L'Illustration, No. 3233, 11 Février 1905

Part 2

Chapter 23,358 wordsPublic domain

CHOSES DE RUSSIE

Saint-Pétersbourg est maintenant rentré complètement dans l'ordre. La grande masse des ouvriers a repris le travail, attendant, désormais confiante, la réalisation des promesses que l'empereur a faites, de sa bouche, à ceux de leurs camarades qu'il a reçus au palais Alexandre, à Tsarskoïé-Sélo. Et l'on a replâtré et repeint, aux murs des palais impériaux ou grands-ducaux, les marques laissées par les balles. Le cauchemar est fini, il faut du moins le souhaiter. Et, si les voyageurs s'empressent, à l'arrivée du courrier, dans les salons de lecture des grands hôtels et se jettent sur les journaux étrangers à demi couverts de caviar, de cette terrible encre grasse, indélébile, dont la censure russe recouvre impitoyablement, dans ces feuilles, tout «ce qui ne doit pas être lu», pouvaient percer les mystérieux, les impénétrables placards noirs qui s'interposent entre le verbe imprimé et leurs yeux déçus, les détails qu'ils liraient leur apparaîtraient presque, déjà, comme de l'histoire ancienne. Car, sans doute, en Russie comme en France, quinze jours font-ils d'un fait récent une vieille nouvelle.

Pourtant, si l'écho de ces convulsions suprêmes de l'émeute ne vient pas toujours jusqu'à Saint-Pétersbourg, grâce au caviar de la censure vigilante, il s'en faut que le calme ait été tout d'un coup rétabli dans l'étendue entière de l'empire.

En Pologne, notamment, où les haines de races demeurent, quelques efforts qu'on ait tentés pour les éteindre, toujours vivaces, des troubles extrêmement graves se sont produits et même ne sont pas complètement éteints à l'heure où nous écrivons. Ils ont été comme la répercussion des événements de Saint-Pétersbourg.

Varsovie a été le théâtre des scènes les plus tragiques, dont les détails sont encore mal connus. La ville a été soumise, par des grévistes dont on évalue le nombre à une quinzaine de mille, à un pillage en règle. Dans les rues centrales de la ville, la rue Moniuszki, la rue Marshalkovskaïa, où sont les plus beaux magasins de Varsovie, ceux-ci ont été envahis et razziés.

Dès le premier moment où se produisirent ces désordres, les habitants avaient été inflexiblement consignés dans leurs maisons, et c'est dans des rues désertes que la cavalerie, au concours de laquelle on avait fait appel pour réprimer l'émeute, arrivait à toute bride vers les lieux menacés, arrachait les pillards des maisons où ils opéraient et les obligeait à se dessaisir des produits de leurs vols.

Certains des volés même se sont fait personnellement justice, et l'on dit que, dans beaucoup de cas, rencontrant un des fauteurs emportant un objet qu'ils reconnaissaient, ils le tuèrent de leur propre main.

Tandis que se déroulaient, à Varsovie, ces tristes événements, une catastrophe venait de nouveau attrister Saint-Pétersbourg. L'un des ponts pittoresques de la capitale, le pont Égyptien, du type à suspension métallique, jeté sur le canal de la Fontanka, s'écroulait, le 2 février, au passage d'un escadron, et les cavaliers, les chevaux, avec un certain nombre de passants qui traversaient le pont, venaient s'abattre, parmi les débris du tablier, dans une mêlée effroyable, sur la glace du canal. Le sauvetage fut rapidement organisé, et l'accident, en somme, ne fit que peu de victimes.

L'AMBASSADE FRANÇAISE AU MAROC

LES ÉTAPES DE LA ROUTE DE FEZ

(Photographies de notre envoyé spécial, M. Du Taillis)

L'ambassade présidée par M. Saint-René-Taillandier et envoyée par le gouvernement de la République auprès du sultan du Maroc vient de faire son entrée à Fez, où elle est arrivée le 26 janvier: elle était partie de Larache le 17.

Ce voyage à travers un pays vierge de tout chemin de fer, privé même de routes: cette longue chevauchée d'une caravane nombreuse le long de pistes en plein désert, sous la pluie presque toujours, tantôt au milieu de prairies fleuries de blancs asphodèles, tantôt de plaines de glaise, détrempées, sordides, devait être forcément très pittoresque, sinon toujours confortable.

Le gouvernement chérifien en avait assuré de son mieux tous les préparatifs. Il y a déployé une sollicitude dont les envoyés de la France ont été profondément touchés.

A Larache, à la côte, où le débarquement de la mission, nous l'avons déjà dit, s'était effectué à bord d'une des barcasses du sultan, il envoyait pour chercher le _bachadour_--vous reconnaissez ici la déformation du mot ambassadeur--une escorte qu'on fit aussi imposante que possible, commandée par un personnage important du Maghzen, le caïd Rha, un homme d'une admirable prestance, d'une imposante noblesse d'attitudes sous son burnous flottant. Et le rouge pavillon impérial allait protéger tout le long du chemin les hôtes du sultan, flottant en avant de cette petite troupe de cavaliers et de fantassins aux costumes voyants. Tout un petit monde de muletiers, de chameliers, de serviteurs, suivait la caravane, s'occupant des bagages, plantant, repliant, emportant les soixante tentes indispensables pour le logement des voyageurs, véritable village de toile qui s'érigeait chaque soir en un site nouveau, sous l'ondée, ou, plus rarement, sous le ciel étoilé, et s'occupant, avec le plus grand soin, surtout, des cadeaux que la République française, suivant l'usage immémorial, a chargé son ambassadeur de remettre au souverain ami et aux personnages importants de sa cour: on ne saurait se concilier trop de bonnes grâces.

Ces cadeaux constituent un bagage inévitable, sans doute, mais terriblement encombrant. Ils sont enfermés dans une caisse énorme, un véritable monument, qu'on a suspendue à deux robustes poutres. Deux dromadaires sont affectés à son transport, un à chaque extrémité de ce brancard improvisé.

L'un des principaux, des plus redoutables obstacles qui aient entravé la marche de la mission et de son long convoi a été le fleuve Sebou. Les pluies l'avaient grossi, changé en un torrent fangeux. Un moment on put craindre que M. Saint-René-Taillandier, sa suite, son escorte, ne fussent retenus, pendant plusieurs jours peut-être, sur ses berges argileuses. Là encore, les bons soins du Maghzen, les précautions prises à l'avance pour assurer le voyage de la mission s'accusèrent heureusement: des bacs attendaient l'arrivée des envoyés français et, sans trop de vicissitudes, les transportèrent d'une rive à l'autre.

Un peu plus loin, en approchant de Fez, la mission devait traverser une autre rivière, l'oued Mekkez. Celle-là est célèbre par son pont, un des trois ponts qu'on connaisse au Maroc et qui fut construit, paraît-il, par un chrétien converti à l'islamisme. Le problème de la traversée à gué ou en bateau encore ne se posait donc pas. Pourtant, comme la pluie tombait, il y avait presque autant d'eau entre les parapets du pont que sous ses arches. La caravane y pataugea effroyablement, toujours précédée de l'étendard écarlate du sultan.

Mais, ces menus ennuis d'une pareille expédition, on a fait tout ce qu'on pouvait pour les atténuer. Aux étapes, les caïds se sont efforcés, par la cordialité de leur accueil, de les faire oublier aux voyageurs fourbus et trempés. On s'est remis de tant d'émotions, dans des banquets copieux, des _diffas_ abondantes, où les convives mangeaient, accroupis sur des tapis bariolés, dans des plats de bois, le mouton rôti sur un lit de couscoussou. L'une de nos photographies représente un de ces banquets, la _diffa_ offerte au ministre de France par le caïd d'El-Abassi. On y remarquera la présence de Mme Saint-René-Taillandier, femme du ministre de France, qui, pour accompagner la mission, a adopté un costume arabe.

Enfin, on arriva au terme du voyage. La nouveauté, l'imprévu du spectacle qu'allait offrir aux Français l'entrée dans Fez devaient les consoler et les dédommager amplement des fatigues et des incommodités subies. Rarement la plupart d'entre eux eurent une vision pareille.

Aux portes de la capitale, enclose de vénérables remparts crénelés, cuits, dorés au soleil par une radieuse matinée, le ministre de la guerre du sultan, Si Guebbas, et l'introducteur des ambassadeurs (caïd mechouar) attendaient l'ambassadeur et sa suite pour leur souhaiter, au nom de leur souverain, une affectueuse bienvenue. Des troupes, jusqu'à plus d'une heure de chemin, faisaient la haie sur le passage de nos envoyés, maintenant, aux approches de la ville, une foule pressée. Des étendards de soie frissonnaient sur un ciel d'un bleu resplendissant.

La prochaine série de photographies de notre envoyé spécial donnera à nos lecteurs un tableau fidèle de ce spectacle impressionnant.

Le sculpteur Louis-Ernest Barrias, membre de l'Académie des beaux-arts, vient de succomber à une attaque d'influenza, le 4 février, à Paris, où il était né. Il avait seulement soixante-trois ans. Mais une vie de labeur sans trêve l'avait épuisé. Depuis longtemps très fatigué et continuant pourtant à travailler, à produire, il était une proie toute marquée pour la redoutable maladie. Il a été emporté en peu de jours.

Fils d'un peintre sur porcelaine, frère du peintre Félix Barrias, de près de vingt ans son aîné, il semblait qu'il ne put échapper au destin d'être lui-même peintre. De fait, le grand frère lui mit de bonne heure le crayon, puis le pinceau en main, lui apprit les premiers éléments du métier et, l'ayant ainsi préparé, le fit entrer chez Léon Cogniet, qui avait été son propre maître. L'enfant n'avait guère qu'une quinzaine d'années.

Ce fut un élève appliqué et docile. Pourtant il semblait que la peinture ne satisfit pas complètement son rêve et bientôt on le vit, entre deux séances devant la toile, s'amuser, en manière de récréation, à pétrir la glaise, à modeler des figurines. Une vocation de sculpteur, enfin, se révélait en lui, que l'on n'essaya pas de contrarier. Il franchit la cloison et passa de l'atelier de Léon Cogniet dans celui de Cavelier. Jouffroy devait parfaire son éducation sculpturale. Qui sait si ce ne fut pas à l'école de l'élégant statuaire de la _Jeune Fille confiant son secret à Vénus_ que l'élève puisa le secret de cette grâce qu'il devait imprimer, plus tard, à certaines de ses productions: la _Jeune Fille de Mégare_, le _Mozart enfant_, pour ne citer que deux de ses oeuvres les plus connues?

En 1863, Barrias, grand prix de sculpture, partit pour Rome. Mais déjà il avait figuré au Salon avec des bustes que des critiques, des artistes avaient remarqués: celui de son père, celui du peintre Jazet, celui de Jules Favre, de son maître Cavelier. Il devait y réapparaître avec la _Jeune Fille de Mégare_ qui fut son premier franc succès et lui valut la première de ses médailles. Cette figure de marbre, sans parler des mérites de son exécution, possède un charme juvénile, une joliesse naturelle qui justifient, certes, l'accueil très chaleureux qu'elle reçut. Deux ans après, en 1872, avec le _Serment de Spartacus_, qui décore l'un des socles des Tuileries, Barrias devait donner une note toute différente et montrer une vigueur mâle que bien peu de ses oeuvres ont accusée, par la suite, à un degré égal et avec autant de bonheur.

Mais ce fut son envoi de 1878 qui l'amena tout à coup au premier plan et lui conquit la gloire. C'était le plâtre des _Premières Funérailles_, qu'il allait tailler dans le marbre un peu plus tard et qu'on revit sous ce nouvel aspect au Salon de 1878, sans la moindre déception,--fortune qui n'échoit qu'aux oeuvres fortes.

Les deux exemplaires des _Premières Funérailles_ appartiennent à la Ville de Paris: le plâtre original a remplacé, maintenant, à l'Hôtel de Ville, le marbre confié au Petit Palais des Champs-Élysées. C'est, bien évidemment, un morceau qui gardera sa place dans l'histoire de la sculpture contemporaine que ce groupe très noble, d'un arrangement irréprochable, d'une émotion contenue, tempérée par ce qu'on pourrait appeler la pudeur académique, par cette convention d'école qui interdit les désespoirs trop véhéments et jusqu'aux larmes, et qui se manifeste encore jusque dans le choix des types, toujours beaux, sans tares corporelles.

En 1881, avec le monument de la Défense de Paris, érigé au rond-point de Courbevoie, Barrias se mesurait avec la sculpture monumentale. L'année suivante, il donnait la _Défense de Saint-Quentin_. Plus récemment, avec le _Monument de Victor Hugo_, inauguré en 1902, il revenait à ses périlleuses amours, un moment oubliées et qui ne lui avaient pas donné tous les sourires qu'il eût pu désirer.

Nous avons publié, lorsque l'actualité y était, ces divers monuments. Barrias y demeure un artiste sûr de sa main, ingénieux dans ses inventions; il y montre d'heureuses trouvailles. Il manque à ces grandes machines quelque chose pour forcer l'admiration.

Le _Mozart enfant_, dont le plâtre figura au Salon de 1883, est sans doute la plus populaire de ses figures. Elle semble résumer à merveille et complètement les qualités de son talent, une incomparable souplesse de facture, une imagination affinée, inclinée vers le gracieux, vers l'aimable. Le mouvement de cette figure enfantine et déjà grave, déjà inspirée, déjà géniale par la pensée que reflète la physionomie, est d'une justesse, d'un naturel charmants. C'est d'un art séduisant comme certaines statues du dix-huitième siècle, presque des bibelots par l'élégance et le fini.

Cette heureuse veine, Barrias la retrouva avec la _Nature qui se dévoile_, l'une de ses dernières créations que le Luxembourg a recueillie. Ici encore, comme dans le _Mozart enfant_, le geste est d'une spontanéité, d'une vérité, qui de prime abord séduisent. Ce n'est point,--on en a du moins l'impression, comme dans toutes les oeuvres d'art bien venues, où jamais n'est visible l'effort créateur,--ce n'est point le résultat de longues recherches, de tâtonnements inquiets à l'atelier, devant la planche à modèle, mais le fruit de quelque heureuse rencontre, de quelque coudoiement providentiel, au milieu de la vie; un de ces hasards favorables qui enfantent les chefs-d'oeuvre quand ils se révèlent au génie.

Barrias aura occupé dans l'art contemporain une place considérable, conquise dans l'effort continuel, sans brigue et sans machinations, car nul plus que ce sincère artiste ne fut un excellent, un galant homme, simple, modeste, affectueux. G. B.

_Documents et Informations._

LE RÉVEIL DE L'INDE.

On n'apprendra pas sans surprise, peut-être, qu'après leur long sommeil les populations de l'Inde secouent leur léthargie et paraissent s'éveiller à une vie nouvelle. On voit, sur tous les points de cette immense colonie, les indices de ce réveil éclater.

Ces trois cents millions d'êtres humains, las de leur misère, fatigués d'être soumis à un joug oppresseur, sans aucun moyen de faire entendre, efficacement, leur voix dans les conseils où s'élaborent leurs destinées, réclament résolument leur part dans le gouvernement de leur pays. Un mouvement de cette nature ne saurait nous laisser indifférents, en France, pays colonisateur, surtout au moment où les Japonais occupent une partie de la scène asiatique d'une manière si dramatique et si inattendue.

Ce n'est pas qu'il y ait rien à attendre de pareil des Hindous, gens timides pour la plupart, divisés en mille castes, désarmés et manquant de la suprême énergie des Nippons. Ce n'est pas, non plus, que la puissance anglaise s'exerce avec toute la tyrannie que l'on prétend; il faut être juste avant tout. Ce qu'on peut reprocher aux Anglais avec le plus de vérité, c'est leur esprit d'exclusivisme, leur morgue invincible et une indéniable oppression financière. Mais, en revanche, on doit reconnaître qu'ils ont donné au pays le bienfait de la paix, qu'ils l'ont doté d'une justice impartiale telle qu'il n'en avait jamais connu et l'ont couvert d'admirables travaux publics. Pourtant, on est en présence d'un fait indéniable, qui doit avoir ses causes: c'est que l'opposition des indigènes prend corps et s'affirme de plus en plus.

Depuis 1885, un congrès national indien, organe de cette opposition naissante, se tient, _chaque année_, dans une ville nouvelle de l'Inde, pour consigner ses revendications dans des cahiers curieux à consulter.

Celui de 1904 s'est tenu à Bombay, du 26 au 29 décembre: par le nombre et l'importance de ses délégués, il a eu une portée exceptionnelle. La séance d'ouverture s'est tenue dans un élégant _pandal_, fait de bambous, de nattes et de mousselines légères. Dix mille personnes y étaient réunies. On eût dit les états généraux de l'Inde s'établissant de leur propre mouvement. On sentait, dans cette vaste audience, comme un courant fait d'aspirations vagues, d'émotions contenues, de désir de lutte, avec un souffle d'orage, précurseur des tempêtes futures.

La réunion de tant de types divers et de tous ces costumes chatoyants et variés offrait à l'oeil un tableau d'un pittoresque extrême; mais tout désir de s'y arrêter disparaissait devant l'espèce d'oppression et de nervosisme auxquels les assistants semblaient en proie, ainsi que devant l'expression grave, je dirais même solennelle de ces visages, à l'ordinaire reposés et souriants. Ce qui donnait, d'ailleurs, à ce congrès une importance toute spéciale, c'est qu'un Anglais du parti libéral, sir Henry Cotton, était venu exprès de Londres pour le présider. Or, sir Cotton n'est pas le premier venu: c'est un ancien membre du _Civil Service_ de l'Inde, retraité, dernièrement, étant haut commissaire de la province d'Assam.

Que sortira-t-il, allez-vous demander, de ce 20e congrès? Rien, sans doute, ou peu de chose, pas plus que des 19 autres qui l'ont précédé. L'Inde n'est pas le pays des changements précipités. Mais, dans l'état troublé des choses sur la planète, il est impossible de ne pas s'intéresser à un mouvement qui met en un pareil émoi le cinquième de la race humaine: il est certainement gros de conséquences pour l'avenir.

ENCORE LE GUI DU CHÊNE.

Tous les lecteurs qui ont bien voulu répondre à notre appel, en ce qui concerne le gui du chêne, confirment que la présence du gui sur le chêne est une véritable rareté. Aussi la Touraine peut-elle éprouver quelque orgueil à posséder _deux_ chênes à gui qui nous sont signalés par un de nos correspondants, au Breuil, près de Cinq-Mars et de Langeais. Voilà le Midi battu par le Centre. D'autre part nous voyons, par le _Bulletin de la Société forestière de Franche-Comté et Belfort_ pour 1903, qu'un beau chêne porte-gui a été signalé par M. E. Gilardoni, conservateur des eaux et forêts à Dijon. M. Gilardoni a publié une bonne photographie de ce chêne, qui se trouve dans les forêts de Villy-le-Brûlé (canton de Nuits-Saint-Georges (Côte-d'Or), près de l'ancienne voie romaine de Lyon à Langres). Ce chêne a 3m,40 de circonférence à hauteur d'homme, et il est littéralement couvert de gui, ce qui, du reste, lui sera fatal, car il dépérit manifestement. Il y a deux autres chênes porte-gui dans la Côte-d'Or, à la connaissance de M. E. Gilardoni: l'un, chêne pédonculé, dans la forêt de Lonchamp, près du village de Premières, arbre vieux et dépérissant; l'autre, dans la forêt de Grange-Neuve, canton de Nuits. Mais ces deux chênes ne portent que quelques touffes de gui, au lieu que celui de Villy-le-Brûlé en est couvert. M. Gilardoni a encore rencontré un chêne porte-gui dans la forêt de Chaux (Jura); et il n'y avait qu'un seul chêne de ce genre dans toute la forêt qui couvre pourtant 20.000 hectares. D'après la _Flore forestière_ de Mathieu, c'est dans les forêts de la France centrale, aux environs de Blois, notamment, que les chênes porte-gui seraient le moins rares et, d'après le _Bulletin de la Société forestière de Franche-Comté_, un chêne de ce genre existait il y a quelques années aux environs de Troyes.

LE GOÛT DU LAIT DE CHÈVRE.

Toutes les personnes qui ont bu du lait de chèvre savent que ce liquide, précieux parce qu'il n'est jamais suspect de tuberculose, possède un goût et une odeur auxquels beaucoup d'entre elles ne peuvent s'habituer.

Ces qualités fâcheuses ne sont d'ailleurs pas inévitables, et le lait de certains animaux et surtout de certaines races en est exempt.

Mais il est un autre moyen que la sélection pour éviter ce désagrément. Deux médecins roumains, MM. Oceanu et Babès, viennent en effet de faire connaître que les chèvres auxquelles on a pratiqué l'ovariotomie, donnent un lait toujours privé de mauvais goût et d'odeur hircine.

Cette opération est moins coûteuse que la sélection. Elle posséderait en outre l'avantage d'activer la sécrétion lactée et d'en augmenter la durée.

LE COMTE DE COLLEVILLE

Une personnalité fort connue dans la haute société parisienne et aussi à Rome, le comte de Colleville, chambellan intime de Sa Sainteté Pie X, s'est éteint dans sa quatre-vingt-sixième année, à Houilles, où il s'était retiré.

Le comte de Colleville, qui était le doyen des camériers de cape et d'épée français, avait servi trois souverains pontifes avec le même dévouement. Il était commandeur de Saint-Grégoire-le-Grand.

Il appartenait à l'une des plus anciennes familles normandes. Le nom de Colleville est inscrit, en effet, parmi les compagnons de Guillaume le Conquérant et au livre de la pairie anglaise.

Le comte de Colleville laisse un volume de _Mémoires_, qui sera publié par son fils, le vicomte de Colleville, l'auteur de _Pie X intime_.

LE VICE-AMIRAL TOUCHARD

Le vice-amiral Touchard, nommé récemment chef d'état-major général de la marine, est né en 1844 et compte plus de quarante ans de service. Il a, comme capitaine de frégate, commandé l'aviso _Hugon_, pendant la campagne du Tonkin; comme capitaine de vaisseau, le cuirassé _Marengo_ et l'_Iphigénie_, croiseur-école des aspirants.