L'Illustration, No. 1608, 20 décembre 1873
Part 4
--Monsieur le maréchal, répondit celui-ci, j'ai à vous informer que la loi vous accorde vingt-quatre heures pour vous pourvoir en révision contre le jugement que vous venez d'entendre.
--Ah! Et le délai commence?...
--Aujourd'hui à minuit pour finir demain à pareille heure.
--C'est bien. Est-ce tout?
--C'est tout.
Et le maréchal ayant salué, se retira. Nous ne rentrerons pas avec lui dans son appartement, où l'attendait sa famille éplorée. Ici la situation commande et il est de convenance stricte de s'arrêter devant le huis clos des douleurs intimes. Avant de finir, disons un mot de la très-touchante scène que représente notre troisième dessin. Alors que le conseil délibérait, Mme Bazaine, dévorée d'inquiétudes, tour à tour espérant et désespérant, courut à la chapelle de Trianon; et là, agenouillée, les mains jointes, pria avec ferveur, invoquant le ciel en faveur de son mari. Le ciel ne l'a pas exaucée, ai-je entendu dire. Je ne suis pas de cet avis. S'il ne lui a pas accordé pour l'accusé une chose impossible, encore a-t-il fait entrer dans le coeur de ceux de qui dépendait son sort, un sentiment de commisération tel, qu'il les a induits à outrepasser, imprudemment peut-être, en sa faveur, les limites extrêmes de l'indulgence.
M. Bazaine doit subir sa peine au fort de l'île Sainte-Marguerite.
Cette île est située en face de Cannes; elle a une longueur de 6 kilomètres environ, sur une largeur moyenne de 1500 mètres. A la pointe est, se trouve le fort, qui a une garnison de cent cinquante hommes, seuls habitants de l'île. On sait que c'est au fort Sainte-Marguerite que fut longtemps détenu l'homme au masque de fer. Ce fort a également servi de prison aux Arabes condamnés à la suite des dernières insurrections d'Algérie. Près de l'île Sainte-Marguerite se trouve l'île Saint-Honorat, qui forme avec elle le groupe des îles de Lérins, et où l'on voit les ruines d'un monastère très-ancien. Elle est aujourd'hui la propriété d'un Anglais qui l'a achetée il y a quelques années.
Nous reviendrons prochainement, en en donnant quelques vues, sur ces îles et sur le fort Sainte-Marguerite.
Louis Clodion.
Violettes, Tableau de M. Edouard Dubufe.
On se rappelle le succès obtenu par cette charmante composition au Salon de cette année; la foule s'y arrêtait avec complaisance, et l'_Illustration_ a pensé être agréable à ses lecteurs, en la faisant graver et tirer à part, pour la leur offrir.
Sans doute, nous n'avons plus ici le prestige de la couleur, l'harmonie des tons habilement combinés; mais qu'elle est jolie, la _dame aux violettes_, dans son attitude d'une grâce si simple et si vraie! Le corps se laisse doucement aller sur les moelleux coussins; la belle songeait sans doute, nonchalamment étendue; sa pensée flottait, indécise, au gré de ses souvenirs ou de ses espérances, quand une lettre lui est arrivée, et l'a tirée de son demi-sommeil.
Une lettre! c'est-à-dire un fait bien écrit, bien précis, alors qu'on s'abandonnait, en toute sérénité, aux doux bercements du rêve! Aussi, comme la tête s'est relevée aussitôt, comme le front est devenu sérieux, comme le regard parcourt attentivement les lignes tracées par la main d'un cher absent! Ne cherchons pas plus loin; le poète n'a-t-il pas écrit:
Sçavoir ce qu'elle contient, Bien fin qui pourrait le dire?
Les exécutions de Santiago
Nous terminons aujourd'hui la publication commencée dans notre dernier numéro, des documents qui nous sont parvenus sur le lugubre drame qui a suivi la capture du _Virginius_. Nous avons déjà dit, précédemment, combien les nombreuses expéditions du _Virginius_ avaient aidé l'insurrection cubaine à se soutenir en l'approvisionnant, en abondance, d'armes, de munitions et de combattants recrutés aux États-Unis. On peut juger par là de l'explosion de joie qui se produisit dans la population de Santiago lorsqu'on vit arriver au port ce pourvoyeur de guerre civile, sous l'escorte du _Tornado_. Malheureusement on ne se contenta pas de la manifester bruyamment, cette joie, les cris de vengeance s'élevèrent de toutes parts et l'on demanda la mort du capitaine et de l'équipage. Le général Burriel, gouverneur de Santiago, crut devoir céder aux clameurs de la foule, et après une procédure sommaire, cinquante-trois des malheureux captifs furent condamnés à mort et fusillés. Cette boucherie terminée, des pièces d'artillerie, attelées de six chevaux, furent promenées sur les cadavres aux acclamations d'une populace en délire, jusqu'à ce que, broyés sous les roues et sous les pieds des chevaux, ils eussent perdu toute forme humaine. Telles sont les horribles scènes que reproduisent nos deux dessins; on comprend qu'à leur récit une indignation générale se soit manifestée d'un bout à l'autre des États-Unis.
La bourse aux timbres-poste
Bourse, est-ce bien le mot? marché exprimerait peut-être mieux la chose. Quoi qu'il en soit, bourse ou marché, marché ou bourse, c'est en plein coeur des Champs-Elysées qu'ont lieu les opérations dont il s'agit.
On se réunit sur le large trottoir qui borde la maison de l'avenue Gabrielle portant le numéro 36. Palais de la nature que couvre en guise de dôme le ciel bleu, quand il n'est pas gris. On a donc devant soi l'avenue Marignv, avec ses quatre Guignols, et à l'horizon l'entrée principale du palais de l'Industrie, dont une forêt d'arbres, en ce moment nus et grelottants, ne parvient pas à masquer la masse énorme. Industrie d'un bout, commerce de l'autre, ceci nous ramène à nos moutons, je veux dire à nos timbres.
Le plaisant de l'affaire, ce n'est pas la nature du commerce. Collectionner des timbres-poste n'est pas plus un cas pendable que de collection lier des autographes, voire des tabatières ou de vieux pots. Non, le plaisant et le curieux, c'est le trafiquant lui-même. Figurez-vous un marché vu par le petit bout de la lorgnette, bourse à Lilliput. Telle, la bourse aux timbres-poste. En se pressant un peu, toute l'assemblée tiendrait certainement dans une serviette. Petit monde singulier. Tout à l'heure il courait, sautait et s'en donnait à coeur joie. Le voilà maintenant affairé, grave, recueilli. C'est que l'heure de la bourse a sonné, et comme on dit, «les affaires sont les affaires». Chacun de ces petits bonshommes s'avance, muni d'un album dont toutes les feuilles sont divisées en un certain nombre de compartiments, alvéoles destinées à enchâsser les timbres suivant un ordre méthodique, timbres de tous les prix et de tous les pays, de toutes les formes et de toutes les grandeurs, de toutes les couleurs et de toutes les effigies. Tous les compartiments ne sont pas remplis. Ces vides indiquent ou les pièces qui manquent à la collection, ou bien celles dont, en prévision d'une hausse, on se propose d'acquérir au plus bas prix possible un certain nombre d'exemplaires, pour les revendre ensuite avantageusement, le moment venu. C'est là le fin de l'opération, notez; car par ce moyen, et sans qu'il en coûte grand chose, on peut arriver à parfaire tout doucement sa petite collection. Et d'aucuns y arrivent, à ce qu'il paraît. Mais ce sont les malins, ceux-là; et ne croyez pas qu'ils fassent les finauds! Bien au contraire. A voir leur air innocent et candide, vous jureriez certainement qu'ils sont du bois dont on ne les a pas faits. Renards couverts d'une peau d'agneau, ils vont et viennent, l'oreille à tout, et l'oeil aussi, et prenez bien garde à vos poules! Là, pas de pouf à craindre d'ailleurs, car c'est au comptant que se traitent toutes les opérations. Et cela posément, sans confusion, sans le moindre cri. On s'aborde en feuilletant les albums. On compte les lacunes. Alors:--Je demande ou j'offre tel timbre, y a-t-il vendeur ou acheteur?--Voilà.--Combien?--Tant.--C'est cher.--Il y a hausse.--Jeudi, ils n'étaient qu'à tant; trop d'écart.--C'est qu'il s'en est beaucoup vendu. A prendre ou à laisser.
On prend ou on laisse, selon. Cela dépend du vent qui souffle sur le marché et fait tourner toutes ces petites têtes folles. Et puis, il y a là aussi, comme ailleurs, des haussiers et des baissiers. Tel timbre est un jour déprécié, qui le jour suivant est porté aux nues, et réciproquement. Ainsi, en ce moment, le Brésil est en faveur, et les villes hanséatiques sont recherchées. Demain en sera-t-il encore de même? Demandez-le à M. votre fils. C'est peut-être une des fortes têtes de la bourse aux timbres. Il est cependant certaines valeurs qui échappent à toute pression, par exemple le Maximilien, depuis longtemps hors de prix. Voilà où nous en sommes. Allez vous promener aux Champs-Elysées, vous pourrez voir les voilures de chèvres inoccupées, les chevaux de bois immobiles, Guignol désespéré se battre en vain les flancs devant des chaises vides; mais pour ce qui est de la bourse aux timbres, si, dès qu'elle est ouverte, un seul instant vous la voyez chômer, dites qu'il y a encore des enfants. Hélas! pour ma part, je commence bien à craindre qu'il n'y en ait plus.
Louis Clodion.
Auguste de la Rive
Auguste de la Rive est fils d'un physicien suisse, né comme lui à Genève, et qui s'était consacré comme il devait le faire lui-même, presque entièrement à l'étude de l'électricité. Appartenant à une des plus riches et des plus anciennes familles de la cité de Calvin, Auguste de la Rive hérita non-seulement de la grande fortune de son père, mais encore du talent et des amitiés scientifiques qu'il avait formées pendant la période la plus orageuse de notre révolution.
Les premières expériences que le jeune de la Rive vit exécuter dans la maison paternelle furent celles de Davy, et ses premiers travaux scientifiques furent faits sous la direction d'Ampère. Un de ses premiers amis fut Faraday, que son père contribua à tirer d'une situation voisine de la domesticité, dans des circonstances dignes d'être rapportées.
Faraday, tout à fait inconnu et très-pauvre, désirait vivement d'accompagner sur le continent Davy, dont il était le garçon de laboratoire plutôt que le préparateur. Davy consentit, mais à condition que Faraday lui servirait de domestique pendant tout le temps qu'il serait sur le continent. Faraday accepta et tint parole. Les étrangers ne pouvaient se douter qu'il y avait un savant immortel sous l'habit de ce valet.
Davy s'arrêta à Prelioxes, bien patrimonial des de la Rive, qui depuis la Révolution française y pratiquent la plus généreuse hospitalité vis-à-vis des savants de toutes les nations. Davy avait naturellement amené avec lui son valet, qui le suivit dans une partie de chasse. M. de la Rive, le père, ayant eu occasion de s'entretenir avec ce jeune homme, fut frappé de la profondeur et de la maturité de ses réponses. Il insista et obtint non sans peine l'aveu de la vérité. Peu satisfait de cette découverte, il insista vivement auprès de Davy pour obtenir de mettre fin à cette comédie, moins digne encore de celui qui la donnait que de celui qui en était victime. Mais Davy resta inébranlable. Il exigea que le contrat fut exécuté à la lettre et que Faraday continuât de manger à la cuisine avec les autres domestiques. M. de la Rive, ne voulant pas rompre avec un ami, prit un terme moyen. Faraday fut servi seul dans sa chambre, et Auguste de la Rive alla plus d'une fois partager ses repas. De cette époque date une amitié des plus tendres qu'aucun nuage n'a jamais obscurcie.
De la Rive père avait émigré en 1794, après avoir été retenu quelque temps en prison. En 1813, il fut un des premiers à proclamer le retour de Genève à la Suisse.
De la Rive fils resta fidèle à la politique paternelle. Quand la Confédération helvétique se crut menacée de perdre la perle du Léman, Auguste de la Rive fut envoyé à Londres comme ministre plénipotentiaire.
Grâce à ses hautes liaisons il réussit à obtenir du cabinet de Saint-James la signature d'un protocole secret. L'annexion de Genève à la France était déclarée un _casus belli._
C'était la première fois que de la Rive rentrait dans la vie politique d'où il était écarté depuis la révolution de 1846. Systématiquement opposé à la guerre du Sonderbund, il avait donné alors sa démission de toutes ses fonctions publiques, même de celles de professeur de physique à l'Université.
C'est en 1864 qu'il fut nommé membre associé de l'Académie des sciences à laquelle il appartenait depuis de longues années en qualité de correspondant.
A l'issue de la dernière exposition universelle il exécuta à Paris même, sur une immense échelle, ses magnifiques expériences sur la rotation de la lumière électrique soumise à l'action des aimants.
On lui doit la connaissance de la dorure galvanique.
L'Académie des sciences lui décernait en 1842 un prix de 3,000 francs, en même temps qu'elle récompensait MM. Ruolz et Elkington qui avaient fait passer cette immense découverte dans le domaine de la pratique commerciale.
De la Rive est le premier physicien qui ait imaginé d'employer des substances insolubles pour dépolariser les piles voltaïques. Il a ouvert la voie suivie par MM. Marié Davy, Leclanché et Grenet.
Enfin on lui doit la démonstration complète d'un grand fait de physique générale. Couronnant l'édifice si largement commencé par Faraday il porta le coup de mort à la théorie métaphysique du contact. La grande doctrine de l'_équivalence des forces naturelles_ lui doit un de ses principes fondamentaux les plus précieux.
Ses travaux sont exposés dans son cours d'_Électricité théorique et appliquée_, publié il y a seize ans par la maison J.-B. Baillière. Cet ouvrage magistral n'est point à la veille d'être détrôné.
Auguste de la Rive était un journaliste scientifique dans l'acception la plus élevée du mot. Il n'y avait pas de mémoire important qu'il ne lût et n'étudiât en quelque langue qu'il fût écrit. Il fut constamment le plus actif collaborateur des Archives des sciences physiques et naturelles, après avoir publié et rédigé tout seul pendant les années 1841, 1842, 1843, 1844 et 1845 les _Archives de l'électricité_.
Comme Hausteen et Donats, qui ne l'ont précédé dans la tombe que de quelques mois, il a consacré ses dernières veilles à l'étude des aurores boréales. Il est un des fondateurs de cette météorologie cosmique qui ne vient que de naître, et qui déjà ouvre à la science de l'avenir de si merveilleux horizons!
Il est mort à Marseille, à l'âge de 72 ans, des suites d'une attaque de paralysie.
W. DE FONVIELLE.
L'HISTOIRE DE FRANCE
DE M. GUIZOT
Dans un premier article, nous avons, la semaine dernière, jeté un coup d'oeil sur le troisième volume de l'_Histoire de France_, de M. Guizot, qui commence avec François 1er pour finir avec Henri IV. Deux mots la résument: Renaissance et Réforme. Curieuse époque marquée au sceau du fanatisme religieux, et dont toutes les pages sont tachées de sang. Nous avons dit un mot de ces pieuses horreurs. N'y revenons pas. Aussi bien si l'auteur, en ce tome troisième, évoque bien des figures odieuses, il nous en montre aussi d'autres qui appellent d'elles-mêmes et captivent le regard. Parmi ces dernières brille en première ligne celle de Rabelais, cet illustre bohème qui passa les deux tiers de sa vie à courir le monde, s'arrêtant le temps seulement d'écrire les célèbres chroniques que l'on sait, et qui fut non-seulement l'écrivain le plus original et le plus éminent de la première moitié du XVIe siècle, mais encore sa personnification la plus vivante et la plus vraie. Une
autre figure, grande aussi et particulièrement sympathique et intéressante est celle de cette gracieuse reine de Navarre, soeur de François 1er, Marguerite de
Valois qui avait, comme l'a dit Marot, «corps féminin, coeur d'homme et tête d'ange». Mais ce qui la fait tant et de si loin briller à nos yeux, c'est la supériorité de son esprit, son excessive bonté, son amour pour la poésie, la protection généreuse et intelligente qu'elle accorda, elle catholique, à la réforme. Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner des soupçons d'hérésie qui planèrent sur elle, et, à parler franchement, je crois bien qu'au fond elle était un peu hérétique, il est encore une chose digne de remarque, c'est qu'au XVIe siècle, où comme dit Anquetil, les femmes de la cour étaient un objet de scandale, Marguerite pouvait passer pour une vertu, à quelques peccadilles près que nous ont fait connaître la muse indiscrète de Marot qu'elle aima, et cette _mauvaise langue_ de Brantôme. La Marguerite des marguerites eut toujours pour son frère une affection profonde qui, approchant de la faiblesse, s'étendit parfois jusque sur ses maîtresses. Ce fut elle-même qui orna de devises les bagues données par François à la belle comtesse de Chateaubriand, laquelle fut plus reine que Claude-la-Bonne avant la bataille de Pavie, ce qui ne l'empêcha pas, si l'on en croit Varillas, de mourir fort tragiquement, le roi l'ayant abandonnée à son retour. Il nous reste des ouvrages de la reine de Navarre soixante-douze contes que l'on
attribue en partie à ses amis; le _Miroir de l'âme pécheresse_ les _marguerites de la Marguerite des princesses_, pièces recueillies par Sylvius de la Haie; quelques mystères, des farces, une pièce de vers sur la captivité de son frère, enfin le _Débat d'amour_ qu'elle composa à l'âge de cinquante ans et qui n'a pas été imprimé.
L. C.
Gravures extraites de l'Histoire de France racontée à mes petits enfants, par M. Guizot. (Librairie Hachette et Cie.)
BIBLIOGRAPHIE.
Les Merveilles de l'Industrie ou Description des principales industries modernes, par M. Louis Figuier (1).
[Note 1: Un vol. in-8º illustré de 415 gravures sur bois. Chez Furne et Jouvet, rue Saint-André-des-Arts.]
Combien pourrait-on citer aujourd'hui de personnes ayant une connaissance, même superficielle, des procédés industriels? Les moyens variés par lesquels l'homme transforme la matière, pour l'asservir à ses besoins, sont un secret pour la plupart d'entre nous. Le verre, les poteries, le savon, le sucre, le sel marin, le papier, les cuirs, etc., servent à nos usages, à chaque instant de la vie, et pourtant la majorité d'entre nous serait fort embarrassée de dire comment se préparent le verre, les poteries, le savon, le papier, etc. L'industrie est comme un livre fermé à tous les yeux.
Ce livre fermé, M. Louis Figuier prétend nous l'ouvrir. Dans l'ouvrage nouveau qu'il vient de publier, les _Merveilles de l'industrie_, il entreprend de révéler aux gens du monde et à toute personne désireuse de s'instruire, les opérations des principales industries modernes. Le volume que nous avons sous les yeux est consacré aux industries chimiques, à savoir: le verre et le cristal,--les poteries, faïences et porcelaines,--le savon,--les soudes et les potasses,--le sel marin,--le soufre et l'acide sulfurique. L'auteur décrit avec soin les opérations diverses qui servent à la fabrication de ces matières, et l'on est tout surpris, en lisant ses descriptions, de voir quel intérêt peuvent revêtir les matières industrielles traitées par un auteur qui a le désir constant d'attacher et d'instruire. La masse de renseignements et de notions utiles contenus dans les notices que nous venons de citer, est vraiment immense, et leur utilité est d'une évidence sur laquelle il n'est pas nécessaire d'insister.
Deux mérites nous ont particulièrement frappé, à la lecture des _Merveilles de l'industrie_. C'est d'abord le soin avec lequel l'auteur expose l'histoire de chaque industrie. Dans la plupart des ouvrages ou des dictionnaires où ces matières sont traitées, l'histoire de chaque industrie est presque toujours passée sous silence. Dans l'ouvrage de M. Louis Figuier, au contraire, l'histoire des inventions occupe une place de premier ordre. L'auteur a toujours soin de remonter jusqu'aux origines primitives de l'industrie qui l'occupe. Il la prend à son berceau, chez les anciens, et la suit à travers les siècles jusqu'à l'époque actuelle. C est là une source d'enseignements variés et pleins d'intérêt pour le lecteur.
La seconde qualité qui nous a frappé dans les _Merveilles de l'industrie_, c'est la préoccupation constante de l'auteur d'éclairer le texte de ses descriptions par le secours du dessin. Chaque opération étant accompagnée d'une figure explicative, renseignement par les yeux accompagnant sans cesse l'enseignement par la plume, il est toujours facile de comprendre les explications de l'auteur.
Les gravures qui accompagnent cet article (_la fabrication au verre chez les Egyptiens,--la fabrications des vitres, le coupage du savon en pains_), sont de doubles spécimens des nombreuses gravures qui accompagnent l'ouvrage de M. Louis Figuier, et du genre de démonstration figurée qui se rencontre à chaque page de ce livre.
Les _Merveilles de l'industrie_ ont été présentées, avec beaucoup d'éloges, à l'Académie des sciences, dans la séance du 15 décembre, par M. Dumas, secrétaire perpétuel.
Nous n'avons rien à ajouter à ce témoignage d'estime.
Pierre Paget.
Gravures extraites des _Merveilles de l'industrie_, par Louis Figuier. (Furne, Jouvet et Cie, éditeurs.)
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:
Libres penseurs ou pieux pèlerins, la conscience est totalement libre!