L'Illustration, No. 2512, 18 Avril 1891

Part 2

Chapter 23,499 wordsPublic domain

«Communard en disponibilité». Enfin les fantaisistes: «Vétérinaire des chevaux de bois» ou «ancien officier... d'académie».

Tout cela est innocent. Mais comment s'en accommodent les statistiques officielles? Il doit y avoir du déchet.

* * *

Le recensement est pourtant chose sérieuse, car c'est sur cette opération que sont basées un grand nombre de prévisions gouvernementales. Et d'abord l'électorat. Le nombre des électeurs en France est connu d'après ces listes et le nombre des députés varie par suite dans chaque département; puis le nombre des conscrits, puis aussi le rendement des impôts indirects qui croissent avec la population, puisqu'ils sont fondés sur le nombre des consommateurs. Le tabac, l'alcool, rapportent d'autant plus au trésor que le chiffre des citoyens est plus élevé.

Les tables d'assurances sur la vie ont pour assiette la longévité moyenne des habitants d'un pays et cette moyenne c'est le recensement qui permet de l'établir. Ne nous rajeunissons donc pas trop, car si la vie moyenne est courte, les primes d'assurances en vue d'un capital payable à la mort de l'assuré seront plus élevées.

Enfin au point de vue de la moralité dans son expression la plus haute--l'accroissement de la population--les résultats du dénombrement ont une importance essentielle. La victoire, non seulement militaire, mais industrielle, restera aux nations les plus nombreuses. C'est le recensement qui nous permettra de tirer notre horoscope pour la grandeur, l'avenir et la sécurité de la France.

Le recensement donne donc la formule même de la situation matérielle et morale d'un pays. Il fournit au statisticien, aussi bien qu'au philosophe, matière à déductions. C'est l'avenir qu'il recèle dans ses multiples calculs. Il est l'échelle où se mesure le degré de vitalité et de civilisation d'un peuple. Pardonnons-lui dès lors ses petits ennuis en faveur des utiles enseignements qu'il nous apportera.

X...

L'APADANA D'ARTAXERCÈS MNÉMON

AU LOUVRE

Lors de l'ouverture du musée des antiquités persanes au Louvre, nous avons raconté comment la mission Dieulafoy avait pu, du fond du golfe Persique, parvenir jusqu'à Dizfoul, ville située non loin de l'emplacement de Suse, l'une des capitales de l'ancien empire perse. Nous avons également dit comment, surmontant toutes difficultés ou en dépit du dangereux contact de populations superstitieuses et pillardes n'admettant qu'à grand peine l'autorité du schah de Perse, la mission avait fouillé le tumulus formé par l'amoncellement des débris de palais successivement écroulés les uns sur les autres et avait eu l'heureuse fortune de rapporter en France des épaves de l'art persan aux époques des Darius et des Artaxercès. Ce musée de la Susiane vient de se compléter par une restauration sur échelle réduite de l'_Apadâna_ ou salle du Trône, construite au cinquième siècle avant le Christ, sous le règne d'Artaxercès Mnémon, fils de Darius II, le frère et le vainqueur du jeune Cyrus tué à Cunaxa, malgré l'aide d'un contingent grec parmi lequel se trouvaient les dix mille de Xénophon.

L'Apadâna faisait partie de ce que M. Dieulafoy appelle l'acropole ou cité royale de Suse, dont nos lecteurs ont un plan sous les yeux. Cette cité se composait: au nord d'une citadelle semi-circulaire; au nord-ouest, d'un réduit ou ensemble de défenses appelé le Donjon; à l'ouest, du palais proprement dit et du harem, habitations du roi, de ses femmes et de la cour; enfin, au sud, de la salle du Trône ou Apadâna. Ces diverses constructions s'élevaient sur un plateau factice de briques et de terre et dominaient l'immense plaine de la Susiane, dont nous donne l'aspect le panorama peint par M. Jambon pour encadrer la reproduction de l'Apadâna. Tout cet ensemble de palais et de défenses se trouvait enfermé dans une triple enceinte d'épaisses murailles de briques crues se dominant de l'extérieur à l'intérieur, flanquées de tours à créneaux et à mâchicoulis très rapprochées les unes des autres et précédées de deux fossés. Les trois murailles et leurs fossés présentaient une largeur de quatre-vingt-dix mètres et circonscrivaient un espace de seize hectares. Un point à remarquer en examinant le plan du système défensif de l'acropole de Suse, c'est qu'il réalisait déjà les divisions de l'architecture militaire de notre moyen-âge, avec ses tours, ses avancées, ses détours, ses flanquements, ses chiennes, ainsi qu'on le dit encore aujourd'hui, devant rendre difficile l'accès de la place et la marche de l'assaillant en cas de surprise.

L'Apadâna, que notre dessinateur a représenté dans le paysage du temps, c'est-à-dire s'élevant au milieu de jardins plantés de sycomores et de palmiers, végétant sur le sol artificiel de l'acropole, était affecté à la vie officielle du roi. Là il recevait les ambassadeurs, donnait ses audiences et, à certaines époques de l'année, se montrait au peuple. Il avait, ainsi que l'a indiqué une inscription, remplacé l'Apadâna de Darius 1er, le vaincu de Marathon, brûlé et renversé sous le règne de Xercès, le vaincu de Salamine. L'édifice formait un vaste quadrilatère orienté aux quatre points cardinaux, bâti sur un soubassement de 18 mètres de hauteur, mesurant 108 mètres de longueur sur environ 93 de largeur; il se trouvait constitué par quatre pylônes d'angle, à hautes et épaisses murailles de briques, ne présentant d'ouverture qu'à leur base, mais couronnés par une frise de faïence sur le fond de laquelle se détachaient en bas-reliefs des lions héraldiques polychromes. Entre les pylônes, à l'est et à l'ouest, régnaient deux portiques à double rang de six colonnes séparés de la salle du trône par une muraille percée de portes libres au-dessus desquelles régnait la grande frise des archers dits Immortels, dont le musée possède de si beaux exemplaires. Au nord, le portique était semblable, mais limité par un plus fort relief de pylônes.

Le côté du sud, celui que représente notre dessin, est, à proprement parler, la vraie façade de l'Apadâna. La salle s'ouvre directement, l'oeil peut embrasser toute la longueur des sept nefs et l'effet de ces trente-six colonnes est merveilleux, que l'on regarde de face ou de trois quarts.

De ce côté, les colonnes cannelées, au nombre de six, hautes de 21 mètres, de 1 mètre et demi de diamètre à la base, sont en marbre gris de grain très fin, amené de montagnes situées à environ quarante lieues de Suse; elles partent d'une base carrée pour se terminer en double chapiteau superposés, l'un, l'inférieur, affectant la figure du lotus égyptien avec couronnement de volutes ioniques; l'autre, formé par un groupe de taureaux agenouillés, aux cornes, aux oreilles, aux yeux et aux pieds dorés. Les colonnes des portiques partent d'une base ronde, plus ornementée que celle des colonnes de façade, mais elles n'ont pour chapiteaux que les doubles têtes de taureaux. Cette décoration des chapiteaux était une réminiscence des arts des Égyptiens et des Grecs avec lesquels les Perses du temps des Achéménides se trouvaient en rapports constants, mais les motifs décoratifs en avaient été modifiés suivant le symbolisme et l'instinct national. Sur les chapiteaux de façade reposent les poutres du toit; au-dessus règne une frise à fond de faïence avec lions polychromes comme au sommet des pylônes. Tout cet ensemble de soixante-douze colonnes supportait le plafond en poutres de cèdre, présentant un volume de 3,000 mètres cubes et un poids de 2,000 tonnes de bois de cèdre, qui avaient été traînés, à bras d'homme, du Liban à Suse, c'est-à-dire sur un parcours de 1,800 kilomètres. Ce plafond de cèdre était recouvert d'une couche de terre, et celle-ci protégée par de grandes tuiles plates en terre cuite, avec couvre-joints de même matière. Les autres colonnes de la façade et les ouvertures des portiques étaient fermés par des vélums de tapisseries, mis en jeu par des systèmes de mâts et de cordages. Le sol était pavé de marbre, recouvert de tapis, et la superficie de la salle du trône mesurait 3,000 mètres carrés; celle de tout l'Apadâna, plus de 10,000.

Le trône, d'or et d'ivoire, se dressait vers l'extrémité nord de la salle, caché par des tentures qui s'écartaient pendant un court moment, de telle sorte que le peuple ne faisait qu'entrevoir dans sa pompe mystérieuse et royale le Roi des rois, le Roi Grand, ainsi que l'appellent les inscriptions conservées dans le musée.

Telle était cette salle du trône des souverains Achéménides, restituée par l'étude des diverses substructions, comme par celle des débris ramenés au jour par M. Dieulafoy, et par la comparaison de ce qui subsiste encore avec les textes des auteurs grecs. Pour réaliser des oeuvres d'une telle grandeur, remuer des masses d'un tel volume et les tirer de si loin, les architectes persans n'eurent à leur disposition que les bras des hommes, mais là où pour un effort nous dépensons un quintal de charbon, eux, pour un semblable effort, dépensaient peut-être une vie d'homme.

Paul Laurencin.

NOTES ET IMPRESSIONS

J'appelle peuple tout ce qui pense bassement et communément: le grand monde en est rempli.

Mme de Lambert.

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Nul ne sait ce que c'est que la guerre, s'il n'y a perdu son fils.

Joseph de Maistre.

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Les poètes et les héros sont de même race. Il n'y a entre eux d'autre différence que celle de l'idée au fait.

Lamartine.

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Les femmes sont étonnantes: ou elles ne pensent à rien, ou elles pensent à autre chose.

Alex. Dumas.

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C'est bien peu du mérite de la sincérité, si l'on n'en possède le charme.

Daniel Stern.

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Plus d'un fonctionnaire parvenu à force de ramper croit pouvoir se moquer de la _scala santa_ qu'on ne gravit qu'à genoux.

Paul Masson.

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Il y en a qui protègent pour obliger, et d'autres qui obligent pour protéger. Les premiers seuls ont la bonté pour mobile.

Guy Delaforest.

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Dans ce monde, ç'a été et ce sera toujours la même chose: c'est le cheval qui tire et le cocher qui reçoit le pourboire.

X.

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Trouver les hommes en général sots, méchants, indignes qu'on leur veuille du bien, est un beau prétexte pour se dispenser de leur en faire.

* * *

L'escroquerie a le plus souvent pour complices ceux qui se plaignent d'en être dupes.

G.-M. Valtour.

INSTALLATION DU JUGE DES APPELLATIONS A ANDORRE

(SUITE ET FIN)

La caravane, délicieusement silhouettée maintenant, et plus que doublée, se remet en mouvement et s'engage dans la vallée. De loin en loin quelque maison délabrée, perdue dans les éboulis, ou, sur un roc escarpé, faisant corps avec lui par la forme et par le ton, quelque ruine de château-fort qui autrefois commandait l'entrée du Val.

Tout cela est solitaire et grandiose. Enfin, voici un bourg qui apparaît, bien en lumière: la paroisse de San-Julia. Toute la population est sur pied, sympathique et curieuse avec une pointe goguenarde; nous saluons, on nous répond en riant. Peut-être les «illustres conseillers», qui ne sortent leurs défroques officielles qu'en de rares occasions, excitent-ils plus que nous cette innocente gaieté.

Mais il nous tarde d'arriver à Andorre-la-Vieille, le chef-lieu de la petite république. Encore quelques circuits, quelques montées abruptes, quelques descentes à pic sur les rocs glissants, et, tout à coup, la vallée s'aplanit, s'ouvre en un vaste cirque au fond duquel s'étendent des prairies merveilleusement irriguées. Andorre apparaît dans le lointain, perchée sur un monticule.

A vrai dire, la première impression produite par la vieille cité andorranne est plutôt décevante. Les maisons uniformément grises et d'aspect délabré, construites pour la plupart en pierre sèche, n'ont rien de particulièrement pittoresque; mais cette simplicité même apparaît, après réflexion, comme étant bien en harmonie avec la vie primitive et fruste des habitants, demeurée, à peu de chose près, ce qu'elle était au moyen-âge.

L'absence de routes carrossables et de télégraphe a contribué, tout autant que le régime politique exceptionnel sous lequel vivent les Andorrans, à entretenir le caractère originel de leur race, les particularités frappantes de leur manière d'être et de leur physionomie. Le type est d'ailleurs intéressant à étudier. Ce qui domine dans l'expression du visage, c'est la finesse pénétrante, l'observation curieuse et méfiante. Le regard est perçant, dissimulé sous une épaisse broussaille de sourcils noirs; la bouche est fine et comme fendue par un coup de rasoir; les lignes du front accusent la volonté tenace et expriment plutôt le souci que la sérénité calme. En somme, c'est une race virile et forte que celle de ces montagnards, pâtres, muletiers et chasseurs.

Nous passons trois bonnes journées auprès d'eux, vivant de leur vie, tantôt assis avec la famille, sous le manteau de la cheminée, tantôt participant aux actes officiels de l'installation solennelle qui est le but de notre voyage.

L'assermentation de M. Sicard jurant sur les Évangiles de «respecter et de maintenir les coutumes écrites et non écrites d'Andorre» mérite une mention spéciale. C'est dans le vieux palais des Vallées, qu'elle a eu lieu devant le conseil général assemblé.

La salle des séances communique avec une chapelle par une grande porte à deux battants. Le nouveau juge, après s'être recueilli quelques instants devant l'autel, traverse la double haie des conseillers vêtus de noir, et prononce devant le syndic des vallées la formule sacramentelle.

Dans la pièce à côté, la table est dressée pour un vrai festin de Gargantua, dont le menu invraisemblable contraste avec les habitudes frugales des Andorrans.

Rien de modeste, en effet, comme le repas pris quotidiennement en commun entre deux séances du conseil: un simple bouillon avalé à la hâte, debout, dans le réfectoire. Voilà pour le déjeuner. Entre temps, on se réunit dans la cuisine du Palais, et c'est là, auprès des marmites fumantes, que l'on s'entretient des intérêts de la Vallée, que l'on discute la question du Casino dont un parti fin de siècle voudrait favoriser l'établissement, ou du télégraphe qui, à peine installé, il y a quelques années, avait été violemment détruit par le parti «conservateur». Qui l'emportera dans la lutte engagée à cette heure entre les éléments jeunes, animés de l'esprit moderne, et les vieux Andorrans fidèles au passé? Toutes nos sympathies, nous l'avouons sans réserves, sont acquises à ces derniers.

Eug. Burnand.

HISTOIRE DE LA SEMAINE

Mgr Lavigerie; les Frères armés en Afrique.

Les correspondances de Biskra rapportent que l'inauguration de la première maison fondée par le cardinal Lavigerie a eu lieu le 5 avril dernier et a produit une profonde impression. L'_Illustration_ a publié dernièrement des documents très complets sur les Frères armés d'Afrique, ou plutôt du Sahara: nous n'y reviendrons que pour constater la sympathie témoignée par les populations de l'extrême-sud à ces pionniers, qui sont appelés à leur rendre de si grands services. Cette sympathie est d'ailleurs toute naturelle. C'est pour aider un jour la France à achever, dans le Sahara et le Soudan, l'oeuvre commencée par ses soldats, que les Frères du Sahara forment à Biskra une congrégation. Ils ne font de voeux d'aucune sorte. Ils emploient leur noviciat à s'instruire dans les connaissances spéciales que comporte la culture saharienne; ils se consacrent aux soins des blessés et des malades, et aussi au maniement des armes qui, dans un telle région, leur seront toujours nécessaires pour défendre leur vie et protéger celle des esclaves délivrés qui voudront se grouper autour d'eux dans les centres qu'ils ont créés.

Dans ces conditions, on comprend que la solennité de l'inauguration devait avoir un réel éclat, et, en effet, une foule considérable d'Européens et un nombre plus grand encore d'indigènes étaient venus y assister.

Le cardinal Lavigerie présidait, assisté de l'évêque de Constantine et de plusieurs missionnaires et prêtres africains.

Dans la matinée, le cardinal avait béni les habits des nouveaux Frères, qui les ont aussitôt revêtus. Dans la journée a eu lieu en grande pompe la bénédiction des bâtiments de la maison nouvelle.

L'évêque de Constantine a prononcé à cette occasion une très chaude allocution, dans laquelle il a exprimé en termes, souvent éloquents, son admiration pour cette conception aussi hardie que sainte et patriotique.

Le cardinal a aussi pris la parole. Il a marqué à grands traits les étapes de l'oeuvre de civilisation qu'il poursuivait et à laquelle la dernière institution créée par lui doit faire faire un grand pas. Mais, chose à laquelle on ne pouvait s'attendre, il a profité de cette occasion pour formuler sur les confins du désert une nouvelle déclaration, plus formelle et plus décisive encore que les précédentes, sur l'évolution des catholiques en faveur du régime actuel.

Guillaume II et la marine allemande.--L'empereur d'Allemagne, que nous avons montré tour à tour socialiste, pédagogue, artiste et diplomate, revient à ses premiers instincts, c'est-à-dire à ses instincts militaires. C'est de la marine qu'il s'occupe aujourd'hui et, comme on va le voir, ses projets peuvent avoir une influence sérieuse sur la politique maritime des autres puissances.

En effet, voici les idées qu'a exposées Guillaume II aux officiers qu'il avait convoquas à l'Académie de marine à Kiel.

D'après l'empereur, la marine de l'ancienne confédération germanique était un instrument de défense, et même, à ce point de vue, elle n'a joué qu'un rôle très effacé. En 1870 on a vu des navires français dans la Baltique, une mer fermée cependant; les navires allemands ont été maintenus par ordre dans les ports. Quand le 12 août, les cuirassés français étaient en vue d'Héligoland, l'amiral Jachmann voulait attaquer: un ordre de Berlin vint le lui défendre. Le motif de cette inaction était non seulement la faiblesse numérique de la flotte, mais aussi le manque d'instruction stratégique chez l'état-major.

L'empereur a développé ensuite cette idée que la marine devait adopter désormais, comme principe général, la tactique qui a fait le succès de l'armée prussienne: attaquer, toujours attaquer. «Dans un certain sens, a dit Guillaume II, la tâche de la flotte cuirassée, des canonnières et des torpilleurs, doit être la même que celle de la cavalerie sur terre. A l'exemple d'un corps de cavalerie, une escadre doit concentrer en un seul effort tous ses éléments, chercher le corps à corps et s'efforcer d'anéantir l'ennemi parle choc le plus violent.»

Enfin, d'une façon générale, l'empereur a fait entendre que, dans sa pensée, la flotte aurait à jouer un rôle considérable si la guerre venait à être déclarée et il a ajouté qu'il comptait tout particulièrement sur les marins pour la défense et la gloire du pays. Cette déclaration n'est pas nouvelle, car Guillaume II, comme la plupart des souverains militaires, accorde toujours une place privilégiée au corps d'officiers auquel il s'adresse, l'arme qu'ils représentent étant invariablement celle qui doit avoir le plus d'influence sur le sort des batailles. Mais, en mettant de côté cette petite flatterie, toute de style, et d'ailleurs très excusable, il n'en reste pas moins du discours impérial, que l'Allemagne se prépare à accroître ses forces maritimes.

Depuis 1870, de grands progrès ont déjà été réalisés dans ce sens. On va en faire d'autres, cela est certain, et d'autant plus rapides que les Allemands, ayant eu à créer leur marine de toutes pièces, ne sont pas embarrassés par des traditions quelquefois funestes ou des préjugés invétérés comme dans les autres pays, et ils profitent des expériences coûteuses faites par les autres puissances. Aussi toutes les nations maritimes sont-elles tenues de suivre ce mouvement et de prévoir la nécessité de nouveaux sacrifices, si elles ne veulent pas déchoir de leur rang. C'est ainsi que chaque année devient plus lourde, pour les contribuables de tous les pays, cette charge déjà énorme que cause le système des armements à outrance.

Il y a souvent intérêt à rapprocher les petites choses des grandes, et peut-être y a-t-il lieu de rappeler ici un fait qui est passé inaperçu et qui prouve cependant que l'empereur d'Allemagne se préoccupe des progrès à réaliser dans la marine, sous toutes les formes. L'année dernière, il se faisait recevoir membre du Royal Yacht Squadron, le club nautique le plus aristocratique de l'Angleterre, que préside le prince de Galles. Tout récemment le _Thistle_, un yacht de course célèbre qui a été lutter aux États-Unis pour reprendre la coupe de l'_América_, était acheté par un Allemand dont on ne faisait pas connaître le nom. Or, on affirme que cet acheteur mystérieux n'est autre que l'empereur d'Allemagne en personne. Si la chose est vraie--et elle paraît l'être--ce serait la preuve que Guillaume II comprend cette théorie que rien n'est plus propre à développer le sens marin chez un peuple que la pratique du yachting et surtout du yachting de course. C'est, chez nous, l'opinion de beaucoup de marins d'élite et, entre autres, du plus autorisé de tous, l'amiral Jurien de la Gravière, qui a fait, de la marine dans tous les temps et chez tous les peuples, l'étude de toute sa vie. Il serait curieux que l'empereur d'Allemagne se fût emparé de ces idées et voulût les faire triompher dans son pays, en payant le premier d'exemple.

Nécrologie.--M. Henry Delval, chef du service administratif à Porto-Novo.

Le célèbre Barnum, entrepreneur de spectacles, inventeur de la grande réclame moderne.

Le colonel Mélard, directeur du génie à Perpignan.

Le général Appert, ancien ambassadeur à Saint-Pétersbourg.

POIL ET PLUME

La grande excuse des littérateurs qui exhibent actuellement leurs inventions plastiques au Théâtre d'Application de la rue Saint-Lazare, c'est d'avoir cédé à une pensée charitable: le produit des entrées est en effet destiné à une oeuvre de bienfaisance spécialement professionnelle. Peintres ou sculpteurs, les exposants ne le sont guère, et cela n'a rien d'étonnant, puisque la pratique sérieuse de l'art exige de longues études qu'ils n'ont eu ni la volonté ni le loisir de poursuivre. A deux ou trois exceptions près, la peinture que nous voyons là est de la peinture d'«intentionnistes»: des tableaux pensés et qui n'ont pas voulu sortir de derrière la tête ou bien de timides ébauches que l'auteur considère _in petto_ comme des hardiesses suprêmes défendues aux gens du métier.