L'Illustration, No. 3236, 4 Mars 1905
Part 2
... Cependant, du côté de Brigue, où la construction du tunnel est terminée, on travaille en ce moment à l'établissement de chambres souterraines qui, chargées d'explosifs puissants, permettraient, en cas de guerre, d'anéantir le travail qui a coûté tant de peines!
GUSTAVE BABIN.
LE DOME DE BERLIN
Le 27 février a eu lieu l'inauguration solennelle du Dôme de Berlin. L'empereur avait tenu à célébrer cette cérémonie avec le plus grand apparat: il la présidait en personne, ayant à ses côtés l'impératrice et le prince héritier; aux premiers rangs de la brillante assistance, on remarquait les membres de la famille royale de Prusse, les souverains allemands, les représentants des souverains étrangers et des Etats de religion évangélique, le chancelier de l'empire, les ministres prussiens, le corps diplomatique, les généraux et les amiraux.
La nouvelle cathédrale protestante s'élève sur le bord de la Sprée, à proximité du château royal et du musée d'art, séparés par la promenade Sous les Tilleuls. D'un aspect assez lourd dans son ensemble, cet énorme édifice est d'un style hybride, se rattachant surtout à la Renaissance italienne; une profusion d'ornements et de statues en surcharge la décoration à l'intérieur comme à l'extérieur. Le projet d'édification de ce temple remonte au seizième siècle, et plusieurs rois de Prusse, entre autres le grand Frédéric, s'en préoccupèrent, sans toutefois le mener à bien; c'est vers 1894 que furent entrepris les travaux définitifs, sur les plans de l'architecte Raschdorff, et celui-ci en poursuivit l'exécution avec le concours de son fils. La forêt d'échafaudages masquant la construction laborieuse du Dôme vient enfin d'être abattue, et l'événement a pris d'autant plus d'importance aux yeux de Guillaume II qu'il se flatte d'avoir doté sa capitale d'un imposant monument religieux qui, dans sa pensée, doit être pour les protestants ce que Saint-Pierre de Rome est pour les catholiques.
EUGÈNE GUILLAUME
Eugène Guillaume, l'éminent statuaire, n'aura pas survécu longtemps à son départ de la Villa Médicis, où M. Carolus-Duran le remplaçait, en qualité de directeur, au commencement de cette année. En prenant sa retraite, il n'avait pas renoncé au séjour de Rome, et, quand il dut céder la place à son successeur, il s'installa dans un hôtel voisin de sa chère Villa, qu'il ne quittait qu'à regret. C'est là que, atteint d'une bronchite grippale, il vient de s'éteindre, à l'âge de quatre-vingt-deux ans.
Né à Montbard (Côte-d'Or), le 4 juillet 1822, Eugène Guillaume, élève de Pradier, remportait, en 1845, à vingt-trois ans, le grand prix de Rome, avec un _Thésée trouvant sur un rocher l'épée de son père._ Il avait conquis depuis longtemps déjà ses titres à la maîtrise lorsque, en 1862, il fut admis à l'Institut, section des beaux-arts; trente-six ans plus tard, en 1898, l'Académie française, appréciant la valeur de l'écrivain, auteur de nombre d'études d'esthétique, l'accueillit à son tour, en l'élisant au fauteuil devenu vacant par la mort du duc d'Aumale. Il fut en outre directeur de l'administration et de l'Ecole des beaux-arts, puis professeur d'esthétique et d'histoire de l'art au Collège de France; enfin, en 1891, il avait remplacé le peintre Hébert à la direction de l'Ecole française de Rome.
Citons parmi ses principales oeuvres: les _Gracques_, au musée du Luxembourg, une des plus caractéristiques de son talent; le monument de _Rameau_, à Dijon, et celui de _Colbert_, à Reims; la statue de _Claude Bernard_ devant le Collège de France; le fronton et les cariatides du _Pavillon Turgot_, au Louvre; la _Musique_ (façade de, l'Opéra); les bustes de _Ingres, Jean-Baptiste Dumas, Jules Ferry, Mgr Darboy_, archevêque de Paris.
Le culte de l'antiquité classique, la recherche de l'idéal, la noblesse et la simplicité du style, le souci de l'harmonie, la conscience dans l'exécution, telles sont les règles auxquelles Eugène Guillaume resta fidèle durant sa longue et laborieuse carrière.
APRES LA MORT DU GRAND-DUC SERGE
Les funérailles du grand-duc Serge ont eu lieu, le 23 février, à Moscou.
Elles avaient été précédées, suivant la coutume, de l'exposition publique du corps, pour laquelle il avait été déposé à l'église Saint-Alexis, un des cinq sanctuaires existant à l'intérieur du monastère de Tchoudov, ou des Miracles, dans l'enceinte même du Kremlin. Couché dans un cercueil de chêne, le grand-duc était revêtu de l'uniforme du régiment des grenadiers de Kiev, les mains gantées, jointes sur la poitrine et tenant l'icône de saint Nicolas; un voile de fine dentelle de Bruxelles, que porta le prince, tout enfant, recouvrait le visage.
Après avoir visité la chapelle ardente, les assistants, parmi lesquels des groupes d'enfants des écoles accompagnés de leurs instituteurs, se rendaient à la place du Sénat, où l'on a ménagé un petit enclos sur le lieu même de l'attentat et érigé une croix de fer qui, surmontée d'une lampe brûlant nuit et jour, se dresse au milieu d'un amoncellement de couronnes.
Le jeudi 23, après une longue cérémonie religieuse célébrée en présence des membres de la famille impériale (seul des frères du défunt, le grand-duc Paul y assistait), de l'église Saint-Alexis, les grands-ducs et les généraux ont transporté le cercueil à l'église Saint-André qui fait également partie du monastère, lequel communique directement avec le Petit Palais. Là, il a été placé sur un catafalque, en attendant la mise au tombeau.
LE RETOUR DE STOESSEL A BORD DE L'«AUSTRALIEN»
Aden, 10 février.
En arrivant à bord de l'_Australien_, ma première impression fut pénible, mais non pas selon mes prévisions. Je m'étais attendu à trouver des Russes tristes, maussades ou tout au moins manquant d'entrain; au contraire, ils avaient l'air plutôt gai. Sur le moment, j'en fus surpris et, je l'avoue, un peu choqué; cette gaieté me paraissait déconcertante, hors de saison; j'éprouvais comme une désillusion, et j'en voulais presque aux rapatriés de Port-Arthur de me laisser pour compte les sentiments de sincère commisération dont je m'apprêtais à donner le témoignage à leur infortune. Impression vite dissipée par la réflexion.
Il s'agissait de mettre les choses au point. Ces gens, pensai-je, viennent de subir toutes les rigueurs d'un siège de près d'un an, de courir mille dangers, d'échapper à la mort, et maintenant les voilà confortablement installés sur un paquebot, entourés d'un bien-être qu'ils ne connaissaient plus depuis longtemps, avec la perspective d'un prochain retour dans leur pays, dans leurs foyers: comment ne goûteraient-ils pas pleinement la joie de vivre? Tout à l'heure, sans doute, ils nous raconteront leurs fatigues, leurs privations, leurs souffrances, les péripéties de leur lutte héroïque: alors, nous comprendrons mieux encore la réaction si naturelle qui s'opère en eux...
L'escale présente le spectacle habituel. D'innombrables mercantis se pressent contre les flancs du navire, offrant aux passagers de prétendus produits du pays. Le pont est encombré d'une foule bigarrée: vêtements blancs ou kaki, casques coloniaux de tous les modèles; çà et là, quelques tuniques et quelques casquettes d'uniforme. Nos guerriers, accoutrés de façons si diverses, semblent soutenir un nouveau siège.
Dans tout ce brouhaha, je cherche Stoessel, que j'aperçois enfin, le visage épanoui d'un large rire, au milieu d'un groupe animé. Coiffé de la casquette d'ordonnance, il porte une tunique de petite tenue en flanelle blanche à pattes d'épaulette, sans autre décoration que la croix de Saint-Georges.
Nous sommes là cinq journalistes parisiens, venus à Aden, à sa rencontre; il nous reçoit très cordialement dans le salon de musique, où le général Reiss et le lieutenant Nevelskoy l'accompagnent pour servir d'interprètes. Tandis que mes confrères engagent avec Stoessel une conversation laborieuse, lui font poser des questions, j'observe attentivement le défenseur de Port-Arthur. Un air de bonhomie corrige la rudesse des traits; le teint est coloré; l'oeil clair prend aisément une expression de vivacité rieuse et, parfois, à l'évocation de certains souvenirs, se voile d'une passagère mélancolie. Détail assez curieux: la tête découverte montre un sillon circulaire sabrant le front et tangent à l'oreille droite, trace ineffaçable creusée par la pression de la casquette...
Enfin, l'audience est terminée. Mes compagnons ont consciencieusement interviewé le général; quant à moi, je l'ai surtout observé et il me reste à lui adresser une requête au nom de l'_Illustration_: je le prie de vouloir bien me permettre de dessiner son portrait; il m'accorde un rendez-vous pour une séance de pose--«très courte», formule-t-il expressément...
Un peu avant le dîner, j'ai pu apercevoir Mme Stoessel. C'est une femme corpulente, au type russe très accentué, mais dont les traits heurtés perdent leur dureté en s'éclairant d'un regard et d'un sourire pleins de bonté. Très simple, nu-tête, en camisole blanche rayée, celle qui, pendant les jours d'épreuves, s'est signalée aux côtés de son mari par sa vaillance et son dévouement a les allures d'une excellente ménagère, indifférente à tout souci de représentation, désireuse de s'effacer. Elle s'est chargée de ramener de Port-Arthur des enfants orphelins auxquels elle prodigue des soins maternels; et cela ne suffit pas à son activité bienfaisante: sa sollicitude se partage encore entre ses chiens, sept ou huit perroquets et une demi-douzaine de singes, installés à l'arrière du paquebot.
_Port-Saïd, 15 février._
Durant les cinq jours de traversée passés avec les Russes, profitant de cette occasion unique, nous avons fait la chasse aux documents précis sur l'histoire du siège de Port-Arthur, aux détails intéressants, aux anecdotes curieuses, aux récits de combats racontés par des témoins oculaires, par des acteurs du drame.
Mais à quoi bon m'étendre sur ces sujets? Déjà les dépêches détaillées expédiées d'Aden par les reporters ont dû renseigner amplement les lecteurs français.
Distractions à bord, séances au bar, soirées chantantes... on a même un peu dansé aux sons d'un piano mécanique. Toutefois, les plaisirs profanes n'ont point fait oublier aux orthodoxes les exercices de piété. Avec sa barbe broussailleuse, sa vaste houppelande, son chapeau bas de forme, un vieux pope avait vraiment grand air quand, les cheveux envolés dans le vent, il présidait à la prière du soir, debout en avant des fidèles agenouillés...
Le 14, arrivée à Suez. Pendant la visite sanitaire, une chaloupe accoste, amenant le consul de Russie; il vient apporter la nouvelle d'un échec des Japonais devant Moukden. Du haut de l'échelle, Stoessel, penché, l'écoute très attentivement...
Dans le canal, la température commence à fraîchir. Alors, changement à vue: les costumes de fantaisie disparaissent comme par enchantement pour faire place à des vêtements plus chauds, des uniformes, des tuniques agrémentées d'aiguillettes, des bottes, des bonnets à poils inattendus. Seul, l'amiral Lotsehensky, l'unique marin russe, conserve son petit «complet» fatigué, son chapeau mou; il ne sort pas de son coin isolé, près d'un treuil, à l'arrière, où il semble mis en pénitence. Celui-là a bien l'air d'un vaincu!...
Le soir de cette même journée, les adieux: Champagne traditionnel, toasts chaleureux, serrements de mains, acclamations répétées: «Vive la France! Vive la Russie!...»
Aujourd'hui 15, arrivée à Port-Saïd à cinq heures du matin. Encore un changement imprévu dans les physionomies: Stoessel et les autres officiers blessés à la tête se sont mis un bandeau; ainsi l'a prescrit le médecin, crainte des poussières malsaines, si l'on descend à terre... Un monsieur se présente, vêtu d'un frac de cérémonie, malgré l'heure matinale: c'est le consul. Salamalecs, bouquets.
Enfin, une embarcation à vapeur, l'_Isis_, vient chercher le général Stoessel et se compagnons pour les conduire à bord du _Saint-Nicolas_, qui doit les ramener en Russie.
L. SABATTIER.
Des dépêches avaient déjà relaté, au commencement de janvier, ce détail typique: à la suite de leur entrevue de Choui-Chine, le 6 janvier, le général Stoessel offrit son cheval d'armes au général Nogi, qui l'accepta (contrairement aux premières informations); c'était un cheval arabe, gris pommelé, très vif; pour en faire admirer les actions à Nogi, Stoessel le monta une dernière fois et lui fit effectuer, au galop, diverses évolutions, s'amusant à bousculer quelque peu les officiers japonais présents.
NOUVEAUX TIMBRES CRETOIS
_Documents et Informations._
LES NOUVEAUX TIMBRES DE CRÈTE.
Le gouvernement crétois vient de créer une nouvelle série de timbres-poste sur une donnée intéressante et originale. Il a eu l'idée excellente de faire reproduire, sur chacune des neuf vignettes, de valeur différente, composant la série, des documents empruntés à l'archéologie et à l'histoire de la Crète, monnaies anciennes d'un beau caractère, sceaux antiques; vues de quelques ruines fameuses de l'Île. C'est ainsi que des monnaies île Gortyna, d'Itanos, de Cydonia, une médaille d'Ariadne, les ruines du palais de Minos, décorent les timbres crétois et populariseront les grands souvenirs dont s'enorgueillit la Crète.
UN BIENFAITEUR DES MARINS.
La petite ville de Paimpol, cité des Terre-Neuvas et des Islandais, vient de commémorer la mémoire d'un bienfaiteur des marins. M. Alfred de Courcy, fondateur de la _Société de secours aux familles des marins français naufragés_, en lui élevant un buste sur le quai même, au milieu des bassins, bien en vue de la mouvante forêt de mâts, de vergues et de cordages.
M. Alfred de Courcy, né à Brest le 9 novembre 1826, fils d'un officier de marine des plus distingués, entra de bonne heure à la Société d'assurances générales maritimes et s'y distingua par un travail acharné qui, de simple employé, l'éleva jusqu'au rang de directeur. Mais, arrivé à cette haute situation, il ne s'y fit pas remarquer seulement par ses qualités d'administrateur, il s'y montra aussi philanthrope intelligent et avisé et c'est à l'âge où il pouvait légitimement aspirer au repos que, ému par les deuils et les misères des gens de mer qu'il avait été mieux à même que personne de connaître, il entreprit de créer, à travers mille difficultés, et réussit à fonder cette _Société de secours aux familles des marins français naufragés,_ qui répartit actuellement plus de 100.000 francs de rentes entre les veuves et les orphelins de la mer.
Le buste, en bronze, de cet homme de bien, qui a été inauguré en présence de sa famille, des armateurs, des conseillers municipaux et de toute la population de Paimpol, est dû au statuaire breton Jean Boucher.
AUTEUIL SOUS LA NEIGE.
Les premières courses de la saison ont eu lieu déjà sur les divers hippodromes de la banlieue parisienne. Suivies surtout par les ordinaires habitués: propriétaires, entraîneurs, parieurs, elles n'ont pas encore l'éclat mondain des réunions printanières. Mais elles ne manquent pas d'un intérêt très sportif. Elles ont même un aspect fort pittoresque et presque émouvant, lorsque la neige, comme le 23 février dernier, vient ajouter aux difficultés d'une course de haies. Ce jour-là elle est tombée en flocons particulièrement serrés. A travers leur épais rideau, sur un fond de paysage tout blanc, les chevaux galopaient comme des ombres; ils abordaient d'ailleurs les obstacles avec prudence, de sorte qu'aucune chute grave ne s'est produite.
LA VITESSE DE CROISSANCE DES ONGLES.
Un physiologiste, M. A.-M. Bloch, a eu la curiosité de savoir comment se fait la croissance des ongles. Le sujet avait été étudié déjà, mais pas de façon assez étendue peut-être. Aussi M. Bloch a-t-il pu ajouter à nos connaissances un fait qui ressort nettement de ses études, c'est que le facteur principal de la variété dans la croissance des ongles est l'âge des sujets; c'est aussi que les variations de la croissance sont plus étendues qu'on ne le croyait. On enseignait, en effet, d'après les travaux de Dufour, de Lausanne, il y avait de plus de trente ans, que les ongles poussent de 9 à 10 centièmes de millimètre par jour (un millimètre en dix jours par conséquent); en réalité la croissance quotidienne varie beaucoup plus: de 4 à 14 centièmes de millimètre.
L'influence de l'âge est très manifeste. Le maximum de vitesse de croissance s'observe chez les sujets jeunes, ayant de 5 à 30 ans environ. Durant cette période de 5 à 30 ans, l'ongle pousse généralement de plus d'un dixième de millimètre par jour: de 12 à 14 centièmes. Avant 3 ans, il pousse peu: il ne s'accroît chaque jour que d'une quantité très inférieure à un dixième de millimètre: à 3 ans, il s'allonge de cette longueur. Après 30 ans, jusqu'à 60 ans, la croissance est généralement, comme à 3 ans, d'un dixième de millimètre. Mais après 60 ans, un ralentissement marqué se produit, la croissance n'étant plus que, à 70 ou 80 ans, de 6, 5 ou 4 centièmes de millimètre. Il y a donc une relation générale, de 5 à 80 ans, entre la croissance des ongles et la vitalité générale de l'organisme.
LA FIÈVRE JAUNE ET LES MOUSTIQUES.
Jusqu'à ces temps derniers, les épidémies de fièvre jaune et surtout leur propagation hors des foyers d'origine avaient des allures capricieuses, qui défiaient toute explication satisfaisante. On sait aujourd'hui que cette maladie, comme la malaria, est transmise par les piqûres d'un moustique particulier, le _stegomya;_ et maintenant, tout est devenu clair dans le mystère de la contagion de la fièvre jaune.
Et d'abord, il y a des pays où jamais on n'a constaté d'épidémie de fièvre jaune: la France, l'Angleterre, l'Autriche; ce sont les pays où le _stegomya_ n'existe pas. Au contraire, en Espagne, en Portugal, en Italie, où existe le _stegomya_, on a fréquemment observé la fièvre jaune. D'un autre côté, nous assistons à ce phénomène inattendu, que la fièvre jaune disparaît presque en Europe, sans qu'on ait eu à prendre contre elle des mesures de défense sanitaire. Et cependant, le nombre et la rapidité des communications avec les pays contaminés ont augmenté dans des proportions considérables.
Voici comment M. Chantemesse a expliqué ce fait surprenant devant l'Académie de médecine. Dans l'antiquité jusqu'en 1856, tous les navires étaient en bois; de 1856 à 1870, les vapeurs seuls sont en fer; à partir de 1870, tous les vapeurs et l'immense majorité des voiliers sont en fer. Le résultat de ce changement des matériaux de construction a été l'étanchéité du navire et de sa cale en particulier. Or, la cale des navires en bois était constamment remplie d'un mélange d'eau douce et d'eau salée qui lui avait mérité, de la part des hygiénistes, le nom de _marais nautique_. Avec les cales sèches, plus de moustiques, partant plus de fièvre jaune possible, à l'arrivée des bateaux dans les ports européens.
LA DESTRUCTION DES VIPÈRES.
On connaît le procédé populaire de destruction des vipères, procédé qui a encore quelque vogue et qui consiste à mettre à la portée des reptiles du lait additionné de strychnine.
Outre que ce procédé n'est pas exempt de danger--pour d'autres animaux que les vipères--il est tout à fait illusoire pour celles-ci. En effet, ainsi que l'a fait remarquer M. Bouvier à la Société d'agriculture, les reptiles sont de francs carnassiers, qui se nourrissent de proies vivantes: souris, musaraignes, lézards, oiseaux, insectes, et il serait étonnant qu'ils eussent un penchant marqué pour un liquide dont ils ne font jamais usage quand ils sont en liberté.
Les histoires des mammifères tétés par des serpents sont de pures légendes.
Pour se débarrasser des vipères, les meilleurs moyens consistent, soit à recourir à la destruction directe, soit à élever, dans les enclos particulièrement infestés, des pintades et des dindons, et surtout des hérissons qui font aux reptiles une guerre acharnée et qu'il faut se garder de détruire.