L'Illustration, No. 3243, 22 Avril 1905

Part 2

Chapter 23,525 wordsPublic domain

Mme Sarah Bernhardt vient d'avoir l'heureuse idée de reprendre _Esther_; mieux encore, de reconstituer la représentation de la tragédie de Racine telle qu'en 1689 les pensionnaires de Saint Cyr la donnèrent devant Louis XIV. Scrupuleusement soucieuse de l'exactitude, la grande artiste a distribué à sa troupe féminine tous les rôles de la pièce, où elle tient elle-même celui d'Assuérus avec son ordinaire maîtrise, en un superbe costume bleu turquoise rehaussé d'or. Cette tentative a obtenu un succès du meilleur aloi: si la mise en scène a satisfait les amateurs de reconstitutions, les délicats ont fort goûté les pures beautés classiques d_'Esther_, infligeant, après plus de deux siècles, un nouveau démenti au fâcheux pronostic de Mme de Sévigné. Son fameux «Racine passera comme le café» est, il est vrai, apocryphe (n'est-ce pas le cas de nombre de «mots historiques» devenus proverbiaux?), mais elle a écrit à peu près l'équivalent: «Racine fait des comédies pour la Champmeslé; ce n'est pas pour les siècles à venir.» La célèbre épistolière a commis là une de ces erreurs grossières auxquelles n'échappent point les esprits les plus avisés: les oeuvres du divin poète, y compris celles qui ne sortent guère du répertoire des pensionnats et des couvents, sont à l'épreuve des atteintes du temps.

Aussi bien se rattachent-elles, dans l'ordre littéraire, à l'époque dont l'éclat incomparable en toutes choses fut tel qu'il éblouit encore de ses lointains reflets les générations d'aujourd'hui et que l'évocation de ce passé compte parmi les moyens les plus propres à relever l'apparat artistique de certains divertissements où nous cherchons des diversions aux réalités positives du présent.

C'est ainsi que, dernièrement, une fête de bienfaisance au profit d'une Association d'anciennes institutrices s'étant organisée à Munich, sous le patronage de S. À. R. la princesse Aldegunde de Bavière, le morceau capital du programme fut: _Une fêle à Saint-Cyr sous Louis XIV_. Munich, d'ailleurs, on le sait a voué à notre «Grand Roi» un culte admiratif poussé jusqu'au pastiche architectural de Versailles.

La représentation eut lieu au théâtre de la résidence royale. Salle des plus brillantes, où la cour et la haute société bavaroise formaient un public d'élite. On remarquait les princesses Aldegunde, Gisèle et Clara; les princes Rupprecht, Léopold, Arnulph et Henri. Et, sur les planches mêmes, un puissant monarque daignait montrer Sa Majesté au milieu d'une autre cour et d'autres notabilités, occupant à l'avant-scène les places réservées aux gens de qualité, suivant l'ancien usage. Car il s'agissait, vous entendez bien, d'une résurrection du dix-septième siècle, d'une sorte de tableau animé reproduisant, dans un somptueux décor, les personnages d'une des périodes les plus prestigieuses de l'histoire de France.

Mise en scène fort bien réglée, analogue à celle adoptée au théâtre Sarah-Bernhardt pour encadrer l'interprétation d'_Esther_, avec cette différence que, là, des acteurs et des actrices professionnels représentaient les personnages illustres, tandis qu'au théâtre de Munich, des artistes improvisés, des membres de l'aristocratie bavaroise, remplissaient les principaux rôles. Louis XIV, c'était le comte Albert Pappenheim: Mme de Maintenon; la baronne Sternegg; les dames de sa suite: la princesse Léon Ratibor et la comtesse Otto Castell; la directrice et les dames de la maison de Saint-Cyr: les princesses Wrede, Lowenstein-Wertheim, Ysenburg, Mme Fiedler von Isaborn, la baronne Viola Riedener; les gentilshommes de la suite du roi: M. Fiedler von Isaborn, M. de Skrzyinski, le baron de Welczeck; quant aux pensionnaires, elles étaient figurées par de jeunes institutrices.

Donc, Mme de Maintenon donnait un «régal» au Roi-Soleil. Seulement _Esther_ n'était pas au programme; à l'austère tragédie, on avait préféré un spectacle coupé un peu plus frivole: _Danse des Nymphes et Sarabande, les Précieuses ridicules_ de Molière, récitation d'une fable de La Fontaine, danses de l'époque, numéros variés où les nobles artistes amateurs rivalisèrent d'entrain pour leur propre agrément et celui des spectateurs. Bref, une réussite à souhait.

Le «Louis XIV» va-t-il devenir une des modes du vingtième siècle, comme naguère le «Premier Empire»? En tout cas, il est intéressant de constater la faveur flatteuse dont jouissent à l'étranger les choses de France, même quand elles ont un caractère purement rétrospectif.

EDMOND FRANK.

LE PROCÈS DU TRUST DES THÉÂTRES

Un hasard ami du pittoresque a fait se dérouler dans la salle des criées le procès du trust des théâtres. La salle des criées (là-bas tout au bout de la salle des Pas-Perdus) est la seule où les bancs du public s'étagent en gradins demi-circulaires. Pour que les acheteurs d'immeubles, aux jours d'adjudications, puissent sans peine faire un signe à l'huissier qui annonce les surenchères, et pour qu'ils aperçoivent, sur le bureau du président, les _feux_ qui s'allument et s'éteignent, l'architecte a disposé les banquettes en amphithéâtre. Dans amphithéâtre, il y a théâtre, comme dit l'autre; cette salle était donc prédestinée à juger ce procès qui émeut depuis trois mois le monde dramatique.

La salle des criées, ainsi construite, se trouve avoir, comme une salle de parlement, une droite et une gauche qui se font face. Le sort a voulu que les clients de Me Millerand, les novateurs, les contempteurs du vieil ordre de choses, les révolutionnaires, se groupassent à l'extrême gauche, tandis que les partisans du _statu quo_, les conservateurs, défendus par Me Poincaré, prenaient place à l'autre bout de la salle. A droite: tous les «sociétaires» de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. A gauche: des stagiaires et les _trusrers._

Au reste, c'est par la position seule des banquettes que l'assemblée rappelait un parlement. Les débats se déroulèrent, en effet, dans le silence le plus respectueux; la lutte fut d'une courtoisie parfaite, et puis les représentants de l'une et l'autre opinion apportaient dans la défense de leurs idées une sincérité dont la politique ignore les ardeurs. Chacun de ceux qui étaient là savait bien que ses intérêts matériels étaient directement et immédiatement en jeu. Autour des orateurs, ce n'était pas la foule des représentants du peuple, c'était le peuple même, celui des maîtres-ouvriers d'art dramatique palpitant à tous les incidents de l'audience.

Que voulait la gauche? Elle était composée de deux groupes coalisés, formant bloc contre la Société des auteurs. Il y avait là des directeurs impatients de ruiner la puissance de cette association qui maintient haut et fixe le salaire de l'auteur dramatique, et grâce à laquelle--fait unique dans l'ordre économique actuel--sont dictées au Capital, par le Travail, toutes les conditions du contrat. Ceux-là, vainement, avaient voulu secouer le joug, s'unir pour avoir raison des écrivains omnipotents et démanteler la forteresse où ils s'abritent contre la loi de l'offre et de la demande. Aces capitalistes s'étaient joints quelques «stagiaires», les jeunes de la Société, irrités de ne point participer encore à tous les avantages qu'elle procure à ses membres anciens et dénonçant, enfants terribles, toutes les petites erreurs qui se commettent dans la gestion quotidienne des intérêts qu'elle défend.

Le procès était né au mois de novembre 1903. Un banquier, M. Roy, avait acheté le droit au bail du théâtre des Bouffes et il avait voulu obtenir de la Société des auteurs le «traité général». C'est le traité que doit signer tout imprésario qui, ouvrant un théâtre, veut y jouer des pièces signées des membres de la Société. C'est le traité qui fixe les conditions générales que s'engage à consentir le directeur aux auteurs qu'il représentera, et notamment le taux de 10% de la recette brute.

On refusa ce traité à M. Roy. Pourquoi? Parce que M. Roy était l'associé de MM. Deval et Richemond, directeurs de l'Athénée et des Folies-Dramatiques, et que la Société voyait, dans leur association, un commencement de _trust_ funeste au développement de l'art dramatique et aux intérêts des écrivains de théâtre.

Pour ce refus de traité qu'il jugeait abusif M. Roy réclamait 100.000 francs d'indemnité.

Quand M. Richemond, le 1er mai suivant, demanda le renouvellement de son traité, pour les mêmes motifs le même refus lui fut opposé. Il forma contre la Société une demande pareille, en limitant à 50.000 francs l'indemnité qu'il réclamait. C'étaient ces deux demandes que soutenait Me Millerand.

Un des articles des statuts de la Société, article essentiel, vital, porte interdiction à ses membres de faire jouer leurs pièces sur des théâtres n'ayant pas de traité général avec la Société. La violation de cette prescription entraîne, pour le délinquant, de formidables amendes.

De là un procès reconventionnel de la Société contre un de ses membres, M. Chancel, auteur de _Mlle l'Ordonnance_. Deux autres vaudevillistes se plaignaient du préjudice que le refus opposé à MM. Roy et Richemond leur causait et ils se joignaient à M. Chancel pour demander au tribunal de prononcer la nullité de la Société. Me Signorino plaidait pour eux.

Me Poincaré défendait les intérêts de la Société des auteurs.

Les débats, commencés le 7 février, se sont terminés mardi dernier, 18 avril.

Chaque mardi, pour suivre la discussion singulièrement aride, une foule de Parisiens se pressaient sur les bancs de bois de la salle, et des Parisiennes aussi, qui écoutaient avec un intérêt réel ces longues controverses sur la synallagmaticité des contrats, la liberté du commerce et de l'industrie, la théorie des obligations, des quasi-contrats et les règles des sociétés civiles.

Il y avait là MM. Sardou, Paul Hervieu. Alfred Capus, R. de Flers, G.-A. de Caillevet, Robert Gangnat et Pellerin (ces deux derniers agents généraux de la Société); MM, Richemond, Deval et Roy (les «trusters»); MM. Paul Bilhaud, Michel Carré, Riche, Adrien Vély, G. Docquois, Henry Kéroul, Louis Forest, Antony Mars, Henry Bernstein, Pierre Decourcelle, Feydeau, Georges Claretie, Adrien Bernheim; et des dames: Mme Alfred Capus. Decourcelle, Robert de Flers, etc.. Conformément aux conclusions de M. le substitut Boulloche, la Société a pleinement gagné son procès. Aucun des griefs invoqués n'a été déclaré fondé. La validité de la Société a été proclamée. Son droit de refuser de traiter avec quiconque lui apparaît comme un cocontractant dangereux pour les intérêts professionnels a été reconnu. Le tribunal a affirmé l'existence d'un trust des théâtres, en formation, dès novembre 1903. Il a dit que la Société n'était point une oligarchie, qu'elle ne constituait pas un monopole et que sa défiance à l'égard des directeurs coalisés n'apparaissait pas sans fondement.

Bref, ce fut le triomphe et, sur l'autel dramatique, le jugement immola _Mme l'Ordonnance_ dont il interdit à l'avenir les représentations et dont l'auteur est condamné au minimum de l'amende statutaire: 6.000 francs.

HENRI VAREMNE.

PREMIÈRES REPRÉSENTATIONS

_L'Armide_, de Gluck, charme les habitués de l'Opéra malgré son caractère archaïque et la surabondance de formules vieillies, affirmant ainsi ta toute-puissance de la mélodie, de l'art de tendresse, de grâce et aussi d'inspiration adéquate aux sentiments exprimés. L'interprétation est supérieure avec Mlle Bréval, excellente avec Mmes Féart, Demougeot, Verlet et M. Delmas, suffisante avec les autres interprètes.

Nous avons déjà enregistré plus haut la nouvelle victoire que compte la Comédie-Française avec le _Duel_, de M. Henri Lavedan, pièce originale, hardie et fort émouvante ainsi que nos lecteurs pourront en juger. L'interprétai ion est à la hauteur de l'oeuvre. Mme Bartet, MM. Le Bargy, Paul Mounet et R. Duflos forment un ensemble d'une perfection absolue.

Nous publierons également _l'Armature_, pièce en cinq actes, tirée d'un roman de M. Paul Hervieu, par M. Brieux, et représentée au théâtre du Vaudeville. L'auteur y développe, avec son entente habituelle de la scène, le thème déjà connu des déboires et des turpitudes qu'occasionne la fusion irréalisable de la noblesse traditionnelle avec les fortunes trop rapides de la finance. Mlle Cerny et M. Grand jouent leurs rôles, les seuls sympathiques de la pièce, avec une ardeur des plus communicatives.

_Documents et Informations_

PUBLICITÉ PITTORESQUE AU JAPON.

Décidément, les Japonais ont résolu d'étonner le monde en s'assimilant la civilisation occidentale sous toutes ses formes: rien n'échappe à leur ardeur imitatrice, pas même la très moderne industrie de la publicité. Chez nous, on ne le sait que trop, hélas! celle-ci ne se contente plus des murailles des villes et des épaules des hommes-affiches pour étaler ses mirifiques boniments, copieusement illustrés et violemment enluminés; elle s'est emparée des terrains situés en bordure des voies ferrées, elle envahit les sites les plus agrestes, à la grande désolation des amateurs de paysages. Cette innovation du progrès était, paraît-il, une de celles que le Japon nous enviait, à l'égal de nos institutions; comme nous, il avait déjà des chemins de fer, mais il se sentait en état d'infériorité notoire, tant que son réseau n'était pas, comme le nôtre, bordé d'un indicateur commercial exhibant, sur le passage des trains, d'aguichantes réclames, et son amour-propre national devait en souffrir. Là encore, les Nippons, se piquant d'émulation, ont voulu se mettre «à la hauteur»; c'est chose accomplie aujourd'hui. Ils apportent d'ailleurs à l'application du système leur ingéniosité proverbiale, les ressources particulières de leur art et, en voyageant chez eux, à la vue de ces écriteaux décorés d'images, de ces édicules bizarres, de ces mannequins dressés le long des rails, peut-être, le prestige de l'exotisme aidant, goûterions-nous le pittoresque «bien japonais» d'un procédé de publicité emprunté par eux à notre Occident, où, bien que fort pratiqué, il ne compte pas précisément parmi les spectacles faits à souhait pour le plaisir des yeux.

UNE MITRAILLEUSE PERFECTIONNÉE.

On annonce que le gouvernement russe vient de commander un certain nombre de mitrailleuses d'un modèle tout récemment créé par un ingénieur danois, M. Rexer. Le Japon avait d'ailleurs devancé son adversaire: il va utiliser à bref délai, si ce n'est fait déjà, une quantité importante de «rexers», et l'armée anglaise a mis, la semaine dernière, en essais la nouvelle arme. En effet, l'an dernier, tandis que le roi Édouard VII était en Danemark, il avait eu l'occasion d'assister aux expériences de M. Rexer et en avait immédiatement signalé l'intérêt au War Office. L'armée anglaise fut ainsi la première cliente de l'inventeur, que le gouvernement de son propre pays n'encourageait guère.

A en croire les spécialistes, la mitrailleuse, ou plutôt le fusil automatique Rexer, est une arme parfaite et appelée à détrôner les engins du même genre, comme les maxims, en usage jusqu'à présent.

Le rexer est, en réalité, une sorte de gros mousquet. On peut voir sur nos photographies combien sont réduites ses dimensions. Il ne pèse que 8 kilogrammes, alors que le poids de la moins lourde des mitrailleuses en service est de 37 kilogrammes. Un fantassin le porte aisément à la bretelle. Un cavalier le pend à l'arçon de sa selle, tandis qu'un cheval peut suivre avec 8.000 cartouches, de la dimension même des projectiles lancés par les maxims, et contenues dans un magasin en éventail, le «ruban à cartouches», qui, au moment de l'action, s'adapte directement sur le fusil.

Quant au fonctionnement de l'arme, tout ce qu'on en connaît par les quelques détails publiés jusqu'à ce jour, c'est que le canon, enfermé dans une enveloppe ou tube extérieur, est en partie mobile; le mouvement de recul que lui imprime chaque détonation est corrigé par l'action d'un ressort qui le ramène à sa place normale.

Ce double mouvement de va-et-vient actionne le mécanisme renfermé dans la culasse; celle-ci s'ouvre automatiquement; la cartouche vide est expulsée et la culasse se referme sur la nouvelle cartouche.

L'arme est complétée par un chevalet à deux jambes fixé à l'extrémité du canon, sur le tube extérieur. Pour tirer, l'homme peut s'étendre à plat ventre sur le terrain; il appuie la crosse sur son épaule droite; de la main gauche, il met en place les rubans à cartouches. Il n'a plus qu'à toucher la détente pour épuiser, en moins de deux secondes, le magasin qui comporte vingt-cinq cartouches.

Après quelque entraînement, un homme peut tirer jusqu'à trois cents coups en une minute, résultat obtenu au cours des essais qui ont eu lieu la semaine dernière à Ealing (Angleterre). Grâce au tube extérieur et aux deux pieds fixés à l'extrémité du canon, réchauffement de ce dernier n'interrompt pas le tir.

Nous ajouterons que les cartouches peuvent être tirées une à une, comme avec un fusil ordinaire, ce qui permet au soldat, en cas de besoin, de prendre son temps pour viser. L'effet du recul étant presque nul, l'arme ne dévie pas sensiblement pendant le tir et c'est un jeu pour un bon tireur, ainsi que l'ont prouvé les exercices de tir exécutés à Copenhague, que de faire mouche avec les vingt-cinq balles du magasin.

LES TRAMWAYS-ARROSOIRS.

La ville de Milan a eu la primeur, en Europe, de l'arrosage des rues au moyen des tramways électriques.

A la vérité, on trouverait assez difficilement une autre ville se prêtant aussi bien à une innovation de ce genre.

Offrant l'image d'un cercle presque parfait, avec sa grande place du Dôme au centre et ses rues principales y aboutissant toutes, Milan possédait depuis longtemps le réseau de tramways le plus parfait du vieux monde, se développant sur 150 kilomètres.

Soit dit en passant, ce service modèle est la propriété de la ville qui en a concédé l'exploitation à la Compagnie Edison. L'entreprise est fructueuse pour la bailleresse comme pour la Compagnie fermière, puisque chacune d'elles y réalise un bénéfice net de plus d'un million par an. Et cela malgré--ou plutôt à cause de--la modicité du prix des places: dix centimes après neuf heures du matin, cinq centimes auparavant: cela encore, dans des voitures confortables, élégantes, légères et propres, se succédant à intervalles assez rapprochés pour assurer la rapidité des trajets, sans qu'il y ait jamais ni vide, ni encombrement.

L'invention américaine des tramways-arrosoirs devait nécessairement y trouver une application pratique.

On a construit à cet effet des wagons spéciaux. Sur des wagons-plates-formes ordinaires ont été adaptés des réservoirs de la capacité de trente mètre» cubes environ chacun. Le long du parcours sur les rails, ces réservoirs sont vidés au moyen de tubes perforés, disposés en éventail à l'avant et à l'arrière des wagons et tournés obliquement, sur les deux côtés, vers la droite et vers la gauche. Dans l'intérieur des réservoirs, l'eau subit une pression de quatre atmosphères, ce qui a pour but d'élargir le rayon d'arrosage, tout en diminuant la dépense en liquide.

A l'avant et à l'arrière des wagons (afin de pouvoir manoeuvrer en tous sens) sont ménagées deux terrasses où se tient le personnel de service. Au moment de la mise en marche, le conducteur lance son véhicule comme un simple wagon à voyageurs; à sa gauche et à sa droite prennent place, sur la terrasse, les deux _arroseurs_ qui règlent la distribution d'eau selon les parcours et selon la largeur des voies; l'éventail de projection des eaux peut être élargi ou resserré à volonté, et la distance des jets de pluie réglée à quelques centimètres près.

L'arrosage d'une ville de six cent mille habitants est ainsi assuré en moins d'une heure.

Pour voir fonctionner ce curieux système il faut se lever de bon matin, car les «arrosoirs électriques» cèdent la place dès cinq heures au service des voyageurs.

LA CURE DES «JAUNES».

Ceci n'a rien à faire avec l'Extrême-Orient: les jaunes dont il s'agit sont ceux que nous donnent les oeufs de poule. Et, s'il faut en croire un médecin américain, M. Stein, les jaunes d'oeufs ont devant eux un bel avenir, en tant que constituant l'aliment par excellence du mal nourri et de tous ceux qui pour une cause ou pour une autre, ont besoin d'être suralimentés. Le jaune d'oeuf, on le sait, est très riche en matières azotées, très riche encore en matières grasses. C'est un aliment presque complet. Mais ses bienfaits varient selon la manière dont on en fait usage.

UN NOUVEL ENGIN DE GUERRE

Le véhicule dans lequel on l'administre a son importance. Pour certains sujets, il faut le faire absorber avec du lait, du café ou du thé; pour d'autres, avec du bouillon, ou un potage. Chez le tuberculeux, le jaune d'oeuf doit être donné en abondance, par surcroît, comme matière grasse en plus du régime ordinaire. Et, si le malade ne gagne pas du poids, il faut changer de méthode d'administration; c'est que la substance dans laquelle on donne les jaunes ne s'assimile pas: il faut chercher une autre combinaison et procéder par tâtonnements jusqu'à ce que l'on ait mis la main sur le véhicule convenable. Il convient de remarquer que l'absorption du jaune ne facilite pas celle des matières grasses en général, d'où le conseil donné par M. Stein de supprimer les corps gras de l'alimentation chez les sujets qui s'assimilent bien le jaune et de les remplacer par des farines. Plus tard, quand cela va mieux, on peut introduire d'autres corps gras dans l'alimentation, par exemple en faisant alterner les menus; un jour, ce sont les jaunes seuls qui fournissent la graisse; le lendemain, ce sont les aliments gras ordinaires, et ainsi de suite. La quantité de jaunes qu'on peut absorber est considérable: un tuberculeux pesant 50 kilos au lieu de 64 kilos doit prendre jusqu'à 15 jaunes dans sa journée, dans du lait, dans du café, dans un potage, dans une bouillie, en grog enfin. Telle est la «cure des jaunes» qui a certainement pour elle des raisons solides et scientifiques.

LES DANGERS DU CHATOUILLEMENT.

On raconte que Barbe-Bleue tuait parfois les épouses ayant cessé de plaire en les chatouillant.

Ceci est peut-être une légende. En tout cas, Barbe-Bleue en est une, et ce n'est pas là qu'il faut aller chercher des documents scientifiques. Mais, si le chatouillement ne tue pas--ce dont on ne sait rien, d'ailleurs, personne n'ayant fait l'expérience--il est certain que, d'après les faits que M. Charles Féré a récemment présentés à la Société de Biologie, le chatouillement peut faire beaucoup de mal. Il peut favoriser l'apparition de l'épilepsie: un petit garçon est devenu épileptique à la suite d'un chatouillement peu prolongé des aisselles. Une jeune fille, encore, est devenue choréique dans les mêmes conditions.

Dans d'autres cas, le mal a été moins grave: les sujets sont devenus neurasthéniques.