L'Illustration, No. 3232, 4 Février 1905
Part 3
Dans les sables et graviers quaternaires mis à nu lors des fouilles pratiquées pour la construction du Métropolitain, au sud de Saint-Germain-des-Prés, dans la rue de Rennes, M. Capitan a recueilli, avec de nombreux silex taillés, une dent de mammouth parfaitement conservée, et M. Thieullen, une molaire d'un rhinocéros de la même époque.
Déjà, en 1867, M. Gaudry avait trouvé, dans les alluvions sableuses du sol de Paris, du côté de Grenelle, sur l'emplacement actuel de l'Hôpital Necker, des silex et des ossements de mammifères; et en creusant les fondations de l'Hôtel des postes, M. Guadet, architecte, y avait recueilli une dent d'éléphant. Depuis, encore, M. Thieullen, à Vaugirard, avait trouvé une fort belle mâchoire inférieure de mammouth, qui figure dans la galerie du Muséum.
Enfin, en 1897, M. Hénault, en construisant le pont Caulaincourt, au cimetière Montmartre, avait découvert un squelette entier de mammouth.
Il y avait donc, à Paris, durant l'époque du quaternaire inférieur, un mouvement intense de vie; mais c'étaient surtout des éléphants qui se promenaient sur l'emplacement de nos boulevards actuels.
LE RENDEMENT DES ANIMAUX DE BOUCHERIE.
Ce n'est pas tout, pour un animal de boucherie, de posséder un poids qui lui assure le premier rang: il faut encore que ce poids soit fait de parties utilisables pour l'alimentation. Autrefois, on prenait la peine de déterminer le rendement des animaux primés; mais cela est tombé en désuétude, malgré que les éleveurs et les engraisseurs y auraient un grand intérêt.
Cependant, en Angleterre, cette pratique est encore en vigueur et après le Concours d'animaux gras qui eut lieu à Londres avant la fête de Noël, on a recueilli, sur le rendement des animaux à l'abattoir, de très intéressantes données.
Sur 78 jeunes boeufs ou génisses abattus, quatre ont donné un rendement supérieur à 70%. Le rendement le plus élevé a été de 73.28%, pour un boeuf Durham âgé de 1.063 jours qui pesait près de 826 kilos. Un boeuf croisé Durham-Angus, qui pesait 841 kilos à l'âge de 1060 jours, a donné comme rendement, 71.44%. Une génisse Durham, exposée par le roi d'Angleterre, avait obtenu un premier prix, avec un poids vif de 736 kilos; son rendement a été de 70.77%
Sur un lot de 39 moutons, 2 seulement ont eu un rendement supérieur à 70%. Le plus élevé, 75.97% a été atteint par un énorme mouton Oxfordshire, âgé de 21 mois, qui pesait 150 kilos. Un mouton Southdown, âgé de 630 jours, qui pesait vif 92 kilos, a donné un rendement de 70.73%.
En communiquant ces intéressants documents à notre Société nationale d'agriculture, M. Vacher a demandé avec raison que des expériences analogues aient lieu en France, au moment du Concours général agricole de Paris. Cette enquête permettrait de constater les progrès réaliser au point de vue de la boucherie par les races françaises.
LA SURDI-MUTITÉ ET LES UNIONS CONSANGUINES.
D'après une opinion assez répandue, les unions consanguines seraient très exposées à produire la surdi-mutité congénitale chez les enfants.
Or, d'après une récente statistique du docteur Castex, sur 10 cas de surdi-mutité congénitale on n'en rencontrerait pas plus d'un dans lequel la consanguinité des parents puisse être mise en cause.
Pour les autres, la tuberculose, le rachitisme, le saturnisme, l'alcoolisme et la syphilis ont été reconnus chez les ascendants.
En présence d'une telle richesse de causes, le plus simple est de reconnaître que nous ignorons complètement les causes de la surdi-mutité congénitale.
Quant aux cas de surdi-mutité acquise,--leur proportion est, sur l'ensemble, de 32 0/00 un tiers environ,--on a pu les rapporter aux infections des méninges et du cerveau et aux diverses maladies infectieuses, telles que la fièvre typhoïde, la diphtérie, la scarlatine, etc.
Au total, toutes les maladies pourraient entraîner la surdi-mutité, qui ne serait, dès lors, qu'une localisation assez rare et malheureuse d'une infection générale dans un centre nerveux de moindre résistance.
BAINS CHAUDS OU BAINS FROIDS?
La température des bains, on le sait, n'est point indifférente. Des recherches récentes confirment nettement cette notion. A la Société de thérapeutique, M. Deschamps, de Rennes, a insisté sur l'utilité des bains froids pour les obèses.
Chez ces sujets, dit-il, l'accumulation de graisse est liée à un défaut de rayonnement calorique. Alors, pour augmenter ce rayonnement, M. Deschamps provoque la réfrigération par un bain tiède prolongé. Le premier bain se donne à 33º les suivants à des températures inférieures, mais qui ne descendent jamais au-dessous de 25°. Les bains se donnent tous les deux jours et durent de 15 à 45 minutes, suivant la susceptibilité du sujet qui doit sortir de l'eau dès qu'il a la chair de poule, le frisson ou des tremblements. Durant le bain on constate que le pouls s'accélère et que la température centrale s'élève. D'après M. Deschamps, ces bains, en augmentant le rayonnement calorique, diminuent vite l'obésité, sans toutefois affaiblir le malade.
L'obèse doit donc rechercher le bain tiède. Le neurasthénique, par contre, devra rechercher le bain chaud. C'est du moins l'opinion de M. U. Alessi, qui ne s'est pas bien trouvé de l'hydrothérapie froide pour ses neurasthéniques et qui a remarqué, par hasard, chez ceux-ci des effets très favorables à la suite de bains chauds.
Le neurasthénique se trouvera particulièrement bien du bain chaud pris le matin au lever. Le bain doit être aussi chaud que possible, tout en restant agréable au malade.
Cette hydrothérapie chaude est très calmante, dit M. Alessi; les bains--qui doivent être de 40 minutes environ--suppriment les états d'excitation et les remplacent par un bien-être très prononcé qui permet au malade d'aller à ses affaires et d'être, pour un temps au moins, plus supportable pour son entourage.
LA MÉDAILLE DU PRÉSIDENT STEIJN
Avant son départ de Paris pour le Natal, le mois dernier, M. Steijn, ancien président de l'État d'Orange, a reçu du comité franco-sud-africain, ayant à sa tête son président d'honneur et président, M. Louis Herbette, conseiller d'État, et le sénateur Pauliat, son médaillon, oeuvre remarquable d'un des membres du comité, le graveur en médailles Henri Dubois, de l'Institut, auteur de la belle médaille commémorative du président Krüger.
_Mouvement littéraire._
_L'Amant et le Médecin_, par Gabriel de la Rochefoucauld (Calmann-Lévy, 3 fr. 50).--_Ames d'autrefois_, par Louise Chasteau (Calmann-Lévy, 3 fr. 50).
L'Amant et le Médecin.
Jean de Merrien est issu d'une famille fort aristocratique. Élevé chez les jésuites, il y a rencontré les mêmes sentiments religieux et traditionnels que dans sa maison. Mais, peu à peu, l'esprit du siècle l'a pénétré; les amis nouveaux l'ont orienté d'un autre côté; il a lu et discuté les philosophes à la mode. Aussi sa foi catholique et monarchiste s'est-elle singulièrement affaiblie. Un jour, son père le fait dîner avec une chanoinesse, un dominicain et un abbé. Du premier coup, et dans les moindres mots de la conversation, Jean de Merrien constate tout le désaccord qui s'est fait entre ses hôtes et lui. Il ne les comprend plus. Ce sont des croyants, tandis qu'en son esprit le sens critique s'est éveillé. En cet état Jean de Merrien fait son entrée dans la vie... et dans la vie amoureuse.
Ne gardera-t-il pas cependant, même en amour, beaucoup du catholicisme premier? N'apportera-t-il pas dans la sensualité un certain mysticisme? Et pour celle qu'il adore n'aura t-il pas une pudeur exagérée, jusqu'à vouloir lui interdire la visite du médecin?
Au dix-huitième siècle, la noblesse avait versé dans les idées nouvelles; mais elle était voltairienne, spirituelle, d'un libertinage irrespectueux. M. de la Rochefoucauld a voulu, semble-t-il, nous montrer quelle forme prend parfois dans l'aristocratie, au commencement du vingtième siècle, la perte de la foi catholique. Aucune moquerie sur les lèvres, aucune haine du culte doucement abandonné, je ne sais quoi de religieux encore, jusque dans les écarts passionnels. On sent même que l'arbuste tient toujours au terreau ancien par quelques racines et qu'il pourra à un moment refleurir. Impossible de nettement définir ces êtres nerveux, passionnés et sans volonté. Si ce portrait est exact, s'il y a vraiment ce mal, M. de la Rochefoucauld l'a très habilement signalé aux moralistes et aux pères de famille.
Maintenant quelle est la donnée romanesque? Dans un restaurant de nuit, accompagnée de son mari, Mme Mirevault est apparue pour la première fois aux regards de Jean de Merrien. Il la retrouve, par hasard, en Suisse et, comme le mari est fort occupé avec une chanteuse italienne, il la promène à travers les routes et les sentiers voisins. Comment, dans cette intimité et au milieu de cette nature de Montreux, resteraient-ils insensibles l'un à l'autre? Nous assistons à la naissance troublante de leur amour. A Paris, ils se revoient et, avec frénésie, Jean de Merrien s'attache à l'aimée; son amour est aiguillonné par la jalousie, car il ne peut supporter la pensée du mari. Que fera-t-il pour rapprocher encore davantage de lui Mme Mirevault et la mettre à l'unisson de sa folie? Par des lectures, par des rêveries, par un certain décadentisme, il aiguisera jusqu'au détraquement sa sensibilité. Délivrés du mari qui est parti avec l'Italienne, ils font ensemble un voyage sur la Méditerranée, mais sans assez consulter la force d'endurance de Mme Mirevault, laquelle tombe dangereusement malade à Saint Tropez. C'est peut être la mort. Jean de Merrien se méfie des médecins, et en particulier d'un certain Michel, une célébrité de l'art, professeur à la Faculté, en qui ces dames et Claire Mirevault surtout ont une absolue confiance. Cependant, malgré ses répugnances, il est obligé de mander Michel qui accourt et guérit la malade. Comme il gémit de son impuissance et de la supériorité de Michel auprès de Claire et de la reconnaissance émue que celle-ci témoigne à son sauveur! Est-ce que l'époux et l'amant ne devraient pas en même temps être le médecin? A Paris, Michel continue à faire ses visites presque quotidiennes. Au fond, la malade n'est à l'ami qu'autant que le docteur le permet. Un jour, dans un accès de rage jalouse, Jean de Merrien force la porte du cabinet de Michel et constate qu'il s'est trompé, que le médecin donne des soins absolument nécessaires. Irrité contre lui-même, incapable d'aimer sans horriblement souffrir et faire souffrir, trop sensuel, trop déraisonnable dans la passion, il part pour un voyage lointain et peut-être sans retour. Voilà l'histoire racontée par Jean de Merrien lui-même et qu'après son départ il envoie à la bien-aimée.
Peut-être quelques-uns n'estimeront-ils pas cette fin très logique. Pourquoi se sépare-t-il de la femme adorée au moment où il en est passionnément épris et où il a la preuve de sa fidélité? Une élégance de bonne conversation, relevée de poésie, une belle tenue distinguent le roman de M. de la Rochefoucauld.
Ames d'autrefois.
Encore une femme à ajouter à la liste des romanciers de talent. Il y a tout dans ce petit livre: une phrase à la fois classique et personnelle, donnant toute la pensée de l'auteur et sonnant à l'oreille comme une musique; une morale pure unie à un récit captivant, et la plus harmonieuse composition. Presque tous les romans masculins sont faits de pièces et de morceaux; on y voit, comme dans une lanterne magique, des scènes succédant à d'autres scènes, sans aucun lien entre elles. Ici, tout s'enchaîne; les faits se tiennent étroitement, j'allais dire qu'ils s'engendrent les uns les autres. L'histoire se passe sous la Révolution et sous le Consulat. Dans un château du Périgord, nous apercevons une veuve impérieuse, maintenant autour d'elle les anciens principes. Elle a deux enfants: Martial et Lucette. Fort épris d'une jeune huguenote hollandaise, que la maladie de son père a retenue dans le village périgourdin, Martial veut l'épouser. Comment ne l'aimerait-il pas? Elle a toutes les vertus avec la beauté. Mais sa mère, Mme de Fonspeyrat, entre en fureur dès que Martial lui fait entrevoir son dessein. D'un autre côté, le père de la jeune fille ne cédera jamais et n'aura pas pour gendre un papalin. En vain l'oncle de Martial, un doux philosophe, essaye-t-il d'intervenir. Il ne rencontre des deux parts qu'inflexibilité. Le vieux huguenot, craignant tout et sachant l'amour profond de sa fille Katerine, quitte le pays sans dire à personne où il va. Peut-être par mille persécutions Mme de Fonspeyrat a-t-elle aidé à cette fuite. Désespéré, Martial, ô abomination! s'engage dans les armées de la Révolution et s'attache à la fortune de Buonaparte. Pendant qu'il guerroie, Mme de Fonspeyrat oblige sa fille Lucette à renoncer à un beau et jeune chevalier, pour s'unir à l'oncle de celui-ci, âgé, presque défaillant, mais d'une immense fortune. La châtelaine est arrivée à ses fins et à tout faire plier devant elle. Mais quelle vieillesse elle s'est ménagée! Quelle tristesse est la sienne! La jeune Katerine, retirée en Hollande, devient orpheline. Jeune, sans soutien, que deviendra-t-elle? Elle se rappelle le vieil oncle de Martial, le philosophe indulgent, et lui écrit. Celui-ci appelle près de lui Katerine et la confie en mourant à une de ses vieilles amies, fort en désaccord avec Mme de Fonspeyrat. Cependant comme celle-ci se désole dans sa solitude, on lui envoie de temps à autre, sous un nom supposé, la douce Katerine. Quand Martial revient avec des blessures, qu'aperçoit-il au chevet de sa mère minée par le chagrin et mourante? Sa fiancée. On devine la suite: Mme de Fonspeyrat expirée, il épouse la bien-aimée de sa première jeunesse. Encore une fois, cela est fort bien conduit, avec une sûreté et une phrase exquise qui ne défaillent jamais et qui nous enchantent.
E. Ledrain.
Ont paru:
HISTOIRE.--_Mémoires du général Govone_ (1848-1870), publiés par son fils et traduits de l'italien, par H. Weil. In-8°, avec portrait, Fontemoing, 10 fr.--_Le Pape et l'Empereur_ (1804-1815), par Henri Welschinger. In-8°, Plon, 8 fr.--_Les Sophistes français et la Révolution européenne_, par Th. Funck-Brentano. In-8°, Plon, 6 fr.--_L'Ombrie_, par René Schneider. In-18, Hachette, 3 fr. 50.--_La Société française du seizième au vingtième siècle_ (5e série), par Victor du Bled. In-18, Perrin, 3 fr. 50
ROMANS.--_Les Amants du passé_, par Jean Morgan. In-18, 3 fr. 50.--_Le Recueillement_, par Jean Deuzèle. In-18, Perrin, 3 fr. 50.--_La Guerre universelle_, par Auguste Niemann, traduit de l'allemand. In-18, Flammarion, 3 fr. 50;--_La Vision de Paris_, par Hemma-Prosbert. In-18, d°, 3 fr. 50.--_Soldats de la fin_, par Jean Troy. In-18, Juven. 3 fr. 50;--_De Charybde en Scylla_, par Rhoda Broughton.--In-18, d°, 3 fr. 50.--_La Maison de danses_, par Paul Reboux. In-18, Calmann-Lévy, 3 fr. 50;--_Sur la pierre blanche_, par Anatole France. In-18, d°, 3 fr. 50;--_Les Victoires mutilées_, par Gabriel d'Annunzio, traduction G. Hérelle. In-18, d°, 3 fr. 50.
LES THÉÂTRES
L'Opéra et la Porte-Saint-Martin avaient-ils prévu les graves événements qui viennent de secouer la Russie? Toujours est-il que _Daria_ et _Résurrection_ sont, par le fait des circonstances, des spectacles d'une incontestable actualité--ce qui ne leur enlève rien de leurs autres mérites. _Résurrection_, pièce tirée par M. Henry Bataille du roman de Tolstoï, a retrouvé au théâtre de la Porte-Saint-Martin tout son succès de l'Odéon, en même temps que sa principale interprète, Mlle Berthe Bady. _Daria_, drame lyrique en deux actes de MM. Adorer et Ephraïm, musique de M. Georges Marty, a brillamment réussi à l'Opéra. Le livret très dramatique,--mettant aux prises, comme dans la réalité, le moujik russe et son seigneur,--la partition claire, mélodique et brillante, l'organe au timbre pur de Mlle Vix, le jeu large et la belle voix de M. Delmas, tous ces éléments promettent à l'oeuvre nouvelle une belle et longue série de représentations.
Aux Nouveautés, le Gigolo, vaudeville de M. Zamacoïs, a été jugé spirituel et amusant. Après _Petite Peste_ et le Chopin, il a paru surtout d'une immoralité... reposante. MM. Turin et Germain et Mlle Carlix ont les bons rôles de la pièce et les remplissent avec leur verve ordinaire.
Le chanteur Boudouresque, qui, pendant plus de dix ans, a tenu avec éclat l'emploi des basses à l'Opéra, vient de mourir dans sa soixante-dixième année.
Né à la Bastide-sur-l'Hers (Ariège), il s'était d'abord, malgré de bonnes études musicales, consacré au commerce. Il était établi à Marseille, lorsqu'un soir le baryton Maurel devant chanter au Grand-Théâtre _L'Ernani_ de Verdi, l'artiste désigné pour remplir le rôle de Silva se trouva malade; pour sauver la situation, Boudouresque consentit à le remplacer; il remporta un grand succès. Peu après, il entrait à l'Opéra, sous la direction Halanzier. Il s'y fit applaudir dans la _Juive, Robert le Diable, la Favorite, les Huguenots, Guillaume Tell, Aïda_, etc. Lors de l'avènement de la direction Ritt et Gailhard, il quitta l'Opéra, mais sans renoncer à la scène, et donna des représentations dans les grandes villes de province et de l'étranger.
Depuis sa retraite du théâtre, Boudouresque s'était fixé à Marseille. Il partageait ses loisirs entre la musique, la peinture et la pêche.
A LA CHAMBRE DE COMMERCE
La Chambre de commerce de Paris, réunie en séance plénière, vient de renouveler son bureau. Le ministre du commerce et M. de Selves, préfet de la Seine, assistaient à cette réunion, et le ministre a lui-même installé en fonctions le bureau nouveau.
Le bureau dont les pouvoirs viennent d'expirer avait à sa tête: M. Derode, président, officier de la Légion d'honneur, membre depuis 1893 de la Chambre de commerce, où il représente le commerce des cafés, thés, vanilles; M. V. Hugot, premier vice-président, entré à la chambre à la même époque pour la tabletterie et qui récemment représentait de la façon la plus distinguée la compagnie de l'Exposition de Saint-Louis, et M. Lesieur, deuxième vice-président, entré à la compagnie depuis 1895 (huiles et pétroles).
C'est M. Lesieur qui a été élu président. M. Hugot était arrivé au terme de son mandat.
Comme vice-présidents, la Chambre de commerce a désigné M. L. Dubrujeaud, le grand entrepreneur de maçonnerie, qui y siège depuis 1899 et M. Garnier, entrepreneur de travaux publics, entré en 1895.
Dans l'allocution qu'il a prononcée en appelant au bureau ses nouveaux membres, le ministre a fait un éloge unanimement applaudi du bureau sortant, et notamment de M. Derode:
«J'ai trouvé chez lui, a déclaré le ministre, je ne dirai pas seulement un concours précieux et empressé, mais une bonne grâce qui a singulièrement facilité nos rapports et qui laissera chez moi quelque chose de plus qu'un souvenir.»
Me POUILLET Me Pouillet, avocat à la cour d'appel de Paris, ancien bâtonnier de l'ordre, est mort à Cannes, où il avait espéré rétablir sa santé ébranlée depuis de longs mois. Il était âgé de soixante-six ans.
C'était une des figures les plus connues du monde judiciaire; l'éminent juriste avait acquis une grande notoriété dans toute l'Europe, où pendant tant d'années il avait présidé les congrès internationaux de propriété littéraire, artistique ou industrielle. On le considérait comme un maître sans égal en cette matière, presque comme un créateur. Ses avis, ses consultations ont été l'origine ou la base de nombreuses lois. Il avait apporté à l'étude de ces questions difficiles une véritable passion et l'ensemble de ses écrits constitue une oeuvre durable.
Son _Dictionnaire de la propriété artistique_, ses traités théoriques et pratiques (dessins, marques de fabrique, propriété littéraire, conventions internationales, etc.), font autorité.
Ce laborieux jurisconsulte était en même temps un des avocats les plus occupés du Palais, où il plaidait les affaires les plus ardues avec autant de vigueur que de compétence.
Pendant son bâtonnat, en 1896, il avait rétabli au Palais même les consultations gratuites pour les indigents.
Me Pouillet était chevalier de la Légion d'honneur.
Ses obsèques ont été célébrées à Paris au milieu d'une assistance considérable; le conseil de l'ordre y était représenté par une délégation de trente-deux membres ayant à sa tête Me Bourdillon, le bâtonnier en exercice.
UN CHAMPIONNAT DE SKIS
Il y a des années déjà que le ski est considéré, en Scandinavie, comme le premier des sports nationaux,--mieux, comme «le sport des sports», disait, en 1895, présidant le Grand Prix de Kristiania, dont _l'Illustration_ alors, rendit compte, M. Roll, un fanatique. De la Suède et de la Norvège, le ski a peu à peu conquis l'Europe. On sait que plusieurs armées en ont doté leurs troupes de montagne. En Suisse, on le pratique avec frénésie et, tout récemment, un championnat organisé à Claris mettait en présence des coureurs nationaux, des soldats des troupes du Saint-Cothard, avec des champions du ski venus de Norvège et de Suède. Là, on vit l'un de ces derniers, un étudiant norvégien, M. Heyerdall, accomplir cette prouesse peu banale de faire, avec ses skis, un saut de 24 mètres de longueur dans le vide, à l'extrémité d'une pente, parcourue à une vitesse vertigineuse. C'est au cours de cet exercice, beaucoup moins périlleux, parait-il, qu'on ne serait tenté de le croire, qu'a été prise la photographie que nous reproduisons.
LA NEIGE DANS LA LOZÈRE
Des chutes de neige tout à fait inusitées ont eu lieu, ces temps derniers, dans la région de la Lozère. Les photographies que nous publions, prises sur la ligne du chemin de fer de Mende à la Bastide, donnent une idée très caractéristique du spectacle qu'a offert en maints endroits le pays. Sur certains points de la voie ferrée, protégée pourtant par des paraneiges, on estime qu'il y avait 5 mètres de neige. Le train a même été bloqué, mais pas bien longuement, et la machine chasse-neige envoyée à son secours a pu, sans trop d'effort, lui rouvrir la voie.
_NOUVELLES INVENTIONS_
_(Tous les articles publiés sous cette rubrique sont entièrement gratuits)._
NOUVEL ENCRIER INVERSABLE
Les encriers actuels, dont les systèmes varient à l'infini, présentent de nombreux et réels inconvénients qui en rendent l'usage incommode et parfois très désagréable. L'encre s'altère, s'épaissit et s'évapore facilement; de là, nécessité de nettoyer les encriers et de les remplir fréquemment; souvent l'encrier tombe ou se renverse et répand son contenu au dehors.
Les encriers ordinaires inversables présentent d'autres inconvénients, tels que la difficulté de s'en servir et la possibilité de prendre telle position dans laquelle leur contenu peut se déverser au dehors.
C'est cet échappement qu'il fallait prévenir par un dispositif qui mît en même temps l'encre à l'abri du contact de l'air et de l'invasion des poussières.
Ce dispositif a été très ingénieusement et très pratiquement combiné par M. Colombani; avec ses encriers, on peut toujours écrire, bien qu'ils restent toujours fermés.