L'Illustration, No. 2504, 21 février 1891
Part 2
Je ne crois pas, toutefois, que l'immigration espagnole chez nous soit en veine de suivre une progression ascendante. Il me semble, au contraire, que, depuis une vingtaine d'années, non seulement elle est stationnaire, mais qu'elle aurait plutôt une tendance à diminuer. J'avoue que je le regrette, car c'est là un élément dont la disparition se ferait vivement sentir et qui produirait un grand vide dans les hautes sphères de la société. Espérons qu'il ne viendra pas de sitôt à nous manquer.
Tom.
Mlle MARIE WISNOWSKA
Il semble qu'une fatalité inéluctable poursuive les belles femmes slaves aux yeux profonds, à l'âme passionnée, qu'un penchant irrésistible entraîne vers le théâtre. Qui ne se rappelle cette jolie comédienne qui parut un instant au Théâtre-Français, Feyghine, et qui, quelques mois après, soit qu'elle n'eût pas réussi à son gré, soit qu'un chagrin violent se fût emparé d'elle, se suicidait dans son bain?
Il n'est pas possible de ne pas penser à elle, lorsqu'on voit le portrait, que nous reproduisons, de Mlle Marie Wisnowska, cette autre victime de l'amour, qui est morte dernièrement, à Varsovie, assassinée par son amant, le prince Barteniew, officier dans l'armée russe... Elle aussi, en sa qualité d'artiste dramatique du théâtre de Varsovie, et d'artiste aimée, elle était entourée d'hommages pour son talent et sa beauté... Quelle pensée intime, quelle angoisse la poussa à la résolution fatale qu'elle prit un jour? Peut-être n'y faut-il voir qu'une manifestation isolée de cette âme russe, si mystérieuse, si étrange? Quoi qu'il en soit, Marie Wisnowska convint avec celui quelle aimait que tous deux mourraient ensemble... Il la tua, et, quand il l'eût vue morte, il n'eut pas le courage de se tuer à son tour...
Nous ne devons pas laisser partir, laisser oublier, sans une parole de sympathie, cette charmante femme qui était une grande comédienne, et qui n'avait eu qu'un réel désir en sa vie, un rêve unique, celui de devenir une actrice de Paris. Elle avait étudié notre langue avec soin, et elle était parvenue à la connaître parfaitement. Malheureusement elle avait gardé, comme Feyghine, un accent assez fort. Un ami la présenta à M. Édouard Pailleron, qui s'intéressa beaucoup à elle, et lui prêta le secours de sa haute expérience. Il nous a dit lui-même qu'il avait reconnu bientôt en elle un tempérament d'artiste exceptionnel. Mais, malgré tous ses efforts, elle n'arriva pas à vaincre son accent originel, et, découragée, elle retourna en Pologne...
Adolphe Aderer.
L'ATAMAN ACHINOFF
Nicolas Ivanovitch, _ataman_ (ou chef, des cosaques libres), plus connu sous l'appellation du cosaque Achinoff, est en ce moment à Paris. Le but de son voyage n'est pas très défini: ses amis disent qu'il vient pour «rétablir la vérité» sur l'affaire du bombardement de Sagallo, qui eut lieu il y a tantôt deux ans dans les circonstance que l'on se rappelle. Et l'on doit, pour ce qui concerne Achinoff, s'en rapporter à ses amis et répondants devant la société française. Achinoff, en effet, ignore absolument notre langue.
C'est un grand et fort gaillard, à la puissante carrure: par un contraste qui n'est point très rare dans les races slaves, sa vigoureuse constitution s'allie à une réelle délicatesse de formes dans les extrémités et les attaches. Il est né en 1856. Tout jeune il fait, dans les steppes du Terek, l'apprentissage de la vie. En 1883, il fonda dans le Caucase, on Abkhanie, une colons de 800 cosaques libres: des démêlés avec l'administration russe lui firent concevoir le projet de tenter une manière d'expédition au sud de l'Égypte, en Abyssinie, dans un pays où, lui disaient de vieux tcherkesses qui avaient voyagé, habitaient des chrétiens. C'est ainsi qu'en 1885, Achinoff va en reconnaissance à Massaoua et s'abouche avec les potentats dé la région. En juin 1886, les cosaques libres élisent Achinoff ataman. Il a désormais une autorité particulière pour demander à Pétersbourg un appui moral et matériel en vue de son projet d'expédition religieuse et militaire en Abyssinie. Des pourparlers, des échanges d'ambassade auprès du Négus, occupent ensuite le temps d'Achinoff. Enfin il part, et c'est alors que se produit l'incident de Sagallo.
Mme Juliette Adam, directrice de la _Nouvelle Revue_ qui soutient si vaillamment la cause de l'alliance franco-russe, et qui veut écarter de toutes les mémoires le souvenir de la malheureuse affaire de Sagallo, a donné, cette semaine, une grande soirée en l'honneur de l'ataman Achinoff.
M.
LES PARLEMENTS ÉTRANGERS
SUISSE
La Confédération suisse est formée par l'union des peuples des 22 cantons de la Suisse, savoir: Appenzell (les deux Rhodes), Argovie, Bâle (ville et campagne), Berne, Fribourg, Saint-Gall, Genève, Glaris, Grisons, Lucerne, Neuchâtel, Schaffhouse, Schwyz, Soleure, Tessin, Thurgovie, Unterwalden (haut et bas), Uri, Valais, Vaud, Zug et Zurich.
En 1291, trois cantons seuls faisaient partie de la ligue fédérale; il y eut ensuite, en 1353, la Confédération des huit cantons, puis, en 1513, la Confédération des treize cantons, et enfin, après l'acte de médiation imposé à la Suisse par Bonaparte, le 19 février 1803, six cantons nouveaux firent partie de la ligue. Après la chute de Napoléon, l'acte de médiation fit place au pacte fédéral, qui s'étendit à trois nouveaux cantons, en tout vingt-deux cantons.
Au pacte fédéral succéda la Constitution du 12 septembre 1848, dont les bases étaient empruntées au système fédératif des États-Unis de l'Amérique du Nord, et qui fonctionna pendant une quinzaine d'années sans qu'on songeât à la réviser. En 1869, l'Assemblée fédérative commença la discussion d'un projet conçu dans un esprit très centralisateur. Cette discussion continua pendant le cours des sessions de 1871 et 1872, et aboutit, le 5 mai 1872, au vote d'une nouvelle Constitution qui, soumise à l'acceptation des citoyens suisses et des cantons, fut rejetée, le 29 mai, par la majorité des uns et des autres.
Les Chambres, qui jugeaient une révision absolument nécessaire, rouvrirent la discussion en 1873 et 1874; une nouvelle Constitution fut votée le 31 mars 1874 par l'Assemblée fédérale, et soumise le 29 mai suivant au vote populaire. Elle fut acceptée par 340,199 voix contre 198,013.
La Constitution du 29 mai 1874 n'a reçu depuis lors qu'une seule modification. Son article 65 abolissait la peine de mort; à la suite de crimes nombreux commis dans l'ouest de la Suisse, un courant d'opinion se forma contre cette disposition constitutionnelle, qui fut abrogée par la votation populaire, le 18 mai 1879.
Le pouvoir législatif est partagé entre l'Assemblée fédérale et le peuple. L'Assemblée fédérale a le droit d'initiative en toute matière. Elle est composée de deux chambres: le Conseil national, dont les membres sont élus par le suffrage universel dans toute la confédération; le Conseil des États, dont les membres sont députés par les cantons, soit par l'intermédiaire du parlement cantonal, soit directement par les électeurs cantonaux.
Le peuple suisse a aussi le droit d'initiative, savoir directement et sous certaines conditions en matière constitutionnelle; par voie de correspondance avec l'Assemblée fédérale et par l'intermédiaire des autorités cantonales en toute matière. Il doit nécessairement approuver toute modification à la constitution. Enfin, il a le droit, mais sous certaines conditions, de demander le référendum sur les lois et décrets, ayant un caractère d'intérêt général, votés par l'Assemblée fédérale, lesquels, dans ce cas, doivent être soumis à son approbation.
Le pouvoir exécutif appartient au conseil fédéral élu par l'Assemblée fédérale: l'un des membres du conseil, spécialement élu par l'Assemblée, porte le titre de président de la confédération.
Un tribunal fédéral, dont les membres sont élus par l'Assemblée fédérale, est chargé de statuer dans certains cas particuliers prévus par la constitution.
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Le conseil des États se compose de 44 députés des cantons: chaque canton nomme deux députés quel que soit le nombre de ses habitants; dans les cantons partagés, chaque demi-canton en élit un.
Les députés au Conseil des États sont indemnisés par les cantons qu'ils représentent. Le Conseil vérifie le pouvoir de ses membres, et nomme dans son sein, à la majorité absolue, un président, un vice-président et deux scrutateurs.
Le Conseil national est élu par le peuple sur la base d'un député par 20,000 habitants. Les circonscriptions électorales sont fixées par la loi fédérale. Chaque canton est divisé en un ou plusieurs collèges; mais chaque canton ou demi-canton nomme au moins un député, quelle que soit sa population. Actuellement le Conseil national compte 147 députés. Ils sont élus pour trois ans, et le renouvellement intégral a lieu le dernier dimanche d'octobre de la période triennale. Le président du Conseil national doit être changé après chaque session ordinaire.
Les députés au conseil national reçoivent une indemnité de présence de 20 francs par jour, plus les indemnités de voyage (0 fr. 20 par kilomètre).
Les deux Chambres légifèrent sur les lois de toute nature qui relèvent de la souveraineté fédérale, sans empiéter sur le domaine réservé aux cantons. Chaque canton a ses lois particulières, sa constitution, etc.
Elles procèdent à l'élection du pouvoir exécutif et du pouvoir judiciaire pour le tribunal fédéral, mais non pas pour les tribunaux cantonaux. Elles ratifient les alliances et les traités faits avec l'étranger, décident du droit de guerre et statuent sur les conséquences qui en résultent. Elles veillent à la garantie des constitutions cantonales et exercent une haute surveillance sur les cantons pour faire respecter les prescriptions fédérales.
Elles votent le budget fédéral.
Elles prononcent sur les recours des citoyens contre les décisions cantonales, les conflits de compétence, le droit de grâce et d'amnistie.
Les deux Chambres exercent non seulement le pouvoir législatif, mais aussi le pouvoir constituant, puisqu'elles peuvent procéder à la révision de la Constitution fédérale, sous réserve du vote populaire.
Chaque Chambre délibère séparément, sauf pour les élections du conseil fédéral et du tribunal fédéral, pour les recours en grâce et les conflits de compétence. Elles forment alors l'Assemblée fédérale. Jusqu'en 1874, les deux Chambres exerçaient le pouvoir législatif d'une manière absolue; mais la constitution nouvelle a introduit le _Référendum._
Trente mille citoyens peuvent demander qu'une loi soit soumise à la votation populaire. La constitution fixe à quatre-vingt-dix jours à partir de la publication de la loi ou de l'arrêté le délai pendant lequel le référendum peut être demandé. Si ce sont les citoyens qui le demandent, ils doivent apposer personnellement leur signature sur des listes, et le droit de vote des signataires doit être attesté par l'autorité communale du lieu où ils exercent leurs droits politiques. Si le nombre de 30,000 signatures est atteint, ou si 8 cantons la réclament, la votation populaire a lieu au plus tôt quatre semaines après la publication et la distribution de la loi.
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Le conseil fédéral, composé de sept membres, est nommé pour trois ans après chaque renouvellement du conseil national. On ne peut prendre plus d'un membre dans le même canton. Ils sont rééligibles; ils ne peuvent remplir d'autres fonctions, ou avoir une profession quelconque.
Le président de la confédération est pris dans le sein du conseil fédéral; il est nommé pour un an par l'Assemblée fédérale, et n'est pas immédiatement rééligible. Le président est l'égal de ses collègues et n'a que la charge de les présider et de répartir la besogne entre les divers départements.
Le président touche 13,500 francs, et les autres membres en touchent 12,000.
Il y a sept départements: la politique, dont le chef était en 1890 M. Numa Droz, de Neuchâtel; l'intérieur, qui a à sa tête M. Schenk, de Berne; la justice et police avec M. Ruchonnet, de Vaud; les affaires militaires, avec M. Hammer de Soleure: l'industrie et l'agriculture, M. Deucher, de Thurgovie; les postes et chemins de fer, M. Welti, d'Argovie, président de la confédération. Les conseillers se répartissent les départements ministériels.
Quant au tribunal fédéral, il est composé de neuf membres nommés pour six ans par l'assemblée fédérale qui désigne aussi le président et le vice-président. C'est une sorte de cour de cassation. Chaque membre reçoit un traitement de 10,000 francs; le président touche 11,000 francs.
L'Assemblée générale élit également, mais pour trois ans seulement, un chancelier fédéral chargé du secrétariat de l'assemblée fédérale et du conseil fédéral.
Comme, en Suisse, trois langues officielles sont admises, le français, l'allemand et l'italien, les rapports lus aux Chambres le sont dans les deux premières langues par deux rapporteurs appartenant à la Suisse française et allemande. Il n'y a pas de rapporteur italien, les huit députés du Tessin parlant tous allemand ou français.
Le Conseil national est nommé par le suffrage universel. Est électeur tout citoyen suisse ayant vingt ans accomplis.
Les élections sont directes; elles ont lieu dans les 49 collèges ou arrondissements fédéraux, au scrutin de liste ou au scrutin individuel, suivant le nombre des députés à élire. Le vote a lieu par écrit au scrutin secret. La majorité absolue des électeurs votants est nécessaire pour être élu: les bulletins blancs ne sont point comptés.
Sont éligibles tous citoyens suisses laïques et ayant droit de voter.
Quant au Conseil des États, les 44 députés qui le composent sont nommés par les cantons, le mode d'élection, la durée du mandat, le taux d'indemnité étant réglés, d'une façon tout à fait indépendante, par chaque canton. Les uns élisent leurs députés par l'intermédiaire de leur parlement cantonal; dans d'autres, les députés sont directement élus par le peuple, soit par mains levées (dans les landsgemeinden ou assemblées populaires), soit au scrutin. La durée du mandat varie entre un et trois ans.
Au Conseil national les radicaux sont en majorité; il y a ensuite quelques conservateurs protestants et catholiques, puis deux ou trois socialistes. En somme, tous les députés sont républicains; mais, tandis qu'au Conseil des États la majorité conservatrice est de 4 à 5 voix, au conseil national la majorité radicale est d'environ 50 voix.
Parmi les hommes remarquables qui ont marqué dans ces derniers temps au Conseil fédéral, il faut citer M. Charles Schenk, de Berne. Né en 1823, ancien pasteur, il a été président de la confédération en 1865, 1871, 1874, 1878, etc. Il appartient au parti radical et s'est occupé de la question de l'instruction publique. Il est l'auteur de la loi sur le paupérisme dans l'ancienne partie du canton de Berne. C'est un homme aimable.
M. Numa Droz (Neufchâtel) a été également président de la confédération à plusieurs reprises, la première fois en 1881, la dernière en 1888. Quoiqu'il soit encore jeune, sa vie a été bien remplie. Il se voua d'abord à l'horlogerie, en occupant ses loisirs à l'étude. Il devint instituteur, puis, après avoir rempli des fonctions communales, entra au grand conseil, puis au conseil d'État de Neuchâtel; il passa de là au conseil national et fut enfin élu conseiller fédéral. Il appartient au parti radical. C'est un homme très simple et très sympathique, un travailleur infatigable, en même temps qu'un orateur distingué. C'est lui qui a présidé le congrès pour la protection de la propriété littéraire et artistique. C'est encore lui qui, dans l'affaire Wohlgemuth, répondit à M. de Bismarck avec tant de dignité et de fermeté.
M. Louis Ruchonnet (Vaud) était le président de la Confédération suisse pour 1890. Il l'avait déjà été en 1883. Comme M. Numa Droz, avant d'être envoyé au conseil national puis au conseil fédéral, il avait rempli plusieurs fonctions cantonales. C'est un jurisconsulte éminent et un orateur de grand talent. Il s'est beaucoup occupé de la loi fédérale sur les poursuites pour dettes et les faillites, loi votée par le peuple suisse, le 23 novembre 1889. Il appartient également au parti radical.
M. Bernard Hammer (Soleure) est conservateur. Il a aujourd'hui soixante-six ans, et fut ministre de la Confédération à Berlin. Il était très compétent en matières financières, et se montrait toujours d'un caractère aimable. Depuis le 1er janvier 1891 il a été remplacé par un radical, M. V. Frei, de Bâle-Campagne, ancien ministre de la Confédération à Washington.
M. Émile Welti est un homme énergique et passionné; on le compare souvent à M. de Bismarck. Il a été président de la Confédération en 1869, et, depuis, s'est beaucoup occupé de la question des chemins de fer, dans laquelle il a d'ailleurs échoué.
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Au Conseil des États, un homme surtout méritait de fixer l'attention: c'est le docteur Albert Gobat (Berne), avocat. Il s'est beaucoup occupé de la question du latin et a fini par faire triompher ses idées, ou du moins une partie de ses idées, en faisant réduire le nombre des années consacrées à l'étude des langues mortes dans les gymnases bernois. C'est un travailleur et un énergique, mais il a le ton très tranchant. Aux dernières élections, M. Gobat a passé du Conseil des États au Conseil national.
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Le Conseil national compte un grand nombre de membres distingués et des orateurs de mérite, il y a beaucoup d'avocats et, parmi ces derniers, M. Rodolphe Brunner (Berne), radical; M. Edouard Marti, directeur du chemin de fer J. B. G., et qui, d'une façon très habile, a mené à bonne fin cette entreprise; M. Pierre Jolissaint est aussi un des directeurs du chemin de fer Jura-Berne; M. Ruffy (Vaud), chef du parti radical vaudois; M. Fower (Zurich), avocat d'un très grand talent; M. Robert Comtesse, (Neuchâtel), conseiller d'État neuchâtelois, s'occupe principalement de questions sociales.
Parmi les radicaux il faut citer encore le colonel Edouard Muller, président de la ville de Berne, s'occupant surtout des questions militaires; M. Joseph Stockmar, conseiller d'État bernois, esprit très caustique et très mordant; M. Favon, publiciste et orateur émérite, ancien président du Conseil national, et l'un des chefs du parti radical genevois.
Parmi les conservateurs on remarque M. Decurtins, socialiste-catholique; M. Ador, président du conseil d'État genevois, financier très capable.
Parmi les ultramontains mentionnons M. Pedrazzini, le chef du catholicisme tessinois, esprit vif et jésuitique; il ne fait plus partie du conseil national depuis 1890; M. Python, conseiller d'État fribourgeois, et créateur de l'université catholique.
M. Curti, rédacteur en chef de la Zurcher-Post, est aussi le chef du parti socialiste au conseil national et de plus excellent orateur.
Enfin M. Yoos (Schaffhouse) est inclassable; c'est un original, un interrupteur; on l'a appelé l'_homme-motion_, et en effet il n'y a guère de séance où il ne dépose les motions les plus fantaisistes. D'ailleurs il ne réussit jamais à rallier ses collègues à ses vues.
Les deux Chambres suisses siègent à Berne dans des grands bâtiments sans caractères aucun. On dirait que les architectes se sont dit qu'en présence de l'incomparable nature qui entoure la capitale de la Confédération, il était inutile d'orner des vestibules et de peindre des hémicycles. Et, de fait, ils ont eu raison; il n'y a pas de statues, pas de fresques, qui puissent lutter avec la vue de la Jungfrau et les députés suisses n'ont qu'à se mettre à la fenêtre pour voir les immortelles beautés qui leur font facilement comprendre l'insanité des luttes politiques et l'inanité des discours.
P. Artout.
NOTES ET IMPRESSIONS
J'ai entendu bien des discours; j'en ai entendu quelques-uns qui ont changé mon opinion, jamais un seul qui ait changé mon vote.
Disraeli.
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Je n'ai pas besoin du concours de mes amis lorsque j'ai raison; j'en ai besoin lorsque j'ai tort.
Casimir Périer.
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Dieu a fait deux dons à l'homme: l'espérance et l'ignorance. L'ignorance est le meilleur des deux.
Victor Hugo.
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Le bonheur a cela de bon qu'il fait aimer davantage ceux que l'on aimait déjà avant d'être heureux.
Alex. Dumas fils.
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Il n'est pas de douleurs inutiles, car toutes font équilibre à des joies.
Gustave Droz.
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On pardonne au bonheur furtif, et l'on se montre sans pitié pour toute douleur sincère qui n'est pas de la catégorie des douleurs permises.
Th. Bentzon.
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Lorsque l'incrédulité devient une foi, elle est moins raisonnable qu'une religion.
De Goncourt.
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La nécessité est une rude école qui n'accorde pas beaucoup de temps à ses élèves.
Adrien Chabot.
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C'est étonnant, ce qu'on laisse d'amis dans l'escalier, quand on monte du premier au cinquième.
Georges Duruy.
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La faiblesse d'autrui augmente notre confiance en nous-mêmes.
Quatrelles.
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On se fait à bon marché un renom d'originalité auprès des sots, en prenant le contre-pied de l'opinion commune ou même du sens commun.
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J'aime à lire un bon livre sans commentaire et à voir un beau pays sans cicérone.
G.-M. Valtour.
LA CHASSE A LA HUTTE
La chasse aux canards est un des sports qui passionnent le plus ses adeptes, malgré les bronchites et les rhumatismes qui en sont trop souvent la suite. L'un des moyens adoptés pour cette chasse est le genre d'affût connu sous le nom de hutte.
La hutte, ainsi que son nom l'indique, est un abri plus ou moins vaste, plus ou moins confortable, dans lequel les chasseurs attendent patiemment l'arrivée du gibier.
Il en est de tous les modèles, depuis le modeste gourbi en planches et branchages jusqu'au pavillon de chasse en maçonnerie; mais le point important consiste à dissimuler la butte sous des masques de roseaux, de mousse, de terre, de manière à cacher toute apparence de la main de l'homme aux canards, animaux très méfiants et que la nature a pourvus d'une grande acuité des sens visuel et olfactif.
Notre première gravure représente une installation de ce genre existant dans les étangs de Moret (Seine-et-Marne), étangs qui sont la propriété de M. Thirion, et l'un des endroits les plus giboyeux des environs de Paris.