L'Illustration, No. 3231, 28 Janvier 1905
Part 2
Presque tous les jours, Kouropatkine dérobe quelques instants à son accablante besogne et sort pour inspecter un détachement nouvellement débarqué, pour visiter un convoi de malades ou de blessés. Un Caucasien très armé, son garde du corps fidèle, le Roustan du général russe, est constamment à son côté. Une _troïka_, attelée de trois bêtes magnifiques, des chevaux tout noirs, l'équipage russe, le cocher portant la robe très ample et cette curieuse coiffure, un diadème orné de plumes de paon. Par derrière, caracolent les officiers d'ordonnance, puis la masse des cosaques sibériens, montés sur des chevaux mongols, des chevaux à moitié sauvages, hirsutes, ébouriffés, remuant avec une rapidité folle leurs jambes petites et nerveuses; les longues lances dont les cosaques sont armés, ressemblent à une forêt mouvante, et, dans d'épais brouillards de poussière, le généralissime et sa suite disparaissent prestement.
Vienne le jour de la bataille, il faut alors quitter le wagon et la voie ferrée, se mêler à l'armée d'une manière plus étroite, s'enfoncer dans le pays mandchou. Sur d'innombrables charrettes, on charge les bagages, les papiers de l'état-major. Mais la dévotion russe ne souffre pas de départ sans prières. Quand tout est préparé, Kouropatkine et sa suite, tous les généraux, tous les officiers, dans leurs plus beaux costumes, les attachés militaires étrangers, les soeurs de charité, le personnel des ambulances vont se prosterner devant l'autel. Noyés dans cette foule recueillie, un ou deux correspondants prennent des instantanés. Avant la dernière bataille, la grande bataille de Cha-Ké qui dura dix jours et dont on savait d'avance qu'elle ferait _cinquante mille_ victimes, j'ai pu voir cette scène de prières empreinte d'une triste et grave beauté. Par un matin de lumière splendide, une éclatante lumière d'Orient, l'autel dressé en plein air, les saintes icônes posées sur un coussin de velours, autour d'elles l'évêque et deux prêtres étincelants de dorures; Kouropatkine seul, en avant, le genou ployé; derrière, les officiers; plus loin, à l'infini, des soldats et des soldats, les cosaques de l'escorte, deux régiments présentant les armes! La lenteur rythmée des chants liturgiques tombe sur ces têtes abaissées; le prêtre, d'une voix puissante, clame les invocations à Dieu, les prières pour l'empereur, Kouropatkine se relève et va baiser les icônes que ses officiers viennent baiser à leur tour. Soutenus par les prêtres et suivis par le général, les emblèmes sacrés passent parmi les rangs des soldats qui puisent du réconfort dans leur contemplation, qui communient dans une pensée d'espérance, de force, avant les carnages de demain.
RAYMOND RECOULY.
LA JOURNÉE DU 22 JANVIER A SAINT-PÉTERSBOURG
LA GREVE DES MINEURS DE WESTPHALIE
Les mineurs de Westphalie ajoutent en ce moment une page importante à l'histoire économique de l'Europe. Le bassin de la Ruhr est en grève; près de 300.000 ouvriers ont quitté le travail; Essen, Dortmund, Oberhausen, Bochum, privés de charbon, ont cessé de produire: les hauts fourneaux manquent de coke, les gazogènes vides entraînent l'arrêt des fours Martin Siemens; les torrents éblouissants de fonte et d'acier, richesse de l'Allemagne des bords du Rhin, sont taris. Si l'on considère que les expéditions et consommations de combustibles westphaliens ont atteint, en 1900, 53 millions de tonnes, il est aisé de concevoir quelle répercussion peut avoir la grève présente, tant dans la région même où elle sévit qu'à l'étranger.
D'aucuns diront qu'il est aisé de la faire cesser, en en supprimant les causes, en faisant droit à de justes demandes, partiellement tout au moins: il y a fort à croire qu'ils se tromperont.
Les causes de la grève ne reposent pas, en effet, sur des questions de salaires, de diminution des heures de travail, de création de contrôleurs élus par les mineurs ou de reconnaissance par les patrons des associations ouvrières.
Si ce sont là les motifs apparents qui ont présidé à la cessation du travail, il ne faut pas se hâter d'y trouver les origines réelles du mouvement actuel.
L'ouvrier mineur de la Ruhr peut compter parmi les privilégiés de la grande famille des artisans de l'industrie moderne.
Les salaires se sont élevés, en 1900: pour les piqueurs, à 5 marks 16 (environ 6fr.40); les charpentiers (chargés de l'entretien), à 3m,36; les hommes du jour, à 3m,32; les gamins, à 1m,28; cependant que par exemple les ouvriers métallurgistes gagnaient en moyenne: les spécialistes, 4 marks; les ouvriers ordinaires, 2m,50 à 3m,50; les manoeuvres, 2 à 3 marks; les gamins, 1m,50.
Si, d'autre part, on établit un parallèle entre les gains moyens des divers mineurs allemands, on trouve en 1898, pour les ouvriers du district de Dortmund, une paye quotidienne de 3m,96 et, pour ceux de Haute et Basse Silésïe, 2m,87 et 2m,80.
Le mineur de Westphalie, de plus, a un travail remarquablement simplifié par la configuration même du terrain qui permet l'emploi d'appareils mécaniques facilité par les compagnies qui rivalisent entre elles pour le faire exécuter dans les meilleures conditions hygiéniques.
Nous nous en rendrons compte, en allant changer de vêtements dans le vestiaire ou penderie[1], où, au-dessus de nos têtes, se balancent déjà pendus aux crochets, tirés au plafond par des cordes individuelles montées sur poulies, les habits de ville des travailleurs, afin de descendre jusqu'aux chantiers d'abatage d'une houillère westphalienne.
[Note 1: Il n'existe en France, croyons-nous, qu'une penderie semblable: celle des Mines de la Loire.]
Gagnons le puits après avoir pris à la lampisterie nos lampes à feu couvert; nous y attendrons à la recette supérieure l'arrivée de la cage. La voici: un bruit sec, les portes se soulèvent automatiquement, le clichage se fait, les moulineurs se précipitent, s'emparent des berlines pleines; ayant pris tant bien que mal leur place laissée libre, sur un signal, nous montons un instant pour permettre de charger l'étage inférieur; et puis, brusquement, sans rien qui l'ait pu faire prévoir, c'est la descente. Les bruits de roulage des berlines, le souffle de la machine, le bourdonnement de la vie, s'effacent subitement, dans la nuit; une lueur, une autre, les accrochages intermédiaires,--et nous sommes au fond.
A peine sortis de la cage nous assistons à la manoeuvre inverse de celle du jour: d'un coup de reins le galibot (gamin) enfonce à grand bruit la berline pleine dans la cage après en avoir retiré la vide, profitant pour le roulage des plaques de fonte qui garnissent la galerie au point où elle s'élargit et s'exhausse, cependant qu'un porion (contremaître), à la lueur fumeuse de lampes fixes, surveille le travail et manoeuvre le signal de mise en marche de la cage.
En prenant la «voie d'allongement», galerie haute tracée dans la roche, soutenue par une sorte de charpente en fer, nous gagnerons les fronts de taille. Mais voici dans le lointain un bruit de tonnerre qui se rapproche: le temps de se garer le long du mur, c'est un roulage, un long train de berlines pleines, traînées par un cheval au trot.
Pour arriver au gîte, il nous faut cependant quitter la grande voie et prendre le plan incliné, la descenderie, qui dessert les galeries secondaires, ou fausses voies: un appel pour interrompre le mouvement de balance commandé d'en haut, par lequel les berlines pleines descendues à la voie d'allongement pour y être formées en train, font remonter les vides par leur poids.
Profilant de cet arrêt, un herscheur (manoeuvre) a détaché la berline vide et la pousse par la voie desservie au front de taille, pour l'y remplir à nouveau. Suivons-le: après avoir passé la porte d'air nous sommes devant le havage. L'homme travaille debout, au pic, perpendiculairement à la taille; la couche d'épaisseur moyenne a 2 mètres environ; la partie supérieure, le toit, est assez résistante pour n'avoir pas nécessité un boisage immédiat.
Il n'en est pas de même à cet autre front de taille horizontal--en plateure--et de plus faible puissance: il a été étayé au fur et à mesure de l'avancement du travail par le «chapeau» que soutiennent les deux «moutons»; les hommes accroupis se servent pour l'abatage d'une haveuse pneumatique.
Le travail le plus pénible s'opère dans des gîtes de très faible épaisseur (0m,60) et de forte inclinaison: le haveur, couché dans la taille, sa lampe venant encore ajouter à la chaleur et à la viciation de l'air, arrache le charbon à coups de pic, de pinces et le repousse du pied, en rampant, dans l'étroit boyau, par «boutage», jusqu'aux galeries où le herscheur le reçoit dans une berline.
L'aérage se fait ici de façon difficile; on est obligé d'employer des injecteurs plus ou moins primitifs: un tuyau au centre duquel jaillit un filet d'eau qui entraîne et rafraîchit une certaine quantité d'air, par exemple (mines de la Guttehoffnungshütte). Plus tard, quand la fausse voie suivante aura été atteinte, le front de taille sera desservi, comme le reste de la mine, par le courant qui ne cesse de traverser toute l'exploitation, en partant du puits d'extraction pour aboutir aux ventilateurs monstres du puits d'aérage.
Ces puits, dont le forage est long et coûteux, sont munis d'un «cuvelage», revêtement en bois, maçonnerie ou actuellement fonte, qui les rend étanches et empêche l'eau des nappes traversées de noyer les travaux.
Les eaux d'infiltration, les fuites inévitables du cuvelage--les «pichoux»--sont amenées par les pentes naturelles à un puisard, le «bougnou», qui se trouve en prolongement du puits. C'est là que les pompes qui fonctionnent sans jamais s'arrêter vont les puiser pour les rejeter au jour.
Mais l'heure de la remontée au jour a sonné... Avant de quitter ces profondeurs, nous noterons en résumé les progrès accomplis et projetés, qui répondent en partie aux desiderata des congrès d'hygiène: c'est la tendance à suppléer le plus possible au travail manuel par les actions mécaniques, perforatrices, haveuses, treuils, câbles sans fin (pour remplacer la traction animale), le tout mu par l'air comprimé, l'eau sous pression, la vapeur ou l'électricité, que l'on arrive à employer dans les milieux grisouteux avec des moteurs cuirassés et une ventilation intensive, distribués aux appareils du fond après production par les appareils du jour ...
Quelles sont alors les vraies raisons de la grève? Nous laisserons à l'avenir, ou au socialisme d'outre-Rhin le soin de nous les dire bientôt.
GEORGES G. PARAF.
Après avoir terminé la partie préliminaire de son oeuvre, choisi le cinquième délégué, l'amiral baron de Spaun, représentant l'Autriche, et élaboré son règlement de procédure, la commission internationale chargée de poursuivre l'enquête sur l'incident de Hull vient de tenir ses premières séances publiques.
Ces séances ne seront guère suivies que par les journalistes amenés là par leur devoir professionnel.
La «brillante assistance» des chroniques mondaines serait, ici, absolument fourvoyée et, au surplus, n'y entendrait à peu près rien. Il a été décidé en effet que les délégués des deux parties adverses ainsi que les témoins russes et anglais s'exprimeraient chacun en leur langue maternelle, la seule où ils puissent réellement formuler d'une façon exacte et précise leur pensée. Dépositions et plaidoiries seront ensuite traduites en français, puis retraduites, de nouveau, en anglais ou en russe pour pouvoir être examinées par l'adversaire. Ce qui menace de rendre fort longs les travaux de la conférence.
Du côté des Anglais, les témoins sont les pêcheurs mêmes qui stationnaient sur le Dogger Bank. Ils sont arrivés à Paris et, de bonne grâce, se sont prêtés à la photographie, dans la cour même du palais des Affaires étrangères.
Ce sont de braves loups de mer, en tout semblables à des pêcheurs des côtes normandes ou bretonnes, types de maîtres au cabotage et de matelots endimanchés. Les uns ont coiffé la bonne «cape» de feutre, que nous appelons «melon»; d'autres arborent la casquette anglaise. Il ne paraît pas qu'ils doivent se laisser impressionner par la majesté de la conférence. Il est à croire que leurs dépositions seront énergiques, résolues. «Dieu et mon droit», dit la devise britannique. Ceux-ci sentent derrière eux, pour la défense de ce droit, un peuple entier, indépendant et fier.
Du côté russe on entendra plusieurs dépositions écrites, que lira l'amiral Fournier. Celle de l'amiral Rodjestvensky, commandant de la seconde escadre du Pacifique, sera, de toutes, la plus importante.
Mais trois officiers, spécialement débarqués en cours de route par l'amiral et renvoyés en Europe, seront entendus directement: ce sont le commandant Clado, dont il a été beaucoup parlé et dont nous avons, ici même, publié le portrait, et deux de ses camarades, MM. Schramtschenko et Ellis.
Mercredi a commencé l'audition des témoins anglais, et le _shipmaster_ Wood, de Hull, pilote de la Baltique et de la mer du Nord, capitaine du vapeur _Zeno,_ a déposé le premier après avoir prêté serment sur la Bible.
_Documents et Informations._
Timbres russes de bienfaisance.
L'administration des postes russes vient d'émettre quatre nouveaux timbres dont nous reproduisons ici les modèles. Imprimés en deux couleurs, ils valent: le rouge et vert, 3 kopeks; le violet et jaune, 5; le bleu et rose, 7; le bleu et jaune, 10.
Chacun d'eux est vendu 3 kopeks de plus que la valeur marquée et le bénéfice résultant de cette majoration est destiné aux orphelins des soldats morts pendant la guerre. L'heureuse innovation du timbre de bienfaisance tirant parti du philatélisme au profit de la philanthropie, se propage, on le voit, dans tous les pays.
LE CHATEAU DE BAGATELLE.
Nous avons, il y a quelques mois, rappelé l'histoire de Bagatelle ou «Folie d'Artois», ce souvenir exquis du dix-huitième siècle que, par un caprice de grand seigneur, le duc d'Artois--plus tard Charles X--fit, en 1777, dessiner et construire en deux mois par l'architecte Bélanger pour Marie-Antoinette. Nous exprimions alors le voeu que la ville de Paris réalisât son projet de l'acheter. Nous sommes heureux d'annoncer aujourd'hui que la Ville vient de terminer les formalités d'acquisition.
Ce domaine de 24 hectares a été payé 6.500.000 francs à l'héritier de sir Richard Wallace.
Les jardins de Bagatelle restent le seul exemple complet et d'ailleurs charmant des «jardins pittoresques» qu'on appelait aussi «jardins anglo-chinois», si à la mode à la fin du dix huitième siècle.
Qu'en fera-t-on?
De tous les projets présentés celui qui semble le mieux s'adapter au bois de Boulogne, ce cadre élégant de Bagatelle, et au caractère même de ses jardins nous paraît être celui de M. Forestier, le distingué conservateur des promenades de Paris.
Son idée consiste, en effet, à utiliser les jardins de Bagatelle tels qu'ils sont pour en faire au milieu du bois de Boulogne comme un jardin brillant et paré, dont l'attrait serait d'ajouter à la curiosité que peut évoquer un souvenir historique l'intérêt de plantes curieuses, de fleurs rares et nouvelles groupées harmonieusement dans le style du jardin. Bagatelle deviendrait, comme le jardin de Kew, près de Londres, un lieu de promenade très agréable où les Parisiens et les étrangers si amoureux du Bois pourraient admirer, en même temps qu'une jolie «Folie du dix-huitième siècle» intégralement conservée, les plus beaux produits de l'horticulture parisienne. Dans le projet de M. Forestier se trouve, paraît-il, un détail assez intéressant: la création dans le potager de 400 mètres de longueur, d'une immense collection de roses bordée de lis et de clématites.
Il convient, en effet, de ne pas dénaturer un ensemble d'un tel caractère qui a eu l'heureuse fortune d'appartenir à des propriétaires jaloux de nous le conserver intact.
Ainsi, le dernier, sir Richard Wallace n'y occupa jamais moins de vingt jardiniers qui plantaient chaque année 200.000 pieds de fleurs. En dehors de ses gens de service et de ses écuries qui n'entrent pas dans cette somme, l'entretien même de Bagatelle lui coûtait en moyenne 80.000 francs par an.
La température de l'année 1904.
Les années 1903 et 1904 ont été très comparables au point de vue de la température moyenne: 10°,38 en 1903 et 10°,4 en 1904. L'une et l'autre de ces températures ont été supérieures à la moyenne normale 9°,7. (Il s'agit des températures observées au parc Saint-Maur.)
Les températures extrêmes ont été les suivantes, l'année dernière: -7°,1 et +36°,9; en 1903, elles avaient été -9°,3 et 32º,30.
En Algérie, on avait observé 46° à Biskra en 1903 et 44° à Tunis en 1904. Comme températures très basses, Arkhangel avait supporté -35° en 1903 et Haparanda, -36° en 1904. Montpellier a subi, en 1904, la température la plus élevée qui ait été jamais observée en France, soit 43°,9, le 19 juillet.
Il a plu un peu moins à Paris en 1904 qu'en 1903: 141 jours contre 159; et 537 millimètres d'eau contre 541. Ces deux années ont été d'ailleurs sèches, car la moyenne des cinquante dernières années est de 594 millimètres.
LA RECHERCHE DE L'OXYDE DE CARBONE DANS l'AIR.
Bien souvent, à l'occasion de malaises vagues, ou Simplement pour savoir quelle confiance on peut accorder à tel ou tel appareil de chauffage, le besoin se fait sentir d'un moyen simple et rapide de déceler la présence de l'acide carbonique et de l'oxyde de carbone dans l'air.
On possédait bien divers petits appareils, assez pratiques pour indiquer la présence de l'acide carbonique, mais, jusqu'à présent, on n'avait rien de semblable pour l'oxyde de carbone, bien plus dangereux cependant que l'acide carbonique.
Or, MM. Lévy et Pécoul viennent de présenter à l'Institut un appareil qui permet d'apprécier très simplement les quantités même infinitésimales d'oxyde de carbone pouvant exister dans l'air.
Cet appareil, qui est renfermé dans une caisse peu volumineuse, se compose d'un aspirateur qui permet de faire passer un volume d'air donné sur un tube contenant de l'acide iodique. Le tube est chauffé et l'acide iodique est réduit par l'oxyde de carbone. L'iode est alors mis en liberté et vient barboter dans un flacon contenant du chloroforme. Ce liquide se colore en rose plus ou moins foncé suivant que l'iode mis en liberté arrive plus ou moins abondant.
Ce procédé est très sensible, tout en étant d'une application très commode: il permet de déceler une proportion de 3/100.000 d'oxyde de carbone dans certains lieux habités.
LES SPORTS D'HIVER EN SUISSE.
Sillonnés en tous sens, l'été, par les touristes qu'attire la beauté de leurs sites, les pays de montagnes sont en train, depuis quelques années, grâce à des efforts très intelligents, de devenir presque aussi fréquentés l'hiver: alors, ce sont les amateurs des sports originaux qui leur constituent une clientèle très enthousiaste,--les neurasthéniques, les malades condamnés à la cure d'air demeurant, en tout état de cause, par belle ou vilaine saison, le noyau de cette population flottante, comme disent les statistiques.
Dans la plupart des stations climatériques, on en est arrive à organiser de véritables meetings sportifs, où le patinage, le hockey, les gymkhanas variés, la luge, enfin, jeu national, ont leurs journées.
La photographie que nous donnons, et qui nous est envoyée de Leysin (canton de Vaud), montre le dernier en date des engins de sports à la mode. C'est le _bobsleigh_, perfectionnement de la luge, mais perfectionnement tel que la nouvelle machine ne rappelle pas plus l'ancienne que la yole _outrigger_ des rameurs d'Oxford ou de Cambridge ne rappelle la barque de promenade où s'entassent les familles, le dimanche, sur la Marne ou la Seine. Le bobsleigh est un appareil compliqué, à patins montés sur boggies, préservé à l'avant contre l'envahissement par la neige par une sorte de tablier conique, et pourvu d'un système de direction à volant, semblable à celui des automobiles, une vraie machine pour gentlemen, enfin, et sur laquelle certaines équipes ont atteint des vitesses considérables.
Quelle est la cause de l'appendicite?
A cette question qu'il s'est posée un médecin américain, M. Mitchell, de Chicago, n'entreprend point de répondre directement. Mais il se considère comme étant en état de faire savoir à quoi l'appendicite _n'est pas_ due. Ayant eu l'occasion de faire de nombreuses autopsies de sujets morts de façons diverses, par accident et de maladies variées autres que l'appendicite, M. Mitchell s'est imposé l'obligation d'examiner dans chaque cas l'état de l'appendice. Son idée était de voir si des corps étrangers peuvent se rencontrer dans un appendice sain. Car c'est une opinion assez généralement reçue que l'appendicite a pour point de départ de prédilection la présence d'un petit corps étranger dans l'appendice: c'est là-dessus qu'on a imaginé la théorie qui rattache l'appendicite à l'emploi d'ustensiles de cuisine émaillés, en supposant que des parcelles d'émail peuvent se détacher et aller visiter l'appendice. M. Mitchell a donc soigneusement examiné 1.600 sujets dont il a eu à faire l'autopsie, avec ce résultat que chez 18 de ceux-ci il a trouvé des corps étrangers dans l'appendice. C'étaient des grains de raisin, des grains de plomb, un clou mince, un globule de plomb provenant d'une soudure, un morceau de coquille de noix, une vertèbre de petit poisson, des fragments d'os, des morceaux de pierre. Or, chez ces 18 sujets porteurs de corps étrangers, pas un seul appendice ne présentait la moindre trace d'inflammation. L'appendice était parfaitement sain: il n'avait rien et n'avait rien eu. La conclusion c'est qu'il faut innocenter les corps étrangers de l'appendice: ce n'est pas à leur existence qu'est due l'appendicite. Elle provient d'autres causes.
_Mouvement littéraire._