L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905
Part 3
Le peuple le plus riche du monde est uni; peuplade fort peu connue, qui ne possède ni libertés ni gouvernement politiques, mais qui, en revanche, a de l'argent et des terres. Elle les a sans les avoir d'ailleurs, et, sans les avoir, elle ne pourrait les perdre! Ces richesses lui sont garanties par le gouvernement américain, et il ne saurait les aliéner. La peuplade en question est celle des Osages, une tribu qui occupe un coin du territoire de l'Oklahoma, et qui est un des vestiges de la population qui possédait les Etats-Unis avant que les blancs se fussent emparés du continent américain. Les Osages sont au nombre de 1.833 et ce qu'ils possèdent, ils l'ont comme indemnité d'expropriation allouée par les Etats-Unis. Mais ils n'ont que l'usufruit; du jour où la tribu aura disparu le gouvernement américain rentrera dans ses fonds. Chacun des 1.833 Osages possède un capital de quelque 24.000 francs, déposé dans les caveaux de la Banque nationale à Washington qui lui sert les intérêts à 5%. En outre chaque Osage possède quelque 350 ou 400 hectares de terre, dont un cinquième est en culture; le reste est loué comme pâturages à des éleveurs du Texas. Cette terre gagnera certainement en valeur: elle renferme du pétrole et du charbon; des lignes de chemin de fer vont la traverser; et au total, on estime que la valeur de la terre possédée par chaque Osage est de près de 35.000 francs. Au total, chaque Osage--pour parler la langue des affaires--«vaudrait» environ 60.000 francs. Il ne faudrait pas conclure de ceci que le sort de l'Osage est particulièrement enviable, car, l'argent qui lui revient, il ne le voit qu'en partie. Le gouvernement américain commence par prélever sur la rente des Osages de quoi payer les dépenses d'ordre public, d'écoles, de routes, etc. Il ne remet à l'Osage que le surplus. Ce surplus, actuellement, est de 1.500 francs par tête, environ. Chaque Osage a, toutefois, en surplus, ce qu'il peut gagner par son travail sur sa ferme: il peut donc vivre de façon très suffisante. La tutelle dans laquelle on le tient, au point de vue de l'argent, a quelque chose de choquant; mais c'est sans doute le meilleur procédé à adopter dans son intérêt même. Mis en possession de son capital, il le gaspillerait, ou bien il se laisserait voler par des blancs peu scrupuleux et finirait par retomber à la charge de l'État. En faisant de l'Osage un capitaliste et un propriétaire qui ne peut disposer ni de son capital ni de sa terre, on lui conserve sa fortune et l'État s'en assure l'héritage pour plus tard.
LE PREMIER CONCOURS D'AVIATION.
Le concours d'appareils volants «plus lourds que l'air», organisé les 11, 12 et 13 février à la galerie des Machines par la sous-commission d'aviation de l'Aéro-Club, a trouvé auprès du public un accueil empressé et sympathique.
Nombre de concurrents, 28 ou 30 environ, avaient répondu à l'appel des organisateurs et, si les expériences n'ont apporté rien de bien nouveau, elles n'en ont pas moins montré qu'on peut faire des aéroplanes non montés d'une stabilité convenable.
Du haut du pylône de 38 mètres d'où se lançaient les appareils, on a vu successivement sortir des aéroplanes variés--oiseaux-mouches faits d'éclats de bois et de papier de soie et pesant bien 2 grammes--cerfs-volants genre Hargrave à surfaces superposées--aéroplanes à deux surfaces successives, lestés d'épaisses lames de plomb et propulsés soit par fusées, soit par hélices et ressorts de caoutchouc tordu, enfin un aviateur de près de dix mètres d'envergure, mais que ses vastes dimensions gênaient fort, car il s'est jeté, dès son départ, dans un trophée de drapeaux, au grand désappointement des spectateurs. Plusieurs de ces appareils ont fourni des planements prolongés de vingt à quarante secondes, accompagnés des murmures approbateurs ou même des applaudissements chaleureux du public. Un certain nombre, hélas! pirouettant sur eux-mêmes comme des oiseaux blessés, ou suivant impitoyablement une pente presque verticale, ont heurté le sol avec une violence suffisante pour briser leur frêle carcasse. Leur chute provoquait des rires, d'ailleurs dénués d'ironie, le public connaissant fort bien la grande difficulté que l'on éprouve à lester convenablement ces capricieux appareils. S'ils sont, en effet, trop chargés de l'avant, ils fondent droit vers le sol comme un faucon sur sa proie, mais sans relever à temps leur trajectoire; trop chargés de l'arrière, ils piquent d'abord, se relèvent ensuite et parfois tournent sur eux-mêmes, comme des pigeons «culbutants», accomplissant ainsi des sauts périlleux aériens à rendre jaloux les plus fameux gymnasiarques.
Les concurrents dont le lest était judicieusement placé et qui ont fourni des planements réguliers ont été récompensés de médailles d'argent. Parmi les lauréats, nous devons citer MM. Burdin, Dargent, Hanrion, Peyret, Wriss et Mouren, dont les appareils ont l'ait preuve d'une grande stabilité.
Nos gravures représentent quelques types des plus curieux ou des plus intéressants. M. Deltour exposait une nacelle à hélices latérales, à pédales, pesant 50 kilos et mesurant 5 mètres carrés de surface. _Gellitas_, de M. Gellit, est un extraordinaire volatile participant de l'aigle, du vautour et du canard et portant une poupée--aéronaute. L'aéroplane de M. Paulhan, suspendu à la voûte par une longue corde et propulsé par deux hélices mues par un moteur à pétrole de 1 cheval 3/4, a fourni quelques vols qui sembleraient lui permettre de se soutenir seul dans l'espace.
Nous avons conté la mésaventure survenue au grand aéroplane de M. Seux, dont le poids était d'environ 60 kilos pour 30 mètres de surface.
Citons enfin le curieux appareil de M. Dumoulin, muni d'une hélice à trois branches et d'une surface supérieure susceptible de faire parachute.
TYPES D'AÉROPLANES ayant participé au concours d'aviation de l'Aéro-Club à la galerie des Machines.
_Mouvement littéraire._
DANIEL LESUEUR
_En même temps que la première partie du roman nouveau de Daniel Lesueur_, la Force du Passé[1], _nos lecteurs nous sauront gré de leur donner une, courte, étude sur l'oeuvre et la personnalité, d'une, des plus célèbres femmes de lettres île notre époque. C'est M. Adolphe Brisson, l'auteur de tant de, brillants portraits littéraires, qui a bien voulu tracer ici celui de Daniel Lesueur._
Un sourire, des yeux clairs, une intelligence ouverte aux idées, une sensibilité prête à s'émouvoir, accouplée à une raison solide, beaucoup de gaieté, de vivacité et, sous la caresse du regard, sous la grâce des paroles, une humeur très combative et des instincts de guerrière. Telle apparaît, dans la vie, Daniel Lesueur et telle elle est dans ses livres. De toutes les femmes qui sont en train de conquérir la grande gloire littéraire, c'est une des mieux douées et des plus originales.
Et d'abord elle a passé par la poésie pour arriver à la prose. Lorsqu'on proposa, il y a quelques années, sa candidature au comité des Gens de lettres, M. Sully-Prudhomme l'appuya en ces termes:
«Daniel Lesueur est un de nos plus exquis poètes. Il faut qu'elle soit un bien délicieux prosateur pour que nous ne lui en voulions pas trop de ne plus rimer. Je le reconnais, et cependant je ne puis m'empêcher de lui dire: Faites-nous encore de ces vers d'une si belle facture et si pleins de pensées auxquels vous nous avez habitués.»
Il n'est pas indifférent de les relire, si l'on veut juger l'ensemble de son oeuvre et l'évolution de son talent. Ils sont harmonieux, sonores, vigoureusement forgés et, comme ceux de Mme Ackermann, imprégnés de philosophie. Ils se rattachent un peu par l'inspiration, et assurément par la forme, à l'école de Leconte de Lisle. Ainsi que son maître, Daniel Lesueur a déserté les sentiers adorables de la foi pour la route plus rude et plus âpre de la science. Je crois bien qu'elle a été darwinienne: cela semble ressortir de ses poèmes, empreints du sentiment de la vanité des choses et de leur perpétuelle évolution. Ce _moi_ dont nous sommes orgueilleux, qu'est-ce au juste? Un vain souvenir dans une frêle image. Nous sommes plongés au sein d'un songe. Notre personnalité est chimérique comme les phénomènes où elle est mêlée. Elle est constituée par le reflet d'hérédités vagues et lointaines.
Dans mon coeur frémissant, dans ma chair douloureuse, Ce qui le mieux échappe à l'incessante mort, A l'évolution puissante et ténébreuse Qui partout en secret active son effort,
C'est ce qui n'est pas moi: l'ineffaçable trace Qu'a gravée en mon sein la foule des aïeux. Ma joie et mes douleurs sont celles de ma race, Et le feu de son âme éclate dans mes yeux.
[Note 1: Par suite d'une erreur d'impression, le faux titre de la _Force du Passé_ porte la mention «Illustrations de Simont». au lieu de «Illustrations de Marchetti». Nous faisons réimprimer un faux titre correct que nous adresserons, sur leur demande, à ceux de nos abonnés qui font relier nos romans.]
Retenez ces vers; ils contiennent en germe plusieurs des livres futurs de la romancière. En résumé Daniel Lesueur se rend compte que l'humanité repousse avec horreur le pessimisme et le nihilisme scientifique et qu'elle a soif d'illusions. Ce besoin se satisfait pas l'esprit religieux, et c'est pourquoi, depuis tant de siècles, les hommes se prosternent devant Dieu. Elle vénère ce sentiment, encore qu'elle ne le partage point; elle le proclame auguste et sacré; elle en exalte la grandeur. Mais l'irrésistible impulsion qui entraîne la créature vers l'infini s'affirme par un autre mouvement: l'amour. Et à ce culte-là, Daniel Lesueur se rallie. Elle sacrifie sur cet autel. L'homme est un être fragile, mais la nature lui a donné le pouvoir de communiquer à des êtres, comme lui fugitifs, un bonheur absolu--en les aimant. Que cette félicité passe comme l'éclair ou qu'elle persiste, c'est assez qu'elle ait duré un instant pour nous élever au-dessus de nous-mêmes. Ainsi l'idéalisme que Daniel Lesueur ne trouve pas au fond de sa raison, elle y atteint par la sensibilité. Elle s'accroche à cette branche pour ne pas tomber dans le néant, dans l'abîme.
Et ceci nous explique que les romans de Daniel Lesueur soient si passionnés.
Ce n'est pas aux abonnés de _l'Illustration_ qu'il est nécessaire de vanter leur mérite. Ils n'ont pas oublié les belles oeuvres: _Passion slave, Haine d'amour, Justice de femme, A force d'aimer_, qu'elle a publiées ici même; ils y goûtèrent la séduction d'une langue souple, dénuée de préciosité, non de délicatesse, parfois un peu abondante, mais de veine et de saveur bien françaises; les caprices d'une imagination toujours en éveil et qui s'amuse à ses propres jeux; beaucoup de finesse dans l'observation des moeurs et de sûreté dans l'analyse des caractères; enfin, par dessus tout, le don essentiel du romancier; le «don de la vie», qui fait que le récit ne s'immobilise pas en de froides abstractions, mais va de l'avant, captive le lecteur, parle à son coeur et, l'entraîne.
Ces qualités, vous les retrouverez dans la _Force du Passé_. Je n'ai pas lu tous les chapitres de ce livre, mais j'en connais le thème qui répond à quelques unes des inquiétudes de l'heure actuelle... Qui de nous n'est partagé entre ses traditions et ses rêves, le désir de marcher vers l'avenir et l'amertume de briser des liens demeurés chers!... Hier... Demain... Quels ravages, quand le problème se pose, quand le conflit éclate dans une âme sincère, ingénument amoureuse et pleine d'illusions! L'héroïne du nouvel ouvrage de Daniel Lesueur s'ajoutera aux jolis portraits de jeunes femmes et de jeunes filles qu'elle a déjà tracés, aux Marcienne, aux Renée, à ces figures modelées d'une main si ferme et qui ont toutes un trait commun: la fierté dans la tendresse.
Daniel Lesueur est à son quinzième ou seizième volume. C'est vous dire qu'elle possède sur le bout du doigt les grands et petits secrets du métier. Elle s'est essayée dans des voies diverses: elle a poussé une pointe vers le feuilleton, et l'on sait la faveur qui a accueilli son fabuleux _Marquis de Valcor_. Je crois cependant que sa vraie note, celle qui lui a valu et lui vaudra ses plus durables succès, est dans un genre d'ouvrages un peu plus raffinés, dans des romans où elle puisse exercer ses facultés d'analyste observateur, développer son goût pour la vérité psychologique et verser la profonde connaissance qu'elle a de la vie et de l'amour. A l'encontre de beaucoup de femmes de lettres, elle n'a pas abdiqué son sexe; la vigueur de la pensée, en elle, n'exclut pas les grâces féminines de l'exécution. Et sur tout ce qu'elle écrit--à travers l'émotion et les larmes--voltige un sourire, ce gentil sourire spirituel et bienveillant qui éclaire son visage. Vous l'apercevrez au coin des pages de la _Force du Passé_. Et ce sera le charme de ce roman où tant d'idées graves sont par ailleurs remuées.
ADOLPHE BRISSON.
ADOLF MENZEL
Le peintre Adolf Menzel, qui vient de mourir, à Berlin, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, n'était guère connu en France, encore qu'il eût participé à toutes nos expositions universelles: en Allemagne, il était célèbre, national, et l'une des gloires de l'école. En 1899, l'empereur Guillaume II avait consacré son renom en lui accordant, par une faveur exceptionnelle, le grand cordon de l'Aigle rouge, C'était un étrange petit vieillard, au front saillant, tout blanc de poils, aux allures de gnome, une manière de marmouset de la Forêt-Noire, d'humeur, dit-on, assez atrabilaire. Ces particularités mêmes de son caractère et de son physique avaient contribué, peut être aidant que son talent, à rendre sa figure populaire.
Il avait débuté dans la lithographie, au moment où l'art de Senefelder, tout nouvellement créé, était dans le plein de sa vogue. Il était demeuré, jusqu'au bout et par-dessus tout, un illustrateur au crayon alerte et précis. Comme peintre, son oeuvre se peut diviser en deux parties: l'une, à laquelle il se donna avec passion, avec ferveur, fut consacrée à glorifier les actions du grand Frédéric, celles qu'a recueillies l'histoire et celles de la légende; l'autre où il semblait se délasser en reproduisant des scènes de la vie réelle. Le premier cycle surtout devait enthousiasmer l'empereur Guillaume II, qui donna un jour au peintre cette joie de faire reproduire en tableau vivant, à la cour, par des personnages fort haut placés, l'une de ses toiles les plus fameuses, la _Séance de, musique_, où Frédéric tient en personne son instrument favori, cette flûte dont si allègrement son père, le «Gros Guillaume», lui cassa parfois sur les reins quelque exemplaire. Sans doute la postérité cotera-t-elle plus haut la _Forge, la Pâtisserie à Kissingen, En chemin de fer_ et autres oeuvres où Menzel s'est montré observateur amusant, naturaliste au meilleur sens du mot.
LES THÉÂTRES
Nous donnerons, dans notre prochain numéro, la _Retraite_, comédie dramatique en quatre actes, de M. Franz-Adam Beyerlein, traduite de l'allemand par MM. Maurice Rémon et n. Valentin, que vient de représenter le théâtre du Vaudeville. Cette pièce a produit une énorme sensation en Allemagne; elle est, en effet, très captivante; ce n'est pas assez dire pour le troisième acte--une scène de conseil de guerre--un des plus émouvants que depuis longtemps nous ayons vus au théâtre. MM. Lérand, Dubosc, L. Gauthier, Roger Vincent et Mlle Marthe Mollet tiennent les principaux rôles avec beaucoup de talent: une bonne part du succès revient aux excellents comédiens du Vaudeville.
LES «JEUX DU NORD»
Les jeux Olympiques rassemblaient tous les quatre ans, aux bords de l'Alphée, la Grèce entière. Los trois nations Scandinaves, Suède, Norvège, Danemark, ont songé peut être à ce souvenir de l'antiquité quand elles ont créé leurs «Jeux du Nord», qui doivent être célébrés, de deux en deux ans, dans l'une des capitales des trois royaumes. La série avait commencé à Stockholm, en 1901; en 1903, ce furent les Norvégiens qui reçurent, à Christiania, leurs frères Scandinaves. Cette année, c'est Stockholm, de nouveau, qui, du 4 au 12 février, a donné l'hospitalité aux sportsmen danois, norvégiens et suédois, Copenhague, en raison de la douceur relative, de son climat, ayant dû décliner l'honneur.
Ce sont, bien entendu, des sports d'hiver, exclusivement, qui composent le programme de cette réunion: courses à voile sur patins, courses de yachts sur glace, patinage en vitesse, concours de patinage à figures, courses de skis, alternent avec des excursions en traîneaux, des parties de pêche dans l'archipel de la Baltique et avec des fêtes populaires du plus pittoresque effet du plus vif intérêt.
UNE ORCHIDÉE DE 125.000 FRANCS
Une orchidée dont on parle beaucoup dans le monde horticole est celle qui est ici représentée. Elle a nom _J. Gurney Fowle_, ainsi baptisée en l'honneur du président de la section orchidologique de la _Royal Horticultural Society_. C'est un hybride, qui a été obtenu par les grands horticulteurs Sander, de Saint-Albans; un hybride de _Cypripedium_, des _Cyp. insigne et spicerianum_. Il n'est point encore dans le commerce: le prix qui en est demandé est fort élevé: 5.000 livres (125.000 fr.). On ne craint pas la dépense parmi les amateurs d'orchidées; on raconte qu'un _odontoqlossum_ ayant la fleur fortement tachée en brun rouge ou en chocolat a été acheté par un collectionneur germano-anglais, pour la somme de 62.500 francs et, jusqu'ici, c'était le prix le plus élevé qu'eût atteint une orchidée. Mais si le _Cypripedium_ anglais se vend 125.000 francs, c'est à lui, évidemment, que reviendra l'honneur de détenir le «record» d'avoir le plus, dans sa sphère, excité la folie humaine. Car tout cela est affaire de mode et, dans ce domaine plus encore que dans beaucoup d'autres, la valeur est fictive et, dès lors, sujette à de très considérables et rapides variations.
LA NEIGE EN TUNISIE
Un phénomène très rare et qui mérite d'être signalé s'est produit récemment dans l'extrême Sud tunisien. Le 29 janvier, Médenine, localité située à 33º 20' de latitude et 8° 10' de longitude, a essuyé trois heures durant, de sept heures à dix heures du matin, une forte bourrasque accompagnée d'une abondante chute de neige. A la vue de ce prodige dont ils ne connaissaient pas d'exemple sous leur climat, les Arabes se calfeutrèrent hermétiquement dans leurs _rhorfas_ et se, répandirent en lamentations, persuadés que c'était l'annonce de la fin du monde ou tout au moins la ruine de leurs récoltes. Ils purent bientôt constater combien leurs craintes étaient exagérées; mais cette journée n'en marquera pas moins une date mémorable sur leur calendrier; on en parlera longtemps encore à Médenine et, plus tard, les enfants, pour compter leur âge, se reporteront à l'«année de la neige».
Si quelque chose, d'ailleurs, a dû laisser un souvenir ineffaçable aux témoins de l'événement extraordinaire, c'est l'aspect insolite du paysage qu'ils sont accoutumés à voir illuminé de la vive clarté du soleil africain; sous leur blanc revêtement glacé, épais de 4 centimètres, les habitations basses ressemblaient à des huttes d'Esquimaux: on se serait cru plus près du pôle que du tropique.
LE PRÉSIDENT MAZEAU
M. Charles Mazeau, grand-officier de la Légion d'honneur, ancien sénateur de la Côte-d'Or et premier président honoraire de la Cour de cassation, s'est éteint, la semaine dernière, dans sa quatre-vingtième année.
Né à Dijon, il y avait fait ses études de droit, puis était venu à Paris où longtemps il fut avocat à la Cour de cassation, avant d'y siéger comme conseiller. Il était sénateur de la Côte-d'Or, qu'il avait représentée à l'Assemblée nationale, lorsqu'en 1887 il devint ministre de la justice dans le cabinet Rouvier.
Le 2 mars 1890, il avait été appelé à la première présidence de la Cour suprême, qu'il occupa jusqu'en 1900, époque à laquelle il prit sa retraite avec l'honorariat.
Peu de temps auparavant, on s'en souvient, M, Mazeau avait présidé les débats du procès en révision de l'affaire Dreyfus.
L'HOPITAL MODÈLE, par Henriot.
_NOUVELLES INVENTIONS_
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GILETS EN PAPIER
On sait que le papier, corps isolant pour l'électricité et la chaleur, peut tenir lieu de tissu très chaud. L'application en a été souvent signalée et plus d'un pauvre diable s'est confectionné de rudimentaires vêtements avec des journaux de grand format. Il y a un revers à cette médaille: la fragilité du papier, et les vêtements ainsi bâtis sont d'une bien éphémère durée. M. Grabbe, graveur-imprimeur, a choisi un papier spécial, identique à celui qui fait partie de l'équipement des soldats japonais en campagne, et s'en est servi pour confectionner toute une série de vêtements très chauds et susceptibles de rendre de réels services aux personnes frileuses et en général à tous les sportsmen, sujets aux refroidissements occasionnés par la transpiration.
Le papier en question est indéchirable, au moins autant qu'un bon tissu, et imperméable; l'eau ne modifie pas sa solidité.
Le vêtement le plus intéressant à signaler est le gilet, dont l'adoption par le Touring-Club de France est une preuve de ses remarquables qualités calorifuges.
Grâce à sa disposition, ce système de gilet peut se placer instantanément sur le maillot ou sur les effets, et il ne gêne en aucune façon les mouvements de la personne qui le porte.
Ce gilet est enfermé dans une enveloppe de très petit volume, le tout ne pèse pas 45 grammes, se met dans la poche et remplace avantageusement tout vêtement encombrant et volumineux.
Il est également indispensable aux touristes se rendant aux bords de la mer ou dans les montagnes, aux pêcheurs qui stationnent longuement au bord de l'eau.
A un autre point de vue, il peut être utilisé avantageusement en hiver par le malheureux qu'il garantira du froid, autant que tout vêtement plus chaud et plus coûteux.
Ce gilet (figure) est composé d'un plastron et d'un dos qui se croisent sur les épaules et sont réunis à cet endroit au moyen d'oeillets métalliques. Le gilet se place comme une chape en passant la tête dans l'échancrure qui se trouve entre le plastron et le dos. Ceci fait, il ne suffit plus que de l'attacher à la ceinture au moyen d'un ruban fixé à la partie postérieure du gilet et venant s'attacher par devant. Il se met sous la jaquette ou vareuse, il peut aussi se porter sous le gilet ordinaire pour les personnes qui désirent l'utiliser comme moyen préventif contre les refroidissements.