L'Illustration No. 3228, 7 Janvier 1905
Part 3
Un observateur américain assure que peu de bêtes sont aussi éprises de la vie que le sont les guêpes. On peut leur couper l'abdomen sans qu'elles paraissent en éprouver une émotion quelconque. Tandis que l'abdomen gît inerte sur le sol--et vraiment on ne saurait lui reprocher son inertie, puisqu'il n'a rien qui puisse lui servir d'organe de locomotion--le reste du corps, formé de la tête, du thorax, des ailes et des pattes, va voleter de droite et de gauche comme si rien ne s'était passé. Et il continue de la sorte pendant deux et trois jours. Mais, pour obtenir ce résultat, il faut couper à la taille exactement à l'endroit où se soudent l'abdomen et le thorax. Si l'on coupe en travers de l'abdomen, la mort est immédiate, ou peu s'en faut. On observe des faits analogues chez les fourmis. Des fourmis coupées en deux à la taille continuent à circuler, à se nourrir et à faire tout leur métier de fourmi; et il leur arrive de survivre plus longtemps que ne font les guêpes. Elles ont, en outre, une remarquable résistance à la submersion et à l'inanition. Une fourmi peut rester noyée huit jours et sortir de l'eau en état de reprendre ses esprits et ses travaux; une fourmi peut vivre jusqu'à cent jours sans rien manger. Enfin, une fourmi décapitée a vécu quarante et un jours, se promenant et s'agitant, mais sans manger, naturellement, et sans pouvoir faire grande besogne.
La houille blanche en Europe.
La production de l'électricité par les forces hydrauliques a atteint les chiffres suivants dans les principaux pays du monde: Etats-Unis, 627.000 chevaux; Canada, 228.000; France, 162.000; Italie, 210.000; Grande-Bretagne, 12.000; Suisse, 133.000; Allemagne, 81.000; Suède, 71.000; Autriche, 16.000; Russie, 10.000; Japon, 3.500: Indes, 7.000, etc.
Au total, c'est une production de 1.500.000 chevaux, en nombre rond. Si l'on estime la production totale réelle à 2 millions de chevaux, on voit que cette production représente actuellement le double environ du travail produit par la vapeur dans la Grande-Bretagne et l'Irlande.
La France vient au quatrième rang pour l'ensemble et au deuxième rang des pays du vieux monde.
Le commerce extérieur des automobiles.
Le commerce des automobiles en 1903 a produit 1.267.000 francs à l'importation et 50.837.000 francs à l'exportation. En 1898, les chiffres correspondants étaient de 395.000 et 1.749.000 francs. Enfin, pour les six dernières années, l'importation a donné 4.396.000 francs et l'exportation 112.265.000 francs.
Les importations nous viennent surtout d'Allemagne et nos principaux envois vont en Angleterre. En 1903, ces derniers ont dépassé la somme de 31 millions et demi.
Notre commerce avec l'Italie ne montre aucun progrès.
Le centenaire de Sainte-Beuve à Lausanne.
Les hommages posthumes n'auront pas manqué à Sainte-Beuve pour son centenaire. Des écrivains lui ont érigé sous la forme du livre une sorte de monument littéraire; un groupe d'hommes d'élite a fait placer sur la façade de sa maison natale, à Boulogne-sur-Mer, l'effigie dont nous avons donné récemment la reproduction; la fidélité au culte de l'illustre critique à qui son oeuvre survit s'est manifestée hautement même hors de nos frontières.
Le 23 décembre dernier, date exacte du centième anniversaire de sa naissance, on inaugurait à Lausanne, en son honneur, une plaque commémorative scellée à la façade de l'université. Cet édifice, en effet, abritait jadis l'académie où, en 1837, Sainte-Beuve vint professer un cours public dont la matière n'était autre que la documentation préparatoire de sa fameuse histoire de Port-Royal. La plaque est due au sculpteur Raphaël Luglon, qui s'est inspiré du médaillon de David d'Angers; les frais d'exécution ont été couverts par une souscription à laquelle ont pris part MM. Jules Claretie, Albert Sorel, Paul Deschanel, de l'Académie française; le programme de la cérémonie d'inauguration comportait une séance académique et un banquet, au cours desquels les sentiments de communauté intellectuelle entre la Suisse et la France ont trouvé une nouvelle occasion de s'affirmer.
_Mouvement littéraire_.
_Mémoires du duc de Choiseul (Plon, 7 fr. 50).--Souvenirs du comte de Plancy_, publiés par son petit-fils, le baron de Plancy (Ollendorff, 7 fr. 50).--_Histoire de la France contemporaine_, par Gabriel Hanotaux, t. II (Combet, 7 fr. 50).
Mémoires du duc de Choiseul.
Etienne Charavay avait trouvé les _Mémoires_ de Choiseul, sous forme de lettres, dans la collection Feuillet de Conches et avec M. Jules Flammermont en avait préparé la publication. Mais c'est M. Fernand Calmettes qui les met sous nos yeux, en les enrichissant de notes érudites. Le duc de Choiseul, né le 28 juin 1719, eut des fortunes diverses. Il prit du service dans l'armée de l'empereur et fit la campagne de Hongrie (1739). Plus tard, en 1744, après s'être jeté là où le portait son tempérament, c'est-à-dire dans les plaisirs, il fut attaché aux expéditions du prince de Conti, ce qui lui fit prendre en haine le maréchal de Saxe, dont il relève la morgue, l'insolence et les fautes militaires. Malgré ces tentatives de jeunesse, la guerre n'était pas précisément l'affaire principale du duc de Choiseul, jouisseur avant tout et fin diplomate. En mauvais termes d'abord avec Mme de Pompadour, il en fit la conquête, en l'éclairant sur certaine tendresse dangereuse du roi pour Mme de Choiseul-Beaupré. La favorite lui en sut le meilleur gré, en même temps que Louis XV, pour le même motif, le prenait en aversion. Mais si puissante était Mme de Pompadour qu'elle triompha des résistances royales et fit de Choiseul un ambassadeur à Rome, puis à Vienne (mars 1757), avant de l'élever au rang de ministre des affaires étrangères (7 décembre 1758).
S'il en fallait croire les contemporains, la marquise, en amitié seulement avec Louis XV depuis 1652, aurait eu des bontés pour Choiseul. Après une excellente administration et des efforts pour relever la marine nationale, de laquelle dépendra toujours la prospérité de la France, le duc tomba du pouvoir en 1770. Mme de Pompadour n'était plus là pour le soutenir. Minée par la maladie, d'une effrayante maigreur, elle s'était éteinte lamentablement, le 15 février 1764. Jeanne Bécu, une fille, mariée au comte du Barry, avait été jetée par un ignoble beau-frère dans les bras du roi, lequel l'avait aperçue, pour la première fois, chez son valet de chambre, Lebel. Le 22 avril 1769, Mme de Béarn avait présenté la nouvelle favorite au roi et à la famille royale. Maupeou, le duc d'Aiguillon et surtout l'abbé Terray, amis de la du Barry, se signalèrent par leur acharnement contre Choiseul, qui fut exilé à Chanteloup et ne put revoir Paris qu'après la mort de Louis XV et grâce à l'influence de Marie-Antoinette, laquelle lui savait gré de l'alliance avec l'Autriche. Perdu de dettes, jusqu'à la fin fastueux et amoureux du plaisir, le duc de Choiseul mourut le 8 mai 1775.
C'est à son envoi comme ambassadeur à Vienne que s'arrêtent ses _Mémoires_ proprement dits; mais M. Fernand Calmettes les a fait suivre d'opuscules du duc qui nous renseignent un peu sur ce qui lui advint dans son ministère et après sa chute. Les intrigues de la cour de Louis XV, intrigues de femmes et de courtisans, sont peintes, avec un esprit infini, par le plus fin des diplomates et le plus au courant des choses. Quels portraits dans ces pages, moins éclatants peut-être, mais aussi vifs que ceux de Saint-Simon! Le roi, dans ses débauches, mêlées de terreurs religieuses, nous apparaît à tout instant. Quel effroi à Metz, quand il se croit mourant et chasse, pour la reprendre, la guérison venue, Mme de Châteauroux! Egratigné par le poignard de Damiens(5 janvier 1757), il s'enferme neuf jours dans son lit et refuse de voir Mme de Pompadour, ce qui donne bon espoir aux ennemis de la marquise. Choiseul exécute en deux traits le portrait de M. Rouillé, ministre des affaires étrangères, le prédécesseur de Bernis et le sien: «Tout le monde a connu son imbécillité.» M. de Saint-Florentin «joint au passif des talents un grand actif de friponnerie, de méchanceté basse et sourde; il est peut-être le seul homme dans le royaume qui, à la figure près, a le plus de ressemblance avec le roi.» Ces _Mémoires_ de Choiseul et les opuscules qui les complètent sont pleins de délectation pour le lettré qui connaissait déjà l'esprit du duc en particulier par sa correspondance avec Voltaire. En appendice, M. Fernand Calmettes a encore ajouté de nombreux documents à sa publication principale.
Souvenirs du comte de Plancy.
Ces souvenirs du comte de Plancy sont précédés d'une introduction par M. Frédéric Masson. Bien qu'il soit mort seulement en 1855, à l'âge de soixante-dix-sept ans, M. de Plancy avait disparu complètement de la politique depuis le second retour des Bourbons en 1815. Plus rien ne l'intéressait du monde des vivants; retiré dans son château et dans ses terres de Champagne, attaqué sans raison dans son honneur, il s'était précipité du haut d'une de ses tourelles, le cou déchiré par un rasoir, mais sans trouver la mort, car des branches bienfaisantes avaient atténué sa chute. Tout jeune il avait, après Brumaire, fréquenté Barras, dans sa plaisante retraite de Grosbois, égayée par des intrigues amoureuses et agitée par des conspirations politiques. Là il vit Thérèse Cabarrus ou Mme Tallien,--Tallita dans l'intimité. «Rien n'égalait sa beauté lorsqu'elle apparaissait dans une simple robe de mousseline que retenait négligemment une ceinture. Aspasie ne devait pas être plus belle: son port, son ensemble et ses formes étaient d'une déesse.» Tallien, au contraire, l'homme de Thermidor, avait une contenance timide et embarrassée. Le jeune comte de Plancy épousa la fille de Lebrun, le troisième consul, plus tard architrésorier de l'Empire, homme prudent entre tous. Préfet de la Doire en Piémont, M. de Plancy devait terminer sa carrière publique dans la préfecture de Seine-et-Marne. On a versé dans ce volume de souvenirs toute sa correspondance administrative. Nous avons là, dans des documents précieux, un tableau du gouvernement de la province sous l'Empire et de tout ce qui regardait alors un préfet, personnage presque universel. A la première invasion, Seine-et-Marne souffrit étrangement. Quelles réquisitions I Quelles luttes avec les soldats étrangers! Les Bourbons maintinrent dans son poste M. de Plancy; mais, après les Cent Jours, il n'échappa à la proscription que grâce à la protection de M. Decazes. Singulière époque! M. Decazes lui-même, juge à la Cour d'appel, avait condamné des gens pour avoir, sous l'Empire, crié: «Vive le roi!» et sous la royauté: «Vive l'empereur!» A Fontainebleau, M. de Plancy avait été embrassé par Napoléon; il avait, peu de temps avant cette accolade, diné dans le même palais avec le comte d'Artois. La masse de sa correspondance est avec M. de Montalivet, ministre de l'empereur, et une partie avec l'abbé de Montesquiou, ministre de Louis XVIII. Anecdotes piquantes et surtout lettres et matériaux pour l'histoire: voilà ce que fournit le volume de M. de Plancy.
Histoire de la France contemporaine.
M. Hanotaux n'écrit rien qui n'intéresse vivement le public. Sa valeur personnelle, la haute situation qu'il a occupée donnent à tout ce qui sort de sa plume un attrait singulier. Après avoir narré la vie du cardinal de Richelieu, il s'est attaché à _l'Histoire de la France contemporaine_, dont le tome deuxième vient de paraître. Nous avions déjà une _Histoire contemporaine_, fort documentée, de M. Samuel Denis, conduite jusqu'à l'échec de restauration monarchique de 1873 et jusqu'à l'établissement du Septennat. Comme dans son premier volume, M. Hanotaux, dans le second, côtoie un peu l'oeuvre de son prédécesseur. Le livre commence à la chute de M. Thiers. (24 mai 1873) et à l'élection à la présidence de la République du maréchal de Mac Mahon avec M. le duc de Broglie vice-président du conseil et chef réel du gouvernement. Que voulait la droite? Que voulaient ceux qui avaient renversé M. Thiers? Préparer la restauration de la monarchie. On sait comment le dessein échoua. Le comte de Chambord, dans une première lettre du 5 juillet 1873, affirma sa résolution de ne pas se séparer du drapeau blanc. Malgré cette manifestation, le comte de Paris se rendit en août à Frohsdorf, où s'opéra non la fusion, mais la réconciliation familiale. Les groupes de droite nommèrent un comité de neuf membres, chargé de préparer le retour; et, plein de confiance, M. Chesnelong se rendit auprès du comte de Chambord, persuadé qu'il le ferait revenir sur sa détermination.
Sous les paroles polies, le messager ne saisit pas tout ce que le prince cachait d'inflexibilité: il rentra triomphant... la monarchie était faite. Déjà les carrosses du roi étaient commandés chez Binder, quand le 30 octobre 1873, par une parole nette et éclatante, le comte de Chambord réduisit à néant toutes les espérances. Dans sa subtilité le duc de Broglie imagina de proroger pour sept ans les pouvoirs du maréchal. Le Septennat, en attendant de meilleurs jours, offrait dans sa pensée, non pas une demeure permanente, mais un abri provisoire. Il fut voté le 19 novembre 1873. Que le comte de Chambord ait voulu, par sa persistance à maintenir le drapeau blanc, se soustraire au fardeau de la royauté, nous ne le pensons pas. Il avait, à un degré trop marqué, le sentiment de sa prédestination. Aussi vint il _incognito_ à Versailles et demanda-t-il au maréchal une visite que celui-ci n'accorda pas. Voilà quels événements constituent le fond principal du tome II de M. Hanotaux. Chemin faisant, l'historien s'exerce aux portraits, à celui du duc de Broglie, de Léon Gambetta, du duc Decazes qui fit partie du second ministère de Broglie (26 novembre 1873). Le tableau de la prospérité industrielle et agricole de la France et de son épanouissement littéraire, scientifique et artistique, est tracé largement.
Peut-être des esprits mal faits reprocheront-ils à M. Hanotaux certaines erreurs fort légères: il nous montre, par exemple, Gambetta, avide de savoir, le cherchant partout, écoutant à Notre-Dame le père Gratry. Le père Gratry, à la voix faible, ne se produisait que dans de petites chapelles. M. Renan, nous dit-il «avait joué sa conception religieuse... sur l'authenticité d'un palimpseste». Je ne vois pas trop ce que les palimpsestes, manuscrits à deux écritures superposées, viennent faire ici.
Pour M. Hanotaux, Taine--laborieux, à la phrase travaillée,--est «un esprit spontané». Mais pourquoi relever ces menus détails dans cette histoire entraînante, rapide, racontée d'autant mieux que son auteur a fait lui-même de l'histoire? Aimable, envers tous, M. Hanotaux possède, parmi beaucoup d'autres, la première qualité de l'historien, qui est la sereine impartialité.
E. Ledrain.
LE NOUVEL AMBASSADEUR DES ÉTATS-UNIS Le général Horace Porter, qui représentait les Etats-Unis auprès de la République française depuis 1897 et dont la physionomie était si sympathique aux Parisiens, va quitter son poste le 4 mars prochain. Il doit être remplacé par M. George von Lengerke-Meyer, actuellement ambassadeur à Rome.
Né à Boston, la ville intellectuelle des Etats-Unis, M. George von Lengerke-Meyer appartient à une excellente famille d'origine germanique. Il compte parmi les brillants élèves de la fameuse université de Harvard. Ancien membre de la législature de l'Etat de Massachusetts, c'est l'un des plus jeunes membres du corps diplomatique américain. Directeur de plusieurs compagnies financières et industrielles, il possède une immense fortune. Il a la réputation d'un sportsman passionné.
PIERRE MAEL
M. Charles Causse, le romancier connu sous le nom de Pierre Maël, vient de mourir à l'âge de quarante-cinq ans, emporté, malgré sa vigueur peu commune, par une attaque de grippe infectieuse. Il s'était destiné à la marine; mais, à la suite d'une chute grave qu'il fit étant aspirant et qui lui laissa une claudication irrémédiable, il avait été réformé. Après avoir rédigé pendant quelque temps le courrier parlementaire à la _Gazette de France_, il abandonna le journalisme pour la carrière littéraire.
Une de ses premières oeuvres, le _Torpilleur 29_, marqua le commencement de sa réputation. Il devait conserver la faveur du public en produisant régulièrement de nombreux romans, où à une imagination très vive s'allient la faculté descriptive et des qualités d'observateur.
Il est juste de constater que, sous le pseudonyme de Pierre Maël, M. Causse a écrit la plupart de ses ouvrages en collaboration avec M. Charles Vincent, lequel, par traité en bonne et due forme, hérite en toute propriété de cette signature sociale. Ainsi, Pierre Maël survit à lui-même et, chose plus curieuse encore, il peut vivre éternellement, rien n'empêchant une série indéfinie d'écrivains de se léguer entre eux sa personnalité littéraire et ses droits jusqu'à la consommation des siècles.
LE CARDINAL LANGÉNIEUX
Le cardinal Langénieux, archevêque de Reims, a succombé le 1er janvier, dans son palais archiépiscopal, à la maladie de coeur dont il souffrait depuis longtemps et qui s'était aggravée au cours d'un voyage récent à Rome. Il était âgé de quatre-vingts ans.
Né à Villefranche-sur-Saône (Rhône) en 1824, ordonné prêtre à Saint-Sulpice en 1850, il fut vicaire à Saint-Roch, devint curé de Saint-Ambroise en 1863 et de Saint-Augustin en 1867. Après avoir été quelque temps vicaire général de l'archevêché de Paris, il était appelé à l'évêché de Tarbes en 1873 et, deux ans plus tard, à l'archevêché de Reims; il reçut la pourpre cardinalice en 1886.
Durant sa longue carrière, Mgr Langénieux montra de remarquables qualités d'administrateur, auxquelles il joignait une parfaite urbanité; c'était un de nos prélats les plus en vue et les plus dévoués au Saint-Siège, toujours prêt à protester contre les actes du pouvoir civil, comme il le fit naguère lors de l'expulsion des congrégations. Il pratiquait en outre brillamment l'éloquence de la chaire.
LE DUEL BREITTMAYER-LUSCIEZ
Voici encore un duel sensationnel, en ce qu'il mettait aux prises deux escrimeurs renommés: MM. Georges Breittmayer et Lusciez. Provoqué par des attaques dirigées dans la presse contre M. Breittmayer, il devait être plus extraordinaire encore, puisque celui-ci devait se rencontrer aussi, avec un second adversaire, M. Willy Sulzbacher, non moins fameux dans le petit monde des armes.
C'est l'établissement Chéri, à Neuilly, qui avait été choisi comme lieu de la rencontre le 31 décembre. Les curieux, naturellement, avaient devancé les combattants, afin de ne rien perdre du spectacle. Et c'est en vain que MM. Breittmayer, Lusciez et Sulzbacher avaient stipulé, dans les procès-verbaux préliminaires de la rencontre, qu'aucun spectateur ne serait admis. On a dû transiger: la galerie a abandonné le terrain même du duel, le ring. Mais on l'a logée dans des appartements voisins; les plus intrépides se sont juchés sur le toit, sur le siège de leurs voitures.
Ils ont assisté à de belles passes d'armes. M. Breittmayer, d'abord atteint légèrement à l'angle interne de l'oeil gauche, puis à l'avant-bras, demandait à continuer le combat et blessa à son tour M. Lusciez à l'aisselle droite. Le combat reprit de nouveau jusqu'au moment où M. Lusciez, pris d'une crampe, fut impérieusement contraint de s'arrêter.
Les quatre témoins et l'arbitre M. Chevillard, considérant le caractère particulièrement acharné de la rencontre et rendant hommage à la bravoure et à la correction des deux adversaires, intervinrent alors auprès d'eux pour les réconcilier. M. Lusciez et M. Breittmayer se réconcilièrent et M. Sulzbacher suivit galamment cet exemple et serra à son tour la main de M. Breittmayer.
Mme LARDIN DE MUSSET
Mme Lardin de Musset vient de s'éteindre à Paris, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
Soeur du poète célèbre, pour qui elle éprouvait une très vive affection, elle avait vécu auprès de lui; aussi était-elle mieux que personne renseignée sur les faits se rattachant à la biographie intime de son frère. Sa mémoire, demeurée fidèle jusqu'à l'extrême vieillesse, abondait en souvenirs qu'elle aimait à évoquer devant les visiteurs amis, séduits par le charme de sa conversation. Elle possédait en outre des papiers fort intéressants dont la communication faite de la meilleure grâce du monde à des écrivains contemporains, notamment à notre excellent confrère Adolphe Brisson, leur fut une précieuse contribution pour des études anecdotiques et littéraires.
Parmi les reliques qu'elle gardait pieusement, il faut signaler un portrait d'Alfred de Musset, copie de l'original par Laurelle, et des albums de caricatures paysannes que l'auteur des _Nuits_ s'amusait à croquer, lorsqu'il allait visiter sa soeur en Touraine.
Mme Lardin de Musset était la mère du préfet actuel d'Indre-et-Loire.
L'ILLUSTRATION THÉATRALE Nous publierons avec nos prochains numéros: ILE BERCAIL... pièce en trois actes, de M. Henry Bernstein, le grand succès du théâtre du Gymnase; LA CONVERSION D'ALCESTE, de Georges Courteline, que va jouer la Comédie-Française; L'INSTINCT, de M. Henry Kistemaeekers, en répétition au théâtre Molière; LA MASSIÈRE, de M. Jules Lemaître, dont la première représentation est imminente au théâtre de la Renaissance.
LA PÉNÉTRATION PACIFIQUE, par Henriot.
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