L'Illustration, No. 1598, 11 octobre 1873
Part 2
Du champagne, même du Moël, en même temps que la salade de homards, cela serait considéré de nos jours tout à la fois comme une hérésie et comme un barbarisme.--Mais voyez la contradiction! Byron est le même qui écrivait de Venise à Thomas Moore: «Ah! mon ami, pourquoi faut-il qu'on mange? Manger, boire; boire, manger, c'est travail de bête! Le bruit de la mastication et de la trituration est celui qui m'afflige le plus. Je ne puis surtout me décider à voir manger les femmes. Si la belle mâchait un os de poulet à côté de moi, je serais capable de la poignarder avec ma fourchette!»--Voilà encore une chose que le temps a bien changé. Aujourd'hui la mode est que les femmes mangent beaucoup.--Que l'ombre du grand poète vienne faire un tour à Paris un de ces soirs, à l'heure où les cabarets allument les bougies, et elle en verra de drôles sous ce rapport!--Non-seulement les femmes mangent grandement, mais elles commencent à boire avec une certaine bravoure. Il y a mieux, c'est une fort jolie femme, une actrice qui a déterré dans une lettre de Voltaire à d'Alembert ce tronçon de prose: «Je ne connais de sérieux ici-bas que la culture de la vigne.»
Pour en finir avec le _Code gourmand_ en train de trépasser, je signalerai encore une proposition surannée de cet ouvrage. A la page 180 on lit ce qui suit; «Quand vous verrez un poète boire de l'eau pendant tout le dîner, pariez hardiment que c'est un poète didactique.» Or, les contemporains ont pu être témoins de plusieurs faits qui battaient cette manière d'aphorisme en brèche: 1º Béranger buvait de l'eau; M. Ernest Rendu le lui a même amèrement reproché: «Il chantait le vin et buvait de l'eau; il chantait aussi le Dieu des bonnes gens et il avait la simplicité de croire à ce dieu-là»; 2º Alexandre Dumas père aussi était un buveur d'eau (et il n'était guère didactique); 3° Par contre, Sainte-Beuve buvait du Chambertin, et c'était l'homme enseignant, l'homme des compas, des règles et des mesures.--Mais le _Code gourmand_ de 1827 n'est plus; le _Code gourmand_ de 1873 va venir en même temps que les vraies truffes et les bécasses. Disons comme Alceste: «Nous verrons bien.»
Philibert Audebrand.
LA PÊCHE DES HUÎTRES
LES THÉÂTRES
L'Opéra.--_La Mélodie_, études complémentaires vocales et dramatiques de l'art du chant, par G. Duprez.
Depuis quelque temps le théâtre de l'Opéra, toujours en cherche de premiers sujets, nous a fait entendre des débutantes. Si nous n'avons pas parlé de ces tentatives de notre Académie de musique, c'est qu'elles n'ont pas été heureuses. Les étoiles nouvelles découvertes par M. Halanzier ont fait une apparition de quelques soirées au ciel de l'Opéra et se sont éclipsées. Ces exhibitions de talents d'une soirée n'ont pas eu de lendemain et les grands rôles de femme attendent toujours leur interprète. Mlle Ferrucci, que nous avons entendue hier dans les _Huguenots_, nous semble devoir être plus heureuse que ses devancières, et il pourrait bien se faire que l'Opéra gardât cette pensionnaire, qui, croyons-nous, peut lui rendre quelques services.
Mlle Ferrucci est une fort belle personne à laquelle l'émotion, dans cette première soirée, enlevait sans doute ses moyens de tragédienne lyrique, car elle a joué avec un embarras extrême ce grand rôle de Valentine; mais la débutante, dont l'organe est bien faible et bien insuffisant dans le registre grave, a une voix des plus heureuses et des mieux timbrées à l'octave supérieur. La note est claire, vibrante, chaleureuse; le clavier roule, résonne avec une grande égalité. Mais tout cela est bien loin encore de constituer un réel talent, et la cantatrice tant cherchée est encore à trouver.
Quelle cause a donc rendu si rare ce phénomène si fréquent autrefois? Voici M. Strakosch, l'homme à coup sur des grandes découvertes en ce genre; grâce à lui nous allons voir renaître ce malheureux Théâtre-Italien, mort faute de sujets. Eh bien, M. Strakosch lui-même cherche, à l'heure qu'il est, une virtuose; il nous promet de nous faire entendre une série de jeunes talents. A voir la liste de ses pensionnaires, vous diriez tout le personnel d'un Conservatoire: belles promesses; mais des promesses pour l'avenir. Rien qui s'impose encore par le talent reconnu. Les impresarii de l'autre côté des Alpes ne sont pas plus heureux que M. Strakosch et M. Halanzier. Un de mes amis qui vient de parcourir toute l'Italie n'a pas rencontré une seule chanteuse sur les théâtres de Milan, de Venise, de Florence et de Naples. Il ne faut pas s'y tromper, l'art du chant se perd de jour en jour. Et pourquoi? C'est que les artistes qui ne peuvent ni ne veulent attendre, se précipitent trop rapidement sur la scène. C'est qu'ils ébauchent à peine quelques études pour entrer immédiatement en jouissance des moyens vocaux que la nature leur a donnés. Malgré les théories nouvelles, l'éducation sérieuse est indispensable pour un tel art.
C'était l'opinion du fameux Lagingeole, de l'_Ours et le Pacha._--Mais c'est merveilleux! disait Schahabaham; comment avez-vous pu rendre cet ours musicien?--En lui apprenant la musique. Contrairement à cette méthode, ce que les chanteurs apprennent le moins à l'heure qu'il est, c'est la musique. D'ailleurs, il ne faut pas s'y tromper, l'enseignement fait défaut partout. De toutes parts on le néglige. Les maîtres eux-mêmes semblent avoir abandonné ce travail excellent qui répandait la saine et robuste instruction musicale par les solfèges et les vocalises. Cette pédagogie de l'artiste a été délaissée. Et pourtant que d'ouvrages précieux elle avait produits: et les _Exercices et Vocalises_, par Crescentini, et les _Exercices_, de Garcia. Les variations vocales sur une phrase, et l'excellente _Méthode d'artiste_, de Mme Conti-Damoreau, et les _Gorgheggi e solfeggi_, de Rossini, les _Vocalises élégantes_, de Guillot de Sainbris, et enfin ce précieux _Recueil de Vocalises_, de Bordogni, ces morceaux d'un goût exquis, d'une science parfaite, dans lesquels se résumaient tout l'enseignement vocal de l'école italienne.
Le goût change; si parfaite que soit cette petite bibliothèque classique du chanteur, il faut la renouveler; aussi avons-nous ouvert avec le plus grand intérêt ce volume qui a pour titre: _La Mélodie_, et qui complète le _Traité de l'art du chant_ publié par M. Duprez en 1845. M. Duprez est peut-être à l'heure qu'il est la seule gloire qui existe encore de ce grand passé qui compta tant d'illustres chanteurs. Son passage au théâtre a été lumineux, éclatant. Lorsque l'admirable chanteur se retira de la scène, son enseignement devint des plus féconds; nous lui devons des talents hors ligne; son école se maintint dans les doctrines les plus nobles et les plus pures. Elle se répandit dans le public à l'aide de cet art du chant que nous venons de citer; aujourd'hui il se complète par ces études vocales et dramatiques. Ce n'est pas seulement pour le clavier vocal que le maître a écrit ces exercices; si le développement de la voix gagne à ces études savamment dirigées, le goût du chanteur, dans les passions et les sentiments à exprimer, y bénéficie plus encore. L'enseignement s'élève au style et dans les morceaux de chant, et dans les études dramatiques, et dans les grands airs que M. Duprez a tirés de ses propres oeuvres. Il y a là de fort belles pages; mais ce qui me frappe le plus, c'est l'habileté apportée dans cette progression d'études.
Pour donner plus d'autorité encore à cet important ouvrage, M. Duprez a fait un choix dans les classiques du chant. Il a cherché, en les transcrivant, les plus beaux morceaux des siècles passés, les plus grandes inspirations de ces maîtres qui ont nom: Carissimi, Cesti, Campra, Léo, Porpora, Pergolèse, Gluck, Sacchini, Cimarosa, Mozart, Méhul, et qui dans ces chefs-d'oeuvre portèrent l'art du chant à sa plus haute et sa plus puissante expression dramatique. Cette seconde partie de l'ouvrage de M. Duprez forme mieux encore qu'un curieux recueil; en s'ouvrant à l'année 1500, pour finir avec le commencement de ce siècle, elle donne dans ces pages savamment choisies une sorte d'histoire de l'art qui se traduit elle-même par les oeuvres de ses maîtres immortels.
M. Savigny.
_P.-S._--A voir mardi dans la salle Ventadour restaurée avec goût ce monde élégant d'étrangers et de Parisiens, on se serait cru aux beaux jours du Théâtre-Italien. La nouvelle direction de M. Strakosch s'annonce donc sous les auspices les plus favorables, puisque le public a répondu avec empressement à son appel. C'est à elle à répondre maintenant à la sympathie du public pour ce théâtre. M. Strakosch nous fait les plus belles promesses, et il est homme à les tenir. Si nous parlons de cette première soirée, c'est pour signaler l'ouverture de la salle Ventadour, et pour annoncer la rentrée de deux excellents artistes, MM. Zucchini et Delle-Sedie dans _Don Pasquale_, qu'on a fort applaudis l'un et l'autre. Une jeune artiste, Mlle Belval, a débuté dans le rôle de Norine. Mlle Belval a une voix agréable, mais bien mince. Elle chante avec goût; mais elle compromet un peu son succès par des façons un peu brusques, pour ne pas dire cavalières.
M. S.
LES DOMESTIQUES MODERNES
Le duc de R...., ex-ambassadeur, ex-pair de France, ex-sénateur; et, plus heureusement pour lui, grand propriétaire foncier, était assis après son déjeuner dans son cabinet de travail, devant son bureau, les yeux plongés dans la lecture d'un rapport d'une des entreprises industrielles auxquelles il prête son concours, pour utiliser ses loisirs. Le duc de R... est un homme très-fin, très-expérimenté, très-rompu aux affaires, dont on recherche les judicieux conseils. C'est, en outre, un homme du plus bienveillant esprit, et d'une courtoisie à toute épreuve, surtout vis-à-vis de ses inférieurs. Justin, son valet de chambre, entra et déposa quelques brochures devant lui.
Le duc, au bout de quelques instants n'entendant pas Justin s'en aller, releva la tête, et le vit tourner sa casquette entre ses doigts comme un domestique embarrassé qui désirait évidemment avoir une conversation importante avec son maître, et qui ne savait trop par où commencer.
--Vous avez quelque chose à me dire, Justin?
--Oui, monsieur le duc, si c'est un effet de votre bonté!
--Parlez, quoique je sois très-occupé en ce moment.
Justin continuait à tourner sa casquette et se taisait.
--Est-ce de votre prochain mariage avec Justine, la femme de chambre de la duchesse, que vous voulez m'entretenir?
--Ce n'est pas précisément du mariage qu'il s'agit, mais c'est un peu à propos de ce mariage que je me décide à faire à M. le duc une communication.
--Une communication! cela annonce quelque chose de grave.
--Assez grave en effet!
Le duc le regarda Fixement et, habitué à lire dans la pensée des autres, lui dit;
--Vous venez me demander une augmentation de gages!
--C'est cela même, répondit Justin, soulagé d'avoir été deviné.
--Je vous ai pris tout enfant sur ma terre de R... Je vous ai fait élever; je vous ai amené un peu gauche à Paris, mais vous vous êtes formé vite au service, vous êtes intelligent. Je ne suis pas mécontent de vous. Vous avez eu douze cents francs d'abord, vous en avez dix-huit aujourd'hui; je porterai vos gages à deux mille francs; voyez si la duchesse veut faire pour Justine ce que je fais pour vous. La duchesse a sa fortune personnelle.
--Beaucoup plus considérable même que celle de M. le duc, ajouta Justin.
--C'est vrai, dit le duc, avec un léger mouvement de surprise.
--Justine est entrée chez la duchesse pour lui faire sa réclamation, mais nous sommes loin de compte, monsieur le duc.
--Comment, loin de compte? s'écria le duc avec un étonnement plus prononcé.
--Oh! oui, les gages que vous m'offrez ne sont pas en rapport avec la fortune de M. le duc, ni avec les règlements de l'_Union._
--Ma fortune, l'_Union!_... Qu'est-ce que cela veut dire? Qu'entendez-vous par l'_Union._
--L'Association générale des domestiques... M. le duc n'en a donc pas entendu parler. Nous avons eu déjà plusieurs assemblées... Nous avons fait venir de Londres un guide, un leader, un homme très-habile, un orateur qui s'exprime en très-bon français, et qui nous a enseigné nos droits...
--Et vos devoirs, sans doute, dit le duc à moitié étourdi par cette révélation inattendue.
--Et nos devoirs aussi. Nous devons à l'_Union_ un schelling, 1 fr. 25. par semaine, comme en Angleterre, pour les frais généraux, et pour le cas où une grève serait nécessaire.
--Ah! c'est différent, dit le duc, qui avait repris tout son sang-froid, je faisais naïvement allusion à vos devoirs envers vos anciens maîtres: la reconnaissance, par exemple, qui a toujours passé pour une vertu.
--La reconnaissance abaisse la fierté de l'homme, monsieur le duc, tout doit se passer raisonnablement à notre époque, et si j'osais employer une expression toute récente, contractuellement.
--Et quel est le contrat que vous avez à me proposer.
--Ce n'est pas moi qui en ai déterminé les conditions, monsieur le duc, l'_Union_ ne permettra pas désormais un mode de rétribution _ad libitum._
--Je m'aperçois que vous êtes devenu très-instruit, M. Justin. L'anglais, le latin, ne sont plus pour vous des langues étrangères.
--M. le duc doit être fier de ce progrès qu'il veut bien remarquer, puisque c'est lui qui m'a fait apprendre à lire, à écrire.
--Et à compter. Vous avez vraiment profité de l'éducation. Mais je suis curieux de savoir quel est au juste ce mode de rétribution.
--Ah! Il est bien simple. Un salaire proportionnel tout bonnement: cinq pour cent sur la fortune du maître dans les grandes maisons. Or M. le duc ayant cent mille francs de revenus, en bons biens au soleil, comme son notaire peut en témoigner, et madame la duchesse en ayant deux cent mille de son chef!...
--Cela fait que vous me demandez cinq mille francs de gages par an, et que Justine se hasarde à en demander dix mille à la duchesse.
--Voilà tout. N'est-il pas temps que, sans bouleverser la société de fond en comble, comme le veulent des gens avancés, l'inégalité des conditions humaines soit justement adoucie.
--Je vois avec plaisir que vous n'êtes pas encore de ceux qui demandent à retourner du haut en bas l'échelle sociale, et que vous n'exigez pas que je devienne votre valet de chambre...
Justin ne prit pas garde au ton railleur du duc, et crut qu'il adressait des compliments sincères à l'_Union_ dont il était membre.
--Oh! nous respectons, s'écria-t-il, les faits accomplis, les positions acquises, tout en essayant d'améliorer notre industrie.
--Ne vous servez pas de ce mot d'industrie, M. Justin, on le prend quelquefois en mauvaise part; on en a fait un ordre, et, comme vous avez l'esprit très-progressif, vous pourriez être tenté d'y prendre un grade.
--Je voulais dire, pour améliorer nos moyens, d'existence, reprit Justin un peu déconcerté; mais, après tout et entre nous, M. le due, ne pourriez-vous pas convenir que vos aïeux ont abusé des miens...
--Vos aïeux, M. Justin, répondit le duc quelque peu froissé, étaient de bons et loyaux fermiers que mes aïeux, à moi, ont nourri dans leurs terres durant des siècles, et qui seraient bien étonnés de votre langage...
--Que voulez-vous! C'est le langage du jour. Les temps de sacrifice et d'abnégation sont passés. Chacun ne doit avoir en vue que son bien-être ici-bas. Si vous entendiez notre leader...
--Je me priverai de cette distraction.
Le duc avait de la peine à se contenir, mais il ne se départait pas de sa politesse habituelle.
--Finissons, dit-il en se levant, je réfléchirai.
Justin allait se retirer sur le geste de son maître, lorsque la duchesse, moins patiente que son mari, entra avec impétuosité dans le cabinet du duc, suivie de Justine, dont le bonnet était hardiment posé sur l'oreille.
--Croiriez-vous bien, M. le duc, dit la duchesse à demi suffoquée, que cette effrontée de Justine est venue me proposer d'élever ses gages à dix mille francs par an...
--Et qu'avez-vous répondu, chère amie? repartit froidement le duc.
--Je l'ai _chassée_.
--Monsieur Justin, reprit le duc en se tournant vers son valet de chambre d'une façon significative, les femmes mettent les points sur les i.
--Vous me chassez aussi? dit Justin.
--Vous savez que je n'aime pas les gros mots. Mais vous pouvez suivre Justine, bien digne d'être votre compagne...
Justine s'approcha de Justin et lui dit à l'oreille.
--Préviens le cocher, je vais prévenir la cuisinière, la grève va commencer par nous.
--Ils se retirèrent à reculons d'un air insolent et, sur le seuil du cabinet, Justin dit brusquement:
--On fait ce qu'on peut, pour prévenir les révolutions et voilà comment on est reçu!...
--C'est trop fort, s'écria le duc en cherchant sa canne... La duchesse l'arrêta.
Après la sortie de Justine et de Justin, le duc et la duchesse se regardèrent les larmes presque aux yeux; ils s'assirent et causèrent longtemps des jours de leur enfance, où les serviteurs de leurs nobles parents faisaient presque partie de la famille... Que les temps étaient changés!...
La journée s'avançait. Vers l'heure du dîner, la duchesse sonna machinalement, personne ne vint de la maison à son appel, si ce n'est le concierge resté à son poste, et qui lui apprit que la maison avait été désertée par tous les gens.
--Comment allons-nous dîner, s'écria la duchesse...
--Prends mon bras, lui dit galamment le duc, nous irons dîner en tête-à-tête dans quelque restaurant du boulevard; il faut s'accommoder à tout.
--Mais ce soir, reprit la duchesse un moment abattue, comment me passer des soins de ma femme de chambre...
--Je vous demanderai la permission de la remplacer, reprit le duc, et il lui serra affectueusement la main; ils sortirent à pied, et je les rencontrai chez Brébant. C'est ce qui fait que j'ai su cette histoire un des premiers.
_Hippolyte Lucas._
L'ESPRIT DE PARTI
LE CHARIVARI
1832
On a tort de prétendre que la Restauration ne protégeait pas l'industrie. Elle était trop dévote pour ne pas encourager les fabriques.
Il y a, prétend Odry, cette différence entre les moutons et les valets du ministère qu'on marque les premiers quand ils sont à vendre et les seconds quand ils sont vendus.
Monsieur le président de la Chambre a dit avant-hier: «Je mets aux voix le chiffre le plus élevé.» Une faute typographique lui fait dire dans un journal ministériel: «Je mets les voix au chiffre le plus élevé.»
On suspend les pièces qui déplaisent; on suspend les journaux qui gênent. La censure est décidément commuée en suspension.
Si le peuple, disait hier un député, s'avisait à son tour de suspendre tout ce qui le froisse, le budget pourrait bien être suspendu.--«Dieu nous en préserve, répondit M. de Corcelles, il est déjà bien assez élevé.»
Un inventeur de nouvelles lampes dit dans son prospectus, pour les faire valoir, qu'elles servent à l'éclairage du bureau de la Chambre des députés. C'est une triste recommandation.
Un journal ministériel dit ce matin que la monarchie est le seul remède qui puisse guérir les maux de la France. Il n'y a pourtant que les imbéciles qui croient encore à la médecine _Leroi._
S. M. Louis-Philippe vient de donner son..... nom à une nouvelle rue.
1833
On assure qu'il a été question au parquet de saisir le _Journal du Commerce_, à cause d'une annonce qui commence ainsi: «Tous les fruits verts et notamment la poire, ne seront pas de conserve cette année.»
On nous dit que la République pâlit. C'est probablement qu'elle n'a pas à rougir comme certaines gens.
Nous jouissons d'une _immense_ liberté...
N. B.--Ce _carillon_ est de M. de Broglie.
M. Thiers a dit: «J'ai une foi absolue dans la durée du système que j'ai l'honneur de servir.»--Il faut que M. Thiers soit bien crédule.
Nous n'avons jamais été moins libres que depuis que nous vivons sous la meilleure des républiques. On a bien raison de dire que le mieux est l'ennemi du bien.
Le juste milieu est gardé à Paris par l'amour des citoyens et par six régiments d'infanterie, quatre de cavalerie et deux d'artillerie.
Un journal ministériel dit ce matin qu'en fait de République la meilleure ne vaut rien. C'est ce que nous répétons tous les jours à ceux qui prétendent que nous vivons sous la meilleure des républiques.
Eh bien! que dites-vous de la mère de votre roi? demandait dernièrement M. de Schossen à M. Berryer.--Et vous, répliqua celui-ci, que dites-vous du père du vôtre?... (_Historique._)
A propos des bruits qui courent sur l'intention qu'aurait le juste milieu d'employer quelque jour contre le peuple les nouvelles fortifications de Paris, le _Journal des Débats_ s'écrie: «S'imagine-t-on donc avoir à faire à un _despote imbécile?_» A un despote non.
On assure que l'on va abolir le bureau des longitudes pour le remplacer par un autre beaucoup plus convenable sous l'ordre de chose actuel, c'est-à-dire par un bureau des _platitudes._
Désormais le juste milieu nous parlera par la bouche.... des canons.
Les forts autour de Paris seront _détachés._ C'est comme les cours.
Voici comment les choses se passeront dans l'affaire des fortifications de Paris: d'abord le corps de la place, puis un épaulement, puis un rempart, puis un fossé, et au bout du fossé...
Avant-hier la monarchie citoyenne a reçu la visite de M. Vitet, l'inspecteur des ruines.
Il n y a rien de tel qu'une _clef d'or_ pour ouvrir et fermer une chambre à volonté.
Un journal ministériel s'étonne qu'il se rencontre des gens qui osent se moquer de la majorité; car jamais, ajoute-t-il, on ne vit de Chambre plus _imposante_. C'est précisément ce dont se plaignent les contribuables.
La Gaîté nous annonce une prétendue première représentation de _la Fête du voleur_. Il nous semble que nous avons déjà vu quelque chose dans ce genre (1).
[Note 1: Ce carillon est du 5 mai. Quatre jours par conséquent après la fête du roi.]
Sur toutes les scènes à présent, le beau rôle est pour les voleurs. On sait que le théâtre a la prétention d'être le miroir de l'époque.
Sa Majesté doit, dit-on, partir pour les départements le 20 mai. Les préfets ont déjà reçu l'ordre de préparer l'enthousiasme et d'organiser l'ivresse.
Il a fallu à Lyon mettre en réquisition l'artillerie et les baïonnettes pour empêcher la République d'héberger ses amis. On ne sera jamais obligé, pour un pareil motif, d'en venir à ces extrémités à l'égard de la royauté citoyenne.
Le grand Turc vient d'accorder une amnistie pleine et entière à tous les prévenus des délits politiques. Ceci est une nouvelle preuve que l'influence du gouvernement français est nulle à Constantinople.
On sait que le savetier de La Fontaine ne chanta plus dès qu'il fût devenu riche. Si l'accumulation des écus produit cet effet, il ne faut pas s'étonner que certain gros et gras personnage ait cessé ses refrains patriotiques.
Le _Constitutionnel_ signale l'existence d'un nouveau _banc d'huîtres._ Il veut sans doute parler d'une banquette qui vient d'être ajoutée au centre de l'enceinte législative au Palais-Bourbon.
L'autre jour un amateur, arrêté devant les carreaux d'Aubert, ayant vu un certain personnage appuyé sur un énorme coq, s'écria en poussant son voisin:--«Voilà un fameux coq, hein?»
La saisie de la _Tribune_ nous a beaucoup étonnés; nous ne pensions plus qu'il était possible d'exciter à la haine et au mépris du gouvernement du roi.
On a bien tort de dire que l'ordre de choses n'a pas de tendresse pour Paris. C'est, au contraire, pour lui qu'il réserve tous ses feux.
On est étonné qu'un gouvernement qui absorbe tant de millions ait si peu de valeur.
On disait autrefois: «Pour faire la guerre, il faut de l'argent, de l'argent, et encore de l'argent.»--L'ordre de choses emploie la même recette pour la paix.