L'Illustration, No. 3232, 4 Février 1905
Part 2
On sait que l'académie Concourt exclut les femmes de la distribution de ses récompenses. En quoi elle a tort. La production féminine, en littérature, grandit tous les jours et, depuis une dizaine d'années, s'est enrichie d'oeuvres que beaucoup d'écrivains, et non des moindres, s'enorgueilliraient d'avoir signées. Alors, pourquoi cette distinction de sexes qu'aucune logique ne justifie et que l'équité réprouve?
C'est la question que s'est très justement posée un de nos confrères; l'excellent journal la _Vie heureuse_, qu'une femme précisément, Mme G. de Broutelles, dirige avec succès.
Et la _Vie heureuse_ a décidé de fonder à son tour un prix de cinq mille francs qui serait décerné «à l'auteur de la meilleure oeuvre littéraire parue au cours de l'année écoulée»,--et décerné par un jury de femmes de lettres.
Ce jury fut ainsi composé: présidente, comtesse Mathieu de Noailles; vice-présidente, Mme J. Dieulafoy; secrétaire, Mme Jean Bertheroy; membres: Mme Juliette Adam, Arvède Barine, Th. Bentzon, Mendès, Bne de Pierrebourg (Claude Ferval), Alphonse Daudet, Daniel Lesueur, Delarue Mardrus, Judith Gautier, Lucie Félix-Faure-Goyau, Marni, Marcelle Tinayre, P. de Coulevain, Poradowska, George de Peyrebrune, Gabrielle Réval et Séverine.
Secrétaire perpétuel: Mme C. de Broutelles.
Voilà un jury dont la compétence et le prestige ne seront contestés par personne. Il ne contient que des noms connus et plusieurs noms illustres; et il n'y a pas une seule de ces «signatures» qui n'évoque le souvenir de quelque ouvrage applaudi ou d'un succès littéraire retentissant.
Plusieurs d'entre elles s'imposent même très particulièrement à la sympathie, à la gratitude des lecteurs de _l'Illustration._
C'est ici même que Jean Bertheroy publiait son dernier roman--l'une de ses plus belles oeuvres--les _Dieux familiers_. C'est dans _l'Illustration_ également que Daniel Lesueur publiera son prochain ouvrage, la _Force du passé_, que nous commencerons dans quinze jours. Et, dans quelques mois, nous donnerons à nos lecteurs une nouvelle oeuvre de Mme Marcelle Tinayre, l'heureux auteur de cette _Maison du péché_ dont on se rappelle l'éclatant succès.
Un intéressant détail à noter: ces femmes se montraient plus généreuses à notre égard que nous ne l'avions été vis-à-vis d'elles; car le règlement de leur concours ne stipulait point que les hommes en étaient exclus; et rien ne s'oppose à ce qu'en un prochain concours quelque jeune homme de talent ne vienne recevoir de l'académie féminine la palme du vainqueur... enveloppée dans cinq billets de mille francs.
Mais «charité bien ordonnée commence par soi-même»; et il était trop naturel que le jury du prix _Vie heureuse_, impatient de dédommager les femmes d'exclusions imméritées, décernât à une femme la première récompense dont il disposait.
Plusieurs candidatures, toutes intéressantes, s'offraient. Elles furent longuement, consciencieusement discutées en plusieurs réunions. La dernière se tint, il y a huit jours, au domicile même de la présidente, comtesse Mathieu de Noailles, qu'une légère indisposition retenait chez elle. Au premier tour de scrutin, par 17 voix sur 21 votes émis, Mme Myriam Harry, auteur de cette _Conquête de Jérusalem_ que M. Ledrain signalait déjà à nos lecteurs, le 12 mars dernier, était proclamée lauréate du concours.
Mme Myriam Harry est une jeune femme d'une trentaine d'années, dont l'histoire est singulière.
Elle est née à Jérusalem. Son père était un explorateur russe, d'origine polonaise; sa mère, une diaconesse allemande; et c'est en Egypte qu'elle fut élevée... à l'anglaise. A quinze ans, elle savait parler le russe, l'allemand, l'anglais, l'arabe et l'hébreu; mais elle ignorait le français; et ce fut une vieille dame «un peu toquée», a-t-elle raconté elle-même, qui lui en enseigna les premiers rudiments.
...La maîtresse et l'élève se sont assez bien tirées d'affaire... B.
Mme Myriam Harry, auteur de le «Conquête de Jérusalem» _Phot. Pirou, bd Saint-Germain._
Les seules séances un peu pittoresques que pouvait nous offrir la conférence internationale chargée de l'enquête sur l'Incident de Hull sont maintenant passées; ce sont celles au cours desquelles ont déposé les armateurs, patrons et matelots des chalutiers qui péchaient sur le Dogger Bank, lors du passage de l'escadre russe.
Mais une déposition, parmi toutes celles-là, a provoqué dans l'auditoire un vif mouvement de curiosité; c'est celle que fit, dans l'après-midi du mercredi 25 janvier, M. George Beeching, armateur, qui a indiqué, avec une grande précision de détails, les conditions dans lesquelles les chalutiers de la mer du Nord, et ceux du port de Hull en particulier, pratiquent la pêche. Ce fut une véritable et très instructive leçon de chose.
D'abord, on vit M. George Beeching sortir d'un petit coffret un modèle réduit du chalutier qu'il déposa sur le bureau de la commission; puis on apporta devant lui de grosses lanternes bien brillantes, bien nettes, de ces fanaux aux formes trapues, aux glaces épaisses et protégées par de solides armatures de cuivre, qui sont en usage à bord des navires et qu'on appelle feux de position. Et, devant ces accessoires, il commença sa conférence technique.
Sa déposition terminée, il fut demandé au témoin s'il avait embarqué des torpilles. A quoi il répondit d'un accent ferme:
--Non, certainement.
--Y avait-il des Japonais à bord?
--Non, monsieur.
--Un bruit quelconque de la présence d'un navire de guerre dans les parages de Hull, est-il venu à vous?
--Non, jusqu'au passage des navires russes.
Le commandant Clado, qui était embarqué sur le _Prince-Souvarof_ en qualité de second capitaine de pavillon de l'amiral Rodjestvensky, allait apporter, avec non moins d'énergie et de précision, dans sa déposition, des affirmations tout autres.
Le commandant a été entendu dans les deux séances tenues mardi dernier, 31 janvier. Le matin, il a déposé en russe, comme il avait été convenu. Mais, alors que, pour les autres témoins, c'est un traducteur qui lit la version française des dépositions, c'est M. Clado lui-même, qui, le même jour, à la séance de l'après-midi, a donné lecture de la traduction de sa déposition. Il l'a fait d'une voix claire, sans le moindre accent.
Et il attesta la présence, dans les eaux de Hull, sur le lieu de l'incident, non pas d'un, mais de deux torpilleurs, reconnus à la forte volute d'écume que soulevait leur étrave, à leurs doubles cheminées basses et crachant des panaches de fumée.
ATTENTATS ANARCHISTES A PARIS
Deux attentats rappelant ceux par lesquels se signala la propagande anarchiste, il y a une dizaine d'années, viennent d'être commis à Paris; les récents événements de Russie ont été le prétexte de ces actes criminels, dont les auteurs sont jusqu'à présent restés inconnus.
Lundi dernier, divers groupes socialistes et révolutionnaires avaient organisé, au Tivoli-Vaux-Hall, un meeting de protestation contre le «tsarisme». La sortie de la réunion fort nombreuse achevait de s'effectuer sans désordre, grâce aux rigoureuses mesures dont M. Lépine, préfet de police, surveillait lui-même l'exécution, lorsque, vers minuit, une bombe éclata sur l'avenue de la République, à l'angle du quai de Valmy, devant la maison portant le numéro 13; les deux gardes républicains Bonnet et Montagne furent sérieusement blessés, l'un à la jambe, l'autre à la main; un troisième eut son fusil détérioré, mais, comme une demi-douzaine d'autres personnes, il ne fut que légèrement atteint. Quant aux dégâts matériels, ils se bornent au bris d'un vitrage à la devanture du magasin occupé par la chemiserie Clément.
La nuit précédente, le colonel prince Jean Troubetzkoy, attaché à l'ambassade de Russie, avait, en rentrant du cercle, failli heurter du pied un dangereux engin explosif, déposé au seuil de son hôtel, rue d'Argenson. Le prince Troubetzkoy, résidant depuis longtemps en France, est, on le sait, une des personnalités les plus notoires et les plus sympathiques de la colonie russe à Paris. Qui n'a eu l'occasion de le rencontrer conduisant son phaéton attelé d'une belle paire de chevaux?
FEZ
_L'ambassade française auprès du sultan du Maroc est arrivée jeudi à Fez, ou elle a fait une entrée solennelle. Nous recevrons dans quelques jours et nous publierons la semaine prochaine les photographies prises par notre correspondant et montrant les détails de la réception._
_Fez est la moins connue, la plus fermée des capitales du Makhzen. M. Augustin Bernard, maître de conférences à la Sorbonne, qui a visité cette ville il y a quelques mois, a bien voulu écrire pour_ l'Illustration _une courte mais substantielle monographie, qu'on lira avec intérêt, à l'heure où se discutent, dans le palais du sultan Abd-el-Aziz, les bases de l'action française au Maroc._
Vue d'un des promontoires couronnés de ruines qui s'élèvent en dehors des remparts Fez offre un aspect véritablement enchanteur, émergeant comme une île de la mer sombre de ses jardins. Au-dessus de la surface inégale des terrasses qui semblent se rejoindre d'un bout de la ville à l'autre sans que rien les sépare, se dressent seuls les minarets des mosquées et la Kasbah. Au nord sont les pentes couvertes d'oliviers du Zalagh; au sud, à l'horizon lointain, les sommets neigeux des Beni-Ouaraïn. L'oued Fez, né à quelques kilomètres de la ville, se précipite en cascades à travers les rues, avant d'aller rejoindre le Sebou, qu'on aperçoit dans le fond de la dépression.
C'est l'abondance et la beauté de ses eaux qui font la gloire de Fez et lui ont mérité dans l'islam la même célébrité qu'a Damas. La «rivière des Perles» fait tourner ses moulins, arrose ses jardins ombreux aimés des citadins. Dans chaque maison, une double canalisation apporte les eaux propres et entraîne les eaux salies: Fez a depuis le seizième siècle le «tout-à-l'égout».
Fez, qui compte environ 70.000 habitants, se compose de deux villes: Fez-el-Bali et Fez-el-Djedid, la vieille et la nouvelle Fez. Entre les deux s'étendent des terrains vagues, des cimetières, un palais et des jardins abandonnés; près des portes d'une splendide architecture pourrissent d'effroyables charognes; c'est tout l'islam, grandeurs et ruines.
Fez-el-Bali, fondée par Idriss II, vers 806 de l'ère chrétienne, fut peuplée à l'origine de gens de Kairouan et de musulmans d'Espagne (Andalous), qui s'étaient cantonnés en deux quartiers distincts, chacun d'un côté de la rivière, et entre lesquels régnaient des luttes incessantes. Les principaux monuments qui attirent l'attention sont, comme dans toutes les villes du Maroc, les portes, les remparts, les mosquées et les fontaines. Les deux mosquées les plus célèbres sont celle de Moulay-Idriss et celle de Karaouïn. Moulay-Idriss renferme le tombeau du fondateur de la ville, le grand saint que les Fàsis invoquent à chacune de leurs phrases; c'est le centre d'un vaste quartier entouré de barrières et où les musulmans ont seuls le droit d'entrer. Malheur à celui qui enfreindrait la défense!--Il serait immédiatement écharpé par la populace, ou même brûlé vif, comme il advint à un israélite il y a peu d'années. A bonne distance pourtant de la mosquée sainte, je m'attirai une apostrophe peu bienveillante parce que je fumais une cigarette: Moulay-Idriss craint l'odeur du tabac.
Karaouïn, dont on aperçoit en passant les belles fontaines et les élégantes colonnades, ressemble à la mosquée de Cordoue. Elle renferme la bibliothèque fameuse et l'école qu'on est convenu d'appeler l'université de Fez. Aux yeux des musulmans, Fez est en effet le _Dar-el-alm_, la maison de sapience: «Elle a toujours été, dit un écrivain musulman, le siège de la science et de la religion; pôle et centre de l'islam, mère et capitale des villes du Maghreb.»
Fez n'est pas seulement une ville de science, c'est aussi une ville de commerce. Au centre de Fez-el-Bali est la _Kessaria_, marché formé de rues couvertes, où l'on ne circule pas à cheval, où chaque rue a un genre de profession et vend une catégorie de marchandises, y compris des esclaves. C'est le rendez-vous des affaires et le centre des conversations; les hauts personnages, les oulémas s'y promènent gravement, ayant sous le bras le petit tapis de feutre destiné à dire la prière ou simplement à s'asseoir lorsqu'on veut causer. Très animée à certaines heures, la _Kessaria_ est déserte le soir comme la Cité à Londres.
C'est Fez-el-Bali qui est la véritable Fez. Quant à Fez-la-Neuve, elle est en réalité bien vieille aussi, car elle date du treizième siècle. La majeure partie en est occupée par le Dar-el-Makhzen, ou palais du sultan, à l'ombre duquel se tapit le mellah ou quartier israélile, teinté de bleu, qu'habitent 8.000 juifs. Fez-el-Djedid a bien l'aspect d'une forteresse destinée à commander le pays; ce ne sont qu'alignements de murs crénelés, tours massives. Au-dessus des maisons, très basses, se dressent les pavillons aux tuiles vertes des habitations impériales. Celles-ci se divisent en deux parties: l'une publique, qui sert le matin à la réunion des vizirs et forme le palais du gouvernement; l'autre privée, précédée d'une longue cour quadrangulaire, qui est la demeure même du sultan; après avoir franchi une porte gardée par des nègres, on aborde un enchevêtrement de pavillons et de constructions confuses, entourés par les jardins ombragés de Lalla-Mia, les plantations d'oliviers de l'Aguedal et la vaste esplanade du nouveau mechouar, réservée aux déploiements des troupes et aux grandes cérémonies.
Les entrevues du chérif avec les Européens ont souvent lieu dans une petite cour, dite du pavillon bleu, autour de laquelle, dans une série de cages grillées, sont installés les fauves de la ménagerie impériale, lions, tigres, panthères, qui ponctuent volontiers de leurs interruptions les discours du visiteur. C'est dans cet étrange palais que mène son étrange vie Notre Seigneur Moulay-Abd-el-Aziz, à qui Dieu donne la victoire.
Les auteurs musulmans ne tarissent pas en éloges sur Fez: «O Fez, dit l'un d'eux, toutes les beautés de la terre sont réunies en toi! De quelles bénédictions, de quels biens ne sont pas comblés ceux qui t'habitent! Est-ce ta fraîcheur que je respire, ou est-ce la santé de mon âme? Tes eaux sont-elles du miel blanc ou de l'argent?»
Un des ministres du sultan, qui vint à Paris il y a quelques années, et auquel je demandais laquelle des deux villes lui semblait la plus belle, me répondit, non sans malice: «Sans doute, je préfère ma patrie, mais comme le Bédouin de la tente préfère la maison de toile aux plus splendides palais.» Cette humilité n'était qu'une politesse.
L'impression des Européens n'est pas toujours aussi favorable; la première sensation est évidemment l'étonnement et l'admiration: elle fait bientôt place chez la plupart à la tristesse et à une sorte d'oppression. Ces hautes maisons sont sans fenêtres sur la rue, pareilles aux femmes musulmanes qui ne se dévoilent que devant leur maître. Ces longs murs qui semblent toujours en ruines, ces rues étroites et tortueuses, ce silence qui serre le coeur, l'hostilité qu'on lit dans les yeux, dans les gestes des Maures, tout cela pèse à la longue sur le _nazrani_ (chrétien). Fez est la réalisation parfaite d'une conception de la vie en tout et pour tout opposée à la notre. Elle n'a pour ainsi dire pas changé depuis le moyen âge, car l'islam semble figé plus que partout ailleurs dans cette ville pharisienne et fanatique par excellence. De là cette impression de vétusté, de ruine, qu'a si bien rendue Loti.
C'est, en tout cas, un incomparable spectacle que celui qui s'est offert à M. Saint-René-Taillandier à son entrée dans la ville de Moulay-Idriss. Le caïd-el-mechouar ou introducteur des ambassadeurs, Idriss-ben-Yaïch, un superbe mulâtre à la voix tonnante, est d'abord venu au-devant de lui. Puis le cortège s'est grossi peu à peu des fonctionnaires du Makhzen, dans leurs costumes d'une éblouissante blancheur, la couleur des vêtements transparaissant à travers la finesse des haïks et des djellabas; puis des cavaliers et des caïds de toutes couleurs, oranges, mauves, roses; puis les fantassins rouges, ondulant comme un champ de coquelicots; enfin toute la population de Fez rangée à Bab-Segma, la porte grandiose par laquelle le bachadour de France pénétrera dans la cité sainte. Que ce cortège des _Mille et une Nuits_ ait, par instants, quelque chose d'une parade de cirque, il se peut. Mais l'ensemble m'a paru vraiment féerique et grandiose.
Ensuite viendront les affaires sérieuses.
AUGUSTIN BERNARD.
LA CAPITALE DU SULTAN ABD-EL-AZIZ.--Fez vue des hauteurs couronnées de ruines qui dominent la ville. _Copyright by Underwood and Underwood._ _Voir l'article, page 73._
_Documents et Informations._
LE GUI.
Le gui du chêne est devenu introuvable dans notre pays, disions-nous dans un récent numéro (24 décembre). Un de nos lecteurs, M. Guirbal, nous envoie à ce sujet les renseignements complémentaires suivants:
Le gui du pommier, quoique commun, ne se rencontre dans les vergers que par touffes isolées auxquelles la serpe des paysans fait une guerre sans merci; le gui du peuplier, par contre, pousse en véritables frondaisons dans certaines régions humides du Sud-Ouest, et c'est lui qui alimente principalement nos marchés parisiens.
Bien qu'au point de vue botanique il n'y ait aucune différence, le parasite du pommier se distingue de celui du peuplier par sa tenue, sa finesse, ses formes plus sveltes, son vert plus foncé; il se conserve mieux et est plus recherché.
Le véritable _arbre à gui_ n'est même pas le peuplier commun, mais bien le peuplier tremble, connu dans le Midi sous le nom de _carolin_, dont les feuilles sont agitées d'un mouvement perpétuel et les branches puissantes étendues en parasol.
La photographie ci-jointe, prise à Saint-Nauphary, dans la banlieue de Montauban, représente un de ces spécimens, et encore après que les plus belles touffes de gui ont été récoltées pour la vente.
Un fait curieux à noter, c'est que ces arbres très élevés sont généralement envahis par le sommet alors que les pieds producteurs du parasite sont situés à des distances considérables.
Ce sont les petites grives ou _merles draines_ qui, très friandes des baies gluantes du gui, mais ne digérant pas la graine unique qu'elles renferment, répandent au loin la semence avec leurs déjections.
On connaît le rôle considérable des insectes dans la fécondation des fleurs, mais celui des oiseaux, faisant à leur manière le geste auguste du semeur, est assez peu connu pour mériter d'être signalé.
La CONDUCTIVITÉ ÉLECTRIQUE DU CORPS.
A un certain moment c'était assez la mode de mesurer la conductivité du corps à l'électricité pour apprécier la condition saine ou morbide de celui-ci. Mais la méthode fut assez vite abandonnée: il était difficile de mesurer exactement les différences, et de grandes variations se présentaient qu'on ne savait interpréter. Voici, toutefois, qu'un médecin suisse, M. E.-K. Muller, vient de reprendre l'étude de la question, il a été frappé par la grande variabilité de la conductivité du corps humain selon l'heure et le jour. La nature des repas récents exerce aussi une influence considérable. Autre phénomène singulier: le retour de valeurs exactement identiques dans des séries d'expériences continuées 10 et 15 minutes, pour les mêmes minutes, alors même que les expériences sont séparées par un intervalle de plusieurs jours. Une constatation singulière a encore été faite par M. E.-K. Muller. C'est que, pour la même personne, les valeurs de la conductivité diffèrent énormément selon qu'elle est isolée dans une salle spéciale, ou bien en compagnie d'une tierce personne; c'est ainsi que, chaque fois qu'un bruit se produit ou qu'une personne entre dans la pièce où se fait l'expérience, la résistance électrique présente une variation subite et considérable.
La résistance ne varie pas seulement sous l'influence de causes extérieures évidentes: elle varie aussi sous l'influence des émotions et des sensations. Dès que celles-ci ont quelque intensité, la résistance diminue fortement tombant au quart ou au cinquième de ce qu'elle était. Des oscillations de la résistance se produisent même quand on parle au sujet en expérience ou quand on l'oblige à concentrer son attention. Tout effort de volonté, tout effort pour entendre un bruit lointain, toute excitation des sens, tout effort, si faible soit-il, du corps ou de l'esprit, s'accompagne d'un changement de résistance. On peut même, par les variations de la résistance, voir si le sujet a des rêves ou non et si ceux-ci sont calmes ou mouvementés. Toute émotion, même temporaire, agit sur la résistance. Celle-ci varie non seulement selon les excitations physiques ou psychiques, elle varie selon la personne et sa condition du moment. Il y a des personnes plus résistantes que d'autres. La résistance est très basse chez les nerveux, chez les buveurs et les fumeurs. Elle est basse chez les sujets hypnotisés aussi, mais avec des renforcements subits et extraordinaires dès que se produit une excitation externe. Ces recherches seraient à poursuivre et à développer; peut-être en pourrait-on tirer des conclusions intéressantes pour la psychologie et la physiologie.
LA NEIGE A GÊNES.
Nous pestons quand la neige envahit nos rues, couvre nos toits. Nous soupirons après les tièdes journées de printemps,--ou rêvons de fuir vers de chimériques climats, des Rivieras éternellement douces. Or, les habitants de ces contrées privilégiées sont, eux, dans la joie, quand, d'aventure, les blancs flocons leur arrivent.
Il a neigé, l'autre semaine à Gênes. Ç'a été un enchantement, un divertissement tombé du ciel et bien accueilli. Des gens graves se mitraillaient, dans les rues, à coups de boules blanches et l'on a concouru à qui ferait la plus belle statue de neige. Si bien qu'on a vu un sculpteur connu en Italie et même au delà des frontières, M. Achille Canessa, l'auteur de quelques monuments funéraires fameux et de plusieurs statues de Christophe Colomb érigées en Amérique, prendre l'ébauchoir pour modeler à la hâte, en quelques heures, une série de statues qui ont soulevé, jusqu'à ce que le soleil les fondit, l'admiration des Génois.
PARIS A L'ÉPOQUE QUATERNAIRE.