L'Illustration, No. 2505, 28 février 1891

Part 4

Chapter 43,530 wordsPublic domain

Une nuit que ce dernier s'était attardé au cercle en un bridge intéressant, il regagna son entresol, maussade et grognant contre la partie qui avait reculé l'heure de son coucher. Son valet de chambre, qui ne l'attendait jamais le soir, avait, suivant son habitude, fait, avant de se retirer, la couverture du lit et disposé les menues affaires de nuit à leur place habituelle. Ratillac,--entré d'abord dans son cabinet de toilette où il s'était hâtivement dévêtu--se dirigeait, son bougeoir à la main, vers sa couche d'Épicurien pressé de s'affaler sous l'édredon, quand il aperçut une forme qui déterminait une saillie importante sous les couvertures piquées de satin rouge. Son premier mouvement fut de s'emparer de son revolver qu'il tenait tendu d'une main tandis que, de l'autre, il avançait le flambeau dans la direction de la forme toujours immobile. Un ronflement sonore l'avertit que l'ennemi n'était pas à craindre, pour le moment. «Si c'était une feinte de voleur, pensa-t-il, ou une farce de Dansonnet, ou bien...»

A ce moment la forme tournée vers la ruelle se retourna... Et le visage de Sophie apparut à Ratillac consterné!

--C'est toi, mon petit homme, fit-elle en s'étirant, viens vite, tu vas attraper froid.

Le baron sauta sur son pantalon à pied qu'il enfila fiévreusement. Il passa non moins vivement son veston d'intérieur, alluma les chandeliers à branches de la cheminée, et, s'approchant de l'alcôve où Sophie baillait sur le dos, la tête soutenue par ses bras admirables:

--Ah ça, êtes-vous folle? s'écria-t-il.

--Moi, folle, nenni dà! c'est toi qu'est fol. Qun qu'ta cru, mon gars? que je m'avais marié pour de rire? m'man m'a écrit et p'pa aussi... Y vont venir nous voir: j'sis ti ta femme? oui, eh ben alors? Faut que tout ça change ou j'irons devant les autorités.

--Sophie, Sophie, gémissait le baron, écoutez-vous parler?

Mais elle:

--Tu serais ben mieux au lit pour m'causer, va!... Enfin ce sera plus tard: j'ai attendu la chose quasiment trente ans, c'est pas un jour de plus... pas vrai? qui... D'ailleurs, il y a quelque chose de plus sérieux, j'sis baronne, hein? et riche, hein? j'veux fainéanter à cette heure. _Tantôt j'ai retenu une cuisinière!_

--Une cuisinière!!! mais c'est la fin du monde... Et mon veau, malheureuse!...............................

--Je tiens de Blaise, le valet de chambre du baron, qu'il le trouva le lendemain évanoui sur le tapis de sa chambre à coucher. Quand il revint à lui, ajouta Blaise, il me régla mes gages et me fit faire ses malles. Sophie avait achevé les siennes qui furent chargées à côté de celles de son maître, sur un fiacre qui prit la direction de la gare de l'Ouest. Je ne sais où ils sont allés... M. le baron était si original! il habite certainement quelque endroit caché avec sa dame. Enfin, je n'ai plus entendu parler de lui; et vous, monsieur?

--Ni moi non plus.

Cette entrevue avait lieu huit jours après l'événement. Aucune nouvelle par la suite, en sorte que Ratillac et sa femme m'étaient sortis de la mémoire. Mais voilà que, deux ans plus tard, je recevais de Baltimore une lettre ou l'émigré débutait en me contant la fameuse nuit jusqu'à l'évanouissement. Il passait ensuite à la fuite au Havre, à la traversée de l'Océan et au séjour à Baltimore où son ex-cuisinière jouait la grande dame, avait chevaux, voitures, laquais, chef, marmitons, etc.

Et dans un élan de sincérité qui prouve son persistant esprit, le baron finissait en ces termes:

--Et le plus dur, mon cher, c'est que Sophie est toujours une sagesse et qu'elle ne se gêne pas pour me traiter de «propre à rien», devant nos gens qui se moquent de moi!

Adrien Marx.

QUESTIONNAIRE

N° 15.--Lettres d'Amour.

_Quels sont les Grandes Amoureuses et les Amants célèbres qui ont écrit les plus belles Lettres d'amour?_

(14 juin 1890.)

RÉPONSES

Il n'existe aucune lettre d'amour antique, et, sur ce chapitre, Aristote est muet. Nous y gagnons d'être délivrés des Grecs et des Romains; pour ce qui est du reste, depuis trois mille ans, je ne vois que trois Grandes Amoureuses dont les Lettres sont classiques:

_Héloïse_, l'Abbesse du Paraclet.--_Marianna_ Alcaforado, la Religieuse portugaise.--_Mlle de Lespinasse._

Ces trois femmes offrent les exemples les plus caractéristiques des malheurs de l'amour terrestre, et leurs amants ont été des bourreaux.

Le cadre d'un portrait ne permet pas d'y grouper les figures et d'y représenter les scènes d'un tableau historique; il suffira donc de jeter un regard à vol d'oiseau sur les siècles passés.

Avant Héloïse et Abélard, il faut mentionner le roman mystique de _Radegonde_ et de _Fortunatus_ aux temps mérovingiens; mais les épîtres en vers latins ne sont pas des Lettres d'amour.

Au moyen-âge, les damoiselles envoyaient leurs chevaliers guerroyer au bout du monde; quand ils revenaient, elles épousaient l'invalide de leur choix. En ce temps-là, les rubans de couleur coûtaient cher, et ceux qui les méritaient se vantaient de ne savoir pas écrire.

Voici les Valois et l'Escadron volant de Catherine de Médicis; François 1er et sa cour fleurie de dames comme un jardin de roses. Puis viennent les Frondeuses, les Amoureuses et les Précieuses du Siècle de Louis XIV, remplacées par les Bergères galantes du dix-huitième siècle.

Sous la Révolution, l'Empire et la Restauration, on voit apparaître les luths et les harpes, les lacs et les nacelles, les romances et les rêveries de l'École du Spleen: Werther, René, Don Juan, Adolphe, Corinne, l'épistolière, toute la lyre des derniers bardes, tout le piano des premiers psychologues.

Ce n'est pas à dire qu'il n'y eut plus de Lettres d'amour, il y en a même trop; on est presque tenté d'admirer Mme Récamier, l'Amour en buste, qui pouvait correspondre avec cinq cents de ses amis, sans leur donner l'amour en style.

Il a donc fallu mille ans pour faire éclore cette fleur d'amour, cette rose dont le parfum s'exhale encore des pages jaunies de ses Lettres latines en écriture gothique: _Héloïse_; puis encore sept siècles pour retrouver l'écho de son éternel soupir dans celles de _Marianna_. Depuis, le monde n'a plus entendu cet accent; mais l'amour a toujours respiré et il respire encore. Ainsi soit-il!--Divers Correspondants.

Toutes les femmes, sans exception, quand elles aiment ou s'imaginent aimer, ont la manie d'écrire des lettres. Quelques-unes, ayant entendu dire que les paroles volent et que les écrits restent, croient d'une prudence consommée d'ajouter: «Brûlez cette lettre.» L'expérience devrait pourtant leur avoir appris qu'on ne garde que celles-là. --Sélibater.

Il n'y a rien de plus bête qu'une lettre d'amour écrite par un véritable amoureux; d'où je conclus que toutes les belles épîtres de nos adorateurs ont été composées par des gens qui ne l'étaient pas du tout.--Ninon.

Assez d'autres sans moi disserteront sur les Lettres historiques des Grandes amoureuses et des Amants célèbres. J'ai pensé que la correspondance des Petites amoureuses et des Amants inconnus servirait d'ombre à ces tableaux classiques. La plus belle poésie est celle qui chante l'aimée; la plus belle musique, c'est sa voix: le plus beau tableau, son portrait; la plus belle statue, son corps; le plus belle édifice, sa maison; la plus belle Lettre d'amour, celle qu'elle griffonne avec des fautes d'orthographe.--Véra.

Je possède sept Lettres d'amour du dix-huitième siècle, sept modèles échelonnés qui, à cette époque, constituaient la Stratégie de l'Amour, le siège en règle d'une femme. Selon les réponses ou le silence, chaque modèle était en double. Au numéro 5, les travaux d'approche étaient terminés, le numéro 6 ouvrait la brèche, et, après le numéro 7, on plantait le drapeau. Si la place était déjà prise et occupée, ou bien défendue, on levait le siège et on allait chercher meilleure fortune ailleurs. Aujourd'hui, la tactique a tellement changé que cette stratégie de l'amour semblerait aussi démodée que celle de la guerre.--Vieux Jeu.

Le Questionnaire de l'_Illustration_ me rappelle que j'ai formé une collection de Lettres d'amour de tous les temps et de tous les pays; j'ai pensé qu'on accueillerait volontiers quelques échantillons choisis de ces curiosités, sous le pavillon de la devise de la _Jarretière_: «Honni soit qui mal y pense.»

Mais, ma chère amie, je suis si distrait. Ce n'était donc pas vous?--La Fontaine, à _Mme de la Sablière._

Votre Majesté est une bégueule.--Louis XV.

Le jeune roi écrivit ces cinq mots, après avoir soufflé sur une glace, à la reine Marie Leczinska, qui lui rappelait que le vendredi (_Veneris dies_) était un jour d'abstinence.

Madame, je veux bien vieillir en vous aimant, mais non mourir sans vous le dire.--Chamfort.

Vous méritez d'être pendu.--Louise Contat.

A votre cou, mademoiselle.--Beaumarchais.

Vous avez trop de bonheur, la corde cassera.--Louise Contat.

Si votre retraite est irrévocable, elle ferme du même coup à vos adorateurs le Temple de Vénus et l'Autel de Thalie.

_Ite, missa est_.--Sophie Arnould.

Mon Frédéric, je t'aime comme une folle, je t'embrasse comme ça, tu as un beau front, mais je n'aime pas les gilets boutonnés jusqu'en haut.--Paméla, à _Frédéric Soulié._

Mademoiselle, vous avez la jeunesse, la beauté, la fortune, l'amour; dites-moi seulement ce que vous pouvez encore désirer?--Prince.

Dormir toute seule.--Cora Pearl.

Voilà, monsieur, toutes les Lettres d'amour que j'ai sur moi, et elles ne sont pas neuves.--Un collectionneur d'autographes.

Que de perles dorment au fond des mers, que de fleurs ont passé sans avoir été respirées! Les poètes ont un encrier dans la tête; celui des femmes est dans le coeur, et elles écrivent avec leur sang. Les amantes passionnées ont le génie de l'amour et leurs lettres sont inimitables, et voilà pourquoi toutes les femmes écrivent bien.

Nos grand'mères du dix-huitième siècle écrivaient des billets pleins d'esprit, de grâce, de charme et de tendresse, sans savoir l'orthographe, ce qui prouve bien qu'en matière de style et de littérature la grammaire est inutile et le dictionnaire dans son tort.--L'Académicien de province.

A quoi sert de rimer, à quoi bon un poème, Puisque tout peut se dire en trois mots: Je vous aime.

Distic.

Il y a des gens prosaïques qui ont ridiculisé les plus belles choses, comme les orgues de Barbarie ont écorché les plus beaux airs. Cela n'empêche pas de sentir l'amour, la poésie et la musique; mais il n'y a plus de périphrases pour dire: «Je vous aime.» Une femme rirait au nez d'un amant qui lui dirait à genoux: «Vous êtes un ange!» On n'entend plus cela que dans les vaudevilles. On n'ose plus se servir des mots doux et charmants de la tendresse; quand on veut parler d'amour, on ne trouve que des rengaines ou des phrases de romans de femme de chambre. La Bruyère a consacré un chapitre de regrets aux vieux mots du langage abandonnés, démodés, défigurés, dénaturés; que dirait-il des mots du coeur qu'on a déshonorés?--Le Vieux Classique.

(_A suivre._)

Charles Joliet.

NOTES ET IMPRESSIONS

Il n'y a sur cette terre qu'hypocrisie et mensonge. Bismarck.

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Nous patinons sur un? mince glace, et notre salut est dans notre promptitude. Emerson.

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Il y a une politique qui soutient l'Église comme une maison qu'on étaye pour la démolir. Fr. de Mérode.

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La philosophie a ses nomades qui traversent tous les systèmes pour le seul plaisir de voir changer le paysage. Mgr d'Hulst.

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Qui se donne au rêve est perdu pour la vie. (_Reliques._) Jules Tellier.

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Le chagrin, c'est encore la vie; l'ennui, c'est le néant. Louis Lacombe.

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Meurs si tu veux: demain, ceux-là mêmes qui croyaient t'aimer ne sauront plus ton nom. (_Ibid._) Jules Tellier.

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Il n'est pas de hasard au service des sots. Emile Gaboriau.

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La vertu des femmes est comme la science des médecins: tout le monde en médit, et chacun, à l'occasion, compte sur elle.

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«Fin de siècle! fin de siècle!» les dernières folies de jeunesse d'un vieillard. G.-M. Valtour.

Palais-Royal: _Les Joies de la paternité,_ comédie en trois actes, de MM. Alexandre Bisson et Vast-Ricouard.

Mme Cabibol adore les enfants, à ce point qu'elle a pris pour l'avenir des précautions qui lui assurent une nombreuse famille. C'est elle qui a choisi son gendre; elle la pris solide, bien râblé avec une chevelure abondante. Cabibol qui a lu la Bible est persuadée que la force de l'homme est dans les cheveux. En quoi elle s'est trompée, la brave darne, car M. Cascaret, qui a été l'époux heureux d'Estelle, n'était rien moins qu'un Samson ou un Hercule. Le brave garçon ne portait pas précisément perruque, mais son front dénudé s'abritait sous une réchauffante. Voilà ce qui a trompé Mme Cabibol, qui depuis huit mois que sa fille s'est mariée n'entend pas parler de la venue du moindre Cascaret. Aussi elle taquine, elle vexe, elle irrite son gendre à tel point, par des allusions incessantes et du plus mauvais goût, sur tout et à propos de tout, que le malheureux a fui la maison de sa belle-mère. Il a réintégré son appartement de garçon.

La vengeance de Mme Cabibol l'a poursuivi jusque-là, car la belle-mère a acheté une créance contre le mari de sa fille: en vertu de son droit de créancière elle fait tout saisir chez lui, et Cascaret, exaspéré contre de tels procédés qui sentent peu les liens de famille unie, brise à coups de marteau ses meubles un à un, ce qui est un moyen comme un autre de faire enrager les belles-mères.

Chaque auteur dramatique a sa cible sur laquelle il tire. M. Scribe visait particulièrement les avoués, Duvert, les notaires; «Dieu me garde, monsieur, de confondre les notaires avec les imbéciles! Je sais trop la différence; d'abord le nombre des notaires est limité», a dit Duvert. M. Bisson fait la guerre aux belles-mères et avec un bonheur qui a fait une partie du succès du _Député de Bombignac_ et qui a assuré la vogue des _Surprises du divorce_. Il travaille ce côté comique du mariage. Le voici maintenant, avec les _Joies de la paternité_, passé aux babies et, je dois le dire, cette orientation ne lui a pas porté bonheur. Ce poupon passé de mains en mains, avec ses cris, ses inconvénients, ses accidents, n'est guère comique au théâtre. Les effets drolatiques ou tragiques de _nursery_ sont bien vite épuisés et, au bout de quelques instants, le public reste froid à toutes ces farces autour du berceau.

Il est un autre sentiment de gêne qui inquiète la salle tout entière et la rend réfractaire à toutes les plaisanteries sur les malaises, sur les nausées, sur l'état intéressant des femmes enceintes. Aussi, cette comédie de M. Alexandre Bisson se ressentait-elle de toutes ces résistances, et toute la bonne humeur, tout l'esprit de l'auteur, perdaient un peu leur temps. La salle n'écoutait que d'une oreille distraite cette histoire, qui s'annonçait par ses premières scènes comme une excellente comédie, car, au milieu du désastre commis par Cascaret sur son propre mobilier, Mme Cabibol faisait irruption chez son gendre, non pour l'invectiver cette fois, comme à l'ordinaire, mais pour l'embrasser avec effusion.

Mme Cabibol, sur les assurances de sa fille, entrait dans les joies de la grande maternité, et, suivant le contrat de mariage, elle donnait une somme de cent mille francs pour don de joyeux avènement à son gendre, au bénéfice de l'enfant qui allait bientôt naître. Le rapprochement est donc acquis au ménage Cascaret. Cascaret a bien le temps d'écouter tout cela! Il ne prend pas garde à ce que dit sa belle-mère, il a la tête ailleurs, le pauvre homme! Une lettre de Clara, une ancienne maîtresse, lui annonce qu'elle a, depuis un mois, donné le jour à un enfant, qui porte le nom d'Anatole. Si à la fin du jour elle n'a pas reçu dix mille francs, Clara enverra dans le ménage Cascaret le petit bâtard. Cascaret a à peine le temps d'éviter l'orage, et pendant qu'il court Paris, cherchant la nouvelle adresse de Clara, Mme Cabibol installe une nourrice au foyer conjugal, la mère avec l'enfant. Mme Cabibol et Mme Cascaret feront leurs études préparatoires. Aussi, lorsque Cascaret rentre chez lui, effrayé de la lettre de Clara, et qu'il trouve cette Bourguignonne et le moutard installés dans son domicile, il ne doute pas que Clara n'ait été fidèle à ses menaces. Peu à peu, il se fait pourtant à cette idée de paternité en voyant sa femme et sa belle-mère prendre aussi bien la chose, et entourer de tous leurs soins le nouveau venu. Cascaret met cela sur le compte de la passion de la maternité même pour des enfants illégitimes. Tout le monde raffole du petit de Clara.

Si drôles qu'ils soient, les quiproquo ne peuvent pas longtemps durer. Cette charge a, elle aussi, sa fin. Tout se découvre: l'enfant choyé de la maison est bien celui de la nounou, il faut le rendre à ceux qui le réclament en vertu des «justes noces», comme dit la loi romaine. Quant à Clara, une lettre du commissaire de police fait justice de ce chantage. La lettre de Clara est une circulaire à tous ses anciens amants. Cet Anatole n'a jamais existé; c'est une invention à l'aide de laquelle elle soutire l'argent aux gens qu'effraye ou que passionne la recherche de la paternité.

Ces trois actes sont joués à merveille par MM. Daubray et Saint-Germain. Mme Mathilde est bien amusante dans le rôle de la belle-mère. La nourrice Sidonie est jouée par Mme Lavigne avec une fantaisie désopilante. Mlle Durand et sa camarade, Mlle Cheirel, ont fait de leur mieux dans des personnages de second plan.

M. Savigny.

LES LIVRES NOUVEAUX

_Spectacles contemporains_, par le vicomte E. Melchior de Vogue, de l'Académie française. 1 vol. in-12, 3 fr. 50. (Armand Colin et Cie, éditeurs).--Le théâtre dont il s'agit est le théâtre politique; ces spectacles sont les actes successifs joués sur des scènes différentes, à Rome, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, en Asie, en Afrique, du même drame, sans unité de lieu ni de temps, que la vieille Europe a vu se dérouler, et dont elle attend le dénouement pour en saisir l'unité d'action. Après le coup porté, en 1870, à l'équilibre européen, des questions nouvelles s'étaient posées qui semblaient devoir suffire à l'activité des peuples; les événements de ces quinze dernières années, la mort d'un pape et de deux empereurs, l'avènement d'enfants à d'anciens trônes, l'expansion de nos races sur les continents jaune et noir, en ont fait surgir d'autres. Cette fin de siècle semble, dans l'ordre politique, social et économique, se hâter d'établir le bilan des problèmes que le siècle prochain, déjà si voisin de nous, aura à résoudre; elle lui taille son ouvrage. Ces problèmes, M. de Vogue a su les démêler dès qu'ils se sont fait jour au cours des événements quotidiens, et il en a précisé les termes avec une netteté et, une largeur de vues singulières. Les pages qu'il rapproche aujourd'hui et dont la majeure partie nous était déjà connue, sont, bien que dépourvues de lien apparent, les chapitres isolés d'un tout que domine une idée unique. Là sont posés, en quelque sorte, les articles du testament que le dix-neuvième siècle va livrer dans dix ans au vingtième et sur la liquidation duquel le procès va s'ouvrir. M. de Vogue, qui n'hésite pas à aller se faire des opinions sur place et qui a pris ses contacts avec tout ce qui compte en Europe, était bien situé pour juger impartialement et de haut. Rarement s'est rencontrée liberté d'esprit pareille à la sienne, et si sa conscience le porte à s'excuser presque d'avoir envisagé les choses d'un oeil et d'un coeur trop français, la nôtre ne nous laisse aucun scrupule à l'en louer tout particulièrement.

L. P.

_La voix parlée et chantée._-Première année, I volume in-8°, à l'administration du journal, 82 avenue Victor-Hugo.--Cette curieuse autant qu'utile publication vient de terminer sa première année, et avec assez d'éclat pour que son succès soit désormais assuré. C'est qu'à notre époque où «l'art de bien dire» n'est plus l'apanage exclusif de la chaire, du théâtre et des salons, mais s'est étendu, on pourrait le dire, à l'universalité des catégories de citoyens, qui tous peuvent être appelés à un moment donné à défendre publiquement leurs intérêts, l'apparition d'un organe consacré à la conservation, à l'amélioration de cet admirable instrument, la voix, répondait à un vrai besoin. Le docteur Chervin, qui dirige cette Revue avec une compétence rare puisqu'elle s'appuie sur de nombreuses années de pratique, peut donc aller de l'avant: il sera suivi.

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ASSOCIATION DES DAMES FRANÇAISES

Nous signalons à nos lecteurs la vente de charité patriotique que l'Association des dames françaises, dont le siège central est 24, boulevard des Capucines, fera dans les salons du ministère des affaires étrangères, quai d'Orsay, les 26 et 27 février.

Chacun voudra contribuer à grossir les ressources que l'Association consacre, chaque année, au soulagement des militaires malades ou convalescents, et des victimes des calamités publiques.

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Nous rappelons que l'Association ami cale des anciens élèves de l'École centrale des arts et manufactures donnera son 5e bal annuel samedi prochain, 28 février, dans les salons de l'Hôtel Continental.

Ce bal s'annonce comme devant avoir un éclat exceptionnel.

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Le maire de la ville de Rouen a l'honneur de porter à la connaissance des intéressés que la direction du Théâtre-des-Arts sera vacante à partir du 16 mai 1891.

Les demandes relatives à l'exploitation de ce théâtre sont reçues dès à présent à la mairie.

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LE GLACIER DE LA SEMOY

Nous avons déjà enregistré plusieurs des phénomènes produits par le long et rigoureux hiver de cette année. En voici un plus extraordinaire que tous les précédents, et d'autant plus actuel qu'il dure toujours et qu'il se prolongera probablement longtemps encore: c'est un glacier de plus de deux mètres d'épaisseur qui s'est formé en quelques instants et qui recouvre les terres de la vallée de la Semoy, dans le département des Ardennes, sur une longueur de plusieurs kilomètres.