L'Illustration, No. 3246, 13 Mai 1905
Part 1
Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque
L'Illustration, No. 3246, 13 Mai 1905
Suppléments de ce Numéro: 1º L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE contenant LE DUEL 2º Un hors texte en couleurs: TÊTE DE FEMME, par HENNER.
LA REVUE COMIQUE, par Henriot.
Suppléments de ce numéro: 1º L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE avec le texte complet du DUEL; 2° Une reproduction en couleurs d'un tableau de HENNER.
Courrier de Paris
JOURNAL D'UNE ÉTRANGÈRE
Les rois rendent volontiers, depuis quelque temps, visite aux Parisiens. Ils ne s'y sont pas décidés du premier coup. Paris républicain leur faisait un peu peur. «Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille...» Et puis, petit à petit, le «bloc» leur sembla très inoffensif. Ils se rassurèrent. Une fois rassurés, ils furent séduits. Aujourd'hui, c'est mieux encore; ce bloc, irrésistiblement, les attire. Ce n'est plus par politesse qu'ils consentent à nous venir voir: ils en éprouvent, dirait-on, le besoin. Ils avouent même--et rien ne saurait flatter davantage l'amour-propre des Parisiens--que leur grande joie serait de venir souvent chez eux, et sans être acclamés; d'y passer inaperçus; de jouir de Paris librement, à la façon du premier badaud venu; de pouvoir s'y rencontrer--comme, il y a dix jours, aux; _Capucines_, Edouard VII et Léopold II--sans que la foule y fit attention. Le soir où le roi d'Angleterre vint applaudir, aux _Capucines_, Mme Jeanne Granier, la petite salle était très joliment fleurie; des drapeaux anglais pendaient au-dessus de la porte; on avait cru devoir ainsi marquer d'un peu de solennité l'honneur de cette visite. On eût augmenté le plaisir du roi en ne lui infligeant l'hommage ni de ces fleurs ni de ces drapeaux. Le saluer, c'était le reconnaître. Et je sens quelle exquise volupté ce doit être, pour un homme condamné à ne jamais échapper une minute au supplice de la vénération publique, que de pouvoir penser de temps en temps: «On ne me reconnaît pas!»
N'importe! Que Paris les acclame ou fasse semblant de les ignorer,--qu'ils y viennent en triomphateurs ou en touristes, l'essentiel était pour eux d'y venir; et tous, ou presque tous, en ont pris le chemin l'un après l'autre. Presque tous... car il y en a deux que leur grand âge retient «à la maison»; et un troisième, que d'autres raisons empêchent d'être notre hôte... Celui-là s'en console comme il peut--en venant tout près, le plus près possible de la frontière, de temps en temps, passer une revue, ou saluer des tombes--et se dit (tout bas!) que Gravelotte est bien loin de Longchamps. A qui la faute?
Et pour la première fois de sa vie, sans doute, l'empereur allemand se sent un peu jaloux du roi d'Espagne...
Car il y viendra, lui aussi, dans quinze jours, et ce sera son premier grand voyage. Paris l'attend et s'apprête à le fêter; des comités s'organisent; on ne veut pas laisser à M. Loubet tout seul et à ses ministres le plaisir de montrer Paris à ce roi de dix-huit ans, et de le lui faire aimer. On s'agite même au quartier des Halles; on y prépare à Alphonse XIII une réception dont le pittoresque l'étonnera: ce jeune homme y sera salué au passage par une jeune fille, la «muse de l'Alimentation», que quatre demoiselles d'honneur et la foule de ses compagnes, en habits de fête, escorteront.
Je serai contente qu'Alphonse XIII ait un sourire pour elles. Elles le méritent. Ces marchandes de poissons, de légumes, de fruits et de fleurs ont--comme leurs compagnes les blanchisseuses--une immense vertu: elles aiment leur état. Elles ne l'exercent point en résignées; elles ont l'orgueil corporatif, qui est le plus noble des orgueils, et le plus utile. Elles rougissent si peu d'être des «dames de la Halle» qu'elles élisent parmi elles des «reines» pour les montrer aux Parisiens, et des «muses» pour les présenter à des rois. Un peu de musique autour de leur pauvreté; un diadème en carton doré dans leurs cheveux, et les voilà contentes. Aussi bien leur gentille philosophie les a-t-elle rendues populaires; et je remarque ceci: elles sont, à Paris, l'une des rares catégories de personnes que respecte la satire. La reine de carnaval est une personne dont Paris ne se moque point.
On y a tant d'occasions meilleures de se moquer; et l'imagination du satiriste y est amusée et excitée par une si prodigieuse diversité de sujets... Et il est vrai aussi que ses dessinateurs ont tant d'esprit! Je crois qu'il n'y a pas de ville au monde où, plus aisément, l'homme qui tient un crayon sache dégager de toutes choses des raisons de rire et où fleurisse avec plus de grâce et de drôlerie l'art de la «charge». Quelques-uns même, en même temps qu'ils dessinaient, ont rêvé de peindre. Pourquoi pas? La peinture semblait être jusqu'ici--en France du moins--un art réservé aux sujets nobles ou gracieux; on ne concevait pas qu'elle pût être satirique joyeusement, et même un peu caricaturale. Elle peut l'être. M. Jean Veber l'a prouvé; M. Albert Guillaume aussi. Et pour nous en faire la démonstration plus à son aise, celui-ci a fui les Champs-Elysées qu'encombrent depuis quinze jours ses camarades, et s'est organisé, au seuil du Boulevard, son Salon à lui. Une quarantaine de petites toiles, pas davantage; à la place de la «légende» un simple titre; mais qui suffit à éclairer l'anecdote. Il y a dans tout cela bien de la fantaisie et de l'esprit le meilleur. Albert Guillaume est sans pitié pour nos snobismes parisiens, et je lui sais gré de nous en avoir si justement _peint_ les aspects un peu comiques. J'aime infiniment sa _Conférence pour dames seules_ et le _Five o'clock_ où l'on s'ennuie, et le _Bal_ où l'on ne s'amuse pas, et le _Flirt_ où l'on grimace, et certain _Dîner académique_, qui fut, je m'en souviens, reproduit dans le dernier numéro de Noël de _L'Illustration_, où l'on me dit que plusieurs figures sont cruellement reconnaissables...
Les dîners académiques! Il paraît qu'il s'en donne beaucoup en ce moment. A l'Académie française, à l'Académie des Beaux-Arts, aux «Sciences morales», il y a des fauteuils vacants à remplir; et l'on se démène. C'est autour de l'Académie française, principalement, que semble s'exciter la curiosité publique et s'agiter les passions. Les écrivains se moquent beaucoup de l'Académie française, dans le monde des lettres, un peu comme se moquent du ruban de la Légion d'honneur ceux qui n'ont que les palmes académiques à la boutonnière. On me citait un jour lu cas de l'un d'eux qui, s'étant déclaré partisan de la suppression des distinctions honorifiques, laissait poser--discrètement--sa candidature au ruban rouge. Quelqu'un s'étonnait. Il répondit: «En demandant que la Légion d'honneur soit abolie, je ne veux pas être accusé d'avoir obéi à un sentiment de rancune personnelle. Il est donc convenable,--il est utile à la cause dont je suis l'avocat, que le gouvernement me décore. Je n'en serai que plus fort, et mieux écouté, quand j'affirmerai qu'il est absurde qu'il y ait des gens décorés.»
Serait-ce dans le même esprit que certains écrivains ambitionnent d'entrer à l'Académie? On les accuserait de jalousie, s'ils disaient du mal d'elle, n'en étant pas. Afin d'être à leur aise pour se moquer de ceux qui en sont, ils sollicitent la faveur d'en être...
Car il leur faut solliciter eux-mêmes cette faveur-là. Ce fut naguère un de mes grands étonnements. On m'avait parlé, dans mon pays, d'une sorte d'aréopage où se trouvaient assemblés les quarante personnages reconnus les plus illustres de France, ou les plus notoirement estimables dans l'art de parler ou d'écrire. On m'expliquait que l'Académie élisait ses membres, et je supposais que ces choix étaient librement faits par elle, sans qu'aucune compétition y intervînt. J'imaginais une assemblée de grands hommes délibérant ainsi; «Z... est illustre. Il fait de beaux ouvrages. Il a rendu de grands services à son pays. Il a hautement honoré sa profession. Il est digne de s'asseoir au milieu de nous; nous le nommons académicien.» Et je me figurais l'immense joie de l'homme qu'allait surprendre en son cabinet de travail un si glorieux hommage. Naïveté! Je ne supposais pas que cette assemblée imposât à ceux qui rêvent d'y siéger l'humiliation de se proposer eux-mêmes à son choix; d'aller frapper à trente-neuf portes; de raconter leurs ouvrages et d'en affirmer trente-neuf fois le mérite...
Ils doivent pourtant subir cette petite avanie; et c'est la condition de leur succès. Il leur faut affronter de gênantes rencontres, des rebuffades, et, parfois même, l'aveu poli de l'antipathie qu'ils inspirent. Ils ne connaîtront la fierté d'être académiciens que s'ils consentent à s'abaisser un peu pour le devenir. N'est-ce pas une coutume peu élégante, et dont on devrait épargner l'ennui à des hommes si considérables?...
D'autant que certains d'entre eux savent être illustres avec tant de modestie! Témoin Me Rousse: Demain samedi, il y aura vingt-cinq ans que Me Rousse appartient à l'Académie française. Il y remplaça Jules Favre, et c'est aujourd'hui un vieillard de quatre-vingt-huit ans; un vieillard mélancolique et frileux, que les Parisiens ont presque oublié. L'occasion était bonne de leur rappeler que M. Rousse existe; et ses collègues avaient formé le projet d'organiser, à l'occasion de ce demi-jubilé académique, une petite fête, très intime, autour de leur doyen. Il les a priés de rester tranquilles. M. Rousse pense probablement qu'il est prudent, quand on a eu la chance d'être «oublié» par le bon Dieu jusqu'à quatre-vingt-huit ans, de ne point faire de bruit...
C'est le geste de Fontenelle, académicien nonagénaire, qui faisait signe aux gens de parler tout bas, quand ils le félicitaient de son grand âge.
SONIA.
UNE OEUVRE DE HENNER
Offerte en fac-similé aux lecteurs de _L'Illustration._
Combien, parmi les visiteurs du Salon, en quête des envois de leurs maîtres favoris, ont cherché bien vite au catalogue le nom de M. Henner et, ne l'y ayant point trouvé, sont partis, leur promenade achevée, déçus, et pensant, à part eux, qu'à cette exposition de 1905 il manquait quelque chose pour que leur joie fût tout à fait complète.
Car il est peu d'artistes de ce temps dont les oeuvres exercent sur les foules, comme sur le petit choeur des purs amateurs d'art, une séduction comparable à celle que dégagent les toiles du peintre de l'_Orpheline_, de _Biblis_ et de _Fabiola_.
Le critique le plus exigeant ne saurait, quoi qu'il en ait, demeurer insensible à ce métier savoureux, conquis au prix, sans doute, de combien de recherches âpres et persévérantes, et dont l'aisance, à présent, la tranquille sûreté émerveillent et déconcertent. Ceux-là même qui furent le plus sévères à M. Henner ne pouvaient se défendre d'admirer la fluidité, le «coulant»--puisque c'est le mot consacré--de sa pâte, sa science prodigieuse. On lui ferait tort en limitant à ce point l'admiration due à son très beau talent, et ceux que laissent indifférents les habiletés du pinceau, les tours de force de facture, lui rendent plus de justice quand ils vont d'instinct au fervent idéaliste, au poète qui a évoqué, pour sa joie et pour la nôtre, un monde meilleur, plus calme, plus beau que la réalité, et a peuplé de reposants paysages d'églogue de belles et pâles nudités occupées seulement de vivre un doux songe, ou de savourer de tendres regrets.
Aux devantures des grands marchands de tableaux, au milieu d'une exposition, dans une salle de musée, on reconnaît un Henner entre vingt, entre cent autres toiles, et personne, sans doute, dans l'histoire de l'art, n'a jamais imprimé à ses productions une empreinte plus personnelle que n'a fait M. Henner. Toute signature, ici, est superflue et c'est, en vérité, une sorte de coquetterie de la part de l'artiste que de l'écrire, en capitales hésitantes, sur le fond sombre des tableaux sortis de ses mains. Ces chairs nacrées, rosées à peine, parfois laissées volontairement d'une blancheur transparente d'albâtre, ces lourdes toisons fauves ou brunes, ces yeux profonds qui ne reflètent nulle lumière du dehors, mais qu'éclaire ardemment la flamme intérieure, ces yeux meurtris, tout baignés de mélancolie, tout chargés de rêves sans fin, et laissant errer sur le monde des regards désenchantés ou repentants, ces yeux qui font parfois songer au Vinci et à ses anges énigmatiques, tout cela n'est qu'à M. Henner.
On a voulu lui faire grief de ses qualités mêmes, lui reprocher ce qu'on a appelé la monotonie de sa manière. En fait, s'il lui est quelquefois arrivé de s'évertuer à répondre--et avec bonheur--à ces reproches en s'aventurant à de plus grandes compositions, il a surtout affectionné deux notes, pas plus. Mais avec quelle perfection il les a chantées!
L'une, c'est le paysage d'aube ou de crépuscule, prairie de sombre velours, baignée de vapeurs légères, fermée, au fond, de noirs cyprès, ciel d'un bleu défaillant, d'un bleu de turquoise morte,--le bleu Henner!--se reflétant parfois dans une flaque limpide, et, dans ce décor de Champs-Elysées ou d'Arcadie, une femme à demi drapée, ou sans autres voiles que sa mouvante chevelure, rêvant ou lisant.
L'autre, c'est la figure à mi-corps, dont le _Fabiola_ du Salon de 1885 fut le type définitif, et dont la _Tête de femme_, de la collection A. Cassot[1], que nous publions en _fac-similé_ est un admirable et très significatif exemplaire, avec son regard vague et triste, sa pâle carnation aux ombres chaudes, ses opulents cheveux roux et la draperie, d'un rouge vibrant, jetée sur la poitrine comme pour en accentuer la blancheur délicate.
[Note 1: 30, rue Laffitte.]
A reproduire fidèlement cette oeuvre de grande valeur, cette toile magistrale, des artisans habiles se sont appliqués avec un respect, une conscience de vrais artistes, s'attachant à traduire et les dextérités de la brosse, et la qualité de la pâte généreuse. Ils y sont parvenus avec un rare bonheur, et ce nous est un réel plaisir que d'offrir à nos lecteurs cette planche où le talent, où la pensée d'un maître aimé ont été traduits avec cette perfection, sans défaillance, sans trahison. G. B.
LA MISSION ALLEMANDE AUPRES DU SULTAN DU MAROC
LE DÉPART POUR FEZ
DE LA MISSION ALLEMANDE
Les affaires marocaines occupent une place importante dans les soucis de notre politique extérieure, surtout en raison de l'intervention personnelle de l'empereur d'Allemagne et de la campagne menée depuis quelque temps par la presse d'outre-Rhin. A la suite de son voyage sensationnel à Tanger, Guillaume II a, on le sait, décidé d'envoyer son représentant au Maroc, le comte Tattenbach, en ambassade extraordinaire auprès de la cour chérifienne.
La mission diplomatique allemande a quitté Tanger le 2 mai, escortée d'une trentaine de cavaliers indigènes, sous la conduite d'un caïd, pour se rendre à Fez, effectuant complètement le trajet par terre. Le comte Tattenbach, porteur d'une lettre autographe de l'empereur Guillaume pour le sultan, est accompagné de la comtesse, du général Schenk, récemment promu, du commandant Sender et du capitaine Kleist.
L'ENTREVUE DE VENISE
M. Tittoni, ministre des affaires étrangères italien, et le comte Goluchowski, ministre des affaires étrangères autrichien, se sont rencontrés à Venise, le 29 avril. Ils y passèrent une journée ensemble, visitèrent l'Exposition internationale d'Art, eurent des entretiens cordiaux, en présence du duc d'Avara, ambassadeur d'Italie à Vienne et du comte Lützow, ambassadeur d'Autriche-Hongrie à Rome; enfin M. Tittoni offrit, en l'honneur du comte Goluchowski, un dîner de vingt-deux couverts, où des toasts non moins cordiaux furent échangés.
Le ministre de Victor-Emmanuel avait fait, en avril 1904, à Abbazia, une visite au ministre de François Joseph; son éminent collègue la lui rendait: rien de plus naturel. Mais peut-on jamais considérer l'entrevue de deux hommes d'État, de deux hauts diplomates, comme un simple acte de courtoisie? Le but réel de celle-ci, assurent les gens bien informés, était de dissiper des malentendus entre les deux puissances.
[BALLES ET ÉCLATS D'OBUS EXTRAITS DU CORPS DES BLESSÉS A L'HOPITAL JAPONAIS DE MATSUYAMA. _Photographie de notre correspondant J.-C. Balet._]
Notre correspondant, qui a pu visiter les hôpitaux japonais où sont soignés les blessés des deux armées, évacués de Mandchourie, a photographié de nombreuses vitrines semblables. Nous n'en reproduisons qu'une: elle contient pourtant à elle seule une variété déjà grande des projectiles que les chirurgiens nippons ont retirés des membres confiés à leurs soins. Ces informes morceaux de métal, soigneusement étiquetés, ne sont pas très effrayants à première vue: mais que l'on songe aux affreuses blessures que chacun d'eux a faites, à la somme de souffrances qu'ils représentent, et l'on ne pourra plus les regarder sans un frisson d'horreur.
LA PROCHAINE BATAILLE NAVALE: FORCE COMPARÉE DES DEUX FLOTTES
Le moyen le plus pratique pour comparer deux flottes de guerre, de composition aussi hétérogène que le sont les escadres de Rodjestvensky et de Togo, consiste à examiner tous les navires qui en font partie, et à décomposer chacun d'eux en chacun des quatre principaux éléments de force qu'il contient: 1° le tonnage, autrement dit les dimensions du navire qui permettent l'endurance à la mer et l'embarquement de plus ou moins grandes quantités de charbon; 2° la puissance des machines qui permet les grandes vitesses et le rayon d'action étendu; 3º l'armement offensif, c'est-à-dire la puissance des canons; 4° l'armement défensif ou cuirasse. Si l'on totalise séparément ces diverses données, on obtient les chiffres suivants:
FLOTTE JAPONAISE
(86 navires, y compris 40 torpilleurs et 20 contre-torpilleurs.)
I. Tonnage de la flotte japonaise: 204.000 tonnes.
II. Vitesse de la flotte japonaise en puissance des machines au tirage forcé: 500.000 chevaux-vapeur.
III. Armement offensif de la flotte japonaise:
IV. Armement défensif de la flotte japonaise:
Chaque millimètre de hauteur de l'hélice représente 10,000 chevaux-vapeur.
Chaque cube représente une tonne.
Une masse d'acier longue de 90 mètres, large de 10 mètres, épaisse de 5 mètres, figurerait la quantité de blindage que porte la flotte japonaise. Evaluation de ce cuirassement: 4.495 mètres cubes.
FLOTTE RUSSE
(46 navires, dont 11 contre-torpilleurs et 11 croiseurs auxiliaires.)
I. Tonnage de la flotte russe: 183.300 tonnes.
(Y compris la division de Vladivostok, mais non compris les croiseurs auxiliaires.)
III. Armement offensif de la flotte russe:
La Vitesse de la flotte russe en puissance des machines au tirage forcé: 540.000 chevaux-vapeur.
Chaque cube représente une tonne.
Y compris les navires de la flotte volontaire et les anciens paquebots allemands convertis en croiseurs.
IV. Armement défensif de la flotte russe:
Une masse d'acier de mêmes largeur et épaisseur, mais longue de 81 mètres seulement, figurerait la quantité de blindage que porte la flotte russe. Evaluation de ce cuirassement: 4.071 mètres cubes.
V. Carte des bases navales
VI. Equipages.--Les experts navals sont d'accord pour donner au marin japonais une valeur un peu supérieure au marin russe. Dans notre compte total, nous évaluerons cette supériorité à _un cinquième._
Si nous récapitulons et si nous attribuons à chacune des quatre qualités essentielles _(tonnage, vitesse, canons et cuirasse)_ une cote équivalente: 20. Si nous admettons de plus que les bases navales et l'équipage, réunis, constituent un cinquième élément de même valeur, nous aurons la comparaison suivante:
La flotte La flotte japonaise vaut: russe vaut: Tonnage 20 18 Puissance de la machinerie. 18 20 Canons 20 18,5 Cuirassement 20 18 Bases navales 10 ) 6.5) ) 20 ) 14,5 Commandement et équipages. 10 ) 8 )
98 89
D'après ces données, la flotte japonaise serait à la flotte russe comme 98 est à 89, et la supériorité des forces de Togo sur celles de Rodjestvensky serait d'environ _un neuvième_.
J. DELAPORTE.
LES TROUBLES EN RUSSIE
L'effervescence à laquelle, depuis de longs mois, la Russie est en proie ne semble pas près de se calmer. Troubles agraires, révoltes soudaines de paysans, pillages, incendies de propriétés, d'une part; grèves, rébellions, attentats par les bombes, attaques dirigées contre les usines, d'autre part, se renouvellent de place en place à des intervalles assez fréquents, et le désarroi certain où la guerre a jeté les autorités, leur impuissance ou même leur indifférence à conjurer le péril quand cela, parfois, serait possible laissent le champ assez libre à toutes ces manifestations de la violence. C'est la région sud-ouest de l'empire, celle qui avoisine la Pologne, et la Pologne elle-même, qui ont subi les effets les plus terribles de la rancune populaire.
Les troubles agraires les plus inquiétants qu'on ait signalés ont eu pour théâtre les gouvernements de Vitebsk, d'Orel, de Koursk et de Tchernigof. La capitale du premier n'est guère qu'à 500 kilomètres de Saint-Pétersbourg; Orel est à 400 kilomètres de Moscou.
Quand on lit les détails qu'ont pu recueillir sur place les correspondants, on a l'impression de se trouver en présence d'une véritable jacquerie, avec tous ses excès, toutes ses fureurs.
Dans quelques cas on y mettait, si l'on peut dire, des formes: on adressait aux victimes désignées une sorte d'ultimatum; une dizaine de délégués passaient dans une métairie et signifiaient au personnel que, quelques heures plus tard, on viendrait chercher le blé, le seigle, l'orge et l'avoine amoncelés dans les greniers; puis ils repartaient. Et, avec les ombres du soir, on voyait arriver en caravane des centaines de traîneaux accourus des villages des alentours et montés par une foule nombreuse de paysans qui se mettaient aussitôt à la besogne, déménageaient les sacs de grains et, aussi vite que possible, de peur d'être dérangés, les entassaient sur leurs véhicules, puis repartaient au galop.
Le plus souvent, c'est aux céréales seulement qu'on s'en prenait. Mais dans nombre de cas, quand se présentèrent des usines, des sucreries, par exemple, on les pilla aussi; parfois on emportait les meubles des maisons un peu aisées ou des châteaux, le bétail des fermes; et toujours, là où se trouvait de l'alcool, on se livrait à d'abominables orgies. Enfin, sur quelques points, le pillage terminé, on a mis plus d'une fois le feu aux maisons ou aux fabriques qu'on venait de vider de tout ce qu'elles contenaient de transportable ou seulement de buvable.