L'Illustration, No. 3241, 8 Avril 1905

Part 3

Chapter 33,643 wordsPublic domain

La balle à petit calibre traverse facilement le poumon et ses plaies guérissent avec une remarquable facilité, ce qui n'arrivait pas avec la grosse balle de plomb. En revanche, les plaies de l'abdomen sont très graves et la mortalité considérable.

Les effets les plus intéressants et aussi les plus effrayants de ce petit projectile sont ceux qu'il produit sur le crâne, en traversant le cerveau. Une balle tirée de loin peut parfaitement traverser la masse cérébrale et le blessé n'en est pas autrement incommodé si aucune «zone» importante n'a été lésée. Mais, quand la balle animée de toute sa vitesse, tirée à 150 ou 200 mètres, atteint le crâne, alors tout éclate. Ce sont les effets _hydrodynamiques_, qu'on ne s'explique pas encore très bien. La peau cède, des fragments d'os larges comme la main sont projetés à 10 mètres et des morceaux de cervelle, gros comme le poing, volent dans les airs. Dans d'autres cas, si le projectile passe bien au centre de la masse cérébrale, l'action hydrodynamique se répartit sur toute la surface intérieure de la boîte crânienne, qui se fragmente en mille morceaux; la peau résiste souvent. Et, quand le médecin tient entre ses mains la tête du cadavre, tout crépite sous ses doigts; les fragments d'os jouent les uns sur les autres: on dirait qu'on palpe, au travers d'une serviette, une soupière ou un saladier réduit en miettes.

Mais, en dehors de ces cas exceptionnels, mortalité moindre, guérison plus rapide des blessures, infirmités consécutives moins considérables, telles sont les trois raisons qui nous permettent de donner au projectile de petit calibre le qualificatif, un peu étrange, de _balle humanitaire_.

LES PROPRIÉTÉS ANTISEPTIQUES DE CERTAINES FUMÉES.

Il n'est pas contestable que certaines fumées ont des propriétés antiseptiques; la conservation des viandes fumées en est, en effet, une preuve manifeste.

Mais on ignorait jusqu'à présent quelle était, dans les fumées, la substance active à laquelle elles devaient cette précieuse propriété. Des recherches récentes de M. A. Trillat ont établi que cette substance était l'aldéhyde formique.

Comme conséquence de cette découverte, le même auteur vient de montrer que, dans l'atmosphère des grandes villes, il existe une quantité notable d'aldéhyde formique, provenant des fumées des combustibles et dont la présence peut être considérée comme un principe d'assainissement de cet air urbain dont on dit tant de mal.

Parmi les corps dont la combustion dégage le plus de formaldéhyde se placent au premier rang les matières sucrées et les résines.

Or, chose curieuse, ce sont précisément ces substances dont la combustion a été recommandée dès la plus haute antiquité comme procédé d'assainissement; car la coutume de brûler des baies de genièvre et des résines, en temps d'épidémie, remonte à Hippocrate. «Brûler du sucre» est encore de nos jours une expression qui signifie désinfecter.

On sait que, pour nos ancêtres, la notion de la désinfection était intimement liée avec celle de la désodorisation: détruire les mauvaises odeurs était le principal. Or, la formaldéhyde possède précisément la propriété de former des composés inodores avec l'hydrogène sulfuré et ses dérivés, et, ainsi guidés par l'observation fondée sur la disparition de la mauvaise odeur, les anciens s'étaient adressés aux substances qui dégagent le plus d'aldéhyde formique, lequel est un puissant antiseptique. Et il s'est ainsi trouvé que les propriétés antiseptiques de la formaldéhyde ont été utilisées, en hygiène, bien avant que l'on ait isolé et étudié ce corps.

UNE DÉCOUVERTE ARCHÉOLOGIQUE.

Un propriétaire de Lambessa, M. Bac, en poursuivant des fouilles qu'il a entreprises sur ses terres, dont une partie recouvre l'emplacement des casernements qu'occupait la troisième légion romaine, vient de découvrir une oeuvre d'art très intéressante. C'est une statuette en bronze, d'un gracieux caractère, qui représente un enfant pressant contre lui un aiglon. Cette statuette mesure 66 centimètres de hauteur, avec le socle, et pèse 19 kilogrammes. La tête est rattachée au corps par un tenon qui s'emboîte entre les épaules, et à la place des yeux se creuse, comme dans nombre de statues romaines, un vide qui devait être, autrefois, rempli d'un émail imitant, au naturel, le globe oculaire avec sa prunelle. C'est un des rares bronzes qu'on ait exhumés du sol africain, et cette circonstance augmente encore l'intérêt de cette découverte archéologique.

QUELQUES CHIFFRES RELATIFS AU DIVORCE. Durant l'année 1902, la dernière au sujet de laquelle la statistique municipale nous donne des renseignements, il a été prononcé à Paris 1.536 divorces. Dans la grande majorité des cas, le divorce a été accordé pour cause d'excès, sévices et injures graves--du moins nominalement: près de 1.300 divorces sont dus aux causes que nous venons de nommer.

Sur ces 3.072 personnes, 57 avaient déjà pratiqué le divorce: 27 hommes et 30 femmes. Dans 842 cas, le ménage était sans enfants; dans 320 cas, il avait un seul enfant. De façon générale, l'appoint fourni par les professions libérales au divorce est faible: c'est surtout dans l'industrie et le commerce, puis parmi les ouvriers et journaliers que le divorce sévit, et c'est le plus souvent au profit de la femme qu'il a été prononcé (814 femmes pour 630 hommes). L'âge des divorcés varie: il y a eu une divorcée de moins de vingt ans, et 17 de plus de soixante ans; mais c'est surtout durant l'âge moyen que l'on divorce, entre trente et trente-neuf ans. Quant à la proportion des divorcés qui se remarient, elle est relativement faible. En 1902, il s'est remarié 631 divorcés et 617 divorcées: 168 de celles-ci avaient un an de divorce; mais il y a des cas de remariage de personnes ayant dix et vingt ans de divorce. En 1902, parmi les remariés, il y en avait 14 qui avaient divorcé depuis dix-neuf ans--en 1884, année où le divorce a été rétabli en France;--parmi les remariées, 14 aussi, dont le divorce datait de 1884. Nous saurons avec le temps jusqu'à quel âge et après quelle durée de divorce le Parisien et la Parisienne arrivent à se remarier.

_Mouvement littéraire._

_Le Serpent noir_, par Paul Adam (Ollendorff, 3 fr. 50).--_Les Obsédés_, par Léon Frapié (Calmann-Lévy, 3 fr. 50).--_La Petite Mademoiselle_, par Henri Bordeaux (Fontemoing. 3 fr. 50).--_La Fille de Circé_, par Lise Pascal (Taillandier, 3 fr. 50).

Le Serpent noir.

Le roman philosophique de M. Paul Adam a été diversement jugé. Peut-être ne faut-il pas ici se laisser aller à la première impression ni au bruit des conversations premières. Aussi, me suis-je réservé, pour mieux voir et pour mieux critiquer, un recul de quinze jours. Ce que l'on cherche ordinairement dans un roman, c'est une heure de distraction et d'amusement. Or nous avons, dans le _Serpent noir_, de pures idées et des personnages qui représentent des abstractions.

Le docteur Goulven a inventé un sérum contre le typhus. Mais comment exploitera-t-il et mettra-t-il en lumière sa découverte? Les capitaux lui manquent et il ne possède aucun moyen de s'en procurer. Un agent d'une société pour l'exploitation des produits pharmaceutiques passe quelque temps, en Bretagne, avec le médecin-inventeur, lequel est accompagné de sa femme et d'une cousine de celle-ci, une veuve décorée du gracieux nom d'Hélène. Sa femme est pauvre et d'une beauté médiocre; la cousine au contraire est d'une grande fortune et d'une extrême beauté. Les grâces d'Hélène enchantent le docteur Goulven. Tout imbu des théories de Nietzsche, l'agent Gaillardot catéchise et Mme Goulven et son mari. L'homme ne doit pas avoir d'autre objet que la satisfaction de ses instincts et son développement égoïste. La vertu qui le retient et l'empêche d'atteindre le but, c'est-à-dire de se dépasser, est une faiblesse, dont il se faut défaire. Les individus, comme les nations, sont tenus à pratiquer le principe de l'impérialisme: toujours plus grand, le plus grand. A force de répéter cette philosophie nietzschéenne, Gaillardot arrive à persuader à M. et à Mme Goulven de divorcer, ce qui permettra le mariage du docteur avec la belle et riche Hélène. Ce sera l'exaltation du médecin-inventeur. Voilà donc la séparation décidée. Mais, au dernier moment, le docteur se reprend; il n'a pas la force d'arracher les idées traditionnelles, les sentiments vertueux et scrupuleux de la race, le serpent noir qui le tient à la gorge. Voilà bien, semble-t il, malgré une certaine brume de la fin, le roman de M. Paul Adam. L'oeuvre, en somme, marque un beau talent d'écrivain et de penseur.

Les Obsédés.

La _Maternelle_ a valu, il y a quelques mois, à M. Léon Frapié, le prix Goncourt. Aujourd'hui, l'auteur nous présente une oeuvre nouvelle: les _Obsédés_. Est-ce un roman? On ne distingue, dans ces pages, aucun récit, aucune peinture de moeurs, aucune passion. M. Léon Frapié semble dédaigner cette monnaie ordinaire. J'aperçois, d'une façon nette, deux personnages principaux et presque uniques, en proie, en effet, à la plus terrible des obsessions. Ferdinand, employé d'administration, est uni avec une femme charmante.

«Madame la directrice», chargée de conduire une maison de filles hospitalisées.

Subordonnée à son mari, à genoux devant lui, Marthe--c'est le nom de la jeune directrice--n'a qu'un souci, en dehors de sa profession, et même parfois dans l'exercice de sa profession: recueillir des documents pour le livre que prépare Ferdinand. _Fervet opus;_ le travail est ardent; on a pris pour type premier du roman une fille-mère, assez distinguée. Catherine Bise, qu'on visite, qu'on cajole, comme un sujet de choix. De temps à autre quelques chapitres de l'oeuvre future sont lus à des réunions d'amis. C'est à peine si les deux époux mangent et dorment; ils n'ont qu'une pensée: attraper des renseignements et les coucher sur le papier. Enfin, le travail terminé, on cherche un éditeur; on espère le succès; on en fera profiter l'héroïne, Catherine Bise. Quelle obsession, en effet, que celle-là 1 Le véritable tour de force de M. Léon Frapié, et ce en quoi il montre tout son talent, c'est d'avoir pu, avec un tel sujet, composer un livre, fournir des pages savoureuses comme l'Académie Goncourt en a récompensé dans la _Maternelle._

La Petite Mademoiselle.

Dans cet article sur les livres qui ont pris l'étiquette de roman sera-t-il dit que nous ne rencontrerons aucun roman proprement dit? M. Paul Adam a surtout écrit une oeuvre philosophique; M. Léon Frapié, des pages où l'on sent l'autobiographie.

M. Bordeaux, dans la _Petite Mademoiselle_, nous donne une gracieuse fantaisie, pleine de vivacité et d'esprit. Pierre Savernay s'éprend d'une charmante jeune fille, de libre allure, de moeurs austères, qu'il a failli écraser avec son automobile. Il la demande en mariage et tombe au milieu des préparatifs d'un bal costumé. Le père de la Petite Mademoiselle, ainsi nommée en souvenir de la Grande qui aima Lauzun, essaye une robe solennelle et s'habille en Mathieu Molé. La maison est en mouvement et de l'aspect le plus étrange. Renvoyé pour sa requête à la Petite Mademoiselle elle-même, Pierre en reçoit cette interrogation: «Avez-vous été en prison?» En effet, elle s'est fait condamner, lors de l'expulsion de religieuses, à quelques jours de prison et ne veut qu'un mari ayant goûté comme elle de l'internement forcé. Ni dans les manifestations catholiques, ni dans les manifestations anarchistes où il acquiert la connaissance des hommes et des magistrats, Pierre n'atteint ce résultat. En une circonstance même, son futur beau-père, juge démissionnaire ou révoqué, a plaidé pour lui et gagné sa cause. Fort heureusement les fiançailles lui sont accordées. Enfin, je ne sais comment, par le plus grand des hasards et le plus comique, il aboutit presque, sans le vouloir, à ce qu'il désirait. On l'avait épargné pour des méfaits: on lui octroie trois jours de prison pour avoir séparé deux ivrognes furieux. Tout cela est narré avec grâce, avec une verve spirituelle et fine et semé d'allusions à la politique contemporaine.

La Fille de Circé.

Mme Lise Pascal mérite d'être ajoutée au nombre déjà notable des romancières de talent. Peut-être eût-elle dû davantage établir d'avance son plan Son oeuvre parfois semble manquer d'unité et se disperser. Mais ce qui sauve tout, et ce qui sauverait n'importe quelle oeuvre, c'est le don du style, c'est la poésie. Fille du comte Oriowski, Morgane ressemblera-t elle à sa mère? Aimera-t-elle à séduire et à semer autour d'elle l'amour? On lui découvre tout le charme attirant de celle qui fut une véritable Circé. Mais la vie se charge de la corriger et de lui mettre l'âme en deuil. Son père, un incroyant, s'endort un jour volontairement du sommeil sans fin, laissant sa fille à la garde de Tolsky, un ami, un sage, soutenu et purifié par sa foi. Faible, la jeune Morgane voudrait épouser Tolsky et s'appuyer sur son âme ferme et croyante. Il est touché par tant d'affection et d'estime. Mais, ensorceleuse comme sa mère, la fille de Circé, chaste malgré tout, est outragée par un abominable peintre. Dans sa fureur, Tolsky provoque en duel le scélérat. Au moment fatal, sur le terrain, il se rappelle ses principes et celui-ci en particulier: «Tu ne tueras point». Aussi, malgré sa force à l'épée et bien qu'il ait son adversaire à sa merci, préfère t-il se laisser transpercer plutôt que d'être infidèle à lui-même. Au-dessus du cadavre de Tolsky, l'insensible nature continue sa ronde joyeuse; «... Tout exultait dans la forêt en fête. Les guêpes ivres croisaient dans l'air leur vol fou. Dans les cépées, on voyait des coccinelles rouges comme des baies de sorbier...»

E. LEDRAIN.

Ont paru:

_Le Millionnaire_, roman par J.-H. Rosny. 1 vol., Joanin et Cie 3 fr. 50.--_Bonne Fortune_. roman par Gustave Guiches. 1 vol., Fasquelle, 3 fr. 50.--_Roma amor_ (Ames romaines), roman par F. de Navenne. 1 vol., Fasquelle, 3 fr. 50.--_Le Passé vivant_, roman par Henri de Régnier. 1 vol., Mercure de France, 3 fr. 50. --_Scarron_, comédie tragique par Catulle Mendès. 1 vol., Fasquelle, 3 fr. 50.--_L'Ile de Lutèce_, par A. Robida. 1 vol. in 8º, Daragon. 5 fr.--_Stratégie et Tactique cavalières_, par le général de Beauchesne. 1 vol., Lavauzelle, 3 fr.--_Psychologie de deux messies positivistes: Saint-Simon et Auguste Comte_, par Georges Dumas. 1 vol., Alcan, 5 fr.

LES THÉÂTRES

S'il suffisait, pour réussir au théâtre, d'appliquer un grand talent littéraire et une science consommée à la reconstitution d'une époque, de ses moeurs, de son langage et de ses dehors, M. Maurice Maindron eût amplement réussi. Dans le _Meilleur Parti_, joué au théâtre Antoine, les misères de la guerre, à l'époque de la Ligue, sont exposées avec une verve caustique qui eût ravi Callot: la mise en scène est admirable, les acteurs tiennent bien leur rôle, rien ne manque si ce n'est un bon sujet de pièce, une action intéressante.

Au théâtre Trianon, M. Maurice Landay expose, dans la _Loi de pardon_, pièce en quatre actes, le cas d'un caissier qui s'est fait voleur par devoir, j'entends pour accomplir un acte de solidarité humaine et qui expie cruellement sa faute, le malheureux; les moeurs sont plus fortes que les théories humanitaires du président Magnaud, inspiratrices de cette oeuvre. La très réelle valeur dramatique de M. Landay et le talent d'interprétation de M. Barrai et de Mme Leriche vont assurer la faveur du public à la _Loi de pardon._

Nous allons publier Scarron, de M. Catulle Mendès, l'_Age d'aimer_, de M. Pierre Wolff, _Monsieur Piégois_, de M. Alfred Capus. Quelques mots seulement de l'interprétation de ces trois pièces: elle est de premier ordre aussi bien à la Gaîté qu'au Gymnase et qu'à la Renaissance. A la Gaîté, c'est Coquelin, qui a fait de Scarron une inoubliable création; au Gymnase, c'est Mme Réjane entourée de MM. Huguenet, Dumény, Magnier, Calmettes; à la Renaissance, c'est l'incomparable duo que forment Mlle Marthe Brandès et M. Lucien Guitry.

LE SANCTUAIRE DE LOURDES AU VATICAN

La semaine dernière, au milieu d'une affluence énorme, l'inauguration solennelle d'un fac-similé réduit, mais exact, du sanctuaire de Lourdes, a eu lieu dans les jardins du Vatican. En face de l'édifice, une estrade avait été dressée pour le pape Pie X et les cardinaux. A trois heures et demie, le pape est arrivé en voiture, escorté par huit gardes-nobles. Il est monté d'abord au perron qui surmonte la grotte, et, là, il a lu la formule de la bénédiction pontificale. Puis, conduit par l'évêque de Tarbes et l'architecte Sneider, il a visité le monument. Ayant ensuite pris place sur l'estrade, Pie X a écouté le discours prononcé par Mgr Schoepfer au nom des donateurs français, et il lui a répondu: c'est au moment de l'allocution pontificale qu'a été prise la belle photographie que nous reproduisons page 228.

M. DENYS PUECH

L'Académie des beaux-arts vient de désigner, pour remplacer M. Barrias, le sculpteur Denys Puech.

M. Denys Puech a aujourd'hui cinquante et un ans, étant né à Gavernac, dans l'Aveyron, en 1854.

Petit pâtre, comme Lantara, c'est au milieu des sites graves du pays natal qu'il sentit s'éveiller sa vocation. Grand prix de Rome en 1884, avec un remarquable _Mézence blessé_, il s'est révélé au grand public par une série d'oeuvres aimables et pleines de grâce: la _Muse d'André Chénier, l'Enfant au poisson_, la _Sirène, le Sommeil de l'Étoile, la Seine_, l'une des plus célèbres, et la curieuse _Pensée_, en marbre polychrome.

Il a produit aussi toute une série de monuments qui décorent les jardins et promenades de Paris: le _Francis Garnier_ de l'Observatoire, le _Jules Simon_ de la Madeleine, le monument de _Leconte de Lisle_ au Luxembourg, le monument de _Gavarni_, à la place Saint Georges, la dernière en date de ses oeuvres.

LA FETE DES «ANNALES»

Samedi dernier, les _Annales politiques et littéraires_, notre brillant confrère dont l'hôtel voisine, rue Saint-Georges, avec celui de l'_Illustration_, fêtaient, dans les salons de l'Hôtel Continental, leur cent millième abonné. Pour dire le succès de cette fête, qu'il nous suffise de mentionner que cinq ministres y assistaient MM. Chaumié, Delcassé, Dubief, Merlou, Dujardin-Beaumetz; quant aux littérateurs, musiciens, peintres, sculpteurs, qui s'étaient mêlés au parterre des notabilités mondaines--un parterre d'environ 3.000 personnes--il nous serait difficile de les nommer: ils y étaient tous, pour assister au programme de comédie, de musique, de chant et de danse que M. et Mme Adolphe Brisson avaient, composé avec un goût ingénieux et délicat. Les cent mille abonnés n'y étaient naturellement pas tous, mais ils étaient largement représentés. On a chaleureusement applaudi, entre autres, des artistes du Théâtre Français: Mlles Leconte et Delvair, M. Mounet-Sully, dans la partie dramatique, et M. Georges Courteline interprétant lui-même une de ses meilleures comédies; on a associé, dans des acclamations enthousiastes, le talent délicieux et le timbre d'or de Mme Marguerite Carré, que tous connaissaient, et qu'accompagnait M. Massenet, et la voix merveilleuse d'une cantatrice qu'on n'avait pas encore entendue à Paris, Mlle Farrar.

Mlle Géraldine Farrar, d'origine américaine, possédée toute jeune de la vocation du chant, vint, il y a six ans--elle en avait alors dix-sept--- étudier à Paris pendant deux ans, et alla se perfectionner à Berlin, où elle eut tout de suite un long engagement à l'Opéra impérial. Cette année, profitant d'un bref congé, elle vient de créer _A mica_, de Mascagni, à Monte-Carlo. Mlle Farrar, qui parle--et chante--également en anglais, en allemand, en italien et en français, était venue pour vingt-quatre heures à Paris, afin de prêter son concours à la fête des _Annales_. Elle est aussitôt repartie pour Berlin. Mais elle projette, dit-on, de se perfectionner encore dans notre langue et de ne plus chanter qu'en français.

L'EXPOSITION DE CANOTS AUTOMOBILES

L'Exposition des canots automobiles «racers» et «cruisers» qui vont participer aux épreuves de vitesse en rade de Monte-Carlo et à la grande course Alger-Toulon a été inaugurée, le 2 avril, par S. A. le prince de Monaco, accompagné d'un autre visiteur de marque, S. A. le prince de Bulgarie, l'un des souverains de l'Europe qui portent le plus d'intérêt à l'industrie automobile. M. Camille Blanc, le distingué président du comité, a fait les honneurs de l'inauguration aux deux Altesses qui, suivies d'un nombreux cortège, ont longuement visité l'Exposition dans tous ses détails.

LE GÉNÉRAL LAPLACE

Le général Laplace commandant le 1er corps d'armée, vient de mourir à Lille, emporté par une broncho-pneumonie contractée au cours d'une revue qu'il était allé passer à Arras.

Né à Thionville, en 1847, ancien élève de Saint-Cyr et de l'École d'état-major, il se distingua pendant la campagne de 1870, qu'il fit comme stagiaire dans la cavalerie et fut décoré en 1871. Colonel en 1894, général de brigade en 1898, promu à la troisième étoile en 1902, il était à la tête de la 31e division d'infanterie, à Montpellier, lorsque, en 1904, il fut appelé au commandement du 1er corps, en remplacement du général Jeannerod.

La mort prématurée de cet officier de haute valeur a causé une douloureuse surprise et de vifs regrets. A ses obsèques, célébrées à Lille mercredi dernier, le lieutenant Laplace, son fils, actuellement à l'École supérieure de guerre, conduisait le deuil; le ministre de la guerre s'était fait représenter par le commandant Gossart, de son état-major particulier.

L'OS, par Henriot.

_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles publiés sous cette rubrique sont entièrement gratuits.)_

NOUVEAU FILTRE LE «PRINCEPS»

La compagnie du Filtre Chamberland vient de construire un nouveau type de bougie filtrante qui présente sur les précédentes des avantages appréciables: elle peut se placer partout, sans canalisation d'eau et se monter instantanément, ce qui la rend éminemment propre aux déplacements pour la campagne, les villes d'eaux ou les voyages. La sécurité qu'elle présente est absolue, car, de par sa disposition, il ne peut y avoir de mélange entre l'eau filtrée et l'eau impure. Son emploi ne comporte pas de tubes de caoutchouc, circonstance précieuse dans les pays chauds où le caoutchouc s'altère facilement et lorsqu'on veut filtrer du vin ou différents liquides. Ajoutons enfin que son volume est minime et son bon marché remarquable.

Ce filtre se compose d'un récipient en porcelaine A, contenant une bougie Chamberland système Pasteur de forme spéciale B (fig. 1 et 2). Cette bougie est terminée, à sa partie supérieure, par une embase surmontée d'une tête cylindrique C percée de deux orifices diamétralement opposés, et sur laquelle s'applique une vis de pression portée par un étrier pour effectuer à la fois le montage et le serrage de l'appareil. Dans les deux orifices ci-dessus indiqués s'engage un tube T percé de trous, fileté à l'une de ses extrémités, soit pour être fixé à l'aide d'une molette sur la tête de la bougie, soit pour se raccorder avec un collecteur, lorsqu'on veut réunir plusieurs éléments destinés à former une batterie. L'autre extrémité porte l'ajutage de déversement d'eau filtrée. L'arrivée de l'eau impure s'opère à l'aide d'un tube V, analogue au premier, et sur lequel on vient visser un tuyau flexible en étain mis en communication avec un réservoir supérieur contenant l'eau à filtrer.