans côte à côte sous le même tertre verdoyant.
L'OMNIBUS AUTOMOBILE
Dans son numéro du 1er avril, _L'Illustration_ donnait, avec quelques indications sommaires, un dessin schématique représentant le type de voiture automobile que la Compagnie générale des Omnibus de Paris s'est décidée à construire.
Le 6 mai, l'omnibus de M. Léon Serpollet, muni d'un moteur à vapeur d'une force nominale de 40 chevaux et capable, au besoin, d'aller jusqu'à 100, faisait son premier essai, chargé de quelques voyageurs privilégiés. Parti, vers deux heures de l'après-midi, du dépôt de la rue Championnet, le véhicule, sous la conduite de son constructeur, à gravi les pentes abruptes de la butte Montmartre, puis à suivi à travers Paris, un itinéraire comprenant la rue d'Amsterdam, l'avenue de l'Opéra, la place du Carrousel, le boulevard Saint-Germain, les grands boulevards, depuis la Bastille jusqu'à la chaussée d'Antin. Après un trajet accompli en deux heures quarante minutes, sans la moindre panne, il stoppait à son point de départ. La réussite de cette première expérience permet d'espérer la prochaine mise en circulation des omnibus automobiles.
_NOUVELLES INVENTIONS_
_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement gratuits)_
ANNEAUX POUR STORES ET BRISE-BISE
Quelle ménagère n'a pas eu de petits ennuis dans la suspension des stores, brise-bise, rideaux légers ou dentelles?
Ces ennuis tiennent à la forme même et à la nature de la suspension adoptée jusqu'ici: les anneaux sont cousus à l'étoffe légère ou à la dentelle, puis enfilés généralement sur une tringle. Qu'arrive-t-il donc dans ces conditions?