L'Illustration, No. 1607, 13 décembre 1873
Part 5
J'étais à Pampelune lorsque la nouvelle de l'entrée du roi en Espagne se répandit dans le public. Dans cette ville, entièrement carliste, elle fut accueillie avec des transports d'allégresse par tous les habitants qui manifestaient ouvertement la joie et la satisfaction qu'elle leur faisait éprouver. On l'avait affichée sur tous les murs de la ville d'une manière tellement ostensible, qu'on n'aurait jamais cru se trouver dans une cité soumise au régime républicain. Pour ma part, j'en fus étrangement surpris, quoique habitué, depuis longtemps, aux bizarreries et aux contradictions du caractère espagnol en matière politique. Il est à remarquer que Pampelune, capitale de la Navarre, est une place forte de première classe, possédant une population d'environ seize mille habitants et une garnison ordinairement assez nombreuse. Celle-ci, dont l'effectif s'élevait à cinq ou six mille hommes de toutes armes, parut rester complètement indifférente à toutes ces manifestations politiques.
Tandis que don Carlos s'avançait ainsi dans l'intérieur de la Navarre, à la tête de son état-major, et qu'il allait établir son quartier général à San-Estaban, ses émissaires faisaient publier par les _alcaldes_ (maires) et placarder dans les villages et les localités importantes l'ordonnance suivante, qui n'est autre qu'un appel aux armes, dont je reproduis la traduction comme étant à la fois un document et une curiosité historiques.
«Ordonnance de Sa Majesté le roi Carlos _settimo_, que Dieu garde!
«Mes fidèles et aimés sujets des provinces de la Navarre, du Guipuzcoa, de la Biscaye et de l'Alava, je vous ordonne par la présente patente de prendre les armes et de marcher à la défense de mes droits sacrés, qui sont aussi les vôtres, afin de reconquérir _vos fueros_, vos privilèges et toutes vos immunités que vous ont octroyés mes ancêtres et que les gouvernements usurpateurs vous ont ravis.
«Sur le vu de la présente, scellée de mon sceau royal, tout Basque âgé de vingt à quarante ans s'enrôlera sous ma noble bannière. Il obéira aux ordres des braves et vaillants _cabecillos_ que j'ai investis de mon autorité. Des armes et des munitions seront fournies à tous. Avec l'aide de Dieu et le secours de mon épée, nous triompherons des usurpateurs et nous rétablirons le trône de mon auguste aïeul Philippe V. Que mes fidèles sujets des quatre provinces restées attachées à ma cause se le tiennent pour dit!--MOI, _le roi Carlos settimo_.»
Un exemplaire de cette ordonnance me fut donné, le lendemain même de sa publication, dans un des principaux cercles de Pampelune, où elle circulait de main en main. On se la communiquait sur la place de la Constitution, dans les promenades, et jusque sur les marchés publics, comme s'il se fût agi d'un acte officiel du gouvernement établi; avec plus d'empressement encore, car les actes officiels de ce dernier étaient loin de recevoir de la part des Pampelunais un accueil aussi empressé.
J'avais fait connaissance, pendant le peu de temps que je séjournai dans la capitale de la Navarre, de deux jeunes gens fort distingués qui avaient fait leurs études à Paris, fils d'un magistrat du tribunal supérieur de la ville. Quel ne fut pas mon étonnement, lorsque, le lendemain de la publication de la susdite ordonnance, les deux frères vinrent me trouver à l'hôtel pour me faire leurs adieux.
--Où allez-vous donc? leur dis-je, étonné de leur départ précipité, dont ils ne m'avaient rien dit la veille.
--Nous allons rejoindre l'armée du roi, me dit l'aîné, à peine âgé de vingt et un ans; voyez l'ordre qui nous enjoint de partir, ajouta-t-il en me montrant la fameuse ordonnance dont j'avais un exemplaire entre les mains.
--Comment, lui dis-je, vous allez quitter votre famille, vous séparer de votre digne père qui vous adore, pour aller affronter à travers les montagnes les hasards de la guerre de partisans? Ce n'est pas possible. Le premier de vos devoirs, ce me semble, est de rester auprès de vos parents; c'est, au surplus, le conseil que je vous donne en véritable ami.
--Le roi a parlé, me répondit-il gravement, nous n'avons plus à hésiter. Notre valise est prête, et dans une heure nous serons sur la route qui conduit au quartier général de Sa Majesté, Adieu et au revoir!
Et les deux frères me quittèrent pleins de cette foi ou de ce fanatisme politiques qui animaient les peuples du temps des croisades, et dont les Basques et les Navarrais semblent avoir conservé, seuls, la tradition. Quinze jours après leur départ, le plus jeune tomba mortellement blessé à l'attaque de Tolosa, et l'aîné a été tué, il y a quelques jours, au siège d'Estella, soutenu contre les troupes de Moriones, qui furent forcées d'abandonner leurs positions.
H. Castillon (d'Aspet).
(La suite prochainement.)
LA COMÉDIE DE NOTRE TEMPS, PAR BERTALL
Gravures extraites de la _Comédie de notre temps_, 1 beau volume richement illustré. (E. Plon, imprimeur-éditeur.)
LE DROMADAIRE
On connaît deux espèces de chameaux, l'une africaine, le dromadaire, l'autre asiatique, le chameau à deux bosses ou de la Bactriane. C'est seulement de la première espèce que nous voulons dire quelques mots.
Le dromadaire est l'animal le plus utile qu'il y ait en Afrique. C'est un ruminant de grande taille, dont les variétés sont nombreuses. En effet, entre un _bischarin_, c'est-à-dire un chameau élevé par les nomades Bischarins, et le chameau de somme d'Égypte, il y a autant de différence qu'entre un cheval arabe et un cheval de trait. Tous, ou peu s'en faut, ils n'en sont pas moins également laids. Leurs poils sont laineux et inégaux ils ont des callosités à la poitrine, aux coudes, aux genoux et aux chevilles; leur tête surfont est affreuse.
Le chameau est un véritable animal du désert, que peuvent, grâce à lui seulement, traverser les caravanes qui vont commercer au sud, à l'est et à l'ouest. Il ne se trouve que dans les endroits les plus secs et les plus chauds.
Dans les lieux cultivés il perd sa véritable essence. Il est très-sobre, a une nourriture exclusivement végétale et n'est nullement difficile pour ses aliments. On sait qu'il peut rester longtemps sans boire, mais non quinze à vingt jours, comme d'aucuns le prétendent. Au bout de six à huit jours, il est urgent de lui présenter de l'eau. A voir un chameau au repos, on ne croirait pas qu'il puisse; rivaliser de vitesse avec le cheval. Et cependant rien n'est plus vrai. Les chameaux des steppes et du désert sont les plus rapides à la course; ils parcourent d'une traite un espace considérable aussi facilement que nul autre animal domestique.
S'il a quelques qualités, en revanche le chameau compte de nombreux défauts, parmi lesquels la paresse, la stupidité, une mauvaise humeur continuelle, l'entêtement et l'obstination, la haine ou l'indifférence vis-à-vis de son gardien. Ajoutons qu'il répand une odeur infecte, et que son cri est épouvantable.
Le prix d'un chameau varie suivant les localités. Un excellent bischarin vaut de 300 à 450 francs de notre monnaie. Un chameau de somme ordinaire se paye rarement plus de 110 francs. D'après nos idées, ces prix seraient très-bas; mais dans le Soudan, où l'argent a une très-grande valeur, ce sont de fortes sommes. Pour 90 francs, on peut acheter un jeune chameau, ou un chameau de qualité inférieure. Presque partout, le prix d'un chameau est le même que celui d'un âne; dans le Soudan, un bon âne vaut plus que le meilleur des chameaux.
Les détails qui précèdent, ainsi que le dessin que nous donnons, sont extraits du très-intéressant et très-curieux ouvrage que publie la librairie J.-B. Baillière: _La vie des Animaux illustrés_ ou description populaire du règne animal, composé de plusieurs séries et de plusieurs volumes grand in-8º colombier, illustrés de 800 figures dans le texte et de 40 planches tirées hors texte sur papier teinté.
Rébus
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:
Ne crois point aveuglément les articles des journaux.