L'Illustration, No. 3229, 14 Janvier 1905

Part 3

Chapter 33,695 wordsPublic domain

On sait qu'il existe une commission internationale des glaciers qui s'est chargée de la surveillance des montagnes et de leurs glaciers Le but de cette commission est principalement scientifique: il s'agit simplement de savoir si les glaciers augmentent ou diminuent, les variations fournissant des indications sur les tendances générales du climat, sur les probabilités de périodes chaudes ou froides, sèches ou humides; il est en outre intéressant de suivre les variations des glaciers en corrélation avec les études météorologiques qui se font sur l'ensemble du globe. Enfin, les études sur les glaciers présentent un intérêt pratique en indiquant les oscillations probables des sources et des torrents constituant la houille blanche. Chaque année la commission publie un rapport d'ensemble. Celui qui vient de paraître nous fait savoir qu'en Suisse la plupart des glaciers sont en décrue ou stationnaires. Il y en a treize qui présentent une légère crue: trois seuls sont en crue certaine, ce sont trois affluents du Rhône. Dans les Alpes autrichiennes, il en va assez généralement de même: les glaciers qui reculent sont plus nombreux que les glaciers qui avancent. En Dauphiné, d'après M. Kilian, recul général: il y a même des glaciers qui semblent devoir mourir à brève échéance, leur décrue persistant depuis trente et quarante ans. Il est vrai qu'ils pourront un jour ressusciter. Et il en est qui ont la vie dure: les glaciers de Porteras et de la Grande Roche du Lauzou sont quasi morts depuis vingt ans; mais ils n'ont pas totalement disparu encore. Partout il y a recul dans le Dauphiné, et ceci n'est pas encourageant pour les nombreuses industries qui vivent de la force hydraulique.

Il y a eu, de 1860 à 1891, un mouvement de recul très prononcé. Depuis 1893, ce mouvement s'est ralenti, mais il existe toujours. Sans doute, il s'arrêtera avant longtemps pour être remplacé par une crue qui durera un certain nombre d'années.

LA DESTRUCTION DE L'OEUF D'HIVER DU PHYLOXÉRA PAR LE LYSOL.

Est-il possible de maintenir indemnes de l'invasion phylloxérique les vignes non atteintes, aussi bien que les plantations nouvelles? M. Balbiani l'avait autrefois affirmé et de récentes expériences de M. G. Cantin démontrent la légitimité de cette prétention.

En trempant des boutures, avant la plantation, dans une solution de lysol à 1%, et en soumettant chaque année les jeunes plants à une simple pulvérisation effectuée au commencement de mars, après la taille, avec une solution d'eau lysolée à 4%, M. Cantin a obtenu, depuis quatre ans la préservation parfaite de plants français francs de pied. La vigne n'a d'ailleurs nullement souffert du traitement, bien au contraire.

LE CANCER CONTAGIEUX DES SOURIS.

On n'a pas encore trouvé le microbe du cancer, mais tout porte à croire que le cancer est une maladie microbienne et le fait que, chez certaines espèces, on voit se produire de véritables épidémies de cancer est une preuve suffisante de la nature animée de la cause du mal.

Dans l'espèce humaine, la contagiosité du cancer n'est encore que soupçonnée, en dépit de l'existence indiscutable des «maisons à cancer» et surtout de l'expansion du mal dans les grandes villes. Ainsi, à Paris, chaque année, les cas de cancer sont plus nombreux.

Mais il est une espèce, la souris, où le cancer est très fréquent et où l'on observe de véritables épidémies de cancer.

Trois de ces épidémies viennent d'être observées, dont l'une à Buenos-Ayres, par M. Linière, et deux à Paris, par M. Giard et par M. Borel.

Au cours d'une de ces dernières, 20 souris sur 200 furent atteintes.

Comment se transmet la maladie? C'est ce qu'il a été impossible aux observateurs de déterminer.

Il y a quelque dix ans, un expérimentateur, M. Morau, avait pu démontrer que ce cancer des souris est transmissible par des piqûres de punaises. Mais, dans le dernier cas dont il s'agit, ni la nourriture avec des produits cancéreux ou avec des excréments de souris cancéreuses, ni les piqûres d'acariens parasites n'ont paru avoir la moindre influence dans la transmission du mal.

Le problème de la cause du mal et de ses modes de transmission est donc encore sans solution.

LA CRIMINOLOGIE MODERNE.

Un célèbre criminologiste italien, M. Garofalo, dans un ouvrage récent, estime au chiffre de 15.000 à 16.000 le nombre des affaires d'homicide soumises annuellement aux juges d'instruction en Russie. En France, la moyenne annuelle de 1896 à 1900, a été de presque 1.200. En Italie, en 1899, on a dénoncé 3.587 crimes. Au total, le chiffre moyen annuel des condamnés pour meurtre, assassinat, parricide, infanticide et empoisonnement pourrait être évalué à 10.000 pour l'Europe, moins la Pologne, le Caucase et la Turquie. Et l'on sait que les condamnations ne représentent qu'un peu plus du tiers des criminels.

D'autre part, on a calculé que sept nations d'Europe (France, Allemagne, Angleterre, Autriche-Hongrie, Italie, Russie et Espagne) dépensent à elles seules près de 222 millions par an, rien que pour l'entretien des prisonniers et pour l'administration des prisons. Si l'on ajoutait à ces frais ceux des agents de la sûreté, on atteindrait des chiffres énormes.

Par contre, les détenus ne produisent guère que 20 millions de francs, soit le neuvième de la dépense dont ils sont l'occasion.

M. Garofalo, en présence de ces chiffres, pense qu'il y aurait profit à chercher un moyen d'utiliser l'activité mentale des criminels, en les plaçant dans des milieux capables de modifier heureusement cette activité et non, comme on le fait toujours, dans des prisons ou des bagnes, où on les condamne à perpétuité à conserver leur mentalité de criminels.

COMMENT SE PROPAGE L'ANÉMIE DES MINEURS.

On se rappelle que lors du percement du Saint-Gothard les mineurs eurent fort à souffrir d'une maladie qui a conservé le nom d'«anémie des mineurs». Cette anémie était due à la présence d'un parasite, d'un petit ver qui, vivant en troupes nombreuses dans l'intestin, déterminait rapidement un état d'anémie très prononcé et très persistant. On reconnut bientôt que ce parasite se propageait par l'eau de boisson et, pour éviter qu'il se répandit davantage, on veilla à ce que l'eau potable ne pût être contaminée par les déjections des malades. Le mal perdit de son intensité, mais il n'a pas disparu: les sujets atteints le promenèrent à droite et à gauche; ils l'introduisirent dans beaucoup de mines en particulier, où la malpropreté facilita la contagion, et l'on a signalé la présence de l'anémie des mineurs ou ankylostomiase--le parasite porto le nom d'ankylostome duodénal--dans quelques mines anglaises, ces temps derniers. L'ankylostomiase existe aussi dans toute la région du sud des Etats-Unis: elle y est très répandue et c'est à elle qu'on attribue l'apathie et la paresse d'une partie importante de la population blanche de la région du delta du Mississipi. Une découverte intéressante vient d'être faite au sujet de cette anémie. C'est qu'elle ne se propage pas seulement par l'eau de boisson; il ne suffit pas d'être assuré de la pureté de celle-ci pour éviter le mal. Celui-ci peut se prendre par la peau. Vivant dans le sol et dans l'eau, il peut s'introduire sous la peau si celle-ci présente une petite écorchure. Il y a quelques années déjà, un helminthologiste bien connu, M. Looss, avait émis l'opinion que ce mode d'infection devait exister; mais le public médical se montra hostile à cette vue. Tout récemment, un autre investigateur, M. P. Schaudinn, du Comité sanitaire allemand, a repris l'idée de Looss et l'a soumise à l'épreuve, arrivant à ce résultat qu'en effet l'ankylostomiase peut parfaitement se propager par la peau. Des ankylostomes vivants, en contact avec une écorchure, y pénètrent et gagnent l'intestin où ils s'installent. M. Schaudinn confirme, en même temps, les vues d'un médecin anglais, M. Bentley, qui, il y a peu de temps, déclarait que la démangeaison des pieds souvent observée chez les _coolies_, qui, en Assam, travaillent pieds nus dans les plantations de thé, doit être due aux larves d'ankylostomes qui s'introduisent dans les tissus. Ces coolies sont fort malpropres: il n'y a pas de cabinets d'aisances, et, dès lors, les sujets sains, marchant sur le sol et s'y écorchant le pied, ont celui-ci sans cesse en contact avec des ankylostomes évacués par les malades. La contagion est très facile. Et les conclusions de ceci est qu'il faut, pour éviter l'ankylostomiase là où il y a des sujets malades, surveiller sa peau aussi bien que sa bouche et éviter tout contact externe avec l'eau et le sol, du moment où l'on a une écorchure, si légère soit-elle.

_Mouvement littéraire._

_Les Charmes_, par M. Catulle Mondes (Fasquelle, 3 fr. 50).--_Chansons des enfants du peuple_, par Xavier Privas (Rueff, 3 fr. 50).--

_Poésies de France et de Bourbon_, par Maurice Olivaint (Lemerre, 3 fr. 50).--_Contes anciens_, par Charles Callet (Lemerre, 3 fr. 50).

Les Charmes.

Langueurs, mélancolies, rêves d'avenir, retours sur le passé, sollicitudes,-tout ce qui remplit une âme aimante déborde dans les vers de Mme Mendès. C'est tout elle-même, c'est tout le trésor fort riche de ses sentiments qu'elle a répandu en ces poésies à la fois émues et subtiles. J'ai le culte des classiques; peut être parfois Mme Mendès affecte-t-elle de les dédaigner, de s'éloigner de leur claire et ferme simplicité. Mais comment ne lui pardonnerait-on pas de ne point partager nos principes littéraires? Elle nous séduit par sa musique singulière, par les notes fines qu'elle trouve pour exprimer tout ce qu'elle ressent, tous ses songes intérieurs. Pas de banalité, pas de lieux communs; avec des tours et des expressions bien à elle, elle dévoile son âme exquise. La plupart des poètes se ressemblent: ils nous chantent la chanson commune, la petite déclamation ordinaire sur l'amour. Ici, c'est un air nouveau que nous entendons; c'est tout un pays merveilleux et intime qui se découvre. _Pluie en avril_ me semble une des plus ravissantes pièces des _Charmes_:

Hier, sur le jardin, le temps était si clair. L'air était si fragile avec ses fraîcheurs douces Glissant jusques au tronc parmi les jeunes pousses, Il faisait si charmant de clair espoir, hier!

Il était si tentant au bord de la nature, Il semblait si facile et si cher de venir, A travers le printemps, rêver de l'avenir Avec ce coeur épris de divine aventure!

C'était l'instant subtil où tout est si léger, Le soleil, les oiseaux, les fleurs de toutes sortes, Qu'il n'est pas nécessaire aux tiges d'être fortes, Que l'herbe a l'air d'attendre et le mur de songer,

L'instant frais et subtil où le bonheur lui-même, Innocent de savoir et de joie ennobli, N'est fait que de douceur, de grâces et d'oubli... Et ce m'était léger de penser que je t'aime.

Mais tout s'est obscurci, mais il pleut ce matin. Dans l'horizon brouillé plus rien ne se dessine, Une eau lourde et glacée accable la glycine, Un jasmin se détache et défaille soudain...

Quelle main de dieu morne épand ce crépuscule Avec son voeu malsain, sournois, appesanti? Quelque chose est fini du printemps averti, Quelque chose est Uni de mon bonheur crédule...

Tout cela fait songer à une eau limpide et divine qui, tout irisée des rayons du soleil, sort d'une fontaine, en léger filet, mais vient de loin, des profondeurs de la terre. Les vers si joliment nuancés de Mme Catulle Mendès partent de son âme profonde, légèrement agitée par l'inquiétude.

Chansons des enfants du peuple.

M. Xavier Privas a été sacré prince des chansonniers. A Montmartre et au quartier latin, qu'il charme tour à tour, on reconnaît sa maîtrise et l'on s'incline devant lui quand il passe. Ne lui demandez pas de vous dire la vieille chanson française, à la fois sensible, spirituelle et gauloise. Il ne suit pas davantage ses confrères de Montmartre, lesquels brodent quelques vers en argot sur les événements du jour et sur les personnages politiques. M. Privas dédaigne les faciles succès et ne verse jamais dans la caricature. Essentiellement lyrique est sa muse, et parfois même légèrement baudelairienne. Elle s'attendrit sur les gants des défuntes amies, renfermés dans un coffret, et qu'elle visite l'un après l'autre le jour des morts. Les souvenirs tristes, les douleurs de Pierrot et aussi les pures idées, voilà ce qui attire M. Privas. Chose singulière! Il se fait applaudir avec cela du public le plus léger, le plus ami de la joie dans les cabarets où l'on va pour s'amuser. Pas de concession au mauvais goût; il ne sort jamais de sa mélancolie et de sa noblesse; loin de descendre vers la foule et de s'adapter à ses laideurs, il l'oblige à monter vers lui et vers la beauté. Dans _Chansons des enfants du peuple_, lisons d'abord la _Nuit_:

Douce nuit, étends ton suaire Sur les débris des jours mauvais Dont l'automne a jonché la terre; Douce nuit, sois la messagère D'une ère de joie et de paix!

Cache les anciennes souillures Sous ton linceul aux lourds replis, Afin que les heures futures Soient moins pénibles et plus pures Que celles des temps accomplis.

De celui qui pour la justice S'est glorieusement battu Sois la déesse protectrice Et veuille qu'un sommeil propice Répare son corps abattu.

Fais-lui cueillir les asphodèles Du rêve en d'inconnus pays. Afin qu'aux sources immortelles Il puise des forces nouvelles Pour défendre ses droits conquis!

J'ai détaché cette page; le même idéalisme et le même art marquent toutes ces _Chansons des enfants du peuple_, dont M. Privas a écrit la musique en même temps que la poésie.

Poèmes de France et de Bourbon.

M. Maurice Olivaint est magistrat et poète. Que vaut-il comme magistral? Je l'ignore. Je le suppose cependant plutôt débonnaire, n'appliquant pas le Code dans toute sa rigueur, ne se complaisant pas aux désespoirs des condamnés. Sa poésie, en effet, est pleine de douceur et de tendresse; elle décèle un coeur enclin à la mansuétude et à l'attendrissement. Longtemps justicier aux colonies, transporté de l'une à l'autre, M. Olivaint a, dans plusieurs volumes, donné les impressions vives que chaque exil lui a procurées. Nous avons surtout ici ce qu'il a songé à l'île Bourbon. Les splendeurs des contrées brûlantes avec leurs palmiers et leurs arbustes aux larges feuilles ne consolent pas les fils de la France occidentale, lesquels sous les ardents rayons regrettent le soleil plus pâle et jusqu'aux brumes du pays natal. Dans les poèmes où M. Olivaint célèbre la puissante nature de Bourbon, il y a toujours un peu de nostalgie. Et cependant la plus belle page du livre n'a pas trait au pays de Leconte de Lisle, ni à la psychologie de M. Olivaint. Pour l'écrire, le poète s'est isolé de lui-même et de ce qui l'entourait; on dirait une enluminure tombée d'un manuscrit orné par un maître primitif:

Quand la gloire des dieux rayonnait sur le monde La femme, dans l'orgueil d'un prestige exalté Par la lyre et le marbre où revit sa beauté, Se dévoilait sans honte à l'art qu'elle féconde.

Le Verbe surprit home en sa luxure immonde. Néron, persécuteur d'un culte détesté, Traîne au cirque sanglant ta chaste nudité, Vierge vouée au Christ dont la grâce l'inonde.

La crainte de la mort ne trouble point tes yeux. Mais tu croises les bras sur ton sein soucieux D'échapper aux regards que la jeunesse attire.

Et ce geste éperdu qui te vêt de splendeur, Comme une fleur d'amour éclose du martyre, Aux hommes éblouis révèle la Pudeur.

M. Olivaint appartient au Parnasse par le souci de la rime sonore, de la perfection du vers, mais la plupart du temps s'en sépare, par ce qu'il met de sa personnalité, de ses visions particulières, de ses intimités familiales dans ses _Poèmes de France et de Bourbon_. Ce n'est pas un impassible. Leconte de Lisle lui même, infidèle à ses principes, ne se montre-t-il pas constamment avec ses désirs et ses passions dans sa vaste poésie?

Contes anciens.

Ecrit en prose,--en une prose harmonieuse et fastueuse,--le livre de M. Callet ne se peut ranger ni dans la critique, ni dans le roman, ni dans la nouvelle. C'est avant tout une oeuvre d'art pur et de poésie. Député à l'Assemblée de 1871, orateur, écrivain, d'une plume habile et sûre d'elle-même, le père de M. Callet a dirigé son fils vers les lettres, mais sans l'amener à sa forme classique. Sans doute, il n'y a dans _Contes anciens_ aucune tournure pénible, aucune difficile inversion, aucune obscurité, mais partout une magnificence qui n'exclut pas toutefois la précision et la préciosité du mot, et qui n'est pas là non plus pour cacher l'absence de l'idée. M. Callet est somptueux, mais cherche avec autant de soin les pensées neuves que les nouvelles couleurs. Je ne sais quoi de désillusionné, un pessimisme parfois un peu amer donne une saveur âcre aux _Contes anciens_. Rien ne relève la poésie comme le désenchantement. Qui est content de tout et qui rit toujours ne sera jamais un poète.

Je recommande tout particulièrement, dans les _Contes anciens_, la _Bourse d'or_. Avant de donner sa fille à Bomuald, un riche marchand de Hambourg exige que son futur gendre fasse, à travers les peuples, un voyage d'une année et, pour ce, lui remet une bourse d'or. Plus expérimenté, ne fera-t-il pas un meilleur mari? Le pèlerinage accompli et les hommes mieux observés, le jeune homme revient, dépouillé de sa naïve insouciance et de son généreux optimisme; il est grave et triste: «Que ne m'avez-vous accordé cette main, dit-il à son père, quand ma vingtième année vous implorait! Mon coeur était jeune, il s'ouvrait à la vie; les soirs les plus sombres me semblaient des aurores; mon âme était fleurie d'illusions. Vous avez fait tomber les fleurs en m'envoyant par le monde! J'ai étudié les hommes, j'ai vu de près leurs agitations stériles et mauvaises, je n'aime rien de ce qu'ils aiment.»--Dans le conte des _Cheveux blancs_, superbe, violent, abondent les peintures comme celle-ci: «L'empire gémissait sous la domination d'une reine, la terrible Léto. Grande, hautaine, mystérieuse, déjà vieillissante, elle écrasait le monde de son despotisme, broyait toute pensée, toute joie. Malheur à ceux qu'elle voyait passer amoureux des fleurs du chemin, des brises errantes, des sourires posés sur les lèvres des jeunes filles!... Sa volonté dominait tout; ministres, émissaires, soldats rampaient devant la traîne de son vêtement constellé de topazes...» Qui ne sent dans ces lignes, dans les moindres mots de M. Callet un artiste épris de la beauté et singulièrement soucieux et capable de la rendre?

E. Ledrain.

Le premier soin des Japonais, une fois maîtres de cette citadelle de Port-Arthur tant convoitée, devait être d'en préparer la défense. Ils se disposent à y installer une forte station navale. C'est à l'amiral Shibayama, dont nous donnons le portrait que va en échoir le commandement, l'amiral Togo demeurant chargé de protéger la place vers la haute mer.

LOUISE MICHEL

Louise Michel vient de mourir à l'âge de soixante-douze ans. Toujours animée, malgré le déclin de ses forces, d'une toi agissante qui aura soutenu son extraordinaire vaillance jusqu'à son dernier souffle, elle faisait une tournée de conférences dans la région du Midi, lorsque, à Sisteron, elle se sentit terrassée par une congestion pulmonaire; elle exprima le désir d'être transportée à Marseille, chez une amie, Mme veuve Légier; c'est là qu'elle s'est éteinte, le 9 janvier.

L'an passé, au mois de mars, l'intrépide conférencière avait failli succomber, à Toulon, au même mal contracté à la suite des mêmes fatigues. On la crut perdue et les journaux lui consacrèrent prématurément des articles nécrologiques, de sorte que, convalescente, elle eut le singulier privilège de pouvoir lire sa propre oraison funèbre. Ils rappelèrent ses débuts comme institutrice, sa participation active à l'insurrection de la Commune, sa transportation à la Nouvelle-Calédonie à bord de la frégate _Virginie_, où elle eut pour compagnon de route Henri Rochefort; ils montrèrent la «Vierge rouge», après bien d'autres vicissitudes, continuant à prêcher l'évangile révolutionnaire, à pousser jusqu'au fanatisme exalté le culte de l'utopie; ils dirent aussi ses qualités de coeur et sa proverbiale charité... Mais une réaction inespérée s'opéra: la mort devait faire à la patiente crédit de quelques mois.

C'est de l'époque de cette première maladie que date l'intéressante photographie reproduite ici et qui, exécutée pour _l'Illustration_, représente Louise Michel ayant à son chevet sa fidèle amie Charlotte Vauvelle et le docteur Bertollet. Une des épreuves de cette photographie est entre les mains de M. Rochefort, auquel la malade l'adressa avec la dédicace suivante: «De la _Virginie_ à la mort, à travers les noirs remous de la vie, la même amitié dure toujours.--A Henri Rochefort, Louise Michel.--Toulon, 14 avril 1904.»

M. PAUL BOURGEOIS

Le docteur Paul Bourgeois qui, au Palais-Bourbon, a présidé la première séance de la session, en qualité de doyen d'âge, est né en 1827; il achèvera au mois de mai prochain sa soixante-dix-huitième année.

Son allocution d'ouverture débute en ces termes: «Mes chers collègues, une Chambre républicaine radicale socialiste, présidée par un Vendéen, un Vendéen resté royaliste, vous le reconnaîtrez, la chose n'est pas banale.»

On ne saurait mieux préciser l'originalité de cette présidence éphémère. Ajoutons que M. Paul Bourgeois, élu représentant à l'Assemblée nationale le 8 février 1871, occupe sans interruption son siège de député depuis trente-quatre ans.

M. ADRIEN ARCELIN

On vient de faire à Saint-Sorlin (Saône-et-Loire) des obsèques émues à M. Adrien Arcelin, que l'Académie de Mâcon,--l'une des plus vénérables sociétés savantes des départements,--à la veille de célébrer le centenaire de sa fondation, avait, par acclamations, rappelé au fauteuil de la présidence, tenant à avoir à sa tête, pour cette solennelle commémoration, le plus éminent de ses membres. M. Arcelin était originaire de Fuissé (Saône-et-Loire), il avait passé par l'Ecole des chartes et quelque temps avait été archiviste du département de la Haute-Marne. Mais son amour de l'indépendance, sa passion pour le travail libre, ne s'accommoda guère de ces fonctions administratives, qui lui prenaient le meilleur de son temps et paralysaient son initiative personnelle, il revint au pays natal et put donner libre carrière à son goût pour les études d'archéologie, de préhistoire et d'anthropologie qui furent la grande passion de sa vie.

M. Arcelin a apporté à l'étude du Mâconnais préhistorique d'importantes et décisives contributions.

Esprit infiniment distingué, âme excellente, M. Adrien Arcelin fut l'un de ces savants trop modestes comme en abrite beaucoup la province, et qui font davantage, sans bruit, pour la gloire durable de leur petite patrie, que les batteurs d'estrade et les rhéteurs à voix d'or et à grands gestes, dont pullule le monde.

LE DUEL BREITTMAYER-LUSCIEZ

Une erreur s'est glissée dans le bref compte rendu que nous avons publié la semaine dernière. D'après le procès-verbal des médecins, M. Lusciez n'a été, à aucun moment, «atteint à l'aisselle droite», et la crampe ou contracture des muscles de l'avant-bras qui l'a empêché de continuer le combat était «sans relation avec une piqûre superficielle n'ayant pas même traversé la peau». Ces détails ont leur importance dans un duel entre escrimeurs émérites.

LES THÉÂTRES