L'Illustration, No. 2501, 31 Janvier 1891

Part 4

Chapter 43,577 wordsPublic domain

Deux heures après avoir chanté ces paroles, la petite Fleur-de-Fraise courut à la maîtresse. Et d'un air triomphant:» Moi, victoire! moi, victoire! Louisa Tête-de-Taureau fâchée.--Elle _grande tentation_. Alors, moi je tape. _Moi victoire!_»

Au jardin de l'institution, des collégiens yankees, rencontrant un jour les petites Indiennes, leur posèrent mille questions saugrenues: «Comment t'appelles-tu? Sais-tu parler _américain_? Es-tu sauvage?»

Impatientée, la petite Feuille-Verte regarda dans les yeux l'un des auteurs de cette inconvenance: «Je ne parle pas _américain_, et je suis très sauvage.»

Dès le troisième mois d'école, ce petit monde est déjà sensible à tout ce qui rappelle sa condition. La petite Grâce entend une exclamation échappée à un visiteur. Elle court à la maîtresse: «Le _gentleman_ a dit nous sommes de _pauvres êtres_. Est-ce que nous sommes _si pauvres que cela_, dites!»

Dès le troisième mois aussi, les petites filles parlent «américain» à leurs poupées. Peut-être, pour elles, sont-ce des «bébés pâles,» qui ne comprennent pas l'indien; ou encore se trouvent-elles enhardies, la poupée ne relevant pas leurs fautes de grammaire.

Pour consacrer le succès de son oeuvre, le capitaine Pratt obtint de convoquer à Hampton une assemblée des principaux chefs. Ils arrivèrent des «réserves», sous la conduite des agents. J'ai eu le rare spectacle de cette cérémonie touchante.

Qu'on se figure une vingtaine de chefs, superbes sous leurs costumes de guerre, les mocassins ornés de scalps yankees, coiffes de plumes d'aigle, chargés de fétiches et de peintures de guerre--tout l'attirail enfin du répertoire romantique. Et pour les recevoir, rangée en ordre, la petite troupe de leurs enfants, transformés en misses et gentlemen américains. Le contraste était saisissant.

Pauvre Loup, chef des Gros-Ventre, trouva le fils de son propre frère, Corne-Dure, dans l'atelier de peinture, affublé d'un tablier de toile et badigeonnant de rouge vif des seaux de bois.

Le triomphe muet de l'artiste n'avait d'égal que l'orgueilleuse admiration du chef et de ses compagnons, dignes et silencieux.

Fils de l'Étoile se fit conduire vers sa fille, la considéra quelques secondes sans une parole. Puis, tirant de dessous la couverture écarlate qui le drapait une petite cordelette, il l'agita sous les yeux de la fillette avec deux minuscules mocassins, et traça en l'air des zigzags hiéroglyphiques. L'enfant poussa deux ou trois éclats de rire joyeux et fondit en larmes attendries.

L'interprète nous expliqua cette pantomime qui donnait à l'élève de Hampton des nouvelles de sa petite soeur, encore au berceau quand son aîné avait quitté le _wigwam_ paternel, et aujourd'hui grande de deux pieds,--longueur de la corde.

Après un séjour de vingt-quatre heures les chefs partirent, enchantés de leur visite, et allèrent conter à leurs «gens» les merveilles dont ils avaient été les témoins.

Le résultat de cette heureuse tentative fut un vote du Congrès créant à Carlisle, Pennsylvanie, un second collège indien dans les baraques d'un vieux fort dressé sur l'emplacement où Benjamin Francklin, et avant lui William Penn, conclurent des «traités d'amitié» avec les peaux Rouges.

Carlisle devint en peu de temps un second Hampton où l'on élève des enfants pris dans toutes les tribus américaines.

On y compte, en ce moment, 190 élèves dont 57 filles. Toutes les professions industrielles, tous les métiers manuels, l'agriculture, ont dans ces enfants des apprentis studieux qui deviennent d'habiles ouvriers. Les filles tissent la laine, font les habits. Virginia, fille de l'Ours-qui-grogne, chef de Kiowas, envoya l'hiver dernier à son père une chemise de toile qu'elle avait taillée, cousue, lavée et repassée. Des petites Sioux l'ont imitée dernièrement. Un jeune cordonnier a, de même, envoyé à son père une paire de bottes de sa façon.

Enfin, Samuel, jeune Paunie, publie le _Journal de l'École_ qu'il écrit et compose lui-même, tandis que deux autres font la copie du _Radle-Keatah-Toh, Etoile du Matin_, organe mensuel de Carlisle. Rien de curieux, pour un chroniqueur parisien, comme le spectacle des confrères à peau-rouge corrigeant leurs épreuves, avant de tirer le journal qui est très soigneusement rédigé, me dit le capitaine, et aussi habilement imprimé que bien des feuilles de chez nous.

Détail intéressant: les caractères employés sont ceux de l'alphabet inventé par l'Indien Sequoyah, fils d'une Chérokie et du fameux trappeur français, Louis Gueste.

L'expérience de Hampton et de Carlisle prouve que l'Indien est capable d'éducation.

Les enfants indiens sont pareils aux nôtres, quelques-uns d'une intelligence très vive, d'autres à l'entendement épais. La moyenne pourtant est des plus remarquables. Le goût des arts mécaniques, celui du dessin, leur sont naturels. Toutes les qualités supérieures de la race sont respectées par l'éducation. Les petits Indiens sont courageux au physique et au moral, généreux, fiers, sensibles, pleins d'observation, de finesse et de sentiments délicats. Mais ils restent ombrageux, d'une timidité invétérée avec les blancs.

Quant à l'impression causée dans les tribus indiennes par la visite des chefs à Hampton et Carlisle, une lettre, entre des centaines que possède le capitaine Pratt, en donnera l'idée.

«Ma chère fille.--Je t'envoie mon portrait. Tu vois que je porte mon habit de guerre. Mais je vais porter celui des hommes pâles. Je veux essayer de vivre comme un blanc. Ainsi tu n'as rien à craindre de moi. Je veux que tu apprennes et que tu sois bonne fille. Nous sommes fiers de toi; mais ce sera plus encore quand tu reviendras.

L'agent m'a dit que j'irais te voir. Je veux t'acheter une chaîne d'or et avoir ta face en porcelaine (photographie). Tout notre peuple bâtit des maisons et va cultiver des fermes. Je t'ai toujours aimée; cela me rend heureux de savoir que tu apprends. Je fais écrire mon frère, la Grande-Étoile, pour moi. Si je pouvais lire et écrire, je serais bien heureux. Ton père: L'Aigle-Noir.»

«P. S.--Pourquoi me demandes-tu des mocassins? Je t'ai envoyée là-bas pour être comme une fille pâle et porter des souliers.»

Nous voilà loin de la réponse faite par le sachem Saponi, il y a cent ans, au commissaire anglais. Celui-ci offrait au chef indien d'emmener son fils et sa fille pour les faire élever en Angleterre: «Leur enseignerez-vous mieux que moi, dit-il, à tanner le daim, à scalper un ennemi? Donnez-moi plutôt vos fils, je les élèverai dans mon wigwam, et j'en ferai des hommes.»

Un grand chef Sioux, Queue Tachetée, avait à Hampton plusieurs enfants. Il vint les voir, et trouva que son fils aîné n'avait plus besoin d'interprète auprès des Américains. Il prit peur et emmena tous ses enfants avec lui. Dans sa tribu on voulut le déposer. «Si l'école est mauvaise, pourquoi y as-tu laissé nos enfants?» demandèrent-ils. Quand ils surent le motif de son action, un chef dit: «La Queue-Tachetée va si souvent dans la tente du Grand-Père (_le président à la Maison Blanche_) qu'il a appris à _parler double_, comme les Yankee, pour mentir comme eux.»

Les meilleurs élèves de Hampton et de Carlisle sont renvoyés dans les tribus pour y faire de la propagande, mais la plupart préfèrent revenir habiter auprès de l'école pour exercer leur métier. Et peu à peu, par la fréquentation des deux sexes, on voit, à l'âge de la puberté, sous l'influence de l'éducation, s'éveiller au coeur des jeunes sauvages les premières tendresses naïves de l'amour civilisé.

Le capitaine Pratt m'a donné à lire la confidence qu'il avait reçue d'un amoureux comanche.

«Longtemps passé dans Territoire Indien, moi chasser, moi faire la guerre. _Moi, pas penser aux filles_. Alors, toi, capitaine, tu me conduis à Hampton. J'apprends parler «américain». Tout le monde bon pour moi. Moi j'étudie, moi j'apprends! travailler. Là beaucoup de filles belles et bonnes.

_Mais moi, pas penser aux filles_. Alors moi je tâche faire bien. Je travaille fort. Tu m'envoies territoire indien chercher filles et garçons indiens.

J'ai amené quinze. Je vois tout mon peuple, tous mes vieux amis. _Mais moi, pas penser aux filles_.

Mais Laura, elle, pense. Elle me dit elle sera une femme pour moi. Je l'amène vers toi à Carlisle.

Elle apprend parler «américain». Elle étudie, elle coud. Maintenant le père de Laura parti aux terres de chasse du Grand-Esprit (mort). Moi, je! pense, je pense tout le jour, je pense toute la nuit: qui va prendre soin de Laura? Et après, je pense: moi je travaillerai à Carlisle. Je travaillerai fort et je prendrai soin de Laura.»

Laura! Une comanche du nom de Laura! N'est-ce pas la fin de tout?

Voici maintenant un Pétrarque peau-rouge, tel qu'il se peint lui-même dans une lettre d'amour(!) tombée aux mains d'un surveillant d'atelier.

«Miss... j'ai dit: je t'aime. J'ai besoin t'écrire.

Quand je te donne une lettre, j'ai besoin tu répondes vite. Cela fait mon coeur joyeux, ma _soeur en l'école_. Quand je parle, je ne dis pas un mensonge.

Mon coeur est vrai. Toujours je t'aime d'amitié, toujours je t'aime d'amour. Je suis sincère. Ma pensée est droite. _J'ai besoin toujours nous rions l'un à l'autre_. Quand nous sommes ensemble toujours nous vivons heureux. Je pense; c'est bien comme cela. Toi penses, toute seule, et après, dis-moi ta pensée. Je veux te dire encore une chose: ne parle pas au Renard Gris. Cela me fait triste. Encore une chose; quand j'écris pour toi, ne dis rien. Si on voit la lettre, on m'emmène loin. Je ne te vois plus. Je suis triste, triste dans mon coeur. Ne montre rien.

Je veux te dire une seule chose: toujours je t'aime d'amitié, toujours je t'aime d'amour. _Mon coeur donne une poignée de mains avec toi. _»

Après cette lettre, qui osera dire qu'on ne peut civiliser les Indiens?

Mais l'Américain préfère les tuer...

Jehan Soudan.

LA MODE

Les réceptions sont rares, en ces mois frileux, et quelques dîners seuls, très élégants, permettent aux jeunes femmes d'arborer les toilettes du soir, prémisses de la saison. On a dîné chez la duchesse de Gramont, on a dîné chez la baronne Alphonse de Rothschild, on a dîné chez la duchesse de la Torre, on a dîné chez Mme Standish, et la fleur des élégantes, rassemblée autour de ces tables aristocratiques, a affirmé son goût pour le velours clair, que relèvent les broderies byzantines et les fourrures précieuses. Fourreaux directoire--auxquels Thermidor va nous ramener, dit-on, tout à fait--robes Henri II et robes Louis XIV, aux revers somptueusement doublés, qui retournent mollement sur la traîne, ou fantaisies originales, sans style voulu, qui mélangent les époques, sans souci d'en dégager aucune ligne spéciale, et font une harmonie de toutes pièces, glanées au gré du caprice.

Worth, toujours l'arbitre suprême du goût féminin, paraît, cette année, se soucier peu d'un style unique. Le Henri II domine, à coup sûr, dans ses créations, et fait le fond, si l'on peut dire, de ses costumes, mais, amalgamé volontiers de Louis XIII, de Louis XIV, de Louis XV même, comme dans cette jolie toilette de dîner que portait naguère l'une des très belles et aristocratiques mondaines que la mort a rapidement emportées, ces derniers temps: je veux parler de la comtesse de Villeneuve.

Le corsage est décolleté à peine, la manche arrêtée seulement au coude. Car, par cette température surtout, dont la rudesse inaccoutumée exige de la part de toute femme délicate tant de précautions, la robe de dîner, sauf pour les dîners officiels ou de très grande cérémonie chez de hauts personnages, n'est point essentiellement décolletée. La «demi-peau» lui suffit, la richesse des étoffes suppléant en cette occasion à l'échancrure du corsage. Donc, corsage demi-décolleté, en satin vert malachite, à basque Louis XV, encadré autour des épaules par une dentelle d'or qui s'applique, devant, aux petits revers à la Robespierre, tout doublés de satin lilas de Parme. La manche collante, en satin lilas avec engageante de dentelle d'or, emboîte le coude qu'elle dégage. De gros bouillons noués, en satin malachite, forment épaulière, tandis qu'un corselet de velours pensée emboîte la taille, arrêté de côté, sous le corsage ouvert en veste, pour reparaître derrière et se nouer en longs bouts tombants sur la jupe, à traîne droite, de satin vert doublée de satin lilas, qui se retourne selon le goût Louis XIII, dégageant un jupon à panneaux, que réunissent entre eux des agrafes passementées d'or: ce jupon, en satin lilas, reposant lui-même sur un autre jupon de satin crème, aperçu à travers l'échancrure des panneaux. Des pierreries au corsage et dans les cheveux complètent cette toilette, un peu compliquée, mais de très grande allure.

Une autre toilette très remarquée est de satin bouton d'or, toute cloutée d'or, les clous formant de grosses pastilles éparpillées. La robe est tout unie, genre directoire, le corsage presque entièrement décolleté en rond sur une chemisette de crêpe bleue pâle. Des draperies de crêpe azur, enroulées au haut du bras, l'enveloppent jusqu'au-dessus du coude, appuyées à un fin bracelet de satin, incrusté d'or et de turquoises. Les mêmes broderies, en agrafe aux épaules, et en bandelettes, dans les cheveux à la grecque.

Toutes ces toilettes, apparues aux dîners, conviennent à merveille à la tenue d'opéra, la soirée s'achevant volontiers à l'académie musicale lorsque qu'aucune attraction ne l'occupe chez les maîtres de maison.

Elles ne sont pas même déplacées, à la condition de n'être pas trop surchargées de bijoux, dans une loge, au samedi de l'Opéra-Comique, ou même au mardi des Français, quoique le chapeau très habillé soit infiniment mieux approprié aux abonnements de ces deux théâtres. Mais on ne peut pas toujours rentrer pour changer de toilette. Et un petit collet Henri II, en velours clair, tout brodé d'or et de pierreries et bordé de plumes, que l'on garde sur les épaules, en atténue l'excessive élégance.

La coiffure qui convient à la plupart est la coiffure à la grecque, plus ou moins relevée d'aigrettes, de turbans ou de bandelettes. Beaucoup de plumes, plus encore d'or, des bijoux à profusion; peu de fleurs, la saison rigoureuse ne leur étant point propice, le tout en sommet, sur le chignon, un peu en arrière.

Violette.

La Semaine parlementaire.--La Chambre a eu à s'occuper à deux reprises différentes de questions qui concernent l'Afrique. C'est un sujet qui reviendra souvent au cours des débats parlementaires, car, en attendant le moment assez éloigné où les possessions qu'elles ont sur le continent noir soient, pour les puissances, une source de richesse, elles sont et resteront longtemps une cause de conflits.

En premier lieu, c'est de la navigation sur le Niger qu'il a été question. Nous avons raconté les divers incidents du voyage effectué par M. Mizon et les difficultés qu'il a rencontrées de la part de la Société anglaise du Niger. M. le prince d'Aremberg a voulu avoir, sur ce point, des déclarations précises du ministre des affaires étrangères. Il a rappelé que M. Mizon a été attaqué et blessé pendant qu'il remontait un des affluents du fleuve et de plus que l'agent général de la Société anglaise avait notifié à notre compatriote qu'il pourrait continuer son voyage sur la rivière, mais qu'on ne lui permettrait pas de débarquer sur ses rives.

Or, l'article 26 de l'acte de Berlin assure la liberté de navigation à tous les pavillons sur le Niger et ses affluents; le gouvernement anglais est donc tenu de contraindre la Compagnie du Niger, à laquelle il a accordé une sorte de charte, à respecter les stipulations de cet acte international.

Le ministre des affaires étrangères a répondu qu'il n'y avait aucun doute à cet égard. L'ambassadeur de la République à Londres a fait au sujet de cette affaire des observations amicales au gouvernement britannique, qui a aussitôt envoyé des ordres pour que la Compagnie du Niger laissât notre compatriote, M. Mizon, poursuivre son voyage en toute liberté.

L'incident a été clos après cette déclaration.

L'autre débat portait sur la Tripolitaine. On sait qu'il existe en Italie un parti--et on a toute sorte de bonnes raisons de penser que c'est le parti du gouvernement--qui s'est attaché à surexciter en toutes circonstances les susceptibilités du pays, en faisant croire que la France n'attend qu'une occasion de mettre la main sur la Tripolitaine. A plusieurs reprises le gouvernement français a pris soin de démentir de la façon la plus catégorique les nouvelles fantaisistes répandues à ce sujet dans la péninsule. La presse italienne revient cependant à la charge, et cela se comprend. Comment le gouvernement italien pourrait-il justifier les armements qu'il impose au pays, s'il n'entretenait cette idée qu'un danger le menace à tout instant et que, par conséquent, il doit être toujours en état de défendre ses intérêts? Voilà pourquoi il est bon que notre gouvernement saisisse de son côté toute occasion de rétablir sur ce point la vérité, et fasse justice d'allégations que son silence pourrait accréditer.

C'était là l'objet de la question que M. Pichon a adressée au ministre des affaires étrangères. M. Ribot a répondu avec finesse et netteté et même avec une pointe de spirituelle ironie qui lui ont valu les applaudissements de toute la chambre. Rappelant les sentiments de sympathie que M. Crispi a récemment attestés envers la France, il a dit que le premier ministre du roi Humbert devait, à coup sùr, être plus attristé que nous des polémiques toujours hostiles de la presse de son pays.

Le ministre ne s'en est pas tenu là et a replacé la question sur son véritable terrain, en affirmant l'accord complet qui existe entre la France et la Turquie en ce qui concerne la Tripolitaine. Il ne faut pas oublier en effet que cette province fait partie intégrante de l'empire ottoman, et que le sultan est le seul souverain avec lequel nous ayons à nous entendre pour tout ce qui concerne nos rapports et nos intérêts dans cette région de l'Afrique. Il est donc singulier de voir la presse italienne en proie à ces inquiétudes, manifestement artificielles, alors que le gouvernement ottoman, loin d'éprouver aucune émotion, entretient avec nous les relations les plus cordiales.

--M. Richard a interrogé le ministre des travaux publics au sujet du chauffage des wagons de 2e et 3e classes. On sait que les compagnies de chemins de fer ne sont pas tenues par leur cahier des charges de faire chauffer ces voitures sur les lignes de banlieue; mais sur les réclamations du public, le gouvernement avait fait espérer qu'une amélioration, conforme à l'humanité, serait apportée à cette situation. Après un débat assez agité et assez confus, on est arrivé à cette conclusion, que les voitures dont il s'agit seraient chauffées l'année prochaine. Fort heureusement, le dégel est survenu sur ces entrefaites.

Le conseil supérieur du travail.--

M. Jules Roche, ministre du commerce, vient d'instituer dans son département un «Conseil supérieur du travail» dont il a indiqué lui-même le caractère dans le rapport qu'il a adressé à ce sujet au président de la République.

Dans la pensée du ministre, ce conseil sera essentiellement un instrument d'études pour examiner les projets et pour préparer les solutions sur lesquelles le parlement aura à se prononcer. Il est destiné à fournir d'une manière rapide et sûre les renseignements concernant les questions ouvrières, que l'on n'a pu obtenir jusqu'ici qu'en ouvrant des enquêtes longues et coûteuses, enquêtes dont les résultats n'ont pas répondu, la plupart du temps, à l'effort déployé.

Afin de permettre à toutes les opinions de se produire, M. Jules Roche a décidé que le Conseil serait composé pour un tiers de membres du parlement et, en général, de personnes particulièrement versées dans les matières économiques et sociales, et, pour les deux autres tiers, en nombre égal, de patrons et d'ouvriers. Pour ces derniers, son choix s'est porté principalement sur des membres des conseils des prud'hommes, secrétaires généraux des syndicats, anciens délégués, etc., c'est-à-dire sur des ouvriers déjà désignés par leurs camarades, par conséquent possédant leur confiance et pouvant apprécier judicieusement les mesures propres à améliorer la situation des travailleurs.

Société nationale des Beaux-Arts.--

L'assemblée générale de la Société nationale des Beaux-Arts a eu lieu vendredi dernier à l'Hôtel-Continental. M. René Billotte, secrétaire, a donné lecture de la lettre par laquelle M. Meissonier se démet de ses fonctions de président, et annoncé que la délégation avait proposé M. Puvis de Chavannes pour le remplacer.

L'assemblée a ratifié par ses acclamations la nomination de son nouveau président.

M. Billotte a fait savoir ensuite que MM. Carolus Duran, Dalou et Bracquemond ont été élus vice-présidents par la délégation; après quoi, M. Dubufe a exposé la situation actuelle et les projets de la Société.

L'assemblée a accueilli par des applaudissements l'annonce faite que le jardin serait aménagé pour l'exposition de sculpture et s'est séparé après un vote manifestant sa pleine confiance dans le nouveau président.

Le Conseil supérieur des colonies.--

Depuis plusieurs années, le conseil supérieur des colonies ne s'était pas réuni. M. Etienne, sous-secrétaire d'État, vient de le convoquer pour lui soumettre deux projets d'une réelle importance.

L'un de ces projets concerne l'organisation politique et administrative de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Réunion. L'exposé des motifs de la loi proposée par le sous-secrétaire d'État dit qu'il y a lieu d'accorder, sans plus tarder, le régime du droit commun à ceux de nos établissements d'Outre-Mer qui sont en situation d'en recueillir les bénéfices et dont l'état social se rapproche le plus de celui de la Métropole. La Martinique, la Guadeloupe et la Réunion sont donc tout indiquées pour fournir un type nouveau d'organisation coloniale et échapper au régime des décrets, en vigueur jusqu'ici.

En vertu de cette nouvelle organisation, les gouvernements deviennent les chefs actifs de toute l'administration; ils sont assistés d'un secrétaire général. Ils disposent des forces de terre et de mer et peuvent, en cas de besoin, requérir les forces navales de passage dans les eaux de leur gouvernement, le commandant en chef restant juge, toutefois, de la suite qu'il convient de donner à ces réquisitions. Mais il est expressément établi que le caractère du gouverneur est essentiellement civil, et qu'en aucun cas et sous aucun prétexte il ne peut prendre le commandement des troupes.

L'autre projet présenté par M. Etienne est relatif à l'Indo-Chine. Il fixe à Hanoï la résidence du gouverneur général et supprime le conseil supérieur de l'Indo-Chine. Un conseil du protectorat, dont feront partie les hauts fonctionnaires au Tonkin et en Annam, et quelques-uns des fonctionnaires annamites désignés par le gouverneur général, sera institué à Hanoï.

La représentation de «Thermidor.»