L'Illustration, No. 3240, 1 Avril 1905
Part 3
Plusieurs de nos lecteurs, intéressés par les pages de l'_Enfant-Roi_ et des _Dragons de l'Impératrice_ que nous leur avons offertes dans notre supplément musical du 11 mars, nous ont demandé de leur donner aussi des fragments de deux des autres oeuvres musicales les plus récentes.
Nous en avons emprunté un à l'Opéra et l'autre, de nouveau, aux Variétés.
La presse a constaté unanimement le grand succès de _Daria_, le drame lyrique en deux actes de MM. Adolphe Aderer et Armand Ephraïm, musique de M. Georges Marty, succès qui s'est répété à chaque représentation de cette oeuvre. M. Delmas a fait preuve une fois de plus de son absolue maîtrise dans son interprétation du rôle d'Yvan; l'orchestre a été excellent sous la direction de M. Paul Vidal.
Le charmant divertissement du 1er acte que nous publions aujourd'hui est tout entier construit avec une extrême habileté sur des thèmes populaires russes, il a obtenu jusqu'ici à chaque représentation les honneurs du bis.
On appréciera également le fragment que nous avons choisi de la _Petite Bohème_, opérette en trois actes de M. Paul Ferrier, musique de M. Henri Hirchmann. Cet ouvrage, qui vient d'être joué avec un très vif succès au théâtre des Variétés, est écrit avec élégance et esprit.
L'EXPOSITION DES SPORTS AU CHAMP DE MARS
On prépare, en ce moment, une Exposition internationale de l'Automobile et des Sports, qui doit avoir lieu en 1907. L'emplacement n'en est pas définitivement fixé, mais on incline à se déterminer pour le Champ de Mars qui réunit la majorité des suffrages. Seulement, un projet de M. Bouvard, directeur des services d'architecture de la Ville de Paris, a prévu, dès la clôture de la dernière Exposition universelle, une utilisation de cet admirable terrain qui agréait au Conseil municipal et qui semble contrarier, au premier abord, les projets des organisateurs de l'Exposition des Sports: réservant, au milieu du Champ de Mars, un large espace libre, converti en un élégant jardin public, le plan Bouvard aliénait les terrains en bordure, à charge pour les propriétaires de construire des maisons d'aspect pittoresque, entourées de jardinets ou de cours plantées.
Or, deux architectes qui ont fait leurs preuves, M. H. Deglane, l'un des constructeurs du Grand Palais des Champs-Elysées, et M. G. Lambert ont étudié, pour l'Exposition des Sports, un projet qui semble devoir tout concilier.
MM. Deglane et Lambert installent l'Exposition de 1907 dans une série de constructions édifiées soit au Trocadéro, soit dans la partie du Champ de Mars que M. Bouvard réserve pour créer un parc. Ces palais, qui englobent la galerie des Machines, seraient provisoires, pour la plupart, et disposés latéralement au Champ de Mars, précisément selon les dispositions générales du plan Bouvard. L'Exposition terminée, la galerie des Machines démolie, il demeurerait un palais en bordure de l'avenue de Suffren, ne coupant aucune des voies de communication qui réunissent, à travers le Champ de Mars, les VIIe et XVe arrondissements.
Ce palais serait étudié comme construction non plus provisoire, mais destinée à demeurer pour abriter les grandes manifestations sportives, de plus en plus fréquentes et de plus en plus importantes. Il faut noter que ce palais occuperait la partie la moins facile à vendre du Champ de Mars; de cette façon, on pourrait, dès maintenant, adjuger les espaces dont M. Bouvard prévoyait l'aliénation. La perspective de l'Exposition des Sports leur donnerait même, sans doute, une plus-value. Si bien que le projet Deglane-Lambert semble la solution très élégante d'un problème épineux.
M. BARBEY
M. Barbey, sénateur du Tarn, ancien vice-président du Sénat, vient de mourir à l'âge de soixante-quatorze ans. Sorti de l'École navale, il avait fait les campagnes de Crimée et de Chine; à vingt-cinq ans, sa conduite au cours de l'expédition de Casamance (Sénégal) lui valait la croix; il était lieutenant de vaisseau lorsque, en 1863, il démissionna pour diriger, avec son père, à Mazamet, d'importantes filatures de laines.
Au début de la guerre de 1870, il reprit du service et commanda, pendant le siège, un des secteurs de Paris. Il siégeait au Luxembourg depuis 1882 et avait été ministre de la marine de 1887 à 1892, dans les cabinets Rouvier, Tirard et de Freycinet.
A TRAVERS LES LANDES
Un voyage d'exploration en France est chose peu commune. Le cas vient de se produire néanmoins et une caravane, composée d'une quarantaine de voyageurs, les uns à cheval, les autres en voitures traînées par des mules, vient de traverser les Landes, d'Arcachon à Biarritz, en longeant l'Océan.
Cette caravane avait pour mission de reconnaître le tracé d'une route qu'on a projeté de construire et qui sera spécialement réservée aux automobiles.
Ce sont deux sportsmen landais, MM. Bacon, maire de Labouheyre, et Vigneau, qui ont eu l'idée de créer cette route. Le «boulevard automobile Arcachon-Biarritz» reliera les deux grandes stations balnéaires par une voie longue de 135 kilomètres placée à 300 ou 400 mètres de l'Océan; la chaussée, large de 20 mètres, sera en béton armé et clôturée de chaque côté.
Actuellement il n'existe pas de route praticable dans les Landes et la caravane, partie d'Arcachon, marcha pendant quatre jours en se faufilant à travers la forêt de pins ou en parcourant de vastes dunes. Les mules, sans traits, simplement attelées par le cou à la flèche de la charrette au moyen d'un carcan rectangulaire de bois et de cuir, lentement tiraient les _bros_, petites voitures à roues larges faites pour aller sur le sable. Piétinant les hautes herbes ou les arbustes, les vigoureuses bêtes traînaient les _bros_ qui passaient à tous moments sur le tronc d'un arbre abattu et retombaient ensuite dans une ornière profonde.
A la nuit, après douze heures de marche, la caravane avait ainsi franchi une soixantaine de kilomètres. Et, dans deux ans, c'est sur ce même sol, foulé hier par le sabot des mules se frayant un chemin à travers la brousse, que les automobiles silencieuses fileront à 120, 130 kilomètres à l'heure--et, qui sait, peut-être plus vite encore--sur une route droite, unie, sans obstacles, mais traversant cependant une région pittoresque où le calme des immenses forêts n'est troublé que par le bruit imposant des vagues de l'Océan s'écrasant sur le sable fin.
ASSURANCES TRÈS MODERNES, par Henriot.
NOUVELLES INVENTIONS
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PORTE-PARAPLUIE «LE RAGA»
On sait qu'il est avantageux pour faire sécher son parapluie, de le placer la pointe en haut, la poignée en bas: on en augmente ainsi la durée et l'on évite une dépense appréciable, celle d'avoir à remplacer ou faire recouvrir souvent son parapluie.
Tel est le but atteint par le nouveau porte parapluie _Raga,_ dont l'ingénieuse disposition permet de suspendre le parapluie automatiquement, par la pointe.
Tout le monde sait, en effet, que la première déchirure du parapluie se produit toujours à l'endroit de la petite cuvette inférieure, car c'est là que vient séjourner l'eau lorsqu'on place le parapluie la pointe en bas. Cette eau fait pourrir l'étoile et rouiller le fil métallique qui réunit les baleines.
D'autre part, en le faisant sécher ouvert, le parapluie tient beaucoup de place, et l'étoffe étant tendue se rétrécit en séchant et se déchire facilement.
Le dispositif qui maintient le parapluie est simple et commode; il consiste en une pièce métallique en forme de chimère capable d'osciller autour d'un axe et présentant une ouverture disposée horizontalement, au repos, pour permettre l'introduction facile de la pointe du parapluie. Cette dernière se trouve saisie entre deux galets de caoutchouc serrés élastiquement l'un contre l'autre, suffisamment pour maintenir le parapluie malgré son poids. Lorsqu'on abandonne le parapluie à lui-même après l'avoir introduit dans l'appareil, il prend, ainsi que l'appareil, la position verticale, comme l'indique notre gravure. Le grave inconvénient d'usure, par l'eau, du fond de l'étoffe se trouve ainsi évité ou tout au moins fortement atténué. Lorsqu'on retire le parapluie à soi en le prenant par le manche, l'appareil reprend de lui-même sa position initiale.
Le _Raga_ possède d'autres avantages appréciables; il tient peu de place dans un vestibule où il peut être fixé à demeure; son aspect est décoratif et chaque parapluie se trouvant isolé, la recherche en est plus facile. Ajoutons que cet appareil se fixe simplement à l'aide de deux vis, partout où l'on peut le désirer.
Pour tous renseignements sur le porte-parapluie _Raga_, s'adresser à _M. Ravoux-Garbil, 12, rue des Jardina, à Saint-Brieuc._
BOUCHON VERSEUR MESUREUR
Le nom même de ce petit ustensile indique le but visé par son inventeur. Il est, en effet, souvent utile de pouvoir verser rapidement et régulièrement des quantités données de liqueurs ou de médicaments, ou de savoir exactement le nombre de verres que l'on obtient dans un litre de liquide. Ajoutons que rien n'est plus aisé que de se servir de ce mesureur et que son prix est minime.
Nos figures représentent clairement le mode d'emploi de cet ustensile, qui se compose de deux tubes, fixés obliquement l'un sur l'autre, et d'une boule servant de capacité de mesure.
L'un des deux tubes, grâce à deux lames de ressort saillantes, s'ajuste à frottement dur dans des goulots de bouteille d'assez variable grosseur et transmet le liquide à la boule et au tube verseur contenant un piston métallique. Suivant les positions occupées par la bouteille, ce piston, par son propre poids, vient masquer ou démasquer le goulot de la bouteille ou l'orifice verseur.
Le fonctionnement est le suivant:
Pour mesurer une partie de liquide contenu dans la bouteille avant de le verser, il suffit de pencher la bouteille en avant (fig. 1); dans cette position le liquide s'écoule librement dans la boule.
Lorsqu'on juge que la quantité qui a pénétré dans la boule est suffisante, c'est-à-dire qu'elle est bien remplie, ce qui demande un temps d'arrêt d'une seconde, on tourne seulement le poignet (fig. 2); pendant ce double mouvement, le piston se déplace dans le cylindre, le liquide s'écoule instantanément par l'ouverture du piston tandis que le liquide qui se trouve dans la bouteille ne peut s'en échapper.
Le bouchon mesureur, en métal nickelé, est démontable: cylindre, boule et piston; toutes les pièces sont interchangeables.
Les boules se font en trois grandeurs: pour 20, 25 ou 30 verres au litre, ce dernier type étant le plus couramment employé. Cet ustensile peut rendre d'utiles services, en particulier dans les cafés, car il permet de supprimer le trop plein et de contrôler aisément le débit. Son prix est de 3 fr. 75 chez _M. Moulin, 5, rue Curaterie, Nîmes._
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