L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905

Part 3

Chapter 33,622 wordsPublic domain

D'autres observateurs ont signalé des accidents d'un autre ordre: on a vu se développer des troubles cardiaques. Il n'y a pas à être très surpris du contre-coup grave que peut avoir le chatouillement. L'irritation cutanée peut bien, semble-t-il, exercer des actions à distance aussi vives que l'irritation des fosses nasales, de l'intestin, du conduit auditif, etc., par des parasites. Aussi faut-il considérer le chatouillement comme un amusement qui peut avoir des conséquences funestes: un amusement à proscrire.

LES FEUILLES D'ALUMINIUM COMME PAPIER.

La légèreté et le bas prix de l'aluminium désignaient ce métal à de nombreux emplois jusqu'à présent interdits aux métaux; et tout d'abord on s'en servit comme de carton.

Nous avons eu, ces années dernières, des cartes de visite et des cartes-réclames en aluminium. Mais, bientôt, on réussissait à diminuer encore l'épaisseur de la feuille et, maintenant, le nouveau métal se présente au commerce en lames aussi fines et aussi légères que le plus fin des papiers.

Avec 33 grammes d'aluminium, on a réussi à laminer des feuilles d'un mètre carré. Comme il semble que l'emploi des feuilles d'aluminium pour la conservation des substances alimentaires soit à la veille de se substituer à l'emploi des feuilles d'étain, dites vulgairement papier d'argent, il était indispensable de savoir si ces nouvelles feuilles ne contenaient ni arsenic, ni autres métaux toxiques.

Sous ce rapport, l'analyse chimique faite par M. Ogier a été tout à fait rassurante. On n'y trouve, associés en très faibles proportions à l'aluminium, que du calcium, un peu de fer et des traces de cuivre.

Mais, à côté des feuilles métalliques, on emploie aussi des papiers métallisés, qui nous viennent d'Allemagne. Dans ces papiers, on trouve, comme principales impuretés, le charbon et l'alumine. Le danger en est donc nul.

Le prix des feuilles d'aluminium, ayant un centième de millimètre d'épaisseur, est de 7 francs le kilo, avec un minimum de 30 mètres carrés au kilogramme.

La substitution du papier d'aluminium au papier d'étain sera en somme favorable à l'hygiène; car l'étain est fréquemment mélangé de plomb, depuis qu'on le retire des boîtes de conserves et autres vases hors de service.

D'autre part, M. Balland a constaté que l'air, l'eau, le vin, la bière, le cidre, le café, le lait, les huiles, les graisses, ont moins d'action sur l'aluminium que sur le plomb, le zinc et l'étain.

Enfin, M. Riche a établi que l'étain et le nickel sont plus corrodés par l'acide lactique et l'acide acétique étendus que l'aluminium. Le chocolat, le pain d'épices, les bonbons, n'auront donc rien à redouter du papier d'aluminium.

Le seul agent un peu dangereux pour l'aluminium, c'est le sel marin.

En somme--et telle est la conclusion d'une étude de M. Riche sur la valeur hygiénique du papier d'aluminium--sa substitution au papier d'étain doit être considérée comme sans inconvénients au point de vue de l'hygiène.

LA GUERRE RUSSO-JAPONAISE ET LA FABRICATION DES EXPLOSIFS.

La fabrication intensive d'explosifs nécessitée par la guerre russo-japonaise a provoqué une crise économique spéciale qui sévit actuellement avec une grande acuité sur le marché des substances qui entrent dans la composition des explosifs de guerre.

C'est ainsi que les prix du camphre et de l'écorce de bourgène ou aulne noir ont monté à des hauteurs fantastiques.

Pour le camphre, la hausse du prix a été d'autant plus considérable que le Japon est le seul pays producteur et exportateur de cette substance, et qu'il s'en est réservé la monopolisation, comme la Suisse l'a fait pour l'alcool. Le prix du camphre est alors réglé par un décret du Mikado.

Le camphre joue d'ailleurs un rôle capital dans la fabrication des explosifs, en ce sens qu'il rend l'acide picrique maniable. Cet acide, additionné de camphre, fond et coule à une douce chaleur, sans détoner, et c'est ainsi que l'on peut fabriquer la mélinite, qui n'est que de l'acide picrique fondu en plaques de faible épaisseur.

Comme conséquence, le camphre n'a plus aujourd'hui de cours commercial.

Quant à l'écorce d'aulne, utilisée pour la fabrication de la poudre sans fumée, son prix a décuplé depuis six mois, mais sa raréfaction sur le marché n'intéresse guère que les gouvernements qui ont à fabriquer de la poudre; tandis que celle du camphre, qui est si largement utilisé en médecine et en hygiène, se fait directement sentir sur toutes les bourses.

_Mouvement littéraire_

_Dix mois de guerre en Mandchourie_, par RAYMOND RECOULY (JUVEN, 3 fr. 50).--_Journal d'un correspondant de guerre en Extrême-Orient_, par RÉGINALD KAMI (CALMANN-LÉVY, 3 fr. 50).--_Jaunes contre Blancs, le problème militaire indo-chinois_, par R. CASTEX (CHARLES-LAVAUZELLE, 3 fr. 50).--_La Troisième Jeunesse de Mlle Prune_, par PIERRE LOTI (CALMANN-LÉVY, 3 fr. 50). Dix mois de guerre en Mandchourie. M. Raymond Recouly a été le correspondant du _Temps_ pendant une partie de la guerre russo-japonaise. A la fois lettré et précis, il nous dit ce qu'il a vu et les impressions qu'il a éprouvées. Suivant dans ses marches l'armée russe, il a été enveloppé dans la grande bataille de Liao-Yang, à la fin d'août et au commencement de septembre dernier. Les soldats russes qu'il a observés, puisqu'il était mêlé à leurs bataillons, ont montré un héroïsme surhumain, dans toutes les rencontres, principalement à Liao-Yang. Contre leur courage, toutes les attaques furieuses des Japonais se sont brisées. Ils sont restés, au début et même à la fin de la grande bataille, maîtres de leurs positions. Et, cependant, la retraite a sonné! On a craint le mouvement de Kuroki et d'être coupé de la ligne de communication. Avec un peu d'énergie et plus de coordination dans les efforts, peut être aurait-on eu facilement raison du général nippon, qui avait un fleuve à franchir. Il fallait se porter rapidement à sa rencontre--il était isolé--et le séparer de plus en plus du gros de l'année. Mais, supérieur dans la défensive et presque invincible, le soldat russe l'est montré d'une notoire inhabileté dans l'offensive. Ce que nous soupçonnions, M. Recouly nous l'apprend de la façon la plus nette. Pendant que les Japonais faisaient la guerre hardie, la guerre napoléonienne, leurs adversaires, braves entre tous, se contentaient de parer les coups. A Cha-Ké, l'attaque russe, faute d'unité, échoua complètement. Sur les moeurs du pays mandchou, sur les différentes races qui l'habitent, sur la haine des Anglais contre les Russes, sur les hésitations des Chinois, toujours disposés à se tourner du côté du _piu patente_, M. Recouly nous renseigne exactement. Quand il ne peut assister aux batailles, il examine les lieux, décrit la topographie du pays, nous initie aux habitudes et aux passions de ceux qui peuplent la grande Mandchourie et nous révèle jusqu'à quel point les Nippons sont admirables dans l'organisation de l'espionnage. Le reporter actuel est d'une grande utilité: il remplace les anciens écrivains de _Mémoires_, et peut-être avantageusement pour les historiens futurs, car il apporte moins de préoccupations personnelles dans son récit.

Journal d'un correspondant de guerre en Extrême-Orient.

M. Recouly s'est acquitté de sa tâche de correspondant dans l'armée russe, M. Réginald Kann dans l'armée japonaise.

Peut-être M. Kann n'a-t-il pas rencontré chez les Nippons la même bonhomie, ni les mêmes facilités cordiales que M. Recouly chez les Russes Combien de jours il a dû se promener à Tokio et à Yokohama avant d'obtenir l'autorisation de suivre les opérations militaires en Corée et en Mandchourie! Avec une bonne foi douteuse, on lui promettait tout sans lui rien accorder. Enfin, il a pu remplir ses fonctions d'observateur et de reporter et assister, comme M. Recouly, à la bataille de Liao-Yang. _L'Illustration_ a eu la primeur de son récit dans le numéro du 19 novembre 1904. Ancien élève de Saint-Cyr, M. Kann est du métier et s'intéresse à la guerre. Echappant à la surveillance étroite à laquelle on le soumettait, il a, d'une hauteur, contemplé la grande lutte, l'embrassant dans son étendue, relevant les détails. Il marque les défectuosités de la défense russe, le tort que l'on avait de trop serrer les soldats, de les présenter comme une cible facile aux coups de l'ennemi; dans la défensive, il faut un peu éparpiller les hommes, afin de laisser des espaces par lesquels bombes et balles puissent passer et se perdre. La longue lutte de Liao-Yang fournit encore à M. Kann l'occasion de faire remarquer ce que Sadowa avait suggéré aux hommes compétents. Il ne faut pas exagérer l'importance de l'artillerie dans la guerre En 1866, les Autrichiens, par leurs canons, étaient supérieurs aux Prussiens, mais ce furent les fusils de l'infanterie prussienne qui décidèrent de la journée. A Liao-Yang, les munitions de l'artillerie nipponne étaient déplorables, ce qui n'empêcha pas les Japonais d'avoir le dessus. Au fond, les obus et les boulets font plus de bruit que d'effet. Il est vrai que, s'ils ne tuent pas comme les balles pressées, invisibles et rapides, ils jettent dans les rangs adverses la terreur et le désarroi, et que l'infanterie, se sentant soutenue par le tir des canons, marche plus vigoureusement et avec plus d'entrain.

Au point de vue militaire, le livre de M. Kann est des plus instructifs; il est bon de mettre son récit en face du récit de M. Recouly; les deux se complètent.

Toutefois, ajoutons que M. Kann n'a pas dans le haut commandement nippon une confiance démesurée. Si celui-ci avait, au début de la guerre, avec ses quatre cent cinquante mille hommes complètement prêts, montré plus d'activité, que serait-il advenu de la Russie qui n'avait presque personne en Extrême-Orient?

Après chaque grande victoire, les Japonais se sont pareillement un peu trop longtemps reposés, ne poursuivant pas leurs avantages et laissant à l'ennemi le temps de se ressaisir, de se ravitailler en hommes et en munitions.

Jaunes contre Blancs.

M. R. Castex, enseigne de vaisseau, a, en 1904, accompagné M. François Deloncle, chargé d'une mission en Indo-Chine et d'une enquête sur notre grande colonie. _Jaunes contre Blancs_ nous fournit un résumé fort lumineux de l'état de l'Indo-Chine et de ce que nous devons préparer là-bas. Déjà signalé dès 1897, par M. Doumer, le péril japonais est devenu des plus imminents. Nous n'avons rien à redouter des Anglais et des Allemands qui, avant peu, auront les mêmes ennemis que nous-mêmes. Mais le Japon est là, actif, remuant, organisant avec ses officiers l'armée chinoise et celle du Siam, inondant notre colonie elle-même de ses espions déguisés en Célestes et même en bonzes. Au moment redouté, nous les trouverions à l'intérieur même de la Cochinchine, du Tonkin et de l'Annam, soufflant le feu, attisant la révolte des populations. Que devons-nous faire en prévision d'une attaque prochaine?

Notre marine est fort supérieure à celle du Japon. Mais, pour qu'elle se mobilise, s'approvisionne de charbon et atteigne le lieu des hostilités, il lui faut trois mois au minimum. Il est donc nécessaire de faire de l'Indo-Chine comme une place en état de résister pendant trois mois aux assauts de l'ennemi, avec ses propres forces. C'est comme une grand'garde qu'il importe de constituer le plus tôt possible. La Cochinchine et le Tonkin sont séparés l'un de l'autre et ne pourraient, en cas de guerre, se prêter aucun appui. Leur mise en état de défense n'est pas identique; ce sont deux unités non reliées entre elles. Avec précision, M. Castex entre dans des détails techniques, marque les points à fortifier et surtout le système de croiseurs et de sous-marins à établir pour rendre les débarquements ennemis plus périlleux. Si la France veut conserver son plus brillant empire colonial et le rendre inaccessible aux entreprises des jaunes conduits par les Nippons, c'est à une dépense de 180 millions qu'elle doit se résigner. Chiffre énorme! Mais ne risquerait-il pas d'être bien des fois doublé si l'on ne se décidait à faire ces préparatifs indispensables? Que l'optimisme de nos alliés les Russes nous serve de leçon!

La Troisième Jeunesse de Mme Prune.

Au moment où j'achève cet article paraît le volume de M. Loti. Le divin charmeur a visité le Japon dans ces derniers temps: il y a passé une année presque entière. Combien peu belliqueux est son livre! Il a retrouvé, là-bas, les mousmés, les maisons de thé, les danseuses aux grâces félines, parmi lesquelles Pluie d'avril; il a revu sa belle-mère, Mme Renoncule; une cousine au vocable de Fleur-de-Cerisier; et, en plein veuvage, en pleine ardeur de la troisième jeunesse, Mme Prune. C'est encore le Japon ancien, le Japon de jolies couleurs et de paravent qu'a entrevu l'oeil de M. Loti. O illusion de la poésie et des souvenirs!

E. LEDRAIN.

Ont paru:

_La Grande Aventure_, par Georges de Labruyère. 1 vol., Librairie universelle, 3 fr. 50.--_Jean et Pascal_, par Mme Juliette Adam, 1 vol., Lemerre, 3 fr. 50.--_Le Fond secret._ par Michel Provins. 1 vol.. Fasquelle, 3 fr. 50.--_Brichanteau célèbre_, par Jules Claretie. 1 vol., Fasquelle, 3 fr. 50.--_Un officier de cavalerie. Souvenirs du général L'Hotte_, 1 vol. in-16, Plon-Nourrit et Cie, 3 fr. 50.--_Les Cosaques de Transbaïkalie en Mandchourie en 1900_ par le général-major Nicolaï-Orlov. 1 vol., Lavauzelle, 3 fr.--_Souvenirs d'un vélite de la garde, sous Napoléon Ier_, par Lombard-Dumas. 1 vol. in-16, Plon-Nourrit et Cie, 3 fr. 50,--_Médecine de l'enfance_, par le docteur Monin. 1 vol. in-16, Maloine, 5 fr.

LA BAIE DE CAM-RANH

La baie de Cam-Ranh, où, d'après de récents câblogrammes, l'escadre de l'amiral Rodjestvensky est ancrée à l'heure actuelle, est un point stratégique des plus importants, à cause de sa situation sur la route directe des paquebots entre Hong-Kong et Singapour. On comprend donc aisément le choix de l'amiral russe, qui a peut-être également espéré trouvera Cam-Ranh quelques facilités d'approvisionnement en combustible; MM. de Barthélémy et de Pourtalès y ont, en effet, créé d'importants dépôts de briquettes agglomérées.

LE COLONEL RENARD

La mort subite du colonel Renard, directeur du parc aérostatique militaire de Chalais-Meudon, vient de priver prématurément l'armée et la science d'une personnalité de haute valeur.

Fils d'un magistrat, Charles Renard était né à Damblain (Vosges), le 23 novembre 1847. Il comptait parmi les plus brillants élèves du lycée de Nancy et, au concours général de 1866, à dix-huit ans, il remportait le prix d'honneur de mathématiques spéciales; cette même année, il était reçu troisième à l'École normale supérieure en même temps qu'à l'École polytechnique. Ayant opté pour celle-ci, il en sortit dans l'arme du génie.

Il fit la campagne de 1870 à l'armée de la Loire, à l'armée de l'Est avec Bourbaki. A dater de 1873, attiré tout particulièrement vers les recherches d'aérostation et d'aviation, il s'y consacra avec les collaborations successives du capitaine Krebs et de son frère, le commandant Renard. Il eut la satisfaction de résoudre le premier, d'une façon complète, le problème de l'aérostat dirigeable, c'est-à-dire le retour certain au point de départ dans des conditions favorables. Il avait acquis en cette matière une compétence et une autorité incontestées.

Les chercheurs du grand problème de l'aviation trouvaient toujours de bons conseils et un excellent accueil auprès deavant modeste et bienveillant autant qu'éminent. Mécanicien distingué dans les diverses branches et en même temps physicien, le colonel Renard présidait plusieurs sociétés savantes et avait apporté un précieux concours, comme membre des jurys et des commissions, à nos expositions universelles.

LE «TOURBILLON DE LA MORT»

Cette nouveauté acrobatique vient, hélas! de justifier son appellation funèbre, qu'on présumait volontiers n'être qu'une artificieuse hyperbole destinée à corser l'effet d'une «attraction» sensationnelle.

Le «Tourbillon de la mort», c'était le dernier mot du _looping the loop_, le bouclage de la «boucle» en automobile, agrémenté d'un surcroît de difficultés. On sait--et notre schéma le fera mieux comprendre encore--comment fonctionnait, depuis un mois environ, au Casino de Paris, l'appareil construit par l'ingénieur Revel. L'automobile où se tenait, ligotée, Mlle Marcelle Randal, une jeune fille de vingt-deux ans, descendait avec une rapidité vertigineuse d'une hauteur de 8 mètres, le long d'un plancher fortement incliné; au bas de ce plancher, les roues de derrière faisaient déclencher un puissant ressort, qui projetait la voiture en l'air en la faisant basculer; il en résultait un véritable saut périlleux, au terme duquel le véhicule retombait sur un plan d'arrêt.

Le soir du vendredi 14 avril, Mme Randal, son exercice accompli, ne se releva pas, à son ordinaire, pour saluer les spectateurs: on la transporta évanouie à son domicile, où elle expirait, le lendemain, sans avoir repris connaissance. Une instruction judiciaire est ouverte et, d'après l'avis des médecins, il semble bien que cette mort doive être attribuée non à un accident, mais à la répétition de la commotion cérébrale, conséquence des violentes secousses imprimées au corps de la jeune acrobate.

Mme ADELINA PATTI

La croix de la Légion d'honneur vient d'être décernée, au titre étranger, à Mme Adelina Patti. Le nom de la célèbre cantatrice, de nouveau mis en vedette, évoque le souvenir de succès retentissants, mais déjà bien lointains. D'origine espagnole (elle naquit à Madrid en 1843), Adelina Patti, élevée en Amérique où ses parents s'étaient établis, avait embrassé de bonne heure la carrière théâtrale. Douée d'une voix d'une étendue, d'un éclat, d'une souplesse exceptionnels, elle avait à peine seize ans quand elle débutait, à New-York, dans _Lucia_. En 1861, elle contractait un engagement à Londres et, l'année suivante, elle apportait en France une renommée qui allait recevoir sa consécration définitive au Théâtre-Italien de la salle Ventadour: jamais le répertoire des Donizetti, des Rossini, des Verdi, n'y trouva une interprète plus applaudie, plus fêtée du public.

La Patti avait épousé, en 1868, le marquis de Caux, écuyer de l'empereur Napoléon III; après la rupture de cette union, elle se remaria avec le ténor Nicolini, puis, devenue veuve, avec le baron de Cedestroem, appartenant à la noblesse suédoise. Elle a quitté Paris depuis 1870, et réside habituellement en Angleterre.

L'Illustration _publiera la semaine prochaine son numéro spécial (prix: 2 francs) consacré aux_ SALONS DE PEINTURE DE 1905.

LA DERNIERE SUISSE, par Henriot.

_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles publiés sous cette rubrique sont entièrement gratuits.)_

LE MONOPHONE

Les appareils téléphoniques actuels ont tous un grave défaut, celui de laisser à désirer, aussi bien au point de vue de l'hygiène qu'au point de vue de la propreté. Quelle que soit leur disposition, qu'ils soient munis d'un cornet ou d'une plaque vibrante, il faut toujours, pour s'en servir, avoir en face de la bouche et souvent à très faible distance, un réceptacle de microbes, de poussière et de salive. Ce réceptacle fait de ces appareils d'actifs propagateurs de maladies contagieuses; mais, en dehors même de ce danger, quelle est la personne qui n'éprouve une certaine contrainte à approcher sa bouche de l'endroit où d'autres personnes ont mis la leur?

La Société Industrielle des Téléphones vient de créer un appareil hygiénique et propre qui fait disparaître cet inconvénient.

Comme l'indique la figure 1, le monophone est disposé de telle sorte que son cornet, placé de côté et non en face de la bouche, ne recueille que les ondes sonores, et laisse passer aussi bien les particules de salive que les éléments contagieux.

Cela n'empêche d'ailleurs pas cet appareil simple et léger d'être un transmetteur net et puissant, puisqu'il s'applique à merveille aux conversations sur les plus longues lignes en service (Paris-Berlin, Paris-Rome, etc.).

L'administration des Postes et des Télégraphes a admis d'emblée le monophone sur le réseau et a autorisé la Société Industrielle des Téléphones à le vendre comme appareil de substitution aux abonnés qui sont déjà en possession d'un appareil combiné quelconque.

On peut voir sur la figure 2 la coupe du monophone.

Le cornet C transmet les ondes sonores, émises dans son voisinage, au minuscule microphone à pastilles de charbon M. Ce microphone possède une sensibilité remarquable, parce qu'il se trouve frappé sur ses deux faces par les ondes sonores. En a, b, m, on remarque l'aimant les bobines, et la membrane ordinaires placés derrière l'embouchure R p. Le téléphone peut être suspendu par un crochet A et le courant lui arrive par les bornes g, f. Cet appareil se trouve à la _Société Industrielle des Téléphones_, 25, rue du 4 Septembre, Paris, au prix de 80 francs, moins la reprise de l'ancien appareil combiné.

AMPOULES-SERINGUES STÉRILISÉES

Les injections sous-cutanées, d'une action sûre et rapide, sont actuellement une des plus puissantes ressources de la médecine moderne et l'emploi des ampoules scellées, aujourd'hui fort répandu, permet à tous les médecins d'avoir sous la main des liquides bien stérilisés.

Mais les seringues hypodermiques sont d'un emploi assez compliqué et difficilement aseptique, tant à cause de la difficulté que présente le transvasement des liquides qu'à cause des dangers de contamination provenant de l'imparfaite stérilisation de la seringue elle-même.

C'est à ces deux inconvénients que MM. Robert et Lesseure ont voulu remédier en créant un système d'ampoule-seringue à coup sûr original et ingénieux.

Comme son nom l'indique, cet ustensile permet d'employer l'ampoule elle-même pour faire l'injection.

Il comporte un système d'ouverture des ampoules par arrachement qui a permis d'obtenir ce résultat d'une façon aussi simple qu'économique et sure. Un tube scellé (fig. 1) porte en sa partie médiane une bague très saillante; son extrémité inférieure est rodée et porte un trait de lime. La partie inférieure de ce tube contient le liquide à injecter.

Au-dessus de la solution est placée une boule de caoutchouc ou de toute autre matière similaire compatible avec la nature du liquide; cette boule a été introduite dans le tube avant la stérilisation, qui a été faite à l'autoclave par les procédés ordinaires. Au moment de l'usage, cette boule servira de piston.

Le mode d'emploi de l'instrument est des plus simples:

Saisir l'ampoule-seringue, comme le montre la figure 1, en plaçant les pouces en face l'un de l'autre: tirer fortement, la cassure se fait nette et sans éclat au niveau de la bague. A l'aide du pouce et de l'index, briser la pointe effilée à la hauteur du trait de lime. L'aiguille ordinaire, flambée à la lampe à alcool, s'adapte exactement sur l'extrémité rodée. Il suffit alors, avec une tige de verre introduite par l'extrémité libre, de refouler la boule de caoutchouc, qui constitue un piston parfait; l'ampoule est ainsi devenue une véritable seringue (fig. 2) et peut injecter toutes les solutions, quelles qu'elles soient.

Les inventeurs font valoir les avantages suivants en faveur de leur ingénieux appareil:

Aucune contamination n'est à craindre, puisque le liquide est injecté sans transvasement;

Il y a économie de temps, puisqu'il est inutile de faire bouillir la seringue;

La stérilisation, d'autre part, est plus sûre, l'ébullition de la seringue ne donnant qu'une asepsie relative.

Ajoutons enfin l'économie; les ampoules-seringues suppriment l'emploi des seringues ordinaires, coûteuses et délicates à manier.