L'Illustration, No. 2499, 17 Janvier 1891

Part 4

Chapter 43,689 wordsPublic domain

D'abord parce que c'est Paris, et que de toutes les capitales c'est la ville libre par excellence. La liberté ne consiste pas seulement à aller et à venir à sa guise, mais encore à n'avoir de rapports forcés avec personne. Les relations y sont nombreuses, faciles, et n'engagent à rien. On y vit tranquillement à sa guise, sans gêner personne et sans qu'on s'occupe de vous. Paris n'a jamais supporté de joug d'aucune sorte; quand on a l'indépendance de la fortune, on jouit de toutes les autres, jamais on ne rencontre d'obstacle, d'entrave, de gêne, on est libre dans la ville de toutes les libertés. De même règne partout l'égalité; le plus simple bourgeois ne songe même pas à s'étonner de se voir au théâtre, en omnibus, etc., entre un duc et un ministre. Enfin Paris la Grand'ville, le Beau Paris, est la Cité fraternelle et hospitalière, la seconde patrie de ceux qui en ont une et la patrie d'élection de ceux qui n'en ont plus.--Liberté, Égalité, Fraternité.

Charles Joliet.

_(A suivre.)_

NOTES ET IMPRESSIONS

L'on peut dérober à la façon des abeilles, sans faire tort à personne; mais le vol de la fourmi qui enlève le grain entier ne doit jamais être imité.

La Mothe Le Vayer.

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Quand nous voyons qu'on nous vole nos idées, recherchons, avant de crier, si elles sont bien à nous.

Anatole France.

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Avoir trop d'esprit est une accusation qui sert, en Angleterre comme en France, à tenir éloignées du pouvoir les supériorités qui font ombrage aux médiocres.

_(Mémoires)_

Talleyrand.

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La raison a, de tout temps, aimé à morigéner le sentiment.

Léon Say.

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Tous les souvenirs du monde, bons ou mauvais, ne valent pas la plus mince espérance.

Émile Gaboriau.

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Un bonheur qui a passé par la jalousie est comme un joli visage qui a passé par la petite vérole: il reste grêlé.

_Claude Larcher_

(P. Bourget.)

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En amour, tout est rompu du jour où l'un des deux amants a pensé que la rupture était possible.

_Claude Larcher_ (P. Bourget.)

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Toute chaîne, fût-elle d'or, fait un jour un forçat de celui qui la porte.

Adrien Chabot.

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Le musicien qui a des réminiscences s'imagine, en les répétant, qu'elles lui appartiennent, comme le menteur, à force de reproduire un mensonge, finit par croire qu'il dit la vérité.

_(Pensées posthumes.)_

Louis Lacombe.

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L'âme reprend son vol, dès qu'on revit par elle.

_(Pages intimes.)_

Eugène Manuel.

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La médecine de nos jours est aussi originale que savante: elle invente encore plus de maladies que de remèdes.

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La célébrité qui s'acquiert le plus vite est celle du crime.

G.-M. Valtour.

LE COMMERCE DES ALLIGATORS DANS LA FLORIDE.

Ouverture de la session parlementaire.--C'est lundi 13 courant qu'a eu lieu la rentrée des Chambres. Cette fois-ci le vénérable M. Pierre Blanc, celui qu'on a surnommé un peu familièrement peut-être le _vieil Allobroge,_ ne présidait pas la séance comme il l'a fait chaque année depuis si longtemps déjà. Ce n'est pas qu'il ne soit toujours vert et jeune en dépit de ses quatre-vingt-cinq ans, mais le froid et la neige l'avaient retenu bloqué dans son pays, la Savoie. Il a été remplacé au fauteuil présidentiel par M. de Gasté, un peu plus jeune que lui, mais pas beaucoup plus. Les secrétaires d'âge installés au bureau étaient MM. Argeliès, Lasserre, Pierre Richard et Maurice Barrés. Quatre députés, deux boulangistes. La proportion a dû paraître un peu forte, mais c'est le hasard qui est le seul coupable.

La présidence de M. de Gasté avait provoqué une certaine curiosité. Son discours a été court. Après avoir fait part à l'Assemblée de ses regrets que le vénéré M. Blanc ait été retenu loin de Paris, il a continué ainsi:

«N'ayant pas quitté Paris et quoique malade moi-même, j'obéis au règlement en venant ouvrir les travaux de votre session ordinaire.

«Dans la très courte allocution que je prononcerai, vous me permettrez, mes chers collègues, d'introduire le voeu que vous me veniez en aide, le jour où je vous demanderai de modifier nos lois constitutionnelles et de leur donner plus de similitude avec la Constitution américaine qu'avec la Constitution anglaise.

«En ce qui concerne nos travaux intérieurs, vous ne reprocherez pas à l'un de vos vétérans de regretter qu'à chaque renouvellement de l'Assemblée les propositions disparaissent et que les meilleures réformes voient ainsi quelquefois plus de trois législatures se succéder sans même être examinées.»

Il termine en souhaitant que pendant Tannée 1891 les commissions apportent à leurs travaux la plus grande activité.

Après que le doyen d'âge a pris place au fauteuil présidentiel, on a procédé au tirage au sort des bureaux.

M. Floquet a été élu président définitif.

Au Sénat, la séance d'ouverture a été présidée par M. de Lur-Saluces, sénateur de la Gironde.

Le ministère; l'Emprunt.--L'impression générale, à la rentrée des Chambres, était que le ministère n'avait pas à craindre cette année les surprises qui suivent parfois la période d'accalmie connue sous le nom de «trêve des confiseurs». Par extraordinaire, on ne songe pas à renverser un cabinet qui date déjà de deux ans.

Le succès de l'emprunt explique en partie cette situation privilégiée faite aux membres du gouvernement et aussi, on peut le dire, les résultats des élections sénatoriales qui sont portés à l'actif du ministre de l'intérieur. Mais, si la victoire électorale des républicains peut contrarier ceux qui sont restés attaches aux anciens partis, le triomphe que vient de remporter notre pays dans l'ordre financier est fait pour réjouir tout le monde.

L'État demandait aux souscripteurs de s'engager pour 869 millions: les souscripteurs lui ont offert plus de 14 milliards. Le premier versement était fixé à 141 millions. Le Trésor a encaissé dans la journée du 10 janvier la somme énorme de deux milliards trois cent quarante millions.

Nous donnons du reste dans une autre partie du journal (voir page 55) tous les détails relatifs à cette prodigieuse opération.

Le clergé et la République; le discours de M. Méline.--La question religieuse tend à prendre une place de plus en plus importante dans la politique des partis. Il est probable, on pourrait dire, il est certain, que si, dans la présente législature, il se produit quelque changement décisif dans l'attitude des divers groupes parlementaires, et surtout dans le corps électoral, ce changement tiendra pour une large part aux déclarations formulées par le cardinal Lavigerie. Cela ne tient pas seulement à la personnalité de l'auteur de ces déclarations, qui est considérable par elle-même. Si le discours qu'il a prononcé à Alger a eu un tel retentissement, c'est qu'on sentait qu'il était appuyé en cette circonstance par une autorité plus haute que la sienne, et que sa pensée répondait à celle, non de tous les prélats de France, mais d'un grand nombre d'entre eux. A ce point de vue, il y a un intérêt réel à rechercher si l'opinion assez générale qu'on s'est faite qu'il avait été en quelque sorte le porte-parole non-seulement d'une partie de l'épiscopat, mais aussi peut-être du Vatican, était justifiée.

Nous avons déjà vu que le cardinal Rampolla, qui, lui, parlait sans contestation possible au nom du Saint-Siège, n'a pas désavoué le cardinal Lavigerie. Loin de là, dans la lettre qu'il adressait à l'évêque l'Annecy, il émettait, avec tous les tempéraments possibles et sous la forme réservée qui est dans la tradition de l'Église, cette pensée que les catholiques doivent s'accommoder de toutes les formes de gouvernement.

Voici un autre document qui mérite également d'arrêter l'attention. C'est une lettre que l'évêque de Saint-Denis et de la Réunion a adressée au cardinal Lavigerie et qui constitue une adhésion explicite aux théories que celui-ci a émises à Alger. Cette lettre est d'autant plus significative qu'elle est datée de Rome et qu'elle a été écrite à la suite d'un entretien avec le Pape. Au cours de cet entretien, Léon XIII a dit à son visiteur: «Vous devez être content du toast du cardinal Lavigerie?» A quoi l'évêque a répondu:

«Très saint-père, le cardinal a rendu à l'Église des services signalés; je ne crois pas qu'il lui en ait rendu de plus considérable que celui qui résultera de ces mémorables paroles. Les conséquences de cette déclaration ne seront peut-être pas immédiates, mais dans quelque temps on reconnaîtra que le cardinal qui, dans les batailles du bien contre le mal, a les vues soudaines du génie, a frappé un coup des plus heureux.»

Ces lignes, écrites, il faut le répéter, au lendemain d'une entrevue avec le pape, n'ont pas été désavouées, non plus que les déclarations du cardinal Lavigerie lui-même. Sans prendre parti dans cette question essentiellement délicate, puisqu'elle touche à la conscience des membres de l'épiscopat sur un point de doctrine à la fois religieuse et politique, il est permis cependant d'affirmer que le chef de l'Église, s'il n'impose pas à ses représentants immédiats en France un acte d'adhésion formelle en faveur de la République, les laisse toutefois libres d'accepter sous leur responsabilité le régime établi.

Le fait a une portée considérable puisque aujourd'hui c'est la question religieuse qui sert de terrain de lutte entre les amis et les adversaires de la République. Aussi est-il intéressant de voir l'accueil que les républicains font à ceux qui accomplissent ou qui projettent l'évolution entreprise par le cardinal Lavigerie, qui serait suivi, dit-on, non seulement par l'évêque de Saint-Denis, mais aussi par plusieurs autres membres de l'épiscopat, entre autres les archevêques ou évêques de Tours, Cambrai, Rouen, Digne, Bayonne, Langres, etc... On a à ce sujet de nombreux documents, mais on peut considérer comme les résumant le discours prononcé par M. Méline à Remiremont, à l'occasion de la reconstitution de «l'alliance républicaine» dans cette ville.

Après avoir fait à son tour le procès du boulangisme, l'ancien président de la Chambre a déclaré que, tout en recommandant, dans les rapports de l'Église et de l'État, une politique de modération, il est partisan de la laïcité de l'enseignement public et du service militaire obligatoire pour tous, sans exception. Il convient toutefois, a ajouté l'orateur, «'introduire dans l'application de ces lois tous les tempéraments, toutes les précautions de transition compatibles avec leur texte et leur esprit.»

Faisant allusion à la discussion qui s'est élevée à la Chambre sur le régime fiscal des congrégations, M. Méline a déclaré qu'il n'a pas hésité à marquer par son vote que, s'il entend faire payer aux congrégations tout ce qu'elles doivent, il entend du moins qu'on leur applique la loi comme à tous les citoyens, avec justice et sans passion.

L'orateur a rappelé enfin les récents discours du cardinal Lavigerie et la lettre de l'évêque de la Réunion. «Bien que ces adhésions, a-t-il dit, soient accompagnées de restrictions inacceptables, il y a là malgré tout un aveu précieux et un symptôme significatif. Toutefois il importe que le parti républicain soit circonspect, jusqu'au jour où les actes suivront les paroles.»

Le discours de M. Méline a été longuement commenté par toute la presse, parce que, en effet, on sait que c'est de ce côté que va se porter l'effort des partis au cours de l'année qui vient de commencer, et que, si le mouvement inauguré par un certain nombre de prélats se généralise, des modifications d'une portée considérable peuvent se produire dans la situation politique du pays.

Afrique: _Soudan français._--Nous annoncions dans notre dernier numéro que le commandant Archinard s était mis en marche sur Nioro, la dernière forteresse d'Ahmadou et que, très probablement, il avait déjà pris contact avec l'ennemi. En effet une dépêché de Kayes a fait savoir depuis que la place de Nioro avait été enlevée et qu'Ahmadou était en fuite.

Le colonel Archinard n'avait sous ses ordres que 700 hommes, mais, comme nous l'avons dit, il disposait de l'artillerie nécessaire pour détruire les fortifications de Nioro. L'affaire a dû être chaude toutefois, car les Toucouleurs se battent avec une bravoure exceptionnelle, et nos troupes, épuisées par une marche de 300 kilomètres, ont dû faire des prodiges de valeur pour triompher de pareils adversaires.

La conquête de Nioro complète l'oeuvre commencée l'an dernier par le colonel Archinard. Actuellement la ligne de nos postes entre le Sénégal et le Niger se trouve couverte à grande distance par les forteresses conquises sur l'ex-sultan de Segou. Il ne reste plus rien du vaste empire d'El Hadj-Omar, le grand conquérant que Faidherbe a arrêté dans sa marche vers l'Océan Atlantique.

_Au Dahomey._--D'après les dernières nouvelles apportées par le courrier de la côte occidentale d'Afrique. M. Ballot, résident de France à Porto-Novo, est parti en mission pour Abomey en compagnie de M. M. Le Blanc, lieutenant de vaisseau, Decoeur, capitaine d'artillerie de marine, et le Père Dorgère. Cette mission allait porter les cadeaux du gouvernement français à Behanzin, roi du Dahomey. Le roi Toffa, de Porto-Novo qui voudrait, paraît-il, se réconcilier avec son ennemi, aurait joint ses cadeaux à ceux du gouvernement français.

Pendant ce temps, les Allemands font au roi de Dahomey un cadeau d'un autre genre. Les chefs des établissements qu'ils ont à Whidah ont présenté à Behanzin un fusil à aiguille qui a été agréé par lui et dont l'armée dahoméenne va être, dit-on, pourvue. Behanzin en a été tellement satisfait qu'il a immédiatement fait don de quatre esclaves à chacune des maisons desquelles il avait reçu ces étrennes utiles.

Ce n'est pas tout. Deux cabécères ont été envoyés par le roi à Lagos pour traiter avec un commerçant anglais au sujet de la fourniture de fusils et de munitions de guerre destinés à l'armée dahoméenne. Le marché a reçu même un commencement d'exécution, car une somme de 125,000 francs a été versée entre les mains du fournisseur.

Il n'est pas difficile de prévoir que nous aurons encore de ce côté de nouvelles surprises. La pacification est loin d'être définitive. Au moment où il reçoit nos cadeaux, le roi de Dahomey se préoccupe de mettre ses troupes en état de nous résister, et en même temps, pour empêcher nos officiers d'étudier la route de Kotonou à Whidah, il a rappelé aux Européens que la plage leur était interdite, et que la route seule de l'intérieur leur était permise. Or, celle-ci est à peu près impraticable. Il ne faut pas oublier que le nègre est un composé du sauvage et du diplomate.

Beaux-Arts.--_Le bureau du comité des 90._--Le nouveau comité des 90 a nommé son bureau. M. Bailly a été réélu président à une forte majorité. MM. Bonnat et Paul Dubois ont été choisis comme vice présidents. M. Tony Robert-Fleury a été réélu secrétaire et M. Daumet secrétaire-trésorier.

Dans le sous-comité d'administration figurent MM. Gérome, J. Lefebvre. Cormon, Guillemet, Bernier, Detaille, Albert Maignan, Busson, Humbert et Yon, pour la peinture; MM. Boisseau, Bartholdi, Cuvelier et Mathurin Moreau, pour la sculpture; MM. Normand et Pascal, pour l'architecture; MM. Sirouy et Lefort, pour la gravure.

M. Bouguereau, vice-président de l'ancien comité, n'a pas été réélu.

Les membres de la section de peinture se sont réunis lundi dernier sous la présidence de M. Bonnat et ont modifié l'article des statuts concernant la composition du jury.

En vertu des résolutions adoptées, il sera constitué un grand jury dans lequel devra être tiré au sort le jury annuel. Ce grand jury comprendra: 1° tous les jurés qui depuis 1864 ont été élus par leurs confrères; 2° les artistes hors concours nommés par les artistes de la première catégorie et par le comité de peinture réunis.

Les jurés ayant fonctionné une année ne pourront fonctionner l'année suivante.

Nécrologie.--Le duc Nicolas de Leuchtenberg.

Céline Montaland, sociétaire de la Comédie-Française.

Le baron Haussmann, préfet de la Seine sous l'Empire.

M. Jules de Lestapis, ancien sénateur des Basses-Pyrénées.

M. Lehugeur, professeur au Lycée Louis-le-Grand.

M. Charles Gauthier, professeur à l'École nationale des Arts Décoratifs.

Le statuaire Eugène Delaplanche.

M. Ernest Boysse, chef adjoint des secrétaires-rédacteurs de la Chambre.

M. Gustave Dalsace, grand négociant de Paris.

M. Arthur Mallet, un des chefs de la maison de banque Mallet frères.

LES THÉÂTRES

Théâtre de l'Odéon; reprise des _Faux Bonshommes,_ comédie en quatre actes, de MM. Barrière et Capendu.

La comédie des _Faux Bonshommes_ est trop connue pour que nous nous étendions longuement à son sujet et pour que nous ne nous contentions pas d'en annoncer la reprise, faite cette fois-ci sur notre seconde scène française--en attendant mieux encore, sans doute. Tout l'intérêt de la soirée se portait donc sur l'interprétation, et cette dernière, sans être supérieure, a été suffisamment bonne pour nous démontrer que la comédie de MM. Barrière et Capendu, bien qu'âgée de trente-quatre ans, est toujours jeune et peut satisfaire non seulement les hommes mûrs qui l'ont applaudie autrefois, mais les générations nouvelles.

L'Odéon n'avait pas de Péponet dans sa troupe, il a appelé à lui M. Daubray, du Palais-Royal. M. Daubray, certes, est un excellent comique, mais un comique plutôt qu'un vrai comédien, il a _joué_ le rôle de Péponet, il n'a pas été Péponet. Le créateur du rôle, Delannoy, avait autrement compris son personnage. Dumény dans le rôle d'Edgar, est charmant, comme toujours, de finesse et de malice. Cornaglia fait M. Dufouré, et il s'en acquitte consciencieusement, mais où est Parade? Montbars mérite une mention toute particulière dans Bassecourt. Du côté des femmes, nous citerons Mme Crosnier, parfaite de naturel, Mlle Dieudonné, très mutine, et Mlle Dubut qui rend à merveille la douce physionomie d'Emmeline. En somme, reprise très intéressante et dont le directeur de l'Odéon n'aura pas à se repentir.

S.

LES LIVRES NOUVEAUX

_Truandailles,_ par M. Jean Richepin.

1 vol. in-12, 3 fr. 50 (Charpentier).--Avec ce titre-là, il n'y a pas au moins danger de s'y méprendre. Ce ne sont point des nouvelles à l'eau de rose et la mère qui en permettrait la lecture à sa fille aurait réellement perdu le sens, au moins le sens des mots. On savait bien que M. Richepin était un oseur... Oh! oui, la preuve en était faite, en vers ainsi qu'en prose. Mais on pouvait croire qu'une fois la queue de son chien coupée, il oserait enfin une chose: avoir du talent ou du génie, sans pistolet ni pétard, sans vouloir épater le bourgeois.

Il paraît que non; la queue de son chien repousse et, chaque fois, l'auteur de la _Chanson des Gueux_ s'abandonne au plaisir de la couper.

_David d'Angers et ses relations littéraires._ Correspondance du maître avec Victor Hugo, Lamartine, Chateaubriand, de Vigny, Lamennais, Balzac, Charlet, Louis et Victor Pavie, lady Morgan, Cooper, Humboldt, etc. publiée par Henry Jouin. 1 vol. in-8° avec un portrait inédit de David d'Angers (Plon, Nourrit et Cie).--Nous ne dirons pas que ce volume vient compléter l'ouvrage publié, il y a douze ans, par M. Henry Jouin: _David d'Angers, sa vie, son oeuvre, ses écrits et ses contemporains_. Cette biographie, éloquente et savante, n'avait pas besoin d'être complétée. David et les hommes de son temps ont écrit ce livre, dit M. H. Jouin, qui s'en déclare, il est vrai, responsable, mais comme éditeur seulement, sorte de «mémoires des autres», à l'entendre; mais ces autres ont les noms les plus illustres de la première partie du siècle. Au milieu de noms plus célèbres se détache en première ligne celui d'un ami du maître, Victor Pavie. Les proches de Pavie possédaient les lettres de David; le fils du statuaire, M. Robert David d'Angers, conservait les réponses de Pavie; qu'on ajoute à ces documents, qui font ressortir avec relief la figure du maître, les autographes des contemporains «saluant de tous les points du monde un artisan de leur gloire», et l'on aura l'idée de la richesse et de l'intérêt d'une telle publication. M. Henry Jouin a fait précéder le volume d'une introduction fort intéressante et suivre la plupart des lettres d'une note qui fait connaître les circonstances auxquelles elles se rapportent.

_Mémoires de la duchesse de Brancas,_ publiés avec préface, notes et tables, par Eugène Asse.--Paris, Jouaust, 1890. In-18 elzévirien de XLVII-233 pages. 3 fr. 50 c. La librairie des bibliophiles enrichit son élégante petite «Bibliothèque des Mémoires» d'un volume tout à fait curieux. C'est encore M. Eugène Asse, dont ont connaît la vaste érudition historique et littéraire, qui, après nous avoir tout récemment donné les _Mémoires de Mme de Lafayette_, publie aujourd'hui les souvenirs de Mme de Brancas, sur Louis XV et Mme de Châteauroux. La préface de l'habile éditeur est, par elle-même, un des chapitres les plus piquants qui aient été écrits sur la «moralité» d'une certaine partie de la cour, sous le règne du prince qui se piquait le moins de vertu. Aux trop courts Mémoires de la duchesse de Brancas, M. Eugène Asse a joint la correspondance (46 lettres de Châteauroux), ainsi qu'un extrait bien choisi du fameux pamphlet, _Mémoires de la cour de Perse_, le tout formant un ensemble très curieux, sinon fort édifiant.

F. D.

_La Liberté de conscience,_ par Léon Marillier. 1 in-12. 3 fr. 50 (Armand Colin.)--Savait-on qu'un prix de quinze mille francs avait été destiné par un donateur anonyme à récompenser «le meilleur ouvrage ayant pour objet de faire sentir et reconnaître la nécessité d'établir de plus en plus la liberté de conscience dans les institutions et les moeurs? Savait-on qu'un concours avait été établi, un jury institué, avec M. Jules Simon pour président? Si tout le monde ne l'a pas su, tout le monde ne l'a pas ignoré, car 324 manuscrits ont répondu à l'appel du donateur. Le rapporteur, M. L. Marillier, agrégé de philosophie, maître de conférences à l'École des Hautes Etudes, pour porter un jugement sur cet ensemble, n'a pas écrit moins d'un volume qui est un traité, très complet--et très profitable--de la question.

_La Décoration et l'Art industriel à l'Exposition universelle de 1889_, par Roger Marx, inspecteur des musées au ministère de l'instruction publique.--Paris, Quantin, 1890. Grand in-8° de 60 pages, avec 30 gravures. Tirage à petit nombre sur papier de luxe.--Cette belle publication, dont le titre indique suffisamment l'objet, renferme la remarquable conférence faite, le 17 juin dernier, par M. Roger Marx, au Congrès de la Société centrale des architectes français. L'auteur, dont on n'a point oublié les intéressantes études sur diverses questions d'art (l'_Art lorrain, l'Estampe, la Gravure_, etc.), a traité son sujet, il n'est pas besoin de le dire, avec autant de charme que de compétence et a trouvé le moyen de condenser en un petit nombre de pages une multitude de renseignements instructifs et de justes aperçus.

_Les Pièces de Molière_ (librairie des Bibliophiles.)--La neuvième vient de paraître: c'est l'_Impromptu de Versailles_. Notice et notes de M. Auguste Vitu, dessins de Leloir, gravés par Champollion.

Dans la collection des _Petits chefs-d'oeuvre_ (librairie des Bibliophiles), les _Anecdotes sur Richelieu_, de Rulhière, avec une préface par M. Eugène Asse, vif et piquant opuscule, qui est à la fois le bulletin des victoires amoureuses du petit-neveu du cardinal et le martyrologe de la vertu de ses contemporaines.

NOS GRAVURES

CÉLINE MONTALAND