L'Illustration, No. 3234, 18 Février 1905
Part 2
A quelques kilomètres de Fez, dans une _nzala_ (lieu d'arrêt), parmi les aloès, les cactus et les carcasses de chameaux, l'ambassade a fait halte, remettant au lendemain son entrée solennelle. Cette entrée est chose trop importante, trop rituelle, pour qu'on l'escamote à la lin de l'étape et du jour.
Le lendemain, de bonne heure, tout est prêt: dans un ordre rigoureux, soumis à la règle d'un protocole immuable, la troupe de cavaliers se met en marche vers les murs. Par la route aux multiples pistes où vont et viennent depuis des siècles les longues caravanes de chameaux, de mulets et d'ânons, elle avance avec lenteur et lentement montent à ses yeux les minarets aux faïences polychromes, les remparts poussiéreux de la nouvelle Fez, se détachant sur un fond lointain et blanc, les cimes neigeuses de l'Atlas. Il y a deux ans, presque à la même époque, j'ai passé par ce même chemin; mes yeux qui depuis ont vu tant de choses, les splendeurs de l'Inde et l'horreur des tueries mandchoues, se sont posés sur ce même paysage, et j'évoque sans peine la beauté de cette entrée triomphale, une scène du moyen âge, se déroulant sous l'éclat du ciel africain, dans une contrée, chez un peuple que les siècles n'ont pas touché, demeurés tels aujourd'hui qu'ils étaient il y a cinq cents ans.
A l'appel du sultan, le souverain descendant du Prophète, ils sont venus de la montagne et de la plaine, les beaux cavaliers, aux armes étincelantes, aux selles finement brodées. Comme le prince féodal appelait ses chevaliers et ses barons, le sultan convoque pour les combats ou pour les fêtes ses contingents restés fidèles. Et les hommes des tribus sont là, autour de leurs caïds, massés près des portes de la ville. Les flanelles transparentes des blancs burnous flottants laissent voir les couleurs riches des robes: les soies des selles sont de toutes les nuances, vieilles soies aux teintes fondues, adoucies; et tout cela, vêtements des hommes et parures des chevaux, tout cela s'unit harmonieusement, compose une _symphonie visuelle_, une exquise fête des yeux.
Vers l'hôte auguste qui leur arrive, représentant de la grande nation, les hauts fonctionnaires du Maghzen, Ben-Sliman, Sidi El-Guebbas, s'avancent. Ils ont laissé pour quelques heures leurs délicieux palais, les bosquets d'orangers où courent les eaux vives; très graves et pâlis, ils accueillent avec de beaux saints nobles le _bachadour_; ils lui souhaitent contentement et bonheur dans cette ville dont ils sont si fiers. Et, les présentations faites, les souhaits accomplis, le cortège maintenant grossi se rapproche des murailles crénelées enfermant les jardins du sultan, de la porte monumentale. La foule est devenue énorme; tous les quartiers de Fez, les plus pauvres, les plus lointains, depuis les Andalous jusqu'au _Mellah_ des juifs, ont déversé là leur population grouillante. Un peu à l'écart de la cohue, en quelques points des remparts, sur les premières pentes, des multitudes de paquets tout blancs, mais des paquets remuant et parlant: ce sont les femmes qui veulent, elles aussi, leur part du spectacle, soigneusement enroulées dans le grand manteau qui les grossit, plus soigneusement encore voilées.
Ce n'est pas la première fois, certes, qu'un _bachadour_ entre dans Fez; la ville, les habitants ont connu des réceptions semblables. Mais l'entrée qu'y vient de faire l'ambassadeur français comporte un sens, une gravité uniques, et ce n'est pas sans raison qu'on a entouré sa mission d'un éclat tout particulier. Les féeries moyenâgeuses cachent bien des misères et bien des crimes. Alors qu'autour de lui tout change, tout se transforme, le mystérieux Mahgreb poursuit, depuis des siècles, son rêve immuable, dédaigneux des modifications nécessaires. Peu à peu, toute autorité s'écroule; le pays s'abîme dans une inquiétante anarchie dont nous risquons, à toute heure, nous les voisins africains, de subir les violents contre-coups. Le commerce, l'industrie moderne, dans leur recherche fiévreuse de débouchés nouveaux, convoitent de plus en plus cette proie qui leur a jusqu'ici échappé. Il faut, d'une nécessité fatale, que le Maroc se transforme; il faut que quelqu'un l'y aide et ce quelqu'un ne peut-être que nous. L'heure est venue d'accomplir cette grande oeuvre, et M. Saint-René-Taillandier, l'intelligent ministre qui, depuis des années, travaille, prépare et combine, va, dans la capitale même de l'empire, en commencer la réalisation. Et voilà pourquoi tant d'intérêt s'attache à ses premiers pas dans Fez. Voilà pourquoi nous l'avons suivi, dans les étapes de sa longue route, campant dans les douars, passant à gué les fleuves, sa gracieuse et charmante compagne chevauchant à son côté. Cependant le cortège a passé sous les portes massives. De grands carrés de lumière, des terrains vastes autour du palais, et tout d'un coup la plongée dans d'obscures ruelles empuanties; les zigzags, les détours par des couloirs enténébrés; on longe de hautes murailles, on franchit un porche et brusquement c'est la joie d'un merveilleux jardin, où chantent les ruisselets, où fleurissent à profusion les orangers, les citronniers, les pêchers et les jasmins. Après la piste poussiéreuse, les murs grisâtres, la puanteur des rues, voici les doux ombrages et la fraîcheur. Fez; produit toujours sur le voyageur arrivant la même impression de surprise, de bonheur, que le vieux poète arabe traduisit par ce lyrisme ému: «O Fez, paradis terrestre, qui surpasses en beauté tout ce qu'il y a de plus beau et dont la vue seule charme et enchante! Demeures sur demeures au pied desquelles coule une eau plus douce que la plus douce liqueur! Parterres semblables au velours que les allées, les plates-bandes et les ruisseaux bordent d'une broderie d'or! Parler de toi me console! Penser à toi fait mon bonheur!»
RAYMOND RECOULY.
IMPRESSIONS D'UN CORRESPONDANT DE GUERRE
L'ARMÉE RUSSE DANS SES QUARTIERS D'HIVER
Moukden, décembre 1904.
Un froid vif mais sec, un soleil éclatant, le ciel d'une limpidité parfaite, toute la joie riante d'un matin lumineux m'incitent à la promenade. Je partirai au sud, vers le front; j'irai le long des lignes visiter l'armée russe dans ses quartiers d'hiver. L'hiver que j'attendais avec crainte est ici la saison bénie; moins de vermine; plus de mouches, ces mouches odieuses, filles des excréments, qui nous supplicièrent, nous affolèrent tout l'été; plus d'odeurs infectes, de miasmes délétères apportant les pires épidémies. Le froid, le grand purificateur, est venu; sur les boues du chemin, sur les ornières innombrables où s'enfonçaient les hommes et les chevaux, une couche épaisse de glace a fait une route merveilleuse, aussi unie qu'une piste.
Je quitte Moukden par la porte du sud et la route de Liao-Yang, le grand chemin vers l'armée, grouillant d'animation, encombré à toute heure par la masse des cavaliers, des attelages et des piétons.
À partir de Kouan-Chan, le pays n'est qu'un immense camp: les neuf corps d'armée russes, sur une ligne de 30 kilomètres et plus, font face aux troupes japonaises.
Ce n'était pas une mince affaire que de pourvoir au logement de cette multitude, durant la rude saison d'hiver. Dès les derniers jours d'octobre, la température était descendue à 15 degrés au-dessous de zéro pendant la nuit. Par un tel froid, les hommes auraient gelé sous la tente. Où trouver assez de maisons chinoises pour des centaines de mille hommes? D'ailleurs les maisons chinoises sont pour la plupart détruites: on a commencé par en arracher les portes, puis les fenêtres, ensuite les poutres, tout ce qui était combustible, pour faire bouillir les chapelets de gamelles suspendues à un long bâton. Ne faut-il pas que le soldat boive son thé? A ce difficile problème, l'habitude du froid, l'expérience sibérienne ont fourni la solution: le Russe, grand fouisseur, a creusé les _zimlianka_.
Pour saisir ce qu'est une _zimlianka_, pensez à une taupinière et vous en aurez une assez juste idée. C'est une taupinière dont l'homme est la taupe.
Un renflement de terre, en saillie d'un mètre ou deux au-dessus du sol, fermé de trois côtés; une porte toute petite, cinq ou six marches vous font descendre dans une chambre souterraine, où vous n'arrivez qu'en vous baissant. Il faut que la porte soit petite, que le logis soit, le plus possible, fermé au monde et au froid extérieur: c'est là le principe, la raison d'être de l'habitation. Rien ne sera perdu de la chaleur précieuse que le feu du charbon ou celui des corps humains entassés y aura une fois emmagasinée. Sans doute, en gardant la chaleur si douce, la _zimlianka_ garde aussi des odeurs qui le sont moins. Senteurs des hommes, relents des mets, parfum des bottes, tout cela forme un ensemble puissant mais âcre et fleure moins bon que, le boudoir d'une élégante. Mais qu'importent des odeurs, même peu vagues, pourvu qu'on se protège du froid!
Ce gîte séparé du monde serait éminemment propice aux méditations et aux rêves, «car, que faire en un trou, à moins que l'on n'y songe»? Descartes, pour digérer son _Discours de la méthode_, s'enferma tout un hiver dans un _poêle_ de Hollande, où nulle distraction, nul trouble n'arrivait jusqu'à lui. C'est grand dommage que, parmi les correspondants de guerre, ne se soit pas trouvé quelque rejeton cartésien. Combien mieux que le poêle hollandais, la zimlianka mandchoue aurait abrité ses songeries!
Le soldat russe, lui, n'a guère le loisir de songer. A peine sort-il du lourd sommeil de la nuit que de multiples soucis, les rudes préoccupations matérielles sollicitent tous ses instants. Il y a le thé à préparer et, pour cela, l'eau qu'il faut souvent aller chercher très loin, le bois infiniment précieux et rare; il y a les vivres à toucher, l'entretien des effets et des armes, les réparations incessantes que requiert le logis; par dessus tout les devoirs militaires, car tout a beau être calme, l'ennemi est là, très près, à deux ou trois kilomètres. Presque chaque jour, vers le soir, le canon se fait entendre. Pour se garder contre une surprise, on a partout élevé des fortifications et creusé des tranchées et tous les jours on perfectionne ces défenses; on en fait quelque chose de formidable, d'imprenable.
Les mêmes logis souterrains, mieux construits, abritent les officiers de tous grades. Quelques-unes de ces excavations sont élégamment décorées de tapis, de boiseries, de tentures et bibelots chinois, aussi coquettes que des cabines de paquebots. Le Russe a le sens de l'installation rapide et confortable. Resté plus près du passé que nous, il a gardé de ses ancêtres nomades bien des habitudes et des goûts. Il s'accommode des changements fréquents et même quotidiens. Ses besoins sont limités; demeuré primitif et rude, il se trouve bien partout, supporte, sans presque aucune peine, ce que d'autres Européens ne supporteraient certes pas.
Au camp japonais l'existence est la même. Et, ainsi, les deux grandes armées sont là en présence, également terrées, également attentives. En quelques points, 500 ou 600 mètres à peine séparent les tranchées, les sentinelles ennemies. Chacun des deux adversaires se renforce incessamment, se prépare pour le choc prochain qui sera, sans aucun doute, la grande et la plus horrible tuerie des siècles derniers.
RAYMOND RECOULY.
L'HIVERNAGE AU CAMP JAPONAIS
Lorsqu'on entreprit le percement du tunnel du Simplon, qui va bientôt offrir une nouvelle voie directe de passage entre la Suisse et l'Italie, on avait prévu, évidemment, qu'on aurait à lutter contre de graves difficultés. On craignait de se trouver, à certains moments, en présence de roches friables, s'écroulant en masses sous le pic, ou encore de poches de sable, non moins gênantes pour le travail. Mais l'obstacle le plus redoutable dont on ait eu à souffrir, celui qui a le plus retardé les ingénieurs, était tout à fait inattendu et s'est présenté au dernier moment.
Alors que le tunnel,--qui, comme on sait (voir _l'Illustration_ du 27 juillet 1901), ne traverse pas la montagne horizontalement, mais est forme de deux plans inclinés, l'un montant de Brigue, l'autre! redescendant à Iselle,--avait franchi son point culminant, les travaux étant beaucoup plus avancés du coté suisse, on rencontra tout à coup des sources d'eau chaude qui, parfois, jaillissaient avec une abondance et une violence extrêmes, et qui inondèrent la galerie, formant contre la paroi du fond un véritable lac.
Si l'invasion de l'eau, en soi, était gênante, la température élevée qu'elle détermina dans le tunnel était autrement redoutable pour les travailleurs. Les eaux sortaient du roc à 50°-60°, et l'atmosphère, déjà très surchauffée auparavant, devint du coup irrespirable, quelque soin qu'on prit de ventiler en abondance. Il fallut céder momentanément la place, laisser la nappe liquide se refroidir avant de songer à détourner ou à épuiser les sources.
Maintenant on touche au moment où la communication va être établie entre les deux parties du tunnel. On laissera alors les eaux s'écouler d'elles-mêmes par le versant italien; mais cela différera le moment où, selon la tradition, les ingénieurs pourront se serrer la main, d'un côté à l'autre, à travers la brèche.
[3 illustrations:]
LES DIFFICULTES DE L'ACHÈVEMENT DU TUNNEL DU SIMPLON
Photographies montrant l'abondance des sources d'eau chaude qui ont inondé les galeries.
L'ÉCHOUEMENT DU «SULLY»
Le 7 février, comme le croiseur cuirassé Sully, de notre escadre d'Extrême-Orient, sortait de la baie d'Along pour aller exécuter des tirs en mer, il toucha, à bâbord, sur une roche. Il y demeura échoué, ayant au flanc une déchirure énorme. Immédiatement, il s'inclina et toute sa proue bientôt fut submergée. Le lendemain, on constatait que, retenu par la roche, il commençait une lente descente vers un fond de 17 mètres de profondeur, la coque continuant, probablement, à s'éventrer, dans cette chute inquiétante.
Le _Gueydon_ et le _d'Assas_ étaient arrivés en hâte au secours du _Sully_ pour recueillir l'équipage et sauver la plus grande partie possible du matériel. On n'a donc aucune crainte pour les vies humaines confiées au navire. Lui seul est en perdition, et c'est déjà un grand désastre.
Si le _Sully_ ne peut être sauvé, c'est une perte formidable pour le Trésor. Le navire a, en effet, coûté 24.778.247 francs, dont 21.530.699 francs pour la coque. Même si l'on admet que son renflouement soit possible, les réparations qu'entraînera cet accident seront considérables, et le bateau sera immobilisé pour de longs mois. Or, c'est une des unités les plus importantes de la flotte française. Le _Sully_, construit à la Seyne, achevé en 1903 seulement, est un croiseur cuirassé de 138 mètres de long et de 10.014 tonnes de déplacement. Actionné par trois machines développant ensemble une force de 20.500 chevaux, il a donné, aux essais, une vitesse de 21 noeuds. Comme armement, il comprend 2 canons de 134mm, abrités dans des tourelles, l'une à l'avant, l'autre à l'arrière; 8 canons de 164mm7; 6 de 100mm, 18 de 47mm et 2 de 65mm. Il est pourvu, de plus, de 5 tubes lance-torpilles, dont 3 au-dessus de la flottaison et 2 sous-marins. Il était monté par un équipage de 25 officiers et de 590 hommes. Le commandement en était confié au capitaine de vaisseau Guiberteau. L'armement, puis le départ du _Sully_ pour l'Extrême-Orient avaient été l'occasion d'incidents retentissants dans l'administration de la marine. Avant d'autoriser le croiseur à prendre la mer, la commission qui en avait suivi les essais avait demandé l'exécution de certains travaux, intéressant notamment le gouvernail, car le navire évoluait, paraît-il, assez difficilement. Le ministre--c'était alors M. Camille Pellelan--s'impatienta, crut deviner chez le préfet maritime, l'amiral Bienaimé, chez le major général, amiral Ravel, un mauvais vouloir, une hostilité personnelle. Le commandant du navire, le capitaine de vaisseau Farret, fut relevé et remplacé par le capitaine de vaisseau Guiberteau, qui occupa son poste le 25 janvier 1904. Quatre jours plus tard le _Sully_ prenait la mer, sans que les travaux demandés par la commission de recette eussent été faits. On ne peut savoir encore exactement dans quelles conditions l'accident s'est produit. L'enquête conduite sur place par le vice-amiral Bayle, commandant l'escadre d'Extrême-Orient, qui s'est rendu aussitôt dans la baie d'Along pourra seule établir les responsabilités. Le croiseur est échoué dans les parages de l'écueil Canot, qui figure sur la carte du service hydrographique; mais cette carte, éditée en 1889, ne mentionne pas la roche même qu'a touchée la coque du navire. Des relevés nouveaux étaient depuis quelques années poursuivis; ils n'ont pas encore été mis à jour. La baie d'Along, d'un aspect si caractéristique, hérissée de pointes, de pyramides, de rocs surgissant de l'eau, avec ses longs couloirs entre deux parois abruptes, apparaît, d'ailleurs, comme un point où la navigation, surtout pour des navires ayant les dimensions du _Sully_, doit être fort difficile, sinon périlleuse.
_Documents et Informations._
LE FUSIL JAPONAIS, ARME HUMANITAIRE.
Un médecin militaire russe, le docteur Wraden, vient d'adresser, de l'armée de Mandchourie à un journal de médecine de son pays, d'intéressants documents sur les blessures produites par le fusil japonais.
Pour cet observateur, ce fusil mérite vraiment, autant qu'une pareille expression peut être justifiée, la dénomination d'_arme humanitaire_.
L'enveloppe de son projectile, très épaisse, ne se déchire jamais, même quand le plomb se déforme.
Bien entendu, de près, l'action hydrodynamique du projectile est considérable! et, jusqu'à 200 pas, le cerveau, l'estomac, les intestins éclatent sous son choc. Mais cette action explosive n'existe plus à partir de 400 à 500 pas, et alors il se produit seulement des perforations très nettes, dont l'évolution est remarquablement favorable. Les os et les articulations semblent avoir été traversés par un corps pointu aseptique, et même les blessures de l'intestin et du poumon ne doivent pas être considérées comme graves.
De 800 à 1.000 pas, l'action de la balle devient de moins en moins nette, et les tissus sont dilacérés et souillés de débris vestimentaires. Ces blessures sont alors fréquemment infectées.
Enfin, au delà de 1.000 pas, les projectiles restent dans les tissus sans être déformés et sans briser les os.
La balle japonaise est donc bien une balle humanitaire. Et, en effet, moins d'un mois après leur blessure, 32% des blessés sont déjà revenus dans les rangs.
Le paquet de pansement du soldat japonais donne d'ailleurs d'excellents résultats. Imaginé par le docteur Kihouchi, médecin militaire japonais, il se compose d'une compresse de gaze stérilisée dans laquelle on emmagasine une certaine quantité de cendre de paille. Il paraît en tout cas bien supérieur au paquet de pansement du soldat russe, qui se compose d'une gaze au sublimé, qui a des propriétés irritantes.
LE COMMERCE EXTÉRIEUR DE LA FRANCE.
L'année dernière, nos importations sont restées à 464.600.000 francs, soit, par rapport à l'année 1903, une différence en moins de 35.166.000 francs.
Par contre, nos exportations ont atteint 490.548.000 francs, gagnant 65.878.000, dont 15.354.000 francs pour la catégorie des objets fabriqués et 10.549.000 francs pour les colis postaux.
D'une manière générale, nous avons importé peu de matières premières. Nos exportations de fruits ont été considérables; mais celles de nos vins ont quelque peu baissé. L'exportation des objets fabriqués a été plus active qu'on aurait pu le penser d'après le ralentissement de l'importation des matières premières.
EN BALLON DE LONDRES À PARIS.
Deux jeunes aéronautes français, M. Jacques Faure et M. Herbert Latham--le premier en est d'ailleurs à sa 146e ascension--étaient partis de Londres, en ballon, samedi soir 11 février, dans le but d'effectuer la traversée de la Manche. Cette traversée se fit dans les meilleures conditions, grâce à un bon vent soufflant du nord-nord-ouest et à l'emploi, sur la Manche, du stabilisateur Hervé. A l'arrivée à Dieppe, leur ballon, _l'Aéro-Club_, se comportait même si bien qu'ils eurent l'idée de poursuivre leur voyage, et, à une heure du matin ils atterrissaient heureusement près de Paris, à Aubervilliers.
Ils avaient, accompli le trajet total en six heures, c'est-à-dire en une heure de moins que les meilleurs rapides, et établi un record de la navigation aérienne.
LE PEUPLE LE PLUS RICHE DU MONDE.