L'Illustration, No. 2510, 4 Avril 1891

Part 3

Chapter 33,512 wordsPublic domain

L'infini! l'éternité! L'astronomie contemporaine nous y plonge et nous y noie. Quelle mesure en pouvons-nous prendre? En volant avec la vitesse de l'éclair, nous emploierions des millions d'années pour atteindre les régions où brillent ces univers lointains; mais, transportés là, nous n'aurions réellement pas avancé d'un seul pas vers les limites de l'espace, car l'espace est sans bornes, l'infini est sans mesures, et partout, dans toutes les directions, il y a tant d'univers, tant de soleils consécutifs, que si nous laissions la plaque photographique assez longtemps exposée, elle finirait par se couvrir de points lumineux contigus et serrés au point de ne plus former qu'un ciel d'éblouissante lumière. Car, partout, en quelque point que nous dirigions notre rayon visuel, il y a une infinité de soleils les uns derrière les autres.

Et nous vivons sur l'un de ces mondes, sur l'un des plus médiocres, en un point quelconque de l'immensité sans bornes, éclairés par l'un de ces innombrables soleils, dans un horizon restreint, véritable cocon de ver à soie, ignorant toutes les causes, éphémères d'un instant, nous pénétrant d'une illusoire vue du monde, ne voyant presque rien, d'ailleurs, assez minuscules pour nous imaginer que nous connaissons quelque chose, nous flattant même, avec un béat sentiment d'orgueil, de dominer la nature, fiers d'une illusion prise pour la réalité. Nous tranchons les questions. Nous nous déclarons matérialistes sans connaître un mot de l'essence de la matière, spiritualistes sans connaître un mot de la nature de l'esprit; mais au fond de tout être pensant le scepticisme demeure, parce que nous sommes incapables de rien apprécier.

Notre minuscule planète perdue est encore trop vaste pour notre conception, car nous avons inventé le patriotisme de clocher, et toute l'organisation des divers groupes sociaux qui se partagent le globe est fondée sur les armes.

Ah! l'astronome souhaiterait que les conducteurs de peuples, les législateurs, les politiciens, eussent la faculté de pouvoir regarder une carte céleste et la comprendre. Cette calme contemplation serait peut-être plus utile à l'humanité que tous les discours diplomatiques. Si l'on savait combien la terre est minuscule, peut-être cesserait-on de la couper en morceaux. La paix régnerait sur le monde, la richesse sociale succéderait à la ruineuse, honteuse et infâme folie militaire, les divisions politiques s'effaceraient, et les hommes pourraient seulement alors s'élever librement dans l'étude de l'univers, dans la connaissance de la nature, et vivre des jouissances de la vie intellectuelle. Hélas! nous n'en sommes pas là; et l'oeil photographique révélera bien des mystères célestes avant que l'oeil humain voie la raison et la science établir leur règne sur notre petite boule tournante.

Camille Flammarion.

LES PHARES (Suite et fin.)

Nos gravures nous ont montré les phares debout, au milieu de la mer, et bravant les tempêtes. Au plus fort de l'ouragan, lorsque le vent souffle avec rage, lançant des torrents de pluie contre les vitraux de la lanterne, lorsque les lames énormes du large déferlent quelquefois jusque sur la première galerie, envoyant par-dessus la coupole leurs longues fusées d'écume, ils s'inclinent comme pour saluer l'ouragan. Alors les vases à huile placés dans les chambres les plus élevées présentent une variation de niveau de plus d'un pouce, ce qui suppose que le sommet de la tour décrit un arc de près d'un mètre d'étendue. Mais, comme un roseau, la tourmente passée, le phare se redresse sans qu'une pierre ait joué, sans que rien se soit démoli.

Entourés d'eau de tous côtés, les phares sont, en général, d'un accès difficile. Un moyen pittoresque reproduit par nos premiers dessins est un va-et-vient installé sur un mât et actionné par un treuil. Prenons ce chemin et pénétrons dans l'intérieur pour le visiter.

Au 1er étage, nous trouvons les magasins de bois et de cordages et la menuiserie, puis au-dessus les caisses en tôle renfermant la provision d'huile; au troisième sont le garde-manger, la cuisine et deux chambres pour les gardiens, puis une petite salle pour les ingénieurs: tout cela réduit, étriqué. Dans les phares, comme à bord d'un bâtiment, l'espace est distribué avec une intelligente parcimonie.

Maintenant nous sommes dans le soubassement sur lequel repose la lanterne: c'est l'étage supérieur du phare, son âme, que nous allons examiner.

Dans un premier réduit sont enfermés les bidons a huile, les verres et les lampes de rechange, et un escalier en spirale nous conduit dans la chambre des appareils. Avec nous le gardien est entré. La nuit tombe, nous allons assister à l'allumage du feu.

L'homme s'est d'abord approché de la machine de rotation formée d'un mécanisme d'horlogerie. Il l'a mise en mouvement, en remontant un poids que l'on voit, sur la gravure, descendre dans le trou au-dessous. L'embrayage au-dessus de la machine s'est mis alors à tourner, actionnant, comme nous le verrons tout à l'heure, l'appareil optique et son armature. Celle-ci roule sur un rail circulaire au moyen de galets coniques.

Cela fait, l'homme s'est engagé sur l'échelle plus étroite encore qui a succédé à l'étroit escalier en hélice donnant accès à la lanterne.

Celle-ci est une sorte, de cage à parois formées de glaces planes, mais ce n'est là qu'une enveloppe extérieure abritant contre le vent, la pluie, les embruns de la mer, l'éblouissant échafaudage de prismes, de lentilles et de miroirs composant l'appareil d'optique que représente un de nos dessins, et dont l'ensemble s'appelle le tambour.

Rappelons en quelques mots le principe et la théorie de cet appareil. Si la lampe du phare était placée dans une lanterne ordinaire, la plus grande partie de sa lumière serait perdue; pour l'utiliser tout entière, il faut ramener à la surface de la mer tous les rayons qui en suivant leur direction naturelle iraient se perdre dans les espaces célestes. Tel est le rôle de l'appareil optique qui a pour effet de rendre _parallèles_ et horizontaux les rayons lumineux _divergents_ qu'émet le foyer. De ces rayons, les plus rapprochés de la direction voulue, ceux du centre, traversent des lentilles ordinaires, les plus obliques sont réfractés par des séries de prismes qui entourent les lentilles; enfin, ceux des bords du faisceau se réfléchissent sur des miroirs qui les renvoient en pinceaux parallèles balayer la surface des eaux.

Ce dispositif a été imaginé en 1821 par le physicien français Fresnel.

A notre entrée dans la lanterne nous trouvons les stores qui la garnissent intérieurement baissés, et les appareils recouverts de housses en étoffe. L'homme a d'abord enlevé ces dernières et la lampe est apparue à nos regards, il va maintenant la remplir d'huile, la mettre en fonctions et commencer, à l'abri des stores, l'allumage du bec.

Un mot en passant sur cette lampe que l'on voit sur notre gravure et sur son bec.

Elle est dite à niveau constant et à réservoir inférieur. L'huile minérale (car c'est d'elle qu'on se sert) est placée dans un réservoir inférieur au bec, où des pompes actionnées par un mouvement d'horlogerie situé dans l'intérieur la puisent pour la refouler à un niveau maintenu constant. Au moyen d'un trop-plein, l'huile excédante revient au réservoir. Quant au bec, il se compose de cercles de cuivre concentriques dans lesquels sont passées des mèches de coton au nombre de cinq pour les phares de premier ordre, de quatre pour ceux de second, et ainsi de suite en descendant.

Pour assurer et régler la combustion de l'huile dans le bec, celui-ci est coiffé d'une cheminée de cristal portée par une robe cylindrique, permettant de l'élever ou de l'abaisser suivant les besoins. Comme la hauteur de cette cheminée est insuffisante, elle est surmontée d'une allonge en tôle avec une clef munie d'un obturateur pour pouvoir à volonté régler le tirage.

Mais le gardien a jugé les mèches suffisamment imbibées, et le voilà qui procède à l'allumage méthodique en les tenant basses d'abord à petite flamme. Au bout d'un quart-d'heure il les relève un peu au-dessus de la couronne du bec, redescend la cheminée, ouvre graduellement l'obturateur, puis, au moyen de la pompe, fait arriver un afflux d'huile sur les mèches; de cette façon, bien réglée et conduite, la flamme est régulière, blanche, corsée et bien développée.

Puis il a définitivement enlevé les stores de la lanterne. Maintenant le phare est en pleine activité, la lampe brûle bien, et l'appareil optique tourne autour d'elle, envoyant sur l'horizon ses faisceaux lumineux qui apparaissent au marin qui les observe comme une série d'éclats, chaque fois qu'une lentille passe devant lui, interrompus par une série d'éclipses dans l'intervalle des passages. La rapidité de rotation du tambour détermine la durée relative des éclats et des éclipses dans les phares à feu tournant. Dans les phares à feux fixes, le tambour, par contre, est immobile et la lentille circulaire.

Nous en avons fini avec la description du phare, il nous faut suivre encore un instant dans son service l'homme que nous avons vu installer tout et que nos gravures nous montrent maintenant assis dans le tambour, au pied même de la lampe, un registre ouvert sur les genoux.

Légèrement vêtu et le col de la chemise entr'ouvert à cause de la chaleur quelquefois énorme (40° centigrades dans les nuits d'été) qui règne dans la lanterne, les yeux réglementairement cachés sous des lunettes aux verres fumés, dits de Londres, pour obvier autant que possible à l'insupportable intensité de la lumière, il fait son quart de trois heures, surveillant le feu, la consommation de l'huile, observant l'horizon, notant le temps qu'il fait, le degré de transparence de l'air, la brume, les incidents de la mer. Immobile, il veille, dans ce scintillement qui tourne autour de lui, suffoqué par la chaleur et le relent âcre des vapeurs de l'huile minérale, au milieu du tic-tac énervant des appareils d'horlogerie et de l'endormant et sourd mugissement de la mer qui déferle au pied des rochers, interrompu seulement de temps en temps par un choc sec contre la vitre produit par quelque oiseau migrateur attiré dans sa route et qui est venu se heurter contre l'obstacle qui le fascine.

La France a toujours été à la tête des progrès accomplis depuis un demi-siècle par la science des phares: en 1791 Teulère et Borda ont inventé les réflecteurs paraboliques; en 1823, Augustin Fresnel imaginait les appareils lenticulaires qui illuminent aujourd'hui les côtes du monde entier. Ces traditions se sont soigneusement conservées, et l'on retrouve chez le personnel de notre service des phares, depuis l'ingénieur jusqu'au gardien, cette science d'inventions, ce dévouement à toute épreuve, cette discipline merveilleuse, enfin, qui sont comme la caractéristique de notre famille maritime française.

Hacks.

LES MERVEILLES DE LA SCIENCE

LE FIL ÉLECTRIQUE

Texte de GROSCLAUDE, dessins d'ALBERT GUILLAUME.

C'est prodigieux ce qu'on peut obtenir avec de la patience et un peu d'électricité. Vous prenez un fil de fer, un courant magnétique et deux tablettes vibratoires sur lesquelles vous criez: «Allo! Allo!» et vous voilà en conversation avec Londres.

Avouez que la science a marché depuis Guillaume-le-Conquérant.

On parle même déjà d'un petit perfectionnement tout à fait ingénieux, grâce auquel les paroles arriveraient traduites et sans l'ombre d'accent, de telle

façon que quand vous direz à Paris: «Bonjour, monsieur!» votre interlocuteur de Londres entendra: «Good morning, sir!» et réciproquement. Il faudrait être dénué de toute ressource pour ne pas se payer ça au moins une fois par an, d'autant plus que c'est beaucoup plus flatteur d'être traduit en anglais qu'en police correctionnelle et ça ne figure pas sur le casier judiciaire.

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Mais, me direz-vous, et les sourds-muets?--On s'en occupe, mesdames et messieurs, et vous ne devriez pas ignorer que, depuis un certain temps, Edison consacre ses merveilleuses facultés d'inventeur à la création d'un appareil déjà désigné sous le nom de téléphote et qui sera pour la vue ce que le téléphone est pour l'audition; au lieu de la petite tablette téléphonique contre laquelle on parle, il y aura un miroir devant lequel on fera des gestes que reproduira le miroir de l'appareil récepteur.

C'est assez dire que les sourds-muets pourront aisément communiquer à l'aide des signaux dont se compose le langage de feu l'abbé de l'Épée; il suffirait même de photographier d'une façon continue le miroir de réception pour conserver un compte-rendu sténographié de l'entretien.

* * *

Si les électriciens arrivent réellement à nous doter d'un téléphote comme celui sur lequel on fonde de si grandes espérances, il est permis de croire que le fil électrique arrivera progressivement à transmettre aussi bien que les sensations de la vue et de l'ouïe celles de l'odorat, du goût et du toucher.

Il deviendra très facile d'avoir à volonté dans l'isolement le plus absolu toutes les joies de la société, ce qui aura bien du charme pour les infirmes, les malades, notamment les cholériques et les lépreux, et pour les gens qui ont le désir de passer leurs soirées en manches de chemise.

* * *

Nous avons déjà le théâtrophone qui, au club, au restaurant, à l'hôtel ou à domicile, vous fournit dans des prix doux les auditions théâtrales les plus satisfaisantes, et je n'ai pas besoin d'ajouter avec quelle impatience les abonnés attendront le téléphote qui leur permettra de jouir des pantomimes et de lorgner la salle!

Rien n'empêchera dès lors d'organiser des petites soirées téléphoniques pour lesquelles chacun restera chez soi: on potinera téléphoniquement, on écoutera la comédie, les chansonnettes et les monologues théâtrophoniquement, et il n'y aura pas de voitures à prendre, pas d'étages à monter. Vous verrez que le _téléfive o'clock_ sera très à la mode l'hiver prochain.

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Et le buffet? Je ne connais aucune raison scientifique qui s'oppose à la transmission électrique des petits fours et des sandwichs; aussi bien ce phénomène n'est certainement pas plus improbable aujourd'hui que ne le paraissait être il y a une centaine d'années la possibilité de faire la conversation avec une personne située de l'autre côté de la Manche.

Oh! les drôles de dîners qu'on fera sur le télé-bouffe, très précieux pour les gens très demandés auxquels il permettra d'accepter plusieurs invitations à la fois, et non moins utile aux personnes qui n'ont d'autre cuisine que celle du restaurant: ces malheureux n'auront plus à descendre de leur sixième ni à faire monter les plats dans ces paniers cylindriques qu'on aperçoit encore de temps à autre aux environs des casernes.

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Pour ce qui est de l'olfaction, il est bien évident que la parfumerie à distance ne rencontre aucune difficulté sérieuse; il suffirait d'un pulvérisateur d'une certaine puissance avec une canalisation dans le genre de celle du gaz et des eaux, pour que tous les abonnés pussent recevoir à domicile les parfums qui leur conviennent.

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Quant au toucher, ce sera sans doute un peu plus compliqué que pour les autres sens; toutefois il ne me paraît pas impossible qu'un médecin arrive à examiner ses malades par fil spécial; tâter le pouls, ausculter, percuter même, et se livrer aux diverses autres constatations sur lesquelles le docteur fonde son diagnostic, seront même choses assez simples avec des appareils d'une sensibilité convenable; mais il y aura bien peu de chose à attendre au point de vue des opérations chirurgicales, et le pédicure lui-même sera, croyons-nous, bien empêché d'opérer à distance; il en sera de même évidemment pour le masseur et aussi pour le coiffeur qui, selon toute apparence, n'aura pas grand chose de bon à espérer dans cet ordre d'idées, à moins qu'un électricien de génie, dans le genre de l'homme à qui nous devons la ficelle à beurre, invente le fil à couper des cheveux.

En revanche, le tailleur et le chapelier ne tarderont pas à être pourvus d'un appareil qui leur permettra de prendre une mesure sans aller chez le client, et je n'ai pas besoin d'ajouter qu'avec un bon téléphote le peintre fera des portraits sans déranger son modèle; c'est quelque chose, cela.

Au point de vue sentimental, je me plais à croire que le jour est proche où la science s'enrichira d'un télékiss, avec lequel il sera délicieux de flirter par fil spécial, loin des regards indiscrets.

Et si quelqu'un vient s'en plaindre, ce sera vraiment bien commode de pouvoir, sans quitter son intérieur confortable, lui répondre d'une façon électrique et instantanée par le Télégiffle, qui sera, d'ici peu, dans tous les appartements aménagés avec un certain confortable.

Grosclaude.

L'EXPOSITION YON

Une très intéressante exposition, dont les amateurs d'art ne manqueront pas de s'offrir le régal, s'ouvrira mardi prochain chez Georges Petit, rue Godot de Mauroi. Cette exposition, qui durera trois jours seulement, comprendra une importante collection d'oeuvres--huiles, aquarelles et pastels--de l'un des artistes les plus justement renommés de ce temps-ci, l'excellent paysagiste Edmond Yon.

C'est, en moins de dix années, la troisième fois que le robuste travailleur, le peintre délicat et savant, nous donne, avec un groupe imposant d'ouvrages de son choix, à juger de la fécondité, de la puissance et de la variété de son talent. L'exhibition qu'il achève d'organiser obtiendra auprès de ses visiteurs un succès au moins égal à celui qu'ont emporté ses devancières. Des soixante-six envois qui la composent, il n'en est pas un seul qui ne soit digne de l'attention des connaisseurs, et qui ne mérite leur éloge. Ils valent tous également par ces belles qualités où s'atteste la maîtrise: la vision nette et précise de la nature, un impeccable sentiment de la réalité, la perfection du dessin, la fermeté, la souplesse et l'éclat de la coloration.

Edmond Yon est un paysagiste au sens le plus parfait du mot. Épris ardemment de la nature, il s'entend à merveille à la représenter sous ses aspects les plus fugitifs et les plus divers, dans sa variété infinie et dans son éternelle mobilité... «Il excelle, dit M. Montrosier dans l'intéressante préface qui figure en tête du catalogue de l'exposition, à dire les matins encore tout embrumés où passe le souffle des églogues, les journées baignées de clarté et incrustées de lumière, et les soirs aux couchants radieux, montrant le soleil disparaissant dans la gloire d'une apothéose sans pareille. Mieux que personne il est le peintre des rivières que bordent les saules, des étangs sertis d'oseraie et des marais visqueux où semblent flotter des nénuphars. Dans les dunes de la Somme, il plantera un de ces moulins qui semblent défier la lance de Don Quichotte; ici il montrera un bout de village aux maisonnettes groupées, avec le régal de couleurs des toitures rouges, et si attirant, ce village, qu'on voudrait s'y arrêter. Tous ces morceaux sont si bien troussés, la touche en est si libre, la réalité si vraie, qu'on ne peut les oublier.»

NOTES ET IMPRESSIONS

Il y a trois sortes d'orgueil: celui de la richesse, celui de la naissance et de l'esprit. Swift.

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La politique, même dans le gouvernement parlementaire, c'est ce qui ne se dit pas. Fievée.

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Dans cette vie, il faut savoir se risquer, mais qui se risque doit se résigner à perdre quelque chose. Herbart.

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Les biens que l'on vante le plus ne sont pas ceux que l'on a, mais ceux que l'on désire. Edm. About.

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La reconnaissance est pareille à cette liqueur d'Orient qui ne se garde que dans des vases d'or; elle parfume les grandes âmes, elle s'aigrit dans les petites. Jules Sandeau.

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L'égoïsme est comme l'embonpoint; plus on en a, plus on est gêné par celui des autres. H. Rigault.

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L'âme d'un petit enfant bien doué est plus près de celle d'Homère que l'âme de tel bourgeois ou de tel académicien médiocre. Jules Lemaitre.

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Le printemps qui commence aux enfants est pareil Le rire avec les pleurs alterne à son réveil. A. Theuriet.

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La jeunesse ne désespère pas plus de l'humanité, malgré ses désastres, que le brin d'herbe qui pousse dans un champ dévasté par l'hiver ne doute de la nature.

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Être et paraître sont deux; mais, avec le monde, le second est souvent le moyen d'arriver au premier. G.-M. Valtour.

38. Brume matinale. 35. Le vent sur le marais. 58 Les Ruches: Effet d'orage à Sainte-Aulde. 28. Le Ruisseau aux poules d'eau. 12. Laveuses à Cernay. 5. La barque de pêche. 49. Les vaines pâtures à Sainte-Aulde. 2. La grande chaussée de Longpré. 52. Soleil couchant à l'embouchure de l'Orne. 37. Le Pont de Vernon, près Vouvray. 4. Chardons en fleurs. 48. Bords de l'Essonne. 9. Fin de journée. 40. Sainte-Aulde. 7. Avril à Ballancourt. 11. Étang à Ballancourt. 42. A Longpré les Corps Saints.

La Russie et le président de la République.--Il convient, croyons-nous, de garder la plus grande circonspection, quand il s'agit des relations internationales, et on a eu le tort, trop souvent, dans notre pays, en ce qui concerne la Russie, de donner à une sympathie, qui heureusement est très réelle, une interprétation qui pourrait paraître excessive au point de devenir gênante pour ceux-là mêmes à qui elle s'adresse. Mais, ces réserves faites, il est permis de se féliciter de la nouvelle marque de courtoisie que le gouvernement du czar vient de donner au chef de l'État, en lui conférant le grand cordon de l'ordre de Saint-André.

Cet ordre est le plus ancien et le plus important des ordres russes. Il a été créé par Pierre-le-Grand en 1698. C'est celui que l'empereur donne, de préférence, aux membres régnants des maisons souveraines.

La remise des insignes qu'il comporte à M. Carnot a été faite dans le plus grand apparat. M. le baron de Mohrenheim, ambassadeur de Russie à Paris, s'est rendu à cet effet à l'Elysée avec tout le personnel de l'ambassade, en uniforme. Pendant que la garde du palais rendait les honneurs militaires, les représentants du czar étaient reçus au bas du perron par le colonel Lichtenstein et introduits par M. d'Ormesson, directeur du protocole, dans un des salons où se tenait le président de la République, entouré des officiers de sa maison militaire au complet.